‹ L'Agonie de Marie-AntoinetteChapitre 1 sur 15 · TOURS MAISON ALFRED MAME ET FILS · texte numérisé non relu

TOURS MAISON ALFRED MAME ET FILS

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AVANT-PROPOS

Pourquoi ce nouvel ouvrage sur l'emprisonnement, le procès et la mort de Marie- Antoinette?

D'abord, en raison même du nombre des travaux antérieurs. Ils sont trop pour ne point échapper à la plupart des lecteurs, et il nous a paru utile de tracer des plus importants une rapide synthèse. La bibliographie qui termine chaque chapitre indiquera nos dettes à leur égard.

En second lieu, parce que nous croyons avoir renouvelé, à certains égards, le sujet, en renouvelant la façon de le traiter, tout en mettant d'ailleurs en œuvre des documents restés inutilisés ou très peu connus.

s historiens de la reine, surtout de la reine aux prises avec la Révolution, ont d'ordinaire négligé de relier ses tragiques destinées aux événements , aux mouvements d'opinion , au régime entier, qui les expliquent. Nous avons essayé de combler cette lacune.

D'où la division de ce livre en « tableaux »

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successifs, qui parfois ne laissent pas d'empiéter les uns sur les autres. Ne pouvant nous étendre longuement sur l'histoire générale de la Révolution à propos de Y Agonie de Mairie- Antoinette, nous avons cherché à éclairer, du moins, chacune des phases de cette agonie d'une lumière suffisamment complète.

L'internement au Temple ne s'explique point sans la servilité de la Législative à l'égard des émeutiers du 10 août; les déchirements de tout genre que la Convention laissa infliger à la prisonnière, sans les campagnes de presse dont celle-ci fut le constant point de mire ; les infamies de la Commune, sans les haines meurtrières suscitées contre Y « Autrichienne » dans les sections et dans les clubs, cellules vivantes de l'organisme qui exerçait alors une absolue dictature ; le jugement du Tribunal révolutionnaire lui-même, sans les manifestations de ce qu'il était convenu d'appeler 1' « esprit public ». En exposant tout cela en détail, nous avons replacé la reine au centre de la Terreur, sur la chaise d'indicibles tortures qui avait succédé pour elle au trône de France.

De la simple analyse des faits rassortiront le rôle véritable qu'elle joua à l'égard de l'étranger, et Le jugement qu'il Tant porter sur les conventionnels qui, même après son dernier supplice, laissèreni les bandes sans-culottes, dans le « temple » même (1rs lois, piétiner son cadavre.

Mais l'opinion des historiens, qui informe l'opi-

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nion de la postérité, est bien loin d'être unanime à l'égard de Marie-Antoinette. Et c'est là aussi qu'il faut voir la raison d'être de ce livre.

« Tout homme qui aura dans le cœur quelque chose de la générosité d'un Barnave éprouvera la même impression et, s'il faut le dire, la même conversion que lui en approchant de cette noble figure si outragée. »

Commentant ces paroles de Sainte-Beuve, un éminent érudit, M. Maurice Tourneux, s'exprime ;iinsi :

« L'histoire a le droit de se montrer sévère pour certains actes de sa vie politique ; elle a et ne peut avoir pour la femme et pour la mère que la pitié la plus émue ' . »

Tel est le ton que prennent la plupart des historiens qui prétendent juger Marie -Antoinette avec impartialité.

De Fontanes avait déjà écrit, à l'époque révolutionnaire :

« Certes , la reine a commis des fautes graves ; mais assez de malheurs et d'outrages ne se sontils pas accumulés sur sa tête dans ses derniers jours, pour que la pitié protège au moins son tombeau? »

1 Introduction de la Dernière Année de Marie- Antoinette (Paris, Marty, 1907,.

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Ce n'est donc point la reine, c'est seulement la femme et la mère qu'on veut bien traiter avec « générosité » ; ce sont les vils « outrages » dont elle but, en effet, jusqu'à la lie, la coupe empoisonnée, qu'on abomine, mais non le châtiment des « fautes graves » de sa « vie politique ». Si la Révolution s'était contentée de renverser son troue et de chasser 1' « Autrichienne » , il suffirait de placer mélancoliquement sur son tombeau la statue de la Pitié...

Commentant les paroles de Fontanes, Montjoye s'écriait dès 1797 : « Il y a dans cette phrase une tournure d'hypocrisie qui soulève... Ce n'est pas la pitié qu'il faut invoquer pour la reine, mais la justice. »

fe parlons point ici d'hypocrisie, — car seuls les écrivains de bonne foi nous intéressent, et le temps, qui est « galant homme », a d'ailleurs facilité cette bonne foi; — mais nous discuterons la clairvoyance de ceux qui l'ont à la mémoire de Marie- Antoinette de pareilles aumônes, et nOUS verrons si, au fond, elles valent mieux que l'audacieux déli lancé à ses défenseurs par Louis Blanc :

« Lorsque, disait-il, l'accusateur public montrai! Marie -Antoinette rompant avec la vit1 fa- 1 'S premières années pour être l'âme d'une guerre à mort contre la Révolution; prenant possession de son époux, le troublant, l'irritant, l'énervanl du regret d'un pouvoir perdu, lui soufflant le mépris de la foi jurée; mettant la

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main au fond de tous les complots, devenant le roi des nobles et la « déesse » des prêtres ; s'alliant en secret aux ennemis extérieurs de la République , et , pour reprendre un sceptre que l'ancien régime avait fait d'airain, prête à courir la sanglante aventure d'une guerre étrangère compliquée d'une guerre civile, quel homme alors, l'Histoire sous les yeux, eût osé se lever et dire à l'accusateur public : Vous mentez! »

L'Histoire sous les yeux! Louis Blanc osait assimiler à une page d'histoire le réquisitoire d'un Fouquier-Tinville ! Entre son propre esprit et l'Histoire, ce romantique maintenait l'épais rideau des brouillards de la légende jacobine. Ignorait «il donc que « le mépris de la foi jurée» fut précisément le fait constant des destructeurs de la vieille France, et que, s'il y eut « complot », ce mot ne s'applique à rien, sinon à leurs anarchiques menées? Ignorait -il que Marie - Antoinette , grandie parle malheur, n'usa de sa légitime influence sur le roi que pour l'arracher aux pires abdications, et ne lança à l'Europe ses cris de suprême détresse qu'en condamnant à l'avance la moindre atteinte portée à l'intégrité du territoire de sa nouvelle patrie? Ignorait-il que, s'il y eut un «sceptre d'airain », ce ne fut point le sceptre paternel de la monarchie nationale, mais le triangle homicide du gouvernement de la Terreur? Ignorait -il que si les prisonniers du Temple montèrent à l'échafaud, ce fut parce que Louis XVI ne voulut point verser

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le sang de ses ennemis et se refusa jusqu'au bout à voir de simples assassins dans les organisateurs de la « guerre civile »? Ignorait-il enfin, ou ne voulait -il pas comprendre que si, jusqu'au bout, Marie- Antoinette sut défendre l'inviolabilité de sa conscience et de ses droits de reine de France, ce fut là justement, en un pareil temps, la marque de sa grandeur?

Oportet unum mori pro populo, « il faut qu'un seul meure pour le peuj^le , » devait -elle écrire, d'une main tremblante de fièvre , en tête d'un exemplaire du plaidoyer de son mari que lui remit secrètement le municipal Vincent. Elle aussi devait être immolée , et il importe de savoir si ce fut vraiment « pour le peuple » que la supplicièrent ses bourreaux; si l'on peut aujourd'hui l'admirer sans être taxé de « panégyrisme »; si cette admiration, que nous ne dissimulerons point, est vraiment « de celles qui ne doivent plus rien au sentiment1 », puisqu'elle se justifie par des preuves irréfragables.

1 De Lescurc, lu Vraie Marie -Antoinette (18G3).

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