LA. CONDAMNATION ET L.V MORT DE LA REINE
SoMMAïur:. — Réquisitoire de Fouquier-Tinville. — Plai» doiries et arrestation des avocats. — Les faiblesses de Chauveau-Lagarde. — Regrets de Collot-cl'IIerbois. — Hcrman résume les débats : « son impartialité. » — Le questionnaire
— Dans l'attente : les émissaires jacobins. — La réponse du jury. — Marie- Antoinette « releva la léte avec majesté ». — L'opinion d'Hébert. — Dernières heures d'agonie. — « Mes yeux n'ont plus de larmes. » — Le testament : il est livré à l'Incorruptible. — Les apprêts du supplice. — De la Conciergerie à la place de la Révolution. — Sur la charrette. — Sur l'éehaiaud. — « Vive la liberté !» — « Le sanp- d'Antoinette ! » — Hideuse sarabande : Prudhomme, Guftïoy, Rouy.
— Les pamphlets funèbres. — Les réflexions du Pare l)uchesne. — Le sentiment de Robespierre : « Elle est réellement une Messaline. » — Barère et Saint -Just. — Le récit du témoin Lapicrre. — Une adresse sans- culotte.
Le 15 octobre, à la nuit tombante, les débats furent terminés.
!.-• réquisitoire de Fouquier-Tinville retraça « la conduite perverse de la oour,...ses intimités avec une faction scélérate qui lui était dévouée et qui secondait ses vues en entretenant dans le sein de la Convention les haines et les dissensions, en employant tous les moyens possibles pour perdre Paris,... en calomniant sans cesse les généreux habitants de cette ville, mère et conservatrice de la liberté ; les sacres exécutés par les ordres de cette cour cor*
rompue dans les principales villes de France... ». « Il regarde Antoinette comme l'ennemie déclarée de la nation française, comme une des principales instigatrices des troubles qui ont eu lieu en France depuis quatre ans, et dont des milliers de Français ont été les victimes. »
Vers 6 heures, les deux avocats prirent la parole : ils avaient eu quinze minutes pour préparer leurs plaidoiries. Le Bulletin dit seulement qu'ils s'acquittèrent de leur devoir « avec autant de zèle que d'éloquence ». Je « ne suis dans cette affaire embarrassé que d'une seule chose, aurait déclaré Chauveau- Lagarde : ce n'est pas de trouver des réponses, c'est de trouver des objections 1 ». Lorsqu'il eut parlé pendant deux heures, la reine le vit « accablé de fatigue » et, « avec l'accent le plus touchant, » murmura à son oreille : « Combien vous devez être fatigué, monsieur Chauveau-Lagarde ! Je suis bien sensible à toutes vos peines. »
« Ces mots qu'on entendit autour d'elle, rapporte l'avocat, ne furent point perdus pour ses bourreaux... Un gendarme m'arrêta sous ses propres yeux. M. Tronson-Ducoudray, ayant ensuite parle, fut arrêté de même en sa présence, et dès ce moment il ne nous fut plus permis de lui parler. »
Cette arrestation avait été ordonnée par le Comité de sûreté générale : on devait interroger les défenseurs pour savoir « si Marie-Antoinette ne leur avait pas confié des papiers ou révélé des faits qu'il importait de connaître ». Or les deux avocats, il faut le rappeler, se prêtèrent à ce viol de leur conscience professionnelle : Marie-Antoinette « a montré la plus profonde dissimulation », raconta Chauveau- Lagarde aux commissaires, et Tronson-Ducoudray leur livra les deux anneaux d'or et les cheveux que
Montjoye,
lui avait remis la reine pour Mme de Jarjayes. D'après le Bulletin, Tronson-Ducoudray avait prononeé d'ailleurs, avant le jugement, ces serviles paroles : « Citoyen président, la déclaration du jury étant précise et la loi formelle à cet égard, j'annonce que mon ministère à l'égard de la veuve Capct est terminé ; » et d'après une note qu'il envoya luimême, le 9 avril 1794, aux citoyens juges du tribunal
lutionnaire, » Chauveau-Lagarde multiplia « les preuves de patriotisme » : « J'ai eu le malheureux honneur d'être défenseur au tribunal révolutionnaire, écrivait-il en reniant son seul titre de gloire... Il n'en est pas à qui ce titre puisse nuire autant qu'à moi. Si l'on sait bien que j'ai défendu la Capet et la Corday, l'on ignore que le tribunal m'avait nommé d'office leur défenseur... Je demande que le tribunal veuille bien m'accorder... un témoignage
lisible de sa bienveillance en déclarant... de quelle manière je remplis, comme citoyen, mes devoirs de défenseur, et jusqu'à quel point je suis digne sous ce rapport de son estime. »
?*Iarie-Antoinette fut donc abandonnée, trahie me par les avocats que Collot-dTIerbois lui envia
es termes, le 20 octobre 1793, au club des Jacobins : « Il est injuste de ne pas donner au sansculotte pauvre, qui n'est qu'égaré, tandis que le riche pèche avec connaissance de cause, des défenseurs officieux aussi adroits, éloquents, intrépides
l'on a fait pour cette femme (la veuve Capet), (pii n'aurait peut-être pas dû en trouver... »
Tronson-Ducoudray tombera à Cayenne, sous les morsures de la guillotine sèche.
les plaidoiries, vers 1 heure du matin, le président Herman ht, hors la présence de l'accusée, un '< résumé » dont voici quelques passages : itoyens jurés, le peuple français, par l'organe
de l'accusateur public, accuse devant le jury national Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, d'avoir été la complice ou plutôt l'instigatrice de la plupart des crimes dont s'est rendu coupable le dernier tyran... La nature et la raison, si longtemps outragées, sont enfin satisfaites ; l'égalité triomphe,... et cette égalité lui assure (à l'accusée) une justice impartiale... Vous avez à juger toute la vie politique de l'accusée... Si i'on eût voulu de tous ces faits une preuve orale, i] eût fallu faire comparaître l'accusée devant tout le peuple français... Et s'il eût été permis, en remplissant un ministère impassible, de se livrer à des mouvements que la passion de l'humanité commandait, nous eussions évoqué devant le jury national les mânes de nos frères égorgés à Nancy, au Champ de Mars, aux frontières, à la Vendée, à Marseille, à Lyon, à Toulon, par suite des machinations infernales de cette moderne Médicis... Tous les événements politiques qui ont eu lieu depuis cinq années déposent contre elle. »
En conséquence, quatre questions étaient soumises au jury, questions concernant les « manœuvres et intelligences » avec l'étranger, la coopération de Marie-Antoinette à ces trahisons, le complot de « guerre civile » et la participation de l'accusée à ce complot. En d'autres termes, la condamnation de la reine, comme jadis celle du roi, serait la justification de la Révolution, puisqu'elle chargerait une fois de plus la seule victime de tous les crimes de ses bourreaux ! Et c'était le « peuple français » qui était censé rendre la sentence...
Tandis que les jurés délibéraient, la foule, plus clairsemée, attendait la fin dans la froide obscurité de la grand'chambrc. Durant toute la soirée, des émissaires du club des Jacobins et de la Commune s'étaient glissés « parmi les inquiets et les curieux qui restaient, observant les premiers et réchauf-
tant la haine révolutionnaire des autres ». A mesure que l'heure s'avança, « les conversations affectèrent un diapason plus discret; vers 11 heures, on ne parlait plus, on attendait, et le passage des émissaires, qui, de quart d'heure en quart d'heure, portaient à Robespierre les détails circonstanciés de cette longue séance, troublait seul, vers minuit, le silence que gardaient les anxieux veilleurs de l'agonie royale. Un inspecteur des prisons, nommé Dueatel, suivi de quatre ou cinq agents, cherchait à deviner des conspirateurs ou tout au moins des suspects dans ce reste de foule qui errait au milieu de la nuit, et qu'il ne reconnaissait ni pour ses frères du 6 octobre 1789, ni pour ses frères du mois de septembre 1792. La présence de Dueâtel, dont l'ignoble figure réveillait tant d'horribles souvenirs dans les cœurs des royalistes, eut pour effet d'éloigner ceux des amis de la reine qui redoutaient d'attirer l'attention de l'assassin de Mme de Lamballe, de cet homme qui avait abattu à coups de marteau le courageuse et fidèle compagne de Marie-Antoinette !. »
Cependant on ne prévoyait toujours qu'une seule peine : la déportation.
Vers 4 heures et demie du matin, un coup de sonnette annonça que les jurés rentraient en séance : ils apportaient une réponse affirmative en tous points. Herman, craignant sans doute quelque mouvement populaire, interdit « tout signe d'approbation a : a Si ce n'étaient pas des hommes libres, et qui, par conséquent, sentent toute la dignité de leur être, qui remplissent l'auditoire, expliqua-t-il, je devrais peut-être leur rappeler qu'au moment
t. B trace de Viel-Castel,
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où la justice nationale va prononcer, la loi, la raison, la moralité, leur commandent le plus grand calme. »
Marie -Antoinette, ramenée à l'audience, entend la déclaration du jury, puis le dernier réquisitoire de Fouquier-Tinville exigeant, au nom de la loi, la condamnation à mort. Le président lui demande si elle a quelque réclamation à faire : « Elle secoue la tête en signe de négative. » Herman alors « recueille les opinions de ses collègues », prononce la peine de mort, la confiscation des biens de Marie- Antoinette, l'exécution du jugement sur la place de la Révolution, son impression et son affichage « dans toute l'étendue de la République ».
« Le visage de la condamnée n'est nullement altéré, » reconnaît le Bulletin du tribunal. Malgré tout, elle n'attendait point un arrêt de mort; mais elle « l'écouta d'un air calme, note Chauveau- Lagarde, et l'on put seulement s'apercevoir alors qu'il venait de s'opérer dans son âme une sorte de révolution qui me parut bien remarquable. Elle ne donna pas le moindre signe ni de crainte, ni d'indignation, ni de faiblesse. Elle fut comme anéantie par la surprise... Elle descendit les gradins sans proférer une parole ni faire aucun geste, traversa la salle comme sans rien voir ni entendre ; et lorsqu'elle fut arrivée devant la barrière où était le peuple, elle releva la tête avec majesté... A ce moment terrible,... n' a- 1- elle pas fait éclater... le plus admirable de tous les courages, puisqu'il ne saul rait y en avoir de plus grand que celui qui résiste à l'espérance elle-même? »
Marie -Antoinette n'avait plus à vivre que quelques heures. Enfermée dans le cachot des conl damnées à mort, elle pensa à ses enfants voués eux aussi à la torture, à l'enfant-roi surtout, dont on s'était servi pour flétrir son honneur maternel :
a Depuis qu'il est des créatures humaines attendant ►ourreau, ont demandé les Concourt, quel supplice a tourmenté leurs dernières heures, pareil au supplice de celte dernière pensée d'une mère? » Il existe à la bibliothèque de Chalons-sur-Marne on livre de prières, à reliure mutilée, qui porte ces lignes écrites par la reine :
« Ce 18 octobre, à i heures 1/2 du matin.
« Mon Dieu, ayez pitié de moi!
yeux n'ont plus de larmes « pour pleurer pour vous. mes pauvres « enfants ! Adieu , adieu !
«Marie -Antoinette. »
La signature est en gros caractères, à peine tremblés, marquant une suprême énergie.
A la même heure, ce déchirant cri d'adieu se prolongea dans la dernière lettre à Madame Éli- -th :
v Ce 18 octobre, à i heures 1/2 du matin.
« C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière . Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse, — elle ne l'est que pour les criminels. — mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocent ' outrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme, comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes enfants. Vous savez que je n'existais que pour eux...
«... Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie..,
« ... Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : « qu'il ne cherche jamais à venger notre mort ! »
« Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas...
« Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine... Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait...
« Adieu, ma bonne et tendre sœur; puisse cette lettre vous arriver!... Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu, qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! »
Ce testament sublime ne devait être remis que vingt -six ans plus tard, non à Madame Elisabeth, — à son tour décapitée, — mais à sa nièce, qui, dit -on, s'évanouit en recevant le papier taché des dernières larmes de sa mère. Porté par la concierge Bault à Fouquier-Tinville, il était tombé entre les griffes de Robespierre, qui le dissimula sous son lit, dans une cachette où le conventionnel Courtois trouva aussi, après Thermidor, d'autres « souvenirs » précieux de la famille royale... Quel thème de méditation pour ï Incorruptible et pour ses apologistes !
La reine s'agenouilla, offrit son âme à Dieu, se vêtit de blanc. — comme Louis XVI au jour de son supplice, — et, enveloppant ses jambes glacées dans • une couverture, se jeta sur son grabat.
Elle ne put sommeiller qu'une heure à peine, au bruit du rappel qui, dès 5 heures, fut battu dans toutes les sections.
A 6 heures, on la réveille pour lui offrir le minis-
1ère du prêtre constitutionnel Girard 1 ; elle le refusa et se contenta de l'absolution qu'elle reçut, dit-on, par la fenêtre, du curé de Sainte-Marguerite, détenu en face d'elle 2.
Vers 10 heures, arrivèrent les trois juges et le greffier Fabricius : « Soyez attentive, ordonna le président, on va vous lire votre sentence, » et contre leur habitude ils se découvrirent. « Je crus m apercevoir, raconte le porte -clefs Louis Larivière, qu'ils avaient été comme saisis en voyant l'air majestueux et respectable de la reine. » « Cette lecture est inutile, répondit celle-ci, je ne connais que trop cette sentence ; » mais on la lui fit quand même goûter une seconde fois.
Voici le bourreau, ou plutôt le fils du bourreau, Henri Samson, — son père, depuis le 21 janvier, îfexerçant plus en personne. — Le jeune homme, « d'une taille immense, » dit à Marie-Antoinette : « Présentez vos mains. »
Elle recula de deux pas, tout émue :
« Est-ce qu'on va me lier les mains? On ne les a point liées à Louis XVI.
— Fais ton devoir, dirent les juges à Samson.
— O mon Dieu ! »
Et le bourreau, saisissant brutalement les mains de la reine, qui levait au ciel ses yeux suppliants, les lia « trop fort », puis lui enleva sa coiffe et lui coupa les cheveux. Il mit dans sa poche ces cheveux blanchis, qui furent, après l'exécution, brûlés dans le grand vestibule.
De la Conciergerie à la place de la Révolution, la circulation des voitures a été interrompue; trente mille hommes font la haie, des canons sont placés
1 Ce vicaire épiscopal, curé de Saint -Landry, refusa dapostasier avec Gobel et se rétracta.
— D'après Madame Royale.
aux extrémités des ponts, aux carrefours et sur les places ; de nombreuses patrouilles sillonnent les rues, où s'est massée une foule immense. C'est bien la reine de France qu'on va guillotiner !
Mais elle doit monter dans la hideuse charrette aux deux roues boueuses, aux côtés à claire-voie, avec une planche pour banquette. Elle en gravit seule l'échelle, les mains liées par derrière, et doit s'asseoir le dos tourné au mauvais cheval blanc, dos à dos avec l'exécuteur, qui « met un soin visible à laisser flotter à leur gré les cordes qu'il tient en ses mains 1 ». L'aide du bourreau est au fond ; la charrette roule, lente, cahotante, « au travers d'une multitude qui se précipite sur son passage, sans cris, sans murmures, sans insultes. » Les vociférations n'éclateront que rue Saint-Honoré, lorsque l'ex-comédien Grammont, brandissant son épée au-dessus des « lécheuses de guillotine » postées devant Saint-Roch, puis se retournant vers « le char de mort », hurlera avec des jurements : « La voilà, l'infâme Antoinette! elle est f..., mes amis! » Grammont avait participé à Versailles au massacre des prisonniers de la haute cour d'Orléans et se vantait d'avoir bu dans le crâne d'une de ses victimes.
La reine ne manifestait « ni abattement, ni fierté »; les cris de Vive la lié publique ! A bas la tyrannie! la laissèrent en apparence « insensible ». Surmontant l'arcade du passage des Jacobins, s'étale l'inscription : Atelier d'armes républicaines pour foudroyer les tyrans. Marie- Antoinette semble interroger le prêtre, qui élève un petit Christ d'ivoire, et elle reprend la sérénité tragiquement; dédaigneuse qu'a fixée l'impitoyable crayon de Louis David : entre le bonnet blanc d'où part un
1 Récit du vicomte Ch. Dcsfossés.
})ou t de ruban noir et le fiehu de mousseline blanche qui laisse le eol dégagé, une figure au « teint pâle, un peu rouge aux pommettes, les yeux injectés de sang, rils immobiles et roides l ». Seule, la bouleverse la vue des Tuileries, où elle est entrée en triomphe le 8 juin 1773, d'où elle a été expulsée le 10 août 1792, après trois années déjà d'agonie.
On n'arriva place de la Révolution qu'à midi; car il fallait, selon l'expression du Journal universel, que Marie-Antoinette « bût longtemps la mort ».
Elle descendit « avec légèreté et promptitude », sans soutien, et elle monta à l'échal'aud « avec un air plus calme et plus tranquille encore qu'en sortant de prison - ». Silencieuse, elle fit tomber son bonnet, se laissa docilement lier, et, au bout de quatre minutes d'apprêts, à midi un quart, sa tête tranchée était montrée au peuple, qui hurlait l'ordinaire refrain : Vive la République ! Vive la liberté !
Vive la liberté ! A cette date, il y avait dans les prisons de Paris deux mille cinq cent quatre-vingttrois suspects en instance de guillotine.
Sous l'échafaud de la reine un homme s'était glissé, — le gendarme Maingot, — qui trempa ses souet son mouchoir dans le sang de la suppliciée : i Le sang d'Antoinette ! s'écria la Feuille du salut public ; qu'en voulait-il faire? Voulait-il inoculer la tyrannie?... On fera toujours bien de punir cet attentat contre la justice nationale. »
A cet acte isolé de piété « contre-révolutionnaire» s'opposèrent de hideuses sarabandes, dont nous allons de suite voir se dérouler quelques tableaux.
Dans les Révolutions de Paris, Prudhomme écrivit au sujet du pardon demandé par la reine
2 Relation de Rony.
au bourreau qu'elle avait heurté du pied en montant à l'échafaud : « Il se pourrait qu'elle ait arrangé cette petite scène pour qu'on s'intéresse à sa mémoire. » Il ajoutait : « Tous les crimes avant la Révolution et depuis sont ceux de Marie-Antoinette. Son sang impur ne suffira pas à laver tous ses forfaits. Mais du moins le peuple français aura donné une grande leçon, un grand exemple de justice. Le beau jour que celui où tous les despotes des deux sexes laisseront, comme Capet et sa veuve, leur tête sur l'échafaud ! »
Dans le Rougyf ou le Franc en vedette, le conventionnel Guffroy regrettait que « l'infernale Marie- Antoinette » ait fait « le saut de carpe en avant » avec trop de pompe : « Quel spectacle imposant eût été celui de voir passer cette femme avec deux gendarmes et l'exécuteur de la volonté du peuple ! Cet isolement eût prouvé, à mes yeux, que la France était bien régénérée. » Et Guffroy était membre du Comité de sûreté générale !
Dans le Magicien républicain, Rouy imagina cette anecdote macabre, qui fait écho aux infamies répétées par Fouquier-Tinville : « Comme les exécuteurs déliaient son corps de dessus la planche pour le mettre dans le panier,... l'un d'eux fouilla dans la poche qu'elle avait et en tira une petite boîte, qu'il ouvrit à l'instant et en sortit le portrait de son favori Lafayette... »
Les journaux ordinaires ne suffisant point au concert, on distribuait des feuilles volantes destinées à mieux éclairer le peuple. Le 17 octobre, un observateur de police rapportait, en effet, que l'exécution de Marie -Antoinette n'avait point influencé l'esprit public.
Parmi ces pamphlets de circonstance, il en est qu'on ose à peine citer : les Adieux de la Reine à ses mignons et mignonnes reproduisaient les saletés
que nous connaissons sur Trianon, Mrae de Polignac, le comte d'Artois, Coigny, Rohan, Calonne, La Motte, la fille d'Oliva."
Le Testament de M a rie- Antoinette, veuve Capet, donnait de 1" incident raconté par Rouy une version différente, mais encore plus précise : « On a vu s'échapper de sa poitrine deux médaillons attachés à son col avec deux rubans noirs, l'un représentant le portrait de Louis Capet, l'autre celui du traître Lafayette, son agent et son favori sous tous les rapports. Peuple, s'écriait l'auteur du libelle, que ton pouvoir est grand et redoutable !... Hommes Français, peuple républicain, que le monde te donne le salut fraternel, que l'humanité entière élève vers toi le cri de la reconnaissance : tu as purgé la terre d'un monstre qui en était l'horreur. »
Même phraséologie scélérate dans le Procès criminet de Marie- Antoinette , suivi de son testament et de sa dernière confession : « Un monstre naquit à Vienne en Autriche. Il sortit des flancs d'un autre monstre qui, farouche et sanguinaire, ne respirait que le meurtre et le carnage ; le sang était son aliment favori ; le peuple aurait dû détruire dès leur naissance ces monstres odieux. »
Ici encore il faut réserver une place particulière au Père Duchesne.
Il avait eu soin de donner ses bons avis aux « braves sans-culottes d'être sur pied pour donner la chasse aux muscadins déguisés et aux fausses des qui se disposaient à crier grâce quand la guenon paraîtrait dans le vis-à-vis de maître Samson ». Le procès lui avait inspiré des réflexions dont voici quelques échantillons : u II fallait la voir hier, quand on lui a mis devant sa face ridée le miroir de la vérité... Quand elle a été convaincue d'avoir fait avec le petit avorton du Temple... (ici les obscénités que vulgarisent les interrogatoires
du Temple, mais que nous ne pouvons citer), alors la g... a perdu la carte. Vous, plats j...-f... ! disait Hébert aux aristocrates, qui combattez pour Dieu et le roi,... vous ravagez votre patrie, vous immolez vos frères, pour une vieille p... qui n'a ni foi ni loi, qui a fait périr plus d'un million d'hommes ; vous êtes les champions du meurtre, du brigandage, de l'adultère, de l'inceste. »
Après le « raccourcissement » de la reine, « convaincue d'avoir voulu faire égorger le peuple pour le remercier de tout le bien qu'il lui avait fait, » il se hâta naturellement de piétiner le cadavre encore chaud de sa victime ; il avait eu la joie, et ce fut, écrit-il, « la plus grande de toutes, » de voir « de ses propres yeux la tête du Veto femelle séparée de son f... col de g... » Cette joie était seulement mêlée d'une « grande colère contre les deux avocats du diable qui avaient osé plaider la cause de cette g... ». Pour mieux l'exalter, il donna « Grand détail sur l'interrogatoire et le jugement de la louve autrichienne », grand détail aussi sur son supplice, et, si l'on veut savoir jusqu'où pouvaient aller les orgies de ce puant chacal, il faut se comprimer le cœur et lire ce qui suit : « J'aurais désiré, f..., que tous les brigands couronnés eussent vu à travers la chattière l'interrogatoire et le jugement de la tigresse d'Autriche. Depuis qu'elle a régné, elle n'a rêvé que meurtre et carnage. Plus d'un million d'hommes ont été ses victimes, et les crimes qu'elle a commis ne sont que de l'eau de rose en comparaison de ceux qu'elle méditait. Malgré toi, coquine, tu as senti le prix de la légalité, puisque ton châliment a été aussi doux que celui des autres coupables... Se peut-il, f..., qu'il se soit trouvé un b... assez hardi pour oser la défendre !... J'ai vu tomber dans le sac la tête du Veto femelle! Je voudrais, f..., pouvoir vous exprimer la satisfaction des sans-culottes quand
P&rchi-tigresse a traversé Paris dans la voiture à trente-six portières... Deux rossinantes étaient attelées au vis-à-vis de maître Samson, et elles aissaient si satisfaites de contribuer à la délivrance de la République, qu'elles semblaient avoir envie de galopper pour arriver plus tôt au lieu fatal. La g..., au surplus, a été audacieuse et insolente jusqu'au bout. Cependant les jambes lui ont manqué au moment de faire la bascule pour jouer à la marchande dans la crainte de sans doute trouver après sa mort un supplice plus terrible que celui qu'elle allait subir. Sa tête maudite était enfin séparée de son col de g..., et l'air retentissait de cris de : Vive la République ! f... ».
Au surplus, le scélérat ajoutait cette remarque qui achève de le peindre : « Je suppose, f..., qu'elle ne fut pas coupable de tous ses crimes ; n'a-t-elle pas été reine? Ce crime-là suffit pour la faire raccourcir... Les contre -révolutionnaires, que nous étouffons comme des chiens enragés, ne sont nos ennemis que de bricole ; mais les rois et leur race sont nés pour nous nuire... C'est un devoir à tout homme libre de tuer un roi ou ceux qui sont destinés à éirc rois ou qui ont partagé les crimes des rois... Que dirait-on d'un b... qui, en labourant son champ, viendrait à découvrir une nichée de serpents, s'il se contentait d'écraser la tête du père, et c[u'il fut z poule mouillée pour avoir compassion du reste; s"il se disait en lui-même : C'est dommage de tuer une pauvre mère au milieu de ses enfants ; tout ce qui est petit est si gentil!... ne commettrait-il pas, par , un très grand crime?... Point de grâce !
mt qu'il nous tombera sous la main d'empereur, rois, de reines, d'impératrices, délivrons-en la terre. »
Ces vociférations, qui « n'ont plus de nom dans aucune langue i ; cette Carmagnole dansée, en pré-
sence des dernières tortures de sa victime, par un individu qui possédait une influence si puissante dans le gouvernement, reculent à ce point les limites de la vérité historique, qu'on a parfois refusé de croire à leur sincérité. On y a vu une sorte de machination dont parlait Napoléon à Sainte-Hélène, lorsqu'il indiquait ainsi le but d'Hébert : « Provoquer le peuple à un soulèvement en faveur de cette princesse, en appelant l'intérêt sur elle. »
Si Napoléon Ier avait connu, comme nous la connaissons aujourd'hui, la carrière du père Duchesne, il aurait certes abandonné de semblables illusions.
Leur origine est dans les audacieuses inventions qu'imagina Robespierre pour se débarrasser de son rival. Or, si l'on veut savoir à quoi se réduisait l'indignation de V Incorruptible envers Hébert, il suffit de lire les paroles qu'il prononça, au moment du supplice de la reine, en dînant chez Venua, avec Barère et Saint-Just : « Cet imbécile d'Hébert ! ce n'est pas assez qu'elle soit réellement une Messaline, il faut qu'il en fasse encore une Agrippine et qu'il lui fournisse à ses derniers moments un triomphe d'intérêt public. »
Tout ce qu'il lui reprochait, c'était donc d'avoir lancé contre elle des calomnies tellement invraisemblables, qu'elles devaient nécessairement retomber sur le calomniateur. Lui, plus rusé, moins « imbécile », aurait voulu un supplice qui ne fût adouci par aucune commisération. Quel était le pire des deux?
Ce supplice pleinement infamant, Robespierre estimait que la reine le méritait, puisqu'elle était « réellement une Messaline », c'est-à-dire l'égale d'un monstre qui assassina deux maris et commit contre la nature le plus ignoble des crimes. Qu'avait donc dit d'autre le Père Duchesne?
D'ailleurs Robespierre, l'un des premiers, s'était
fait à la Convention l'écho des cris de mort de Hébert, et cet écho, pour être plus hypocrite, n'en fut que plus meurtrier. Barère et Saint- Just avaient tenu la même conduite. Barère, qui, avant d'accuser Hébert d'avoir « corrompu l'opinion et la morale publique », avait décrété à la tyrannie « un combat à mort », s'était écrié, à l'annonce du procès de la reine, « qu'il était temps d'extirper tous les rejetons de la royauté, » et, au cours de la nuit du 2 au 3 septembre 1793, avait appuyé les sommations de Hébert. Saint-Just, — qui engagea la Convention à « punir non seulement les traîtres, mais « les indifférents mêmes » et à « promener » partout « le glaive » des lois « avec rapidité », — Saint-Just résumera ainsi, le 19 février 1794, les principes du Comité de salut public : « Osez, ce mot renferme toute la politique de notre révolution. »
L'esprit révolutionnaire se confondait donc bien avec le génie de l'assassinat, et ce génie s'était incarné dans ceux-là mêmes qui représentaient la puissance et la « justice nationale ». C'est un témoin du procès de la reine, c'est le franc -maçon J.-B. Lapierre, adjudant général de la quatrième légion, qui adressa à la société populaire du district de Carentan ce hideux récit : « Marie- Antoinette, la g..., a fait une aussi belle fin que le cochon à Godille, charcutier de chez nous ; elle a été à l'échafaud avec une fermeté incroyable, tout le long de la rue Saint-Honoré ; enfin elle a traversé presque tout Paris en regardant le monde avec mépris et dédain; mais partout où elle a passé les vrais sans-culottes ne désésais de crier : Vives la Républiques et à bas la tiranique ! La coquines a eue la fermeté d'aller jusqu'à l'échafaud sans broncher, mais quand elle a vue la médecine à l'épreuve devant cest yeux, elle a tombé sans forces. Mais c'est égal, on lui a donné des vallais de chambre et des garçons perruquiers pour lui
faire sa toilette et, quoique quel n'est pas de barbe, on lui a pas moins faites, et quoique les famés n'en aye pas, cela n'empêche pas qu'on les raze toujours... »
Si ce langage n'avait été que celui d'une poignée de bandits, il aurait une importance restreinte j mais il exprimait à ce point « l'opinion jacobine » répandue dans la République entière, que, le 19 octobre, le conseil permanent et le procureur syndic du district de Clermont (Oise) osèrent envoyer aux « représentants du peuple » une adresse renfermant ces lignes :
« Jusques à quand une mégère, pétrie du limon fangeux d'Autriche et de Hongrie, souiliera-t-ellc le sol que nous habitons, et foulera-t-elle aux pieds une terre qui a horreur de la porter et qui aurait dû s'entr'ouvrir et l'engloutir au moment même où l'enfer a semblé la vomir pour y disséminer le poison qu'elle avait sucé à longs traits d'un autre monstre aussi féroce qu'elle?... Vengeance! vengeance ! » La vengeance ayant été exercée, les treize signataires * ajoutaient : « Cette mégère, cette abominable femme qui a fait couler le sang français, cette infâme dont rentrée sur notre territoire a été accompagnée de tant et de si sinistres augures, vient, nous ne disons pas expier, car le supplice était trop doux et ses forfaits trop grands et trop multipliés, mais elle vient de périr sur l'échafaud et de terminer une carrière toute remplie de crimes, Ça ira ! ça ira ! et nous ne cesserons de crier : Vivt la République ! Vive la Convention l Vive la sainti Montagne ! Mort aux tyrans cl à tous leurs suppôts ! »
La Convention accorda 2 à cette adresse la « men
1 Parmi lesquels Warôc, président; Lefèvre, Genaille.
2 Le 22 octobre.
1 àGONIE DE MARIE-ANTOINETTE 257
tion honorable » et « l'insertion au Bulletin ». Elle solidarisa de même avec des milliers d'autres lécheurs de guillotine.
SOURCES
Lettre de Chauveau-Lagarde, du 9 avril 179 4 : Archives
maies, VV :><)0, dossier 6, pièce 48. — Discours de Collotd'Herbois aux Jacobins 20 octobre 179.3), Moniteur, XVIII, - Eugène Welvert, la Saisie des papiers du conventionnel Courtois Archives historiques, artistiques et littéraires, 1890). — Desessarts, Procès fameux jugés depuis la
>!ution, t. IV. — Journal universel, n° 1123. — Relation de Rouy, dans le Magicien républicain. — Feuille de Salut public du 26« jour du 1er mois de l'an II (17 oct. 1793). — Rapport de l'observateur de police du 17 octobre : Archives nationales, F» G III, Seine, 13 (Tuetey, t. X, n<> 178). — Révolutions de Paris, t. XVII, p. 95. — Les Adieux de la reine à ses mignons.... Bibliothèque nationale, Lb4,856. — Testament de Marie- Antoinette..., Bibliothèque nationale, Lb413101. — Le Père Duchesne, n°« 298, 299. — Villatc, Causes secrètes de lu Révolution du 9 thermidor (Paris, an III). — Récit de Lapierre. Bibliothèque nationale, Man. français, Nouvelle acquisition 12739, p. 201 ( Voir Nouvelle Revue rétrospective de Cottin, 1892 . — Adresse du district de Clermont, Archives nationales 278, n° 747. — Ouvrages cités de Montjoyc, Campardon , Wallon, de Vicl-Castcl, Lenôtre (relation de Dcslame Royale, La Rocheterie. — Archives natios-verbal des séances du Comité révolutionnaire de la section des Champs-Elysées, 30 brumaire an II : J.-R. Lapierre « a déposé sur le bureau deux jetons en argent provenant de la franche -maçonnerie ».
APRES l'ÉCUAFAUD LES CORBEAUX JACOBINS
Sommaire. — Sur un cadavre. — Le régime : « guillotiner ou s'attendre à l'être. » — Messes rouges : « la France a assez de cinq millions d'habitants. » — La « sévérité inexorable » de Robespierre. — Les restes de Marie- Antoinette. — Le système des « adresses » : action et réaction. — Panorama jacobin. — La Terreur à Cambrai : la Commune exprime sa « satisfaction », et le district son « allégresse » (20 octobre).
— Brest a illuminé (20 octobre). — Les « noires légions » de novembre. — « Sublime édification » des républicains de Château-Salins (5 novembre). — Le triomphe de la Raison (10 novembre) : adresse de Villefranche-sur-Saône. — L' « esprit public » à Saint -Florentin. — Les sans-culottes de Quimper. — Les vingt -trois adresses du 14 novembre. — L1 « armée révolutionnaire » de l'Ariège. — Les sociétés de Calamane et de Foix : « sainte Farandole en famille. » — On traque de toutes parts « la louve autrichienne. » — « Le fanal est au sommet de la montagne. » — Les vitupérations du club de Noyers (10 novembre). — Adresses du conseil général de Poitiers et de la société populaire d'Ax : « crapauds » à jeter dans « le même fossé » (17 novembre). — La Carmagnole du 20 novembre. — Les têtes de Marie-Antoinette et de Brissot se rejoignent. — « Femme anthropophage. »
— Du 24 novembre au 1er décembre. — Le « gibier de guillotine » d'André Dumont : « On me demandait du sang, j'envoyais de l'encre. » — « Grandes joies » et « grandes colères » nationales.
L'abbé Delille, — qui devait consacrer à la captivité et à la mort des prisonniers du Temple son
poème de la Pitié, — décrit, dans ses Géorgiques, le vol des oiseaux dévoreurs de cadavres :
... Et des affreux corbeaux les noires légions Fendent l'air qui frémit sous leurs longs bataillons...
C'est bien là le symbole des lécheurs de guillotine qui, de tous les coins de l'horizon sans-culotte, vinrent s'abattre sur les restes mutilés de la reine.
Pour comprendre ce spectacle : une Assemblée « nationale » écoutant, applaudissant, enregistrant durant six semaines les adresses des sociétés, des comités, des autorités révolutionnaires de toute espèce qui s'acharnaient à déverser sur la victime des bottées d'immondices dignes du Père Ducîiesne et buvaient en quelque sorte à longs traits le sang qui en coulait encore, il est nécessaire de se souvenir de l'état où se trouvait alors la France.
C'était l'époque de la « première Terreur ».
La dictature de Robespierre s'élevait sur une véritable « montagne » de cadavres : cadavres non seulement d' « aristocrates » avérés, mais encore de « patriotes » hier alliés de leurs bourreaux. Custine et Ilouchard, Vergniaud et Brissot, Mme Roland, dont le mari se suicida d'indignation, « à ces noms il faut bien reconnaître l'imposture d'un parti qui, sous prétexte de sauver la patrie, satisfait ses haines '. »
« Au peuple qui demandait du pain on donnait des cadavres, » avait dit Mme Roland. Et Barras formula ainsi le système : « Guillotiner, ou s'attendre à l'être. »
Dans la « salle de la Liberté », Fouquier-Tinvillc célébrait les « messes rouges » qui firent deux mille six cent vingt -cinq victimes. Philippe -Égalité, le
1 L. Madelin.
vieil ennemi de la reine; Barnave et Duport, ses conseillers de 1791, la suivirent de près dans le panier. En province, cette débauche produisait un inconcevable délire. De Lyon, où les mitraillades « régalaient » les « patriotes », où un Fouché abattait au moins deux mille personnes, Achard écrivait : « Quelles délices tu aurais goûtées, si tu eusses vu avant -hier cette justice nationale de deux cent neuf scélérats!... Quel spectacle digne de la liberté!... Ça ira!... Le bonjour à Robespierre. » A Nantes, Carrier, pour « sauver son pays », noyait dix- huit cents habitants; du 19 octobre 1793 au 1-1 février 1794, il en fit périr quatre mille. A Marseille, où régnaient Fréron et Barras, la « massue cordelière » écrasait en dix audiences cent -vingt « inculpés »; à Orange, trois cent trente -deux en quarante -deux séances. A Cambrai, Le Bon « raccourcissait » cent cinquante citoyens en six semaines, et, pour amuser sa femme, lors des exécutions il se mettait à singer les mourants. Avec cela, une « pourriture » que Garnier dévoila en ces termes en parlant des « juges » de Bordeaux : « Ils ont commis des horreurs en faisant arrêter indistinctement et en prononçant la mort à leur gré des personnes qui ne leur donnaient pas des sommes assez fortes. »
Lacoste devait écrire de Landau au Comité de salut public : « La seule mesure à prendre est de faire guillotiner le quart des habitants de cette contrée et de ne conserver que ceux qui ont pris une part active à la Révolution1.» Et Guffroy : « La France a assez de cinq millions d'habitants. » Cette folie furieuse était-elle analogue à celle des criminels (jue la vue du sang aveugle et pousse à en verser encore, jusqu'à complet épuisement? Pas du tout, puis-
1 i frimaire un II (Arch. nat., A. F., II 217, 2110, p. 165).
que c'était de la salle verte du pavillon de Flore que partaient les excitations aux massacres, puisque subsistent encore les lettres qui stimulaient le « zèle » d'un Fouché, d'un Carrier, d'un Fréron ou d'un Le Bon. Robespierre recommandait froidement et de sa propre main, aux mitrailleurs de Lyon, « une sévérité inexorable ; » Collot-d'Hcrbois et Barère écrivaient dans le même sens à Le Bon, qui aura par conséquent le droit de dire pour sa défense : « Regardez-moi tout entier ; comparez mes actes aux a ôtres : quand les miens étaient rigoureux, les vôtres étaient terribles... S'il faut un coupable, condamnez la Convention nationale ; je n'ai fait qu'accomplir mon mandat. » A son départ pour l'échafaud, lorsqu'on passa à Le Bon la chemise rouge des parricides, il criera à ses bourreaux : « Passez-la à la Convention ! » — C'était bien en effet cette Assemblée, et avec elle ses « grands » comités, qui avaient couvert la patrie de ruines sanglantes, en prétendant la « sauver ».
Au cimetière de la Madeleine, la dépouille de Marie-Antoinette était restée sur l'herbe, sans doute oubliée, du 16 octobre au début de novembre. Le fossoyeur Joly finit par l'enterrer dans un coin de terre qui resta si ignoré, que Kotzebue, sous le Consulat, ne put obtenir sur lui aucun renseignement... Plus tard, la piété de l'acheteur du terrain, M. Desclozeaux, le marqua de deux saules pleureurs.
Au reste, ne nous étonnons point de tant d'oubli. En moins de neuf mois, on déversa au même cimetière des paniers renfermant treize cent quarantesix corps tronqués : celui de la reine de France s'était perdu dans le tas.
Un arrêté du Comité de salut publie avait ordonné que les dépouilles des condamnés seraient remises à l'administration des hôpitaux, pour servir aux
pauvres et aux prisonniers. Les derniers vêtements de Marie- Antoinette furent en conséquence portés à l'hôpital de la Saïpêtrière. — La pauvre femme qui les reçut les conserva du moins comme de précieuses reliques.
Puis, sur tout le territoire de la République, se contorsionnèrent mille père Duehesne qui, bientôt, vinrent vomir leurs identiques déjections au sein même de la Convention attentive et trépidante.
Le réseau des sociétés révolutionnaires alors jeté sur la notion terrorisée permettait au centre jacobin de faire résonner jusqu'à lui les vibrations imprimées à l'ensemble. Ces artificielles impulsions étaient données par le journal même d'Hébert, officiellement répandu ; par d'autres feuilles d'apparence moins brutale, comme le Moniteur, qui reproduisit tout au long le réquisitoire de Fouquierïinvillc ; par les instructions de tout -puissants comités, comme le « comité de correspondance de la Commune de Paris avec les quarante -quatre mille municipalités ».
L'Assemblée nationale n'était pas autre chose, ou guère autre chose, que le point d'application de ces « actions » et « réactions ». Et c'est pour cela que la Convention va devenir, six semaines durant, le réceptacle d'adresses reflétant les haines et les épouvantables calomnies de la Commune de Paris et du tribunal révolutionnaire.
Suivons donc, sous le ciel rougeoyant de 1703, le vol convergent des corbeaux jacobins.
Afin de serrer au plus près la sinistre réalité, prédresses dans Tordre de leurs dates, en y ajoutant seulement quelques détails propres à donner une juste idée du milieu où elles tombaient, et, lorsque i utile, de celui d'où elles venaient :
nous aurons ainsi un « panorama » fort instructif.
C'est le conseil général de la commune de Cambrai qui, dès le 20 octobre, ouvrit le funèbre festin en « exprimant sa satisfaction du jugement rendu contre la veuve du tyran » ; de Cambrai, où le défroque Le Bon, engagé par le Comité du salut public à se défier « d'une humanité fausse et mal entendue », accumula en six semaines cent cinquante cadavres; de Cambrai, où tout habitant rencontré sans cocarde tricolore, « ce signe sacré, » était arrêté, et d'où Lacoste écrivait le deuxième jour sans-culottide an II : « Les exécutions arbitraires qui ont eu lieu à Cambrai et aux environs ont été infiniment plus funestes au département du Nord que la présence de l'ennemi. La Terreur y était à tel point, que nombre de sans- culottes ont fui, abandonnant la table et la soupe à moitié mangée, pour sortir du territoire de la République. »
Le 20 octobre, la Convention apprit que les rebelles de Lyon étaient « tous détruits ou emprisonnés ». « L'opération a merveilleusement réussi, » annonçait le général Doppet. Dans l'ouest, le général Léchelle, en « bon sans-culotte », allait poursuivre les révoltés « jusque dans leur dernier repaire ». A Abbevillc, André Dumont « ne découvre plus seulement des émigrés et des conspirateurs », mais encore « leurs trésors » ; « les dénonciations pieu vent, » l'aristocratie « ne sait où se fourrer », et bientôt « le traitement des prêtres en ce département ( de la Somme ) ne montera pas bien haut », car le représentant va « tâcher d'assommer le fanatisme ». Au sein de l'Assemblée, défile, le général Ronsin en tête, 1' « armée révolutionnaire » ; le président Charlicr proclame la guerre aux « modérés », et un officier promet, au nom des sans-culottes, d' « inonder d'hommes libres la surface du monde ». L'adresse cambrésienne arrivait donc à point. C'était un extrait des registres des délibérations du
Conseil général de la Commune; en voici le texte :
« Séance du 7e jour de la 3e décade du 1er mois de l'an II.
« On annonce que la veuve Capet, dont tous les moments, depuis son entrée en France, ont été marqués par les crimes les plus révoltants, dont la plus douce jouissance eût été de se baigner dans le sang du peuple français, avait enfin reçu avanthier le juste prix de tant d'horreurs, en laissant sa tête infâme sous le glaive de la vengeance nationale.
« Cette importante nouvelle est reçue, de la part du conseil général, toutes les autorités y étant réunies, en présence du citoyen Laurent, représentant du peuple, et d'une foule immense de citoyens assemblés à la barre, avec les transports de l'assentiment le mieux prononcé et aux cris très longtemps prolongés de : Vive la République! Vive la Montagne! »
Suivaient soixante-treize signatures, chiffre des citoyens qui composaient la « foule immense » dont on parlait.
Notons que le représentant du peuple Laurent était un individu facétieux, capable de préparer à la Convention des réjouissances plus solides encore; car c'est lui qui, après l'évacuation de Maubeuge par les Autrichiens, écrivit1 au président de 1' « auguste » assemblée : « Citoyen président, les églises évacuées par les uhlans regorgent de saints ; ils n'ont pas recouvré plus tôt la liberté, qu'ils ont lu aller voir la Convention nationale à Paris. Je leur ;ii donné des ciboires, des calices, des remontrances, des galons, pour faire leur route, et je te les envoie par la diligence. »
A l'adresse de la commune de Cambrai était jointe une adresse du « conseil général et permanent
1 Le S juillet 179-i.
du district ». — On ne pouvait en effet donner trop de poids à des acclamations prouvant que c'était à la Convention, bien plus qu'au tribunal révolutionnaire, simple exécuteur de ses hautes œuvres, qu'on attribuait la magnifique victoire du 16 octobre :
« Citoyens représentants,
« Il était digne de l'énergie républicaine de ne point laisser impunie plus longtemps une femme couverte de la lèpre de tous les crimes. Nous devons, représentants, vous faire part de l'allégresse qu'a occasionnée cette mort, et certes on peut la mettre au nombre de nos meilleures nouvelles, puisqu'elle purge la République naissante d'un membre qui n'a jamais cherché qu'à la dévorer ; cette odieuse mégère est parvenue à l'échafaud par une série de forfaits dont il n'existe peut-être point d'exemples dans les siècles les plus reculés, et il eût été honteux dans une nation éclairée de souffrir dans son sein une vipère qui ne cherchait que sa destruction. L'univers admirera votre conduite1. »
Pour faciliter cette universelle admiration, l'Assemblée décerna naturellement la « mention honorable » à cette adresse, et décréta son insertion au Bulletin.
Le 26 octobre, ce fut le tour de Brest, ville où opérèrent le franc-maçon Prieur de la Marne et Jean Bon Saint-André, — Jean Bon Saint-André, futur baron de l'Empire, préfet de Mayence, où il poussera la flagornerie envers l'Empereur au point d'attendre toute une nuit, à la tête de ses subor-
1 Signé : Boisclon, Hauquint, Guérard, G. Gopin, Dherbecourt ; Cellier, secrétaire.
donnés, l'arrivée de Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, remplaçante de Marie-Antoinette...
Ce jour-là, la Convention apprit encore d'excellentes nouvelles : à Saint-Omer, quatre ci-devant chanoines avaient épousé « quatre filles de la classe infortunée » ; les laboureurs « travaillaient les cidevant jours de dimanche ». Pour consolider la « liberté », l'Assemblée assimila les instituteurs aux « fonctionnaires publics », déclara l'incompatibilité de leur emploi avec le service du culte, et jugea « utile et prudent » de prolonger « jusqu'à nouvel ordre » les pouvoirs des municipalités. On se défiait des électeurs...
Barère lit l'adresse brestoise annonçant que la nouvelle du supplice de la reine y avait été reçue « avec les plus grands témoignages de satisfaction ci d'allégresse » ; aux serments d'exterminer jusqu'au dernier les tyrans et les « factieux », s'étaient ajoutés des chants et des illuminations. Barère ne devait-il pas jubiler à l'unisson, lui que ses élégantes atrocités avaient fait surnommer V Anacréon de la guillotine, et qui avait trouvé cette belle formule : « L'arbre de la liberté ne croît qu'arrosé du sang des tyrans. »
C'est dans les brumes de novembre que les « affreux corbeaux » se firent « noires légions », car il \ allait bien à leurs macabres charmeurs le temps de les appâter...
Le 5 novembre, nouvelle lettre venue de Vendée : « Tout marche ici assez rondement, écrivent Lequinio et Laignclot ; le peuple va de lui-même au flambeau de la Raison que nous lui montrons avec douceur et humanité. Le tribunal révolutionnaire que nous venons d'établir fera marcher les aristocrates, et la guillotine fera rouler les têtes. » Une députation du club des Jacobins demanda la destitution de
tout fonctionnaire qui n'avait pas « servi la Révolution depuis 1789 ».
On lit une adresse de la Société républicaine et populaire de Château-Salins applaudissant au supplice de Marie-Antoinette, « émule » de Catherine de Médieis : « N'avait-elle pas mis toute sa gloire à la surpasser dans l'accomplissement des crimes et des atrocités de tous genres qui lui étaient si familiers? Ambition, calomnie, trahison, perfidies, ingratitude, assassinat, prodigalités, vol à l'État, adultère, conspiration contre la liberté, ce n'était pas assez pour ses vastes desseins ! Elle voulait la destruction entière de vingt-cinq millions d'hommes, et à cet effet les vampires de ses vengeances étaient parsemés sur toutes les parties de l'atmosphère républicaine. Il n'est donc plus, ce monstre féroce, hideux et sanguinaire; la terre en est purgée, et son souffle destructeur n'entravera, n'empoisonnera plus la plante de la Liberté. Croyez à la sublime édification des républicains de Château- Salins. »
Cela était signé par le vice-président, les deux secrétaires et un membre du club *.
La conscience de la Convention était soulagée, et elle s'empressa d'insérer l'adresse dans son Bulletin. C'était un moyen de plus de propagande « patriotique ».
Le 10 novembre, triompha la « Raison » qui seule, affirma Dufourny, orateur du département de Paris, conservait « des autels ». Au bruit du tambour, l'armée révolutionnaire dénia une fois de plus dans ta salle ; les volontaires portaient au bout de leurs piques des ornements d'églises et avaient recouvert leurs uniformes de chapes et de chasubles. L'Assem-
1 Simon, Gétaine, Manier, Fondesthenne le Jeune, secrétaire.
blée permit de brûler deux drapeaux fleurdelysés et « de danser la Carmagnole autour », puis assista à une cérémonie complétant celle qui venait d'avoir lieu à Notre-Dame. Musiciens, orphelins chantant des hymnes patriotiques, sans-culottes en bonnet rouge criant : Vive la Montagne! jeunes filles vêtues de blanc et ceinturées de tricolore, « belle femme » portée par quatre hommes dans un fauteuil orné de guirlandes de chêne et représentant « la déesse de la Raison », furent applaudis avec enthousiasme. Conduite au bureau par Chaume tte, la déesse fut embrassée par le président, (le hideux Laloi), et les secrétaires ; puis la Convention « se mêla au peuple » pour aller au temple de la Raison chanter Thym ne à la Liberté.
Telle fut la séance où fut lue l'adresse, analogue à la précédente, des bons républicains de Villefranche-sur-Saône. Ils demandaient par la même occasion de changer ce nom, pourtant anodin, en celui de Ville libre. — Six mois auparavant ils s'étaient montrés « affligés » des « divisions » qui régnaient parmi les conventionnels : mais la mort de Marie-Antoinette n'était-elle pas le meilleur moyen d'établir la fraternité?
Le surlendemain, c'était le tour des sans-culottes de la commune de Saint-Florentin : « Oui, dignes représentants, affirmaient -ils, l'esprit public est parfaitement prononcé. Les Français sont à la hauteur des circonstances ; les Français ne connaissent plus que cette devise : la liberté on la mort x ! »
La Convention le savait bien ! Mais elle n'en vota pas moins son encourageante « mention honorable ».
1 Adresse signée : Tarbé , président; Noël, secrétaire; David, secrétaire.
Elle reçut aussi les félicitations des sans-culottes de Quimper.
Le 14 novembre, — jour où le conseil de la Commune de Paris arrêta que « le département serait invité à faire abattre les clochers qui, par leur domination sur les autres édifices, semblent contrarier les principes de l'égalité », — la Convention ne savoura pas moins de vingt-trois adresses de congratulations. L' « esprit public » se prononçait « parfaitement » !
Trois venaient de l'Ariège, département exceptionnellement « avancé », puisque tous ses députés étaient régicides.
Picot s'exprima ainsi au nom des « sans-culottes de l'armée révolutionnaire de l'Ariège, réunis à la société populaire naissante de Seix » : « Ayant appris que vous avez purgé la terre du germe de tous nos malheurs en faisant tomber la tête de la louve autrichienne affamée du sang des Français, » les sans -culottes « ont bien voulu se servir de mon organe révolutionnaire » pour vous «voter en leur nom des remerciements et une reconnaissance éternelle » ; le « juste châtiment » de ce « monstre femelle... doit assurer à jamais notre liberté ». Il l'assurera tout à fait, lorsque seront tombées aussi les têtes de d'Orléans, de Brissot et de leurs infâmes complices : « Frappezdonc, il est temps... Notre présence entraîne partout la destruction des traîtres et apporte la terreur dans les cœurs les plus modérés. »
Les signatures valent d'être reproduites : « Le commissaire civil délégué par les représentants du peuple, Allard, président ; le commissaire des guerres à la suite de l'armée révolutionnaire, Picot, vice -président, rédacteur; Comps, secrétaire; Privât, commandant de la force armée, signé en son nom ; Benoist Saurine, sans-culotte de Toulouse, fourrier de l'armée, secrétaire de la société. »
270 L'AGONIE DE M AltïE- ANTOINETTE
il n'est pas inutile d'observer qu'en ces régions la décomposition de l'armée révolutionnaire était telle que Carnot « apprenait chaque jour les faits d'indiscipline » dont elle se rendait coupable. Comment, ajoutait-il, « peut-elle déshonorer ses troupes par l'esprit de pillage et de cruauté? » Comment? On vient de le voir : les « triomphes » dont elle se vantait avant tout, c'était « la destruction des traîtres », même « les plus modérés », et la Convention applaudissait.
Les deux autres adresses ariégeoises provenaient de la société populaire de Calamane et de la société républicaine de Foix. Cette dernière disait : « Que la louve autrichienne, cette veuve infâme du tyran, ait subi son sort, eh bien, que de merveilleux à cela? que sa tête n'ait paru au clairvois que neuf mois après lui ! » Suivait un exposé fort juste de la situation et des principes jacobins : « Toutes les sociétés populaires sont autant de corps de garde dont les sentinelles se tiennent par la main ; elles crient : Qui vive ! à tous les passants et s'assurent, avant qu'ils entrent dans le cercle, de la pureté de leurs sentiments montagnards. En attendant de danser la sainte farandole en famille, courage, représentants! vous seul avez le mot d'ordre; animez le tribunal révolutionnaire pour qu'il nous délivre encore de tout individu convaincu du crime du Ça n'ira pas ' / »
Et ça allait ! Et la « sainte farandole » se continuait « en famille » autour du gibet d' «Antoinette ». C'était de l'enthousiasme, car les cris de joie étaient poussés de tous les points de la République « une et indivisible ». La « louve autrichienne » était traquée jusqu'au fond des enfers par les sociétés popu-
1 « Au nom de la société populaire, composée de cent quatrevingts membres. Les membres du bureau : Larroire, président ; Carbon , secrétaire ; Roques, Lacombes.
laires républicaines d'Avignon, de la cité où, deux ans, jour pour jour, avant la mort de la reine, les jacobins avaient entassé dans la tour de la Glacière, « Bastille pontificale, » les corps des victimes de Jourdan Coupe -tcîes ; de Tcrmsson, département de la Dordogne, qui avait fourni neuf régicides sur dix représentants ; de Fécamp, de Barbaste et de Meilhan (Lot-et-Garonne) ; d'IIesdin, la ville où, en 1790, les émissaires des sections parisiennes avaient si vigoureusement appuyé l'insurrection de Royal - Champagne ; d'Evry- sur- Seine (Scineet-Oise); d'Uzès, où catholiques et protestants s'étaient livrés en 1791 de furieux combats ; — par le comité de surveillance de Bellevue-les-Bains, qui s'écriait lyriquement : « Montagne inébranlable, dont la cime rayonnante écrase de son poids immense ces rochers orgueilleux qui ont eu la témérité de lutter avec toi, tu tiens dans tes bras nerveux la destinée du monde entier ; reste donc calme à ton poste comme tu dois l'être,... nos yeux toujours ne seront fermés que quand l'univers dormira * ; » — par la commune de Montlhéry, qui reniait sa glorieuse histoire et apportait « sur l'autel de la patrie », avec son tribu de haine contre la morte, « les effets d'argent de son église, » ces « effets » ayant « trop longtemps servi à entretenir des prestiges d'erreur », L'exemple était suivi par « le conseil général, le comité révolutionnaire et de surveillance, la société populaire de Saint-Cloud », qui venaient déposer sur l'autel sanglant « des hochets, croix d'un ordre vil d'un Capet, appelé autrefois Saint- Louis», des armes, des « ustensiles », calices, ciboires, soleil, croix, dais, chasubles : « Depuis trop longtemps outragés et par ces joujoux et par le despotisme des prêtres, ajoutaient-ils, nous venons vous
1 Suivaient onze signatures.
demander la suppression totale des prêtres pour être remplacés par des instituteurs sages et vertueux. Remarquez, législateurs, que ces prêtres sont autant de sangsues pour la République ! » Saint-Cloud s'appellera désormais Port-de-la- Montagne. Tel était en effet le « port » où, logiquement, de pareilles orgies avaient conduit les sans-culottes.
Les corbeaux au bec crochu arrivaient d'un tribunal ; du tribunal du district de Bergues, séant à Dunkerque, jaloux sans doute des ripailles d'IIerman et de Fouquier-Tinville, ripailles dont ils rongeaient les putrides reliefs ; des municipalités de Pontrieux (Côtes-du-Nord) et d'Orbec ; des districts de Mirande, Guérande, Belle vue, Caudebec.
Un conseil général de département voulait, lui aussi, participer à ces agapes : celui de la Marne, où sévissait le régime ainsi caractérisé par Victor Hugo : « Si la Révolution française a été terrible, la révolution champenoise a été bête. »
Et tous ces oiseaux de proie portaient les mêmes couleurs, la même livrée jacobine de monstrueuse stupidité et d'insatiable goinfrerie : « Si nos ennemis existent encore, — annonçaient les sans-culottes de la commune de Sesevola, ci-devant Saint-Aignan, district de Mamers, département de la Sarthe, — (de la Sarthe, dont le représentant Levasseur avait obtenu de la Convention l'établissement du tribunal criminel extraordinaire destiné à juger sans appel et sans recours tous les traîtres et tous les conspirateurs contre -révolutionnaires *), — si nos ennemis existent encore, les sans-culottes sont là, et le fanal est au sommet de la Montagne ; il lui servira de signe de ralliement. » Et ces bons sans-culottes se vantaient de fêter Marat. Évidemment, la guil-
1 9 mars 1793.
lotinc avait eu raison de faire disparaître Marie- Antoinette d'un pays où l'on élevait maintenant des autels au cœur de Marat !
Le 16 novembre, lors de l'arrestation de Chabot et de Bazire, la litanie lugubre fut reprise par la « société populaire républicaine » de Noyers (Yonne), et les termes changeaient à peine. Avec la même voracité, le carnage appelait toujours des carnages plus plantureux encore : « Le monstre que vomit l'Autriche dans sa fureur pour devenir l'opprobre de son sexe et le fléau de la France vient donc enfin de laisser sa tête altière et hérissée de crimes sur l'échafaud... Justice, législateurs, justice ! promenez encore sur le marais le glaive de la loi ; que les reptiles de toute espèce qui y coassent en disparaissent ou soient réduits à un silence éternel ! » Après les aigles abattus, les simples reptiles : leurs froides... charognes seraient toujours friandes à dépecer !
Le lendemain, ce fut le tour du conseil général de la commune de Poitiers, puis de la société populaire d'Ax : « Enfin, elle est tombée, cette tête altière, chargée de plus de crimes que de cheveux. Entendez les cris de reconnaissance de tous les bons républicains ! Qu'ils sont joyeux de voir dans la tombe infecte la louve autrichienne réunie au tyran français ! Mais le vœu du peuple n'est pas comblé ; le coassement du marais frappe encore ses oreilles. Hâtez-vous, législateurs, de faire jeter dans la même fosse ces crapauds et toute la boue qui les entoure. » C'était, on le voit, très rassurant pour les législateurs-crapauds qui garnissaient encore le marais parlementaire.
Le 20 novembre, tout le côté droit de la Convention fut garni de sapeurs, de canonniers, de sansculottes revêtus des ornements sacerdotaux de
Saint-Germain-des-Prés et dansant au son de la Carmagnole et du Ça ira, faisant ainsi « en un instant, proclama le président, entrer dans le néant dix-huit siècles d'erreur ». Ce jour-là, on donna joâture à la société populaire de la Ferté-Gaucher ; le 22, à la société républicaine de Roanne, au club, à la commune et au conseil général du district de Boulogne-sur-Mer. Tandis que le club dansait la farandole de rigueur autour de la tête de la « louve autrichienne », le district racontait que « la mort d'Antoinette lui avait fait ce plaisir que cause la destruction d'une hyène ». Il est vrai que celle « de Brissot et consorts est un plus grand bienfait encore pour la France ». Voit-on, à cette lecture, s'éclairer l'œil vert de Robespierre, qui, vingt-deux jours auparavant, avait envoyé à l'exécuteur le « reptile » assez osé pour se moquer de ses « divagations »?
Les têtes de Marie-Antoinette et de Brissot furent aussi confondues dans le même panier par la société républicaine d'Oradour-sur-Veyres (Haute-Vienne), qui trouvait presque moyen d'enchérir encore : « Elle est donc tombée, la tête de cette femme anthropophage, de cette Jézabel qui s'était follement flattée d'éteindre le feu de ses passions dans le sang des Français. »
La Haute -Vienne, c'est le département où se trouva un évêque constitutionnel, Gay de Vernon *, capable de prendre la défense de Carrier. C'est aussi le département dont Clédel se plaignit en ces termes au Comité du salut public : « Il y a une infinité de communes qui se trouvent dans l'impossibilité de former leurs municipalités, vu qu'il n'existe pas un homme qui sache lire et écrire 2, » — parmi les sansculottes sans doute. Mais nous n'avons pas besoin
1 II dirigea plus tard, rue de Sèvres, une « maison d'éducation ».
2 22 décembre 179 i.
de témoignages aussi autorisés pour être sûrs que ces individus-là étaient de pâles crétins.
La théorie s'acheva du 24 novembre au 1er décembre. Dans cette queue, signalons la municipalité du « Hâvre-Marat », qui, pour changer, lance l'anathème sur « la nouvelle Médicis » et « la nouvelle Messaline l » ; la société populaire de Chinon ; les administrateurs « renouvelés » du district de Saint-Girons (Ariège2) ; la société républicaine de Mont-de-Marsan 3 ; la société populaire, républicaine et révolutionnaire de Beauvais, « épurée sous les yeux de Levasseur, » autre apologiste de Carrier *. C'est dans cette « société » choisie qu'André Dumont, Y ogre qu'a stigmatisé André Chénier, venait de hurler : « Le poignard d'une main, la torche de l'autre, ce que vous ne pourrez poignarder, il faut l'incendier... Je ferai établir la guillotine en permanence, je ferai prendre les plus forts contribuables c. »
De fait, André Dumont gouverna cette région avec une « énergie » dont il suffit de rappeler quelques traits : « J'ai tendu mon large filet, mandait-il, j'y prends tout mon gibier de guillotine... Les scélérats ne s'attendaient pas à être encagés ; patience, ça ira... » Et d'un coup il « encageait » soixante de ces « scélérats ». Le 22 septembre, il avait supplié ses collègues de « ne pas souffrir plus longtemps que d'infâmes prêtres réfractaires consommassent dans nos maisons d'arrêt la subsis-
1 24 novembre 1793.
2 26 novembre.
'•'> 28 novembre.
4 1er décembre 1793. Les deux dernières adresses contre Marie- Antoinette que nous connaissions sont celles de la société populaire de Caduin et de la société montagnarde de Sauvetat (Gers)
s 22 et 23 octobre 1793
276 l'agonie de marie-axtoinette
tance des pauvres » ; et il demandait « une destination pour les cinq ou six douzaines de ces animaux qui occupaient une place devenue de plus en plus nécessaire pour la réclusion des personnes qu'à chaque instant il faisait arrêter ». Mêlant le grotesque au tragique, il officiait dans les fêtes publiques, affublé de « harnais ecclésiastiques ». Et c'était le même individu qui, pour justifier sa conduite, écrivait patelinement en 1797 : « Tandis qu'on me demandait du sang, j'envoyais de l'encre ; » le même qui plus tard, devenu préfet de Napoléon, recevait 1 de l'évêque d'Arras le billet suivant : « Je n'ai eu qu'à me louer pour moi et pour les prêtres de mon diocèse de toutes les relations que j'ai eues avec vous pendant tout le temps que vous avez été à Arras. »
Réminiscences nécessaires pour bien montrer à quelle catégorie de saltimbanques appartenaient les misérables qui dansaient autour du cadavre de Marie -Antoinette ou qui conduisaient et scandaient de leurs décrets et de leurs claquements de mains cet infernal sabbat. André Dumont avait raison : le sang que la Convention demandait et que, dans sa simrême lâcheté, elle consacrait à ses idoles, fut souvent remplacé par de 1' « encre » ; mais ce sang, et surtout le sang pur d'une reine de France avait enivré ceux qu'elle autorisait si solennellement à s'en abreuver. Le verre rougi à la main, le père Duchesne pouvait triompher : la nation jacobine tout entière était secouée par les hideux hoquets de ses « grandes joies » et de ses « grandes colères ».
I Le 30 juillet 1915,
SOURCES
Pastoors, Histoire de la ville de Cambrai pendant la Révolution, t. II. — Pierre Caron, Papiers des Comités militaires..., 1789 -an IV (Paris, 1912). — Abbé Prévost, Histoire du diocèse de Troyes pendant la Révolution (Troycs, 1909), t. III. — Gustave Gaulhcrot, le Vandalisme jacobin (Paris, Bauchesne, 1914). — Les récits de séances, textes d'adresses et lettres de conventionnels sont tirés du Moniteur, du Procès-verbal imprimé, des Archives parlementaires (t. LXXVII- LXXX , des Archives nationales : AA 53 (lettre de Clédel) ; AFII 179 (lettre de Garnier), 247 (lettre de Lacoste), 254 (rapport de Garnot), G 278 (adresse de Cambrai) et 280 (adresses de Saint-Florentin et de l'Ariège), F~6712 (lettre de GuiTroy).
LE CHATIME^iT DU PERE DUCHESTsE
Sommaire. — « Que l'aristocratie est dure à tuer!... » — Hébert et Robespierre. — La « clique » du Père Duchesne.
— Les maladresses d'Hébert. — La Convention devant la guillotine. — Discours de Robespierre sur la Vertu et sur « la Justice, prompte, sévère, inflexible » (15 février 1793).
— Accusé de royalisme! — La culpabilité selon Saint- Just.
— L'enfer et le ciel. — Le vide se fait autour d'Hébert. — « Traître à la patrie. » — L'arrestation (14-15 mars). — « Sensation délicieuse. » — « Cet Hébert, quel coquin! » — Crédulité populaire. — La Commune félicite la Convention (17 mars ; les sections flétrissent « les monstres » du jour.
— Fouquier-Tinville se surpasse. — Le « mouton » Labourcau.
— Hébert dans sa prison. — La Jaqueline et Lucile Desmoulins. — Au tribunal révolutionnaire : les « grimaces » du porc Duchesne. — C'est « un sot »! — On embrasse le « mouton ». — Hébert fond en larmes. — Ses hallucinations.
— Est -il bien content, le Père Duchesne ? » — La dernière farce de Camille Desmoulins. — Hébert hissé sur la guillotine. — Dans le « vis-à-vis ». — Justice immanente.
Puisque c'est Hébert qui, plus que tout autre, s'était accroché, de ses serres empoisonnées, à l'âme, au cœur, au corps, au cadavre même de Marie-Antoinette, il convient de le suivre maintenant jusqu'au châtiment.
On lit dans le dernier numéro du Père Duchesne : « Que l'aristocratie est dure à tuer!... Pourquoi, quand les patriotes sont en train de frapper, n'exter-
minent-ils pas à la fois tous leurs ennemis? » Il eût fallu tout massacrer, le 10 août ! « Que tous les sans-culottes se rallient donc pour délivrer la République de tous les traîtres qui conspirent contre la liberté... Jurons donc la mort des modérés, comme celle des royalistes et des aristocrates. De l'union, du courage, de la constance, et tous nos ennemis seront a quia. »
Cette « grande colère contre les modérés » était conforme à la politique de Robespierre. C'est comme « modéré » qu'il frappera bientôt Danton ; et Saint- Just, son « ange exterminateur », s'était exprimé plus élégamment, mais aussi vigoureusement, que vient de le faire Hébert lorsqu'il avait proclamé 1, deux semaines avant l'arrestation de F « enragé », ce grand principe : « Ce qui constitue une république, c'est la destruction de ce qui lui est opposé. » Il en avait, d'ailleurs, tiré aussitôt cette logique conséquence : « C'est un signe éclatant de trahison que la pitié que l'on fait paraître pour le crime dans une république qui ne peut être assise que sur l'inflexibilité. »
Mais « l'inflexibilité » de Robespierre s'assouplissait à tous les souffles de son ambition, devant toutes les exigences de cette idole personnelle, la seule, au fond, comme l'observait Gouverneur Morris \ à laquelle ce « puritain » sacrifiât. Hébert gênait cette ombrageuse ambition. Au club des Cordeliers, rival du club des Jacobins où dominait Y Incorruptible, il avait osé 3 maudire une faction dont le chef avait voulu « sauver les complices de Brissot », et nul n'ignorait qui désignait ce chef. La « clique » du Père Duchesne constituait, elle aussi, dans le tout Paris sans-
1 Le 2 G février.
- Lettre du 10 avril 1794.
3 Le i mars.
culotte, une « claque » puissante, et Robespierre enviait cette popularité : « Hébert, insinuait-il vertueusement aux Jacobins, s'occupe trop de lui-même et veut que tout le monde ait les yeux sur lui ; il ne pense pas assez à l'intérêt national. » L'intérêt national ! On sait avec qui le rival le confondait. Hébert brisé, Robespierre se rendrait vite maître de la Commune de Paris, point d'appui qui lui manquait pour consolider sa dictature, — une dictature sublimisée par cette croyance à 1' « Être suprême » et à Y « immortalité de l'âme ». que le Père Duchés ne avait si maladroitement galvaudée.
Un maladroit ! C'était peut-être cela surtout qu'il lui reprochait d'être, lui le profond tacticien de la démocratie. Le 10 janvier 1794, Hébert avait fait placarder dans Paris l'historique et la justification des subventions officielles accordées aux journaux « patriotes » par le conseil exécutif. C'était de la franchise de la part d'un homme dont la feuille, selon le mot de Barras, était « envoyée par torrents à toutes les armées » ; mais n'était-ce pas aussi une dangereuse imprudence? Comme s'il était utile de confier au peuple ces secrets d'Etat, au peuple que nul sans doute ne méprisa jamais autant que le raffiné Robespierre !
Le 21 janvier 1791, les hébertistes, pour fêter avec plus de relief l'anniversaire de la juste mort du « tyran », firent décréter par la Convention qu'elle se rendrait à la place de la Révolution au pied de l'arbre sacré de la Liberté. Et certes elle n'aurait pu se refuser à cet acte de dévotion « patriotique ». A peine fut-elle parvenue devant la guillotine, que quatre têtes tombèrent sous ses yeux... Cela aussi, c'était « patriotique » ! Sans compter qu'il n'était pas mauvais que l'Assemblée glissât, pour tout de bon, dans son sang. Mais justement cette leçon de
chose était inconcevante par sa trop oppportune brutalité, et le lendemain Bourdon (de l'Oise), — alors robespierriste, — protesta contre un système d'avilissement propre « à faire regarder la représentation nationale comme un composé de cannibales ».
Le 15 février, Robespierre prononça son fameux discours sur la « Vertu..., principe fondamental de tout gouvernement démocratique et populaire ». Le tortueux rhéteur ajoutait aussitôt que la vertu n'était puissante que par la Terreur, la Terreur qui « n'est autre chose que la Justice prompte, sévère, inflexible ». Et c'est au nom de cette « Vertu » et de cette « Justice », si bien incarnées en sa personne, qu'il condamnait les hommes cherchant à faire de la liberté une « prostituée » et « aimant mieux user cent bonnets rouges que de faire une bonne action ». Hébert était personnellement visé par ces mots, qui anathématisaient les maximes favorites du Père Duchesnc : « Un de leurs principes est qu'il ne faut compter pour rien les hommes, principe d'origine royaliste qui veut dire qu'il faut leur abandonner les amis de la liberté. » Le père Duehesne accusé de royalisme, quelle drôlerie ! Mais pourquoi, aussi, n'avait-il pas compté avec Robespierre?...
Le 20 février, le jeune Saint-Just compléta le réquisitoire par ce génial pot-pourri : « On est coupable contre la République parce qu'on s'apitoie sur les détenus; on est coupable parce qu'on ne veut pas de la vertu, — (reconnais-toi, Hébert !), — on est coupable parce qu'on ne veut pas de la Terreur. » Et pour que rien ne manquât à la phraséologie de ces comédiens qui savaient allier, de façon inimitable, le grotesque au sinistre, le cul-de- jatte Couthon, qu'on appela, malgré ses infirmités, la Panthère, Couthon s'écria : « Si l'enfer est contre nous, le ciel est pour nous, et le ciel est maître de l'enfer. » Ainsi voué à tous les diables du... ciel robespierriste,
Hébert était perdu. Certes, il ne représentait pas la vertu î Mais il n'est, pour saisir les arguments de ses adversaires, que de s'entendre sur les mots. L'intéressant ici était de constater que s'il allait être appelé à expier ses crimes, leur juste appréciation n'entrait pour rien dans les raisons qu'avaient ses complices de s'en débarrasser. En d'autres termes, il faudrait ne pas connaître l'histoire de la Révolution pour faire un mérite à Robespierre d'avoir terrassé Hébert, et il conviendrait d'estimer de même tous les jeux de massacres mutuels dont la Convention fut le théâtre. La seule justice dont ils furent, malgré tout, empreints, est la « justice immanente », — cette vengeance de Dieu.
Le premier châtiment d'Hébert fut de se voir renié par ses meilleurs alliés de la veille, nous ne disons pas par ses meilleurs amis, car un pareil individu ne pouvait avoir d'amis.
Fouché et Billaud-Varennes, flairant pour lui la guillotine, s'en écartèrent. Collot-d'Herbois, qui préférait le ciel à l'enfer, le ciel où il venait de faire entrer Carrier lui-même, ameuta contre lui le club des Jacobins. La Commune, où Hébert pourtant tenait encore le sceptre, accueillit avec une prudente réserve la proclamation par laquelle, le 6 mars, les séides de la section Marat, — l'un des bourgs-pourris hébertistes, — déclarèrent « qu'ils resteraient debout jusqu'à ce que les assassins du peuple fussent exterminés et qu'ils allaient voiler la Déclaration des Droits de l'homme jusqu'à ce que la punition des ennemis du peuple eût ramené la liberté, le calme et l'abondance ». Le peuple luimême ne voulut plus soutenir Hébert contre ses « assassins » et ses affameurs ; et les « observateurs » de Robespierre rapportèrent que dans la rue « on disait que les actions d'Hébert, Ronsin et Vincent
avaient beaucoup baissé ». Enfin Hanriot, le massacreur de Septembre et l'insurgé du 31 mai, exécuta en personne le décret du 13 mars : « Sont déclarés traîtres à la patrie et seront punis comme tels ceux qui seront convaincus d'avoir, de quelque manière que ce soit, favorisé dans la République le plan de corruption des citoyens, la subversion du pouvoir et de l'esprit public;... ceux qui auront introduit des armes dans Paris dans le dessein d'assassiner le peuple et la liberté ; ceux qui auraient tenté d'ébranler ou d'altérer la forme du gouvernement républicain. »
Sous le poids de ces grands mots, — fourreau ordinaire du triangle d'acier, — le père Duchesne fut écrasé. Ce misérable stercoraire n'avait, d'ailleurs, jamais eu d'autre puissance que celle de sa plume : une fois cet instrument brisé, on vit bien qu'il n'en restait rien. C'est alors que Billaud-Varennes stigmatisa aux Jacobins ces hommes qui « étaient montés aux premières loges », tandis qu' « ils n'étaient ci-devant que des ouvreurs de loges ».
Hébert fut arrêté chez lui dans la nuit du 14 au 15 mars, ainsi que Momoro, Ronsin, « son général; » Vincent, Clootz, F « Ami du genre humain » ; Fabre d'Églantinc et Chabot ; puis Chaume tte et Gobel, — Gobel, l'evêque constitutionnel de Paris, le « valet » du peuple, l'esclave de la « Raison », accusé d' « athéisme » !
« Impossible, dit un rapport, d'imaginer la sensation délicieuse que fait l'arrestation de Vincent, Maillard, Ronsin. » Sensation d'autant plus * délicieuse », qu'on crut d'abord que tous les terroristes, y compris naturellement Robespierre, allaient y passer, et que déjà « une foule prodigieuse » de citoyens affluait à la place de la Révolution pour y voir ce dernier expier ses forfaits. C'était un peu prématuré; mais, lorsqu'on apprit qu'il ne s'agissait encore que
28 i< L'AGONIE DE MARIE-ANTOINETTE
des hébertistes, on fut tout de même content de la fournée, et les plus compromis s'empressèrent de brûler ce que la veille ils adoraient. « A la section des Lombards, les femmes disaient qu'elles n'avaient jamais eu confiance dans Hébert, et qu'elles le verraient avec grand plaisir aller au supplice. » A la section du Temple, on applaudissait au discours de Saint- Just : « Cet Hébert, quel coquin » ! A la Courtiilo, on s'écriait : « Qui l'aurait cru, qu'Hébert fût un scélérat comme Pétion ! » « On plaisantait sur la grande colère du père Duchesne dans sa prison. » Hébert, disait-on, ne mangeait pas même son pain ; il n'avait besoin que d'une chopine de vin ; et l'on ajoutait : « La Terreur punit déjà le traître dans sa prison. » L'on rapportait aussi que toutes « les fenêtres de la rue Saint -Honoré étaient déjà louées » pour voir passer la charrette.
Le 16 mars, aux Jacobins, Robespierre, hier souffreteux, aujourd'hui ragaillardi, avait beau jeu : « La section Bonne-Nouvelle, égarée par les scélérats, a été l'organe de l'intrigue. Hébert disait, il y a quelque temps, que tout commerce était un despotisme,... un crime... Voilà quel était le but de nos ennemis ; en détruisant le commerce, ils voulaient affamer le peuple et le ramener à la servitude par la faim ! » Rassurés, les commerçants bénissaient le « conservateur » Robespierre et le Comité de salut public; l'arrestation d'Hébert, répétait-on sur les marchés, « a prévalu les malheurs qui nous menacent. » La crédulité populaire n'cst-elle pas insondable?
La « clique » des Cordeliers était elle-même désemparer : n'étaient-ce pas des femmes qui étaient payées pour y applaudir Hébert et ses affiliés? Et l'on finit, là aussi, par se porter vers l'éehafaud '.
1 Scaneo du 22 mars.
L'àGONIX DE MAIOE-ANTOINETTE 285
Tous ces opportuns revirements aboutirent, comme de juste, à la tribune de la Convention. Le 17 mars, la Commune de Paris, quoique décapitée, donna l'exemple de la palinodie : « Les conspirateurs sont arrêtés, déclara sans sourciller son orateur ; leurs complices sont mis en sûreté. Nous nous présentons devant vous pour vous féliciter de la surveillance active que vous mettez à déjouer les manœuvres des ennemis de la chose publique. » A la voix de Couthon, annonçant la mise en jugement, « la salle retentit des cris de : Vive la République ! » Et, dans cette même salle où, trois mois auparavant, les « sections » populaires, participant longuement aux « grandes joies » du père Duchesne, déchiquetaient à l'envi le cadavre de Marie- Antoinette, les sections arrivaient pour se féliciter du supplice d'Hébert : « Des monstres, disait l'une d'elles, couverts' du masque imposteur du patriotisme et comblés des bienfaits du peuple, méditaient dans l'ombre les moyens de le dégrader et de l'avilir... Grâces te soient rendues, sainte Montagne!... Encore une trahison déjouée i ». De nouvelles bandes de corbeaux se hâtaient, tournoyantes, de tous les coins de l'horizon jacobin. Il en venait en particulier d'Alençon, la ville natale d'Hébert : « Un Hébert s'était attaché au peuple pour l'assassiner. Cette commune a eu le malheur de le voir naître ; que la place de la Révolution, à Paris, voie bientôt se terminer son infâme carrière 2. » En vérité, existc-t-il, dans les drames de Shakespeare, rien d'aussi puissamment tragique que ces scènes du drame jacobin?
L'adresse d'Alençon arrivait le lendemain de l'exécution,
1 20 mars, 8 25 mûrs.
Fouquier-Tin ville, — dont le Moniteur reproduisit tout au long, comme pour Marie-Antoinette, le réquisitoire, — Fouquier-Tinville, exécuteur fidèle des vues de Robespierre, s'était surpassé. De l'acte d'accusation il n'y a rien à retenir, sinon que tous les arguments, même les plus grotesques, semblaient bons au tribunal révolutionnaire : Hébert méritait la mort, mais pour avoir trempé, avec des généraux et des banquiers étrangers, dans une conjuration contre-révolutionnaire dont le gouvernement anglais, dont « Pitt et Cobourg », alliés de l'Europe coalisée, étaient les chefs ! Un seul fait suffit à nous édifier : parmi les vingt « accusés » se trouvait un certain Laboureau, étudiant en médecine de quarante et un ans, qui n'était autre qu'un « mouton » de Robespierre. Emprisonné avec les détenus pour qu'il les fît parler et vît si par hasard le « complot » avait quelque apparence de réalité, cet espion ne put rien constater d'intéressant dans son rapport, sinon la crânerie plastronnante de Ronsin et l'abattement d'Hébert : « Hébert n'a rien dit qui portât caractère, observe Laboureau ; il a paru faible, embarrassé ; et la dernière nuit, dans la prison, il a eu un accès de désespoir. »
Parmi les vingt « conjurés » se trouvait aussi une femme, Mme Quétineau, veuve du général (guillotiné huit jours avant) : pourquoi dans cette fournée? Elle avait été simplement oubliée dans l'acte d'accusation ! Quand même condamnée à mort, elle obtint un sursis pour cause de grossesse. La femme d'Hébert, arrêtée comme complice de son mari, invoqua la même exception ; mais sa déclaration fut reconnue fausse, et elle dut escalader la charrette qui emportait aussi Lucile Desmoulins, — Lucile Desmoulins ! alors que Camille avait précisément fondé son Vieux Cordelier pour lancer contre Hébert le plus vigoureux des réquisitoires qu'ait produit
la presse révolutionnaire : « Ne sais-tu pas, Hébert, avait dit Camille, — et si nous citons ici ces lignes éloquentes, c'est qu'elles seules, à cette époque, s'opposèrent avec quelque noblesse aux ordures du Père Duchesnc, — ne sais-tu pas que lorsque les tyrans de l'Europe veulent faire croire à leurs esclaves que la France est couverte des ténèbres de la barbarie, que Paris, cette ville si vantée par son atticisme et son goût, est peuplée de vandales ; ne sais-tu pas, malheureux, que ce sont des lambeaux de tes feuilles qu'ils insèrent dans leurs gazettes,... comme si tes saletés étaient celles de la nation, comme si un égoût de Paris était la Seine !... C'est ce vil flagorneur aux gages de deux cent mille livres qui me reprochera les quatre mille livres de rente de ma femme ! Cet homme, rayé de la liste des garçons de théâtre pour vol; cet écrivain des charniers sera le régulateur de l'opinion, le mentor du peuple français ! » Et Camille empoignait au collet ce misérable, qui, « pour s'étourdir sur ses remords et ses calomnies, a besoin de se procurer une ivresse plus forte que celle du vin et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine 1 ». Robespierre, d'ailleurs, dénonçait alors en Camille Desmoulins, « couvert d'ignominie », F « organe d'une fraction scélérate qui avait emprunté sa plume pour distiller son poison ».
Pour en finir avec la Jacqueline du Père Duchesne, notons qu'au moment où elle fut appréhendée, elle portait « plus de six mille francs de dentelles sur la tête ».
Suivons le père Duchesne au tribunal, dont « les grimaces » des victimes l'avaient si souvent mis en joie.
1 Décembre 1703.
'288 l/AGONIE DE MARTE-ANTOINETTE
Lorsque, le 21 mars, il vint y occuper le fauteuil du principal accusé, « dix mois de prison, rapporte un témoin, ne l'auf aient pas plus changé. » Le peuple se pressait pour contempler sa mine déconfite; la poussée vers le prétoire brisa même les piques de la garde et écrasa des femmes. La femme Dubois, imprimeur, accusa de vol son ancien client. On lui reprocha les splendides festins qu'il faisait, avec sa Jacqueline, Vincent et Ronsin, chez le banquier de Kock. Le président Dumas lui demanda : « Est-ce votre désintéressement qui vous a fait recevoir cent mille livres de la trésorerie nationale pour remplir une mission dont les patriotes se sont acquittés pour rien? » A de pareilles questions, Momoro opposait de vertes réponses : « Qui es-tu, toi qui m'interroges? » Mais Hébert ne répondait que « oui » ou « non », et apparaissait, non pour « un homme d'esprit », mais pour ce qu'il était, « pour un sot. » Il montra cependant quelque à -propos lorsqu'il observa que c'était le gouvernement qui approuvait et « soudoyait » sa feuille; qu'en conséquence « on ne pouvait lui imputer à crime ce qu'on regardait alors comme avantageux pour la République ».
Seuls, continuaient à faire espérer son acquittement les claqueurs de sections à quarante sols.
Le quatrième jour, le président jugea le moment venu de clore les débats et traita les prévenus « d'infâmes, de brigands, de traîtres, d'instruments méprisables, d'âme viles, d'assassins, de bourreaux, de barbares, d'hypocrites, d'égorgeurs, de parricides, d'affameurs, de féroces esclaves, d'usurpateurs, d'agents des tyrans, de valets de l'étranger, de faux patriotes et de royalistes ». Le jury se déclara suffisamment éclairé, et, dispensant les défenseurs de plaider une cause perdue, entra dans la salle de ses délibérations.
Deux heures après on annonçait son verdict ;
la mort ! La mort, l'abattoir, sauf, bien entendu, pour le « mouton » Laboureau, qui fut embrassé par le gendarme de garde, reçut l'accolade fraternelle du président, des juges, des jurés, et alla se placer sur l'estrade à côté du président : « La justice, s'écria Dumas, voit avec plaisir l'innocence s'asseoir à ses côtés ! » Et cette scène attendrissante se reproduisit, le surlendemain, au club des Jacobins : « Citoyens, bêla en personne l'innocent mouton, vous voyez une nouvelle preuve de la justice du tribunal révolutionnaire... » La tragédie tournait à la farce ! Hébert entendit l'arrêt, le visage livide, le front glacé de sueur. Son regard fixe était voilé de larmes. Les gendarmes durent l'emporter. La Gazette française flétrit « le caractère vil et bas montré par lui pendant toute la durée du procès ». La précédente nuit, rapporte Campardon, « il avait eu de violents accès de désespoir et des hallucinations affreuses. L'échafaud se dressait devant ses yeux ; il se voyait lié à la planche fatale ; il attendait le moment où le couteau allait frapper. Cet horrible cauchemar lui fit perdre un instant la raison ; il s'adressait à ceux qui le gardaient : « Voyez- vous les assassins ! s'écriait-il ; ils viennent pour me lier ! Les voilà ! ils viennent pour me saisir! Au secours! au secours! défendez-moi ! » Ronsin avait cependant cherché à le consoler, lui et ses camarades : « Soyez tranquilles, le temps vous vengera ; le peuple victimera les juges et fera justice de votre mort. J'ai un enfant que j'ai adopté ; je lui ai inculqué les principes d'une liberté illimitée; quand il sera grand..., il poignardera ceux qui nous auront fait mourir; il ne faut pour cela qu'un couteau de deux sous. Le parti qui vous envoie à la mort y marchera à son tour, et ce ne sera pas long K » Hébert songea- t-il
1 Rapport de Laboureau.
alors à l'enfant du Temple, qu'il avait, lui aussi, « adopté »?
L'horrible rêve se réalisa au soir tombant du 4 germinal (24 mars 1794), vers 5 heures et demie. Paris était en fête : « J'illuminerais, disait un patriote, si la chandelle n'était pas si rare. » Dans les rues, on hurlait joyeusement l'arrestation de « la Jacqueline », et la foule goguenarde répétait : « Est-il bien content aujourd'hui, le père Duchesne, de voir que l'on purge les aristocrates? » « C'est ainsi, notait un observateur, que le peuple, mêlant l'ironie à la fureur contre celui qui l'amusait tant, se sert des propres expressions et des sentiments qu'il montrait dans sa feuille pour appeler sur sa tête la vengeance nationale et lui rend son châtiment plus amer. » Quelles réflexions devaient hanter Robespierre, à la lecture de pareils rapports !
Avant d'être hissé, plus mort que vif, dans l'une des trois charrettes « aux mille croisées », Hébert ne put achever la dernière demi-bouteille de vin qu'on lui offrit. Seul Ronsin ne « broncha » point, et le Prussien Anacharsis Clootz, — l'idéologue qui jadis avait engagé nos soldats à jeter bas leurs armes en face de l'armée allemande et à les aborder les bras ouverts, en dansant une bonne Carmagnole, — Clootz adjura la foule de ne point le confondre avec ce « vil coquin ». Au cachot, le richissime baron avait, du reste, calmé déjà les invectives de ses compagnons en leur rappelant le fameux apologue :
Je rêvais cette nuit que, de mal consumé, Côte à côte d'un gueux on m'avait inhumé...
En cours de route, le facétieux Camille avait préparé, dit Prudhomme, un amusant intermède : deux hommes, sortant à point de l'obscur passage du théâtre de la Cité, s'avançaient avec des piques
coiffées de « fourneaux », les fourneaux du père Duchesne ; et les quolibets de la foule de redoubler. Patience! quatorze jours après, ce sera au tour de Camille Desmoulins de marcher, avec Danton et consorts, vers le « rasoir national » ; puis, quatre mois après, au tour de Robespierre.
Place de la Révolution, il fallut descendre Hébert de sa charrette et le hisser, cadavéreux, sur la guillotine.
« Maître Samson » le coucha, le lia sur la planche, puis le laissa quelques secondes avant de faire jouer le déclic, le temps de revivre, en cet instant suprême, ses « grandes joies » et ses « grandes colères » ; le temps de compter les têtes qu'il avait encerclées de ce « vis-à-vis »; le temps, peut-être, de voir voltiger les chapeaux et les bonnets rouges qui, semblables à des oiseaux de proie, attendaient sa tête pour fêter sa mort.
L'éclair de l'acier trancha cette tête, qui fut brandie au-dessus du peuple et accueillie par les cris ordinaires de : Vive la République !
Hébert fut, avec son complice Momoro, le dernier décapité qu'on inhuma au cimetière de la Madeleine, auprès des restes de Marie-Antoinette.
N'est-il pas permis de voir aussi, dans ce rapprochement funèbre, l'un des coups épouvantables de la vengeance de Dieu?
SOURCES
Le Père Duchesne, n° 355. — Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. II. — Thiers , Histoire de la Révolution française, t. V. — Gazette française, n° 815. — Ouvrages cités de d'Estrée, Madelin, Lenôtre (Tribunal révolutionnaire), Dauban (Paris en 1794), Wallon, Campardon , Aulard (Jacobins) , Bûchez et Roux. — Le Moniteur. — Archives nationales, F"36883 (Rapport de police sur l'arrestation de Vincent, Maillard et Ronsin) ; F74435 (Papiers trouvés chez Robespierre).