RÉPONSE A QUELQUES CRITIQUES
A M. LB RÉDACTEUR OË l'aSSEMBLÉE KIAT10X4ALE*
Paris, 16 juin 1857.
J'arrive à Paris, Monsieur, après une absence de deux mois^ nécessitée par un malheur de famille, et J'apprends en arrivant que ma dernière communication à l'Académie des sciences morales et politiques, sur les résultats du dénombrement de 1856^ dont j'ai reproduit les principaux traits dans la Revue des Deux Mondes du i*' avril, a soulevé une assez vive polémique. Permettez-moi, bien qu'il soit un peu tard, de répondre quelques mots à ces attaques.
On. m'a accusé d'avoir fait une oeuvre de parti : on ne pouvait me faire de reproche qui me fût plus sensible. Je déteste Texagération, Tesprit d'opposition, tous ces abus qui nous ont fait tant de mal et qui ont fini par ruiner en France la liberté de discussion. Si j'étais tombé dans ces déplorables écarts, après en avoir tant souffert, je ne me le pardonnerais pas; heureusement, ma conscience me rend un autre témoignage. Chargé par l'Académie d'une
SS4 L'AGRIGOLTimK ET LA POPULATION.
sorte ircnquéte sur la condition des classes rurales, j'aurais manqué à mon devoir^ si j'avais négligé de lui signaler les feits révélés parle dernier dénombrement. Placé à un point de vue tout économique, j ai cherché la vérité dans sa nuance la plus précise et la plus exacte, et si je ne suis pas parvenu à la trouver, c'est la faute de mes lumières, ce n est pas celle de mes intentions.
Parmi les critiques dont j'ai été l'objet, il en est une qui m'a, je Tavoue, un peu surpris, c'est celle de M. Legoyt, chef de la statistique générale au ministère de l'agriculture et du commerce. Nul ne peut se flatter de connaître les chitl'res officiels aussi bien que M. Legoyt, qui les fait, et nous ne savons guère, en fait de statistique nationale, que ce qu'il veut bien nous apprendre. Non-seulement j'avais dû lui emprunter la plupart des chiffres dont je nçi'étais servi, et qui prennent, en sortant de ses mains, un caracteve authentique , mais j'avais cru en tirer des conclusions fort analogues à celles qu'il en tirait lui-même:
J'ouvre ï Annuaire de l'économie politique pour 1857, et j'y trouve, dans un article signé de M. Legoyt, les paroles suivantes à propos du mouvement de la population en 1854 : Le fait le plus remarquable de cette année est l'excédant comidéraàle des décès sur les naissances: ee fait se pnh duit en Fiance pour la première fois depuis r)4 ans; trois causes ont concouru à ce résultat affligeant : i° le choléra ; S** les pertes subies par noire armée et notre flatte dans la guerre d'Orient; 3° la cherté. Telle est l'opinion de M. Legoyt, telle est aussi la mienne ; nous pensons paiement l'un et l'autre que ce fait est aussi nouveau qu'affligeant, plus nouveau encore pour M. Legoyt que pour moi, car
niPONSS A QUELQUES GBITIQUE8.
je ne tais remonter l'équivalent qu'à 1814, et nous ne sommes pas moins dVxM>rd sur les causes.
Nous ne différons que sur un point, l'analyse des causes spéciales qui ont produit la cherté : M. Legoyt n'en voit qu'une, les intempéries; moi, j'en vois deux, les intempéries d'abord, et ensuite le déplacement d'hommes et de capitaux amené par un accroissement considérable et subit des dépenses publiques. Je comprends la discussion sur ce point, mais sur ce point seulement, et à condition que la question sera posée dans ses véritables termes. Il semble aujourd'hui, en lisant mes critiques, que Tunique cause des fidts affligeants que nous avons déplorés, M. Legoyt et moi, soit à mes yeux le déplacement ; c'est une erreur matérielle, je Tai signalé comme une des causes de la cherté, non comme la seule.
Je demande la permission de citer les termes mêmes dont je ÂG suis servi : a La diminution de production, qui a été l'effet naturel des eircanstanees atmosphériques ^ aurait certainement suffi pour exercer une action sur la population ; un concours particulier de circonstances a achevé de Vaggraver. Au moment où l'sigrîculture avait le plus besoin de toutes ses ressources pour lutter contre l'inlluence funeste des saisons, elle s'est vue privée à la fois de bras et de capitaux par la guerre et par le luxe. » Voilà ce que je maintiens, ni plus ni moins ; le mal vient avant tout des intempéries, la guerre et le luxe l'ont aggravé.
M. Legoyt qui, dans plusieurs publications antérieures, avait appelé la disette et la misère par leur nom, est pris aujourd'hui d'un tel accès d'optimisme qu'il va jusqu'à nier la diminution de la production agricole dans ces dernières aimées. Je ne m'arrêterai pas longtemps à discuter avec lui
ddC L'AGaiCtLTUIIB ET LA POlfliLATION.
cette question ; les faits sont lualheureusenient trop évidents pour qu'il puisse les obscurcir après les avoir constatés. Quelles que soient les causes^ et, encore un coup, nous sommes d'accord sur ia principale, le mauvais temps, le déficit des récoltes depuis quatre ans, en céréales^ vins, soies, pommes de terre et fourrages, ne se démontre que trop par lui-même ; si la statistique dit mainteaant le contraire, fen suis CIché pour la statistique.
Je veux seulement faire observer à M. Legoyt que le principal argument dont il se sert n'a rien de péremptoire. Ce qui prouve, dit-il, que la production agricole n'a pas diminué depuis quatre ans, c'est que l'étendue cultivée en froment s'est accrue. Je n'ai aucun moyen de contrôler les chiffres qu'il donne à ce sujet ; je suis forcé de les accepter sur parole, comme tous ceux qui émanent de lui ; mais en admettant qu'ils soient vrais, ce dont je ne doute pas, ils ne prouvent rien. Ce n'est pas ce qu'on sème qui importe, c'est ce qu'on récolte. Nous n'avons jamais péché en France par l'étendue cultivée, mais par le rendement moyen, et tous les agronomes sont unanimes pour conseiller de diminuer plutôt l'étendue afin d'augmenter le rendement. Au lieu d'être toujours un signe de progrès, l'extension des emblavures peut donc être un signe du contraire.
Il est vrai que, selon M. Legoyt, le rendement s'est accru aussi. « Nous croyons, dit-il, rester au-dessous de la vérité, en évaluant cet accroissement de 10 hectolitres 50 en 1821 à 14 hectolitres en 1856. » 11 y a là une confusion qui m'étonne de la part d'un esprit aussi exact ; que le réndement moyen des terres se soit accru, en général, ' * depuis 1821, c'est ce que je n'ai pas contesté, mais qu'il se soit accru spécialement depuis quatre ans, c'est insoute-
RÉPONSE A (^L£Li^l£S GRlTll^UËS. 33 7
nable^ puisque ces aimées ont été des années de disette et de mauvaise récolte .
Je lis dans un article publié par M. Legoyt dans le Journal des Économistes du mois de mars dernier: « En 1855, par suite de Taggravation de la cherté^ nous n'hésitons pas à porter à 80^000 la mortalité due à m ravages. i> Or^ que peut-on entendre par les ravages de la cherté, si ce n'est le déficit de subsistances résultant d'une diminution de production? Et un peu plus loin : a Le principal mobile des déplacements que nous étudions, c'est la misère, ce sont les souffrances résultant de cette cherté persistante* Les départements agricoles ont dû faire et ont fait, en effet, les pertes les plus sensibles, car, en cas de déficit de récolte, cette ressource unique de leurs habitants, l'expatriation devient pour eux une impitoyable nécessité. » Est-ce moi qui parle ainsi ? Non, c'est M. Legoyt. Même dans le travail auquel je réponds, il lui échappe à tout moment des mots tels que ceux-ci : Insuffisance dejrécolte, crise des suàsistances, etc.
Le déficit de récolte, depuis 4853, une fois établi, et, en vérité, on perdrait son temps à le contester, la seule question est de savoir si la dérivation d'hommes et de capitaux produite par la guerre et par le luxe y a été pour quelque chose. Pour la guerre du moins, le fait est évident. M. Legoyt ne me chicane que sur la proportion. Il ne veut pas que la guerre d'Orient ait 6oûté 400,000 hommes à la France : l'administration de la guerre n'a, dit-il, déclaré qu'une perte de 70,000; soit. Je n'insisterai pas sur ce point délicat ; 70,000 hommes dans la force de l'âge, c'est déjà bien assez pour faire un vide sensible dans les champs et dans les ateliers. Outre ceux qui sont morts, combien
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338 l'aGRICLLIURE ET LA POPULATION.
ont été enlevés à leurs travaux ordinaires pour passer sous
les drapeaux ! Je ne fixe aucun chiffre^ de peur de m'expo- 'ser encore à des dénégations queje ne pourrais discuter^ foute de preuves; chacun en pensera ce qu'il voudra.
L'honorable chef du bureau de statistique n'est pas de mon avis sur les conséquences de la concentration excessive des dépenses publiques ; mais alors comment explique-t-U ce fait si frappant que Paris ait gagné démesurément quand le reste de la France a perdu ? On comprend que la tête grossisse quand le corps s'accroit en propor- . tion ; mais que la tète s'enfle ainsi tout d'un coup quand le corps entier diminue^ voilà qui ne s'accorde guère avec les lois ordinaires de la physiologie. C'est Tesprit de partie dit-on, qui me fait voir ce contraste anormal ; on ne songe pas que je ne suis pas le seul à le signaler. Les conseils généraux^ qui ont exprimé à ce sujets en termes si mesurés mais si nets, les appréhensions et les doléances de leurs départements, sont-iis donc inspirés par l'esprit de parti (1) ? Il faut bien que le gouvernement ait fini par s'en préoccuper, sll est vrai, comme on Passuve, qu'une circulafa^ récente de M. le ministre de l'intérieur prescrive d'être fort sobre à l'avenir de paàse-ports] aux ouvriers de province pour Paris ; je n'examine pas la valeur du remède, je dis qu'il atteste le mal.
M. Legoytarecoursàun moyen fi>rt connu pourmedonnertort; il aft'ecte de me regarder comme l'ennemi systématique de la capitale, et il examinegravement cequiarrive^ lût si Paris était anéanti. On me permettra de ne pas prendie au sérieux cette manière de discuter. Quand Paris ne se
(1) Voir la note G à la liii du vuliime.
RiraHSB À QUBLOWS CRlTfQmS* 389
serait pas précisément accru de 300>000 âmes depuis iSKi,
il n'aurait pas, je suppose, cessé d'exister. M. Legoyt affirme que cette agglomératioa provient en grande partie d'étrangers et non de Français ; ce serait bien pis si c'était vrai, car une capitale où grossirait à ce point l'élément étranger serait une anomalie de plus; mais cette assertion doit être fort exagérée. Je ne conteste pas qu'il ne vienne à Paris beaucoup d'étrangers; s'il n'y venait pas encore plus de nationaux^ que seraient devenus les habitants nombreux qu'ont perdus cinquante-quatre départements?
(( Rien ne prouve, ajoute M. Legoyt, que ces 300,000 individus aient été enlevés à la culture ; ce sont des ou* vriers, non des laboureurs. » A quoi je réponds toujours par la même question: si les campagnes ne les ont pas fournis, d'où vient qu'ils manquent dans les campagnes ? Que ce ne soient pas précisément les mêmes qui s'en vont d'un côté et qui affluent de Tautre, peu importe ; si les ouvriers des petites villes sont venus dans les grandes et surtout à Paris, il faut qu'ils aient été remplacés dans le lieu cpi'ils ont quitté, puisque la population de toutes les villes s'est accrue, et par qui ont-ils pu Tètre, si ce n'est par des ouvriers ruraux, puisque la population des campagnes a diminué?
Il ne faut pas, d'ailleurs, s'imaginer que la culture n'ait besoin que de laboureurs; il lui faut aussi des maçons, des couvreurs, des charpentiers, des forgerons, des terrassiers, des ouvriers d'art de toute sorte; et tout le monde sait qu'il est devenu fort difficile à la campagne de bâtir, de réparer, d'ouvrir ou d'entretenir les chemins, de tenir en bon état son matériel, etc., ce qui nuit autant à la culture que le manque de cultivateurs proprement dits.
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3 40 L^AGlilCULTCRE BT LA POPULATION.
Ceci m'amène à une autre question soulevée après la publication du (iénombrenient, l'omission^ présumée d'une partie de Tarmée d^Orient. J'ai dit à TAcadémie des sciences morales^ dans sa séance du 21 mars, ce que je pensais de cette omission ; j attends toujours pour ûxer mon jugement des publications véritablement officielles qui nous manquent. M. Legoyt parle d'un état communiqué par le ministère de la guerre, mais il ne le donne pas ; nous n'avons pas davantage la distinction entre les diverses catégories des populations flottantes portées au dénombrement. Tout ce que je puis dire dès à présent^ c'est qu'il sera, dans tous les cas, difficile de concilier un pareil oubli avec le tableau des naissances et des décès, qui parait devoir s'accorder assez exactement, quand il sera complet, avec le dénombrement lui-même. L'hésitation est ici d'autant plus permise que c'est encore là un de ces points où M. Legoyt n'est pas aujourd'hui d'accord avec ses premières publications, et il en convient, je dois le dire, avec une parfaite loyauté.
« Ce chiffre de 2S6,000, dit-il en parlant de l'accroissement de population depuis cinq ans, nous avait paru, d un premier examen, résulter clairement des documents publiés par l'administration. Nous hésitions d'autant moins h accepter ce nombre comme l'expression probable de la vérité, que lès relevés des registres de l'état civil avaient révélé une mortalité exceptionnelle, en i8rii et 4855. Cependant, en examinant de plus près les publications du gouvernement, nous avons été amené depuis à nous demander si l'armée d'Orient avait ou non figuré tout entière au dénombrement, etc. » Il est toujours temps de s'éclairer, et je suis prêt, à mon tour, à revenir sur mes pas^
RÉPONSE A QUELQUES GBITIQUBS. 341
mais quand le fait ;iie sera démontré ; il n'a d^ailieurs que peu dlmportance.
L'influence nuisible du luxe sur le développement de la production et de la population est^ selon M. Legoyt^ une thèse nouvelle* Ce mot m'étonne de sa part non moins que le reste. Versé par état et par goût dans les études économiques^ il doit savoir parfaitement à quoi s'en tenir sur ce point capital, si souvent traité et mis en lumière par les maitres de la science. La thèse peut être fausse^ si Ton veut ; à coup sûr elle n'est pas nouvelle. J'ai cité à l'Académie, à l'appui de mes propres observations, un excellent article publié dans le Journal des Économistes du mois de février dernier, et ayant pour but de démontrer que la mortalité est plus forte et le progrès des naissances plus lent dans les villes que dans les campagnes, et à Paris que dans les autres villes. Quel en est Fauteur ? M. Legoyt luimême, à qui je pourrais renvoyer le reproche qu il m'adresse d'être l'ennemi de notre riche capitale.
Il insiste beaucoup aujourd'hui, pour suppléer à la désertion des bras dans les campagnes, sur les progrès du drainage, du chaulage, des engrais industriels, des machines aratoires, etc. Il me rendra, j'espère, la justice de reconnaître que je fois de mon mieux, dans mon humble sphère, pour seconder ces progrès ; mais il doit reconnai- • tre aussi qu'ils ne sont que très-lents. Le drainage ne fait que s'introduire parmi nous, et, malgré tous les encouragements de l'administration, il n'a pas encore gagné le millième des terres arables ; même en admettant que ce travail difficile ait été partout bien fait, ce qui n'est malheureusement pas vrai, le résultat ne peut être encore qu'insensible sur l'ensemble de la production. Les etfets
3 42 L'aGRICULTIRE ET LA POPULATION.
obtenus par l'emploi de la chaux, du plâtre, du noir animal, sont plus grands, mais ils duteiit de plus loin. Quant aux machines, elles font sans doute leur chemin petit à
petit, et si les bras continuent à manquer, elles pourront bien finir par se répandre. Le premier ellet de la défection des travailleurs n'en aura pas moins été funeste, parce qu'on n'était pas prêt. C'est ici surtout que le manque d'ouvriers d'art se fait sentir ; il n'y a pas de perfectionnement agricole possible sans Faide d'ouvriers habiles à travailler la pierre, le bois elle fer.
A Dieu ne plaise que je méconnaisse les efforts d'autant plus honorables qu'ils sont plus rares, des hommes qui concourent avec une si généreuse ardeur au progrès agricole ! Je dis seulement qu'ils travaillent plus pour l'avenir que pour le présent, et qu'il ne faut pas juger de l'ensemble de l'agriculture nationale d'après le spectacle que présentent quelques concours offièiels.
J'augmenterais démesurément les bornes de cette lettre déjà bien longue, si je m'attachais à suivre M. Legoyt dans tous ses développements, si je cherchais, par exemple, à signaler les autres contradictions qui abondent dans son travail, conséquences inévitables de l'opposition entre ses chiffres et ses conclusions actuelles. Je veux seulement en indiquer encore une, fort singulière, à propos des mariages. « Le nombre de nos mariages, dît-il en propres termes, s accroît sans cesse , et c'est 1 un des signes les plus sûrs de notre excellente situation. »
Et quelques lignes plus bas, je trouve ce tableau des mariages en France depuis 1850, que je copie textuellement:
RÉPONSE A QUELQUES CftITIQUE5(.
1S50 297,900 mariages.
ISSl 286,884
Reste à expliquer comment le nombre des mariages s'accroit sans cesse, ce gui est un des signes les plus sûrs de noire excellente situation, quand il résulte du relevé officiel que M. Legoyt laisse échapper^ que ce nombre a été toujours décroissunt depuis 4850 ; cette décroissance graduelle des mariages me paraît un symptôme plus triste encore^ s'il est possible^ que l'excédant de mortalité.
Je ne suivrai pas davantage mon contradicteur dans le déluge de chiilres qu'il nous donne à propos du mouvement de la population dans les pays étrangers. Toute cette discussion est superflue. Je n'ai pas dit que l('s autres peuples n'avaient pas ressenti l'influence des mauvaises récol* tes J'ai dit qu'ils n'en avaient pas souffert autant que nous. Voici ma phrase : « Ce qui prouve que des causes particulières ont agi chez nous, c'est que le reste de TËurope, malgré les mauvaises années qui ont été à peu près les mêmes partout, n'en a pas également sou//ert. » Or, ceci est incontestable, et M. Legoyt né le conteste pas. Nulle part comme en France, d'après les chiffres connus jusqu'ici, les décès n'ont excédé les naissances depuis trois ans, et le progrès de la population depuis 1851, bien que ralenti quelquefois par la cherté, a dépassé généralement le nôtre dans une énorme proportion. Ce faitseulimporte, et il ressort des chiffres mêmes que donne M. Legoyt.
Il paraît que quelques journaux étrangers, notamment
(l)Ge dernier chlAren'est inscomplet; Il y manqueselie départements*
34 4 l'agriculture ET LA POPULATION.
des journaux anglais, ont cru pouvoir profiter de cette différence sensible entre nous et nos voisins, pour en conclure que la France était entrée dans une période de décadence. Je ne puis être responsable de ce qu'ont dit et diront tous les journaux de France et de Tétranger. 11 m'a paru résulter des recensements, de 1851 et de 1856 que mon pays •était engagé dans une mauvaise voie matériellement et moralement ; j'ai cru utile de l'avertir pour qu'il eût à aviser^ mais je n'ai point parlé de décadence^ je n'ai point accusé les idées de 1789, que je respecte plus que personne; chacun commente les faits à sa manière^ je ne suis responsable que de la mienne (1).
Il y a loin d'une maladie qui peut n'être que passagère^ à un épuisement final. Si j'avais cru le mal aussi grave, je me serais tu ; c'est parce qu'il me paraît assez facile de le corriger que j'ai élevé la voix. Les remèdes que j'ai indiqués> et qui ne sont autres que la paix et l'économie^ prouvent que je suis loin de m'effrayer à l'excès. La paix est déjà venue^ l'heure impérieuse de l'économie parait venir aussi ; tout le monde à peu près sent la nécessité de faire de nouvelles épargnes, quand ce ne serait que pour avoir le plaisir de les dépenser après. Les dépenses publi« ques, qui ont atteint en 1855 2 milliards 380 millions, viennent d'être ramenées à 1,700 millions, du moins pour le
(I) A propos de l'un de ces journaux, la Heme d'Édimbourg, M. Legoyl affirme y avoir tu cette assertion étrange que : « Désormais la France, épuisée d'hommes et émargent, ne pourrait plus, sans un grand péril intérieur, armer un seul bâtiment et lever un nouveau bataillon. » J'ai cherché (hins \a Revue d'Edimbourg cette phrase que M. Legovt donne entre guillemets comme une citation textuelle, je ne l'ai pas trouvée. L'article est sévère, sans nul «ioute, mais il faut beaucoup forcer les termes pour en faire sortir une exagération aussi ridicule.
RÈPONSB A QUELQUES GRITfQCES. '845
moment^ par le budget de 1858, et il est permis d'espérer que ce n'est pas là un dernier mot. Le chiffre de i ,500 millions que j'ai indiqué, comme désirable, et que M. Legoyt me reprocha si amèrement^ n'a rien de radical et de chimérique ; il ne faut pas remonter bien haut pour le trouver ; c'est celui des budgets de 185il et 1853.
Tout ne sera pas dit sans doute si les choses reprennent leur cours ordinaire ; il restera encore bien des problèmes à résoudre, soit dans l'ordre moral, soit dans Tordre matériel ; on aura du moins vaqué au plus pressé, et pour répéter toujours* les expressions dont je me suis servi, on aura pourvu à ce qui a pu dépendre de la volonté humaine dans cette grave perturbation. Qu'en même temps le cours des saisons, qui nous a été quatre ans si eontraire, vienne à s'améliorer, et cette crise aiguë pourra bien marcher à sa fin.
Je ne sais où M. Legoyt a vu les sombres pronostics, les sinistres prédictions qu'il m'attribue; j'ai parlé du passé, qui me parait en effet fort grave malgré de brillantes apparences ; je n'ai pas parlé de l'avenir, que je ne connais pas, et si j'en ai dit quelques mots, c'est pour exprimer des espérances. Il est clair que si les mariages continuaient à décroître et les décès à excéder les naissances, la nation irait en s'éteignant ; rien n'annonce que ces phénomènes si douloureux mais si récents doivent nécessairement se prolonger. Il faut s'en préoccuper beaucoup et ne pas s'endormir dans les illusions d'un optimisme aveugle ; voila tout. La France a traversé sans périr bien d'autres épreuves : le pays que n'ont pu épuiser les guerres de Louis XIV et de Napoléon, et toute une série de révolutions violentes, est doué d'une vitalité (jui ne s'altère pas aisément; il se doit seulement de veiller sur lui-même pour ne pas trop
34G * l'agriculture ET LA POPULATION.
abuser de sa puissante constitution et pour mettre mieux à
profit les doas admirables que lui a départis la Providence.
Un mot maintenant sur deux autres publications, éma* nées de deux conseillers d'État, à propos du dénombrement, «M. le vicomte de la Guéronnière et M. Le Play. Tous deux reconnaissent pour vrais les faits .que M. Legoyt a vainement essayé d'atténuer, ce qui me permet de m'appuyer sur leur autorité contre les dénégations du bureau de statistique; M. de la Guéronnière arrive à la même conclusion que moi ; il croit que Tétat stationnaire de la population tient à la géne de Tagriculture ; seulement, il ne dit pas à quoi tient cette gène ; M. Le .Play va plus loin, il essaye d'indiquer les causes et les remèdes.
Les opinions de M. Le Play me paraissent justes sur beaucoup de points ; je ne puis, cependant, admettre la principale, celle qui sert de base à tout son travail.
«Le triste état de notre agriculture est^ dit-il, un indice de cette décadence relative que plusieurs de nos rivaux signalent avec une satisfaction mal déguisée, et que notre patriotisme nous conseille de faire cesser. » Mais ce n'est, selon lui, qu'un indicCi la cause du mal est plus haut^ dans la constitution même de notre société; et après s'être servi à tout moment de ce mot de décadence*, que je n'ai jamais employé, bien qu'on me le reproche, il arrive à un mot plus ^os encore, celui de réforme sociale. « Je pose ainsi, dit-il, la question de notre réforme sociale: la triste situation de l'agriculture n'engendre pas seule la désorga^
REPONSE A QUELQtlSS CmTIQtTBS. 347
Hisaiim de la famille, de la commune et de l'Etat, etc. i>
M. Le Play s'exagère la gravité du mal, il est inutile creniployer pour le guérir des remèdes aussi héroïques qu'un changementsérieux dansnotre état social. Nous voici bien loin, en tout cas, de roptiniisme de M. Legoyt.
Pour faire en commun le procès à tout l'ensemble de la sodété française depuis 1789, on confond dans une seule période tout le temps écoulé jusqu'à 1856^ et on constate que^ dans ces 66 ans^ la population nationale n'a monté que de 9 millions et demi. Ce n'est pas ainsi qu'il me parait juste de procéder ; il faut distinguer^ comme j'ai eu soin ^de le feire, trois époques dans ce long intervalle de temps; Tune qui va de 1790 à 1815, l'autre de 1816 à 184G, la troisième de 1847 à 1856; dans la première^ la population s'est accrue, en ans, de 3 millions, ou de 120,000 âmes en moyenne par an ; dans la seconde, elle s'est accrue en 30 ans de 6 millions, ou de S00,000âmes en moyenne par an ; dans la troisième, elle s'est acmie, en dix ans, de 600,000 ou de 60,000 âmes en moyenne par an. 11 y a ' évidemment, entre ces trois époques, une différence fondamentale quant au progrès de la population.
11 y en a une plus grande encore, si c'est possible, quant à la longueur de la vie moyenne, qui est, plus que la densité même de la population, le signe de la condition des peuples : dans la première période, la longueur de la vie moyenne s'est fiûblement accrue ; dans la seconde, elle s'est accrue rapidement ; dans la troisième, elle est restée stationnaire, ou a reculé.
Au preii)ier rang des causes qui ont retardé parmi nous ces divers progrès, M. Le Play place la loi de succession ; je ne dis pas que cette loi n'ait pas eu une certaine in-
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aiS L'AGUICliLTUftE ET LA PUI^ULATION.
llueiice, niais je ne crois pas (juc cette influence ait été bien sensible ; la loi de succession était la même quand la population s'accroissait en moyenne de SOO^OOO âmes par au, et quand elle s'accroissait de 60,000, quand les naissances excédaient les décès de 237,000 comme en 1845, et quand les décès excédaient les naissances de 70,000 comme en 1854.
Il est d'ailleurs, à remarquer que nous ne somînes pas les seuls que refasse la loi du partage égal ; cette loi est maintenant adoptée dans presque toute l'Ëurope ; elle existe en Belgique, en Hollande, dans TAllemagne rhénane, c'est-à-dire dans les pays où la population est le plus nombreuse et s'accroît le plus vite ; l'Angleterre seule fait exception parmi les pays très-peuplés.
On ne comprend pas, au premier abord, comment la loi du partage égal peut nuire au développement de la population; il semble, au contraire, qu'elle devrait le favoriser, elle le favorise, en effet, dans un grand nombre de cas. U est assez naturel que le père de famille craigne moins dV voir plusieurs enfants, quand la loi et la coutume lui permettent de laisser à chacun d'eux une part de son avoir, que lorsqu'il a le droit et Fintention de tout laisser à Pun et de ne rien donner aux autres. 11 n'est pas moins naturel que ces enfants, qui ne viennent pas au monde déshérités d'avance, forment plus vite de nouvelles familles, avec les moyens d'existence que leur a préparés la soiiicitude de la loi, parfaitement d'accord avec l'affection des parents. Si des etlets contraires se sont produits, c'est par l'action d'autres causes, ou par voie de conséquences très-indirectes, les conséquences db^ectes sont favorables à la population; c'est ainsi que la loi du partage égal a toujours été
HÉPONSE A QUELQUES CRITIQUES. 349
considérée, soit par ceux qui Tont soutenue, soit par ceux qui l'ont combattue ; la thèse opposée est nouvelle ; et si elle a quelques faits pour elle^ elle en a contre elle encore plus.
L'expérience a révélé, dans Tapplication continue de cette loi, des inconvénients de détail ; on peut les corriger. 11 n'y a rien de parfait en ce monde : les meilleures institutions ont besoin d'être révisées de temps en temps. Mais le principe de Tégalité des partages, au lieu de reculer, &it tous les jours des progrès dans le monde; il pénètre même en Angleterre où les anciens préjugés sur la nécessité des substitutions et du droit d'aînesse sont maintenant bien ébranlés.
Le changement que propose M. Le Play n'aurait d'ailleurs aucune efficacité ; ce n'est ni la substitution, ni le droit d'aînesse, c'est la liberté illimitée de tester ; je ne puis mieux lui répondre que par l'opinion de son honorable collègue, M. de la Guéronnjière : a Je n'bésite pas à dire que, sll était possible de modifier l'article 745 du Code Napoléon, et de substituer le régime des partages libres à ce que Ton appelle le régime des partages forcés, l'autorité paternelle ne pourrait guère intervenir. Le père aurait-il le droit de disposer de sa fortune sans règle écrite, qu'il ne pourrait s'affirancbir d'une règle morale qui l'encbalnerait encore plus qu'une prescription légale. Il ferait donc librement, par le commandement de la nature et du cœur, ce qu'il fait légalement par respect de la loi. En voulez-vous la preuve ? la voici : Combien y a-t-il d'ascendants qui profitent de la latitude que leur contère l'article 913 du Code Napoléon? combien y en a-t-il qui constituent à leurs enfants un avantage de la moitié, du tiers, du quart de ieui* fortune ? U y en a sans doute, mais c'est l'exception. »
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350 L^AGRICULTUBK BT LA POPULATION.
Après avoir dit^ ce qui est vrai^ que Taction dissolnante
du Code civil s'exerce beaucoup moins sur la f^ande propriété que sur la petite, M. Le Play imagine ua expédient. « Si un parti politique, dit-il, sacrifiant son intérêt à ses rancunes, voulait encore combattre avec Tarme du Code civil une certaine minorité de grands propriétaires, on pourrait lui laisser provisoirement cette satisfisiction, en maintenant le régime actuel pour toute la grande propriété et en rendant la liberté testamentaire à nos paysans. Les grands propriétaires continueraient à se défendre par la stérilité du mariage ; les petits retrouveraient la force et la fécondité dès qu^on leur rendrait Tautorité paternelle^ et Ton commencerait ainsi la réorganisation de notre société sans détruire aucun droit acquis, sans porter ombrage à des opinions invétérées et en laissant toute liberté ftux milles qui voudi'aient suivre la tradition du partage forcé, d
Je ne comprends pas bien,* je Tavoue, comment* serait rédigée la loi qui donnerait aux paysans une liberté testamentaire qu'elle refuserait aux autres propriétaires; si M. Le Play veut dire qu'auMiessotis d'tm certain miiiimuni de valeur^ on pourrait laisser au père de famille le droit de ne pas diviser sa propriété entre ses enfants, je s^ais assez porté à être de son avis; mais cette règle même présente dans la pratique de graves difficultés; je ne crois pas, d'ailleurs, aux effets décisifs qu^il parait en attendre pour la réorgaàiBaium de noire 'eœiété, pour le rélxAKnmnéni dè V autorité paternelle , pour la force et la fécondité des indif vidus: ce sont là de bien grands mots pour de bien petits effets, et il ne dépend pas de la loi, quelle qu'elle boit, d^opérer si aisément de semblables merveilles.
Outre la quotité disponible, le Gode contient un prin-
RÉPONSE A QUELQUES CRITIQUES. S5i
cipe qui permet déjà de réaliser daos la pratique presque tout ce qui est réellement désirable, c^est celui que pose en ces termes l'article 1075 : Le9 père et mère et outrée ascendants pourront faire entre leurs enfants et autres descendants la distribution et le partage de leurs biens. Ce droit même, on en use fort peu, et on a tort, car en se combinai! t avec la portion disponible;, il permet de tout arranger à peu près pour le mieux, sauf un petit nombre de cas; la liberté illimitée de tester n\ ajouterait que fort peu de chose, et elle, soulèverait , dans Tétat actuel de nos mœurs et de nos idées, des objections exagérées sans doute, mais formidables.
11 importe en même temps de constater que, d'après M. Le Play lui-même, Textension de la liberté testamentaire profiterait surtout à la petite propriété, ce qui écarte d'un seul coup toutes les raisons tirées de Tutilité d'une constitution aristocratique, de la supériorité de la grande propriété et de la grande culture pour la production agricole, etc. Je n'aborde donc pas ce côté de la question; sll se représente, il sera facile de démontrer encore une fois combien on s'en exagère l'importance.
Ce que M. Le Play persiste à appeler notre décadence^ se manifeste, dit-il, beaucoup plus dans Perdre moral que dans V ordre matériel ; je ne dis pas non, mais il est plus facile d'agir sur Tordre matériel que sur Tordre moral ; Tun est tangible, l'autre ne l'est pas. Nous venons de voir ce qu'il faut penser du premier moyeu qu'il propose pour la réforme des mœurs ; Tautre est plus vague encore, c'est la liberté religieuse. Qu'entend-il précisément par ce mot? N'avons-nous donc pas la liberté religieuse? Sans doute il a raison de chercher dans la foi un remède aux
35» l'agriculture. BT LA POPtLATiOM.
souffrances terrestres; où Dieu manque, tout manque^ et la supériorité matérielle des Anglais et des Américains sur nous tient en grande partie àleur supériorité religieuse. Mais conunent réveiller ehez nous l esprit religieux qui parait de plus en plus en déclin ?
p II faut rendre cette justice à M. Le Play quil ne paratt pas partisan des religions d'Etat et de la contrainte en matière de foi, au contraire. « Renonçant aux moyens d'action tVun autre (ernpa, dit-il en s'adressant au clergé catholique, fondons notre succès sur la supériorité de notre principe^ 9ur ies vertus et les lumières que fait éclore la libre discussion ; réclamons surtout le concours de l'esprit laïque qui, ne devant pas rester en dehors de TÉglise, renouera la chaîne des temps et consacrera le triomphe de la religion quand celle-ci cherchera dans la liberté de conscience son principal soutien. »
Autant que je puis comprendre ce passage et tout le morceau dont il lait partie, je ne puis qu'applaudir à Tidée première de M. Le Play ; je crois avec lui que Fesprit religieux ne peut faire de nos jours de sérieux progrès qu'autant qu'il s'appuiera sur le respect de la liberté de conscience et de la libre discussion ; là s'arrête pour moi ridée claire et commence Tidée confuse. Qu'est-ce que cette intervention de la société laïque dans l'Église que paraît réclamer si vivement M. Le Play? J'entrevois là quelqu'un de ces immenses problèmes qui s'agitent depuis des siècles et qui ne paraissent pas près de leur solution. Les questions économiques sont moins fondamentales, sans doute, mais elles ont l'avantage d'être plus précises et d'une solution plus facile, elles soulèvent moins de nuages et de tempêtes ; elles ne sont pas d'ailleurs
RSPONSB A QUfiLQt£S GRlTli^UJ». 853
sans etfet sur Tordre moral et religieux, par suite de la liaison étroite qui existe entre Tàme et le corps de llioninie.
H. Le Play met beaucoup plus sûrement le doigt sur le mal^ quand il s'en prend à Texcès de la centralisation : ici, je suis complètement de son avis, et je ne saurais mieux faire que de reproduire les termes dont il s'est servi :
et Le fait le plus grave, dit-il, est Taffaiblissement cAoque Jour plus marquéchez nous de Taptitude au se/f-govemment. On se tromperaitgravement, si Fon pensait que cette décadence s'est seulement produite pendant l'époque où Tancienne monarchie exagérait outre mesure son principe, en créant la centralisation. Les documents administratifs déposés dansnos archives prouvent qu'elle a été singulièrement accélérée dans la période révolutiounaire et qu'elle s'est continuée sous tous les gouvernements postérieurs. Nos diverses époques de gouvernement parlementaire ont assurément mis en lumière beaucoup d'hommes capables de diriger, dans des situations plus ou moins éle* vées, notre appareil de centralisation ; mais on ne voit pas qu'aucun d'eux ait songé à en ralentir l'énergie envahissante. Les circonstances lie leur ont pas permis de créer dans les moindres locaUtés une représentation réelle des intérêts. Malgré certaines compensations plus apparentes que réelles, la perte de Taptitude au seif-govemment n'est pas seulement, comme Tétat de la population et de Tagriculturë, une décadence relative, elle doit être considérée comme une décadence absolue. »
Je pourrais discuter sur le passage relatif au gouvernement parlementaire ; je pourrais faire remarquer que les lois sur les conseils généraux, Torg^nisation municipale,
Oigitized
S54 l'agrioultuhr bt la fopulàtion.
l'instnictioi) primaire^ les chemiiig vicinan, les seules qui
aient fait quelque cliose depuis longtemps pour porterie . vie dam les moindres localités, ont été rendues sous le gouyemement parlementaire. Mais je ne veux pas épilogaersur les détails; au fond, M. Le Play a raispn, tous les gouvernements se sont laissés aller plus pu moins sur cette pente ; seulement^ comme ille dit, Faffaiblissement qu'il «ignale fait des progrès cluique jour plus marqués. Là est la vraie cause de cett^ torpeur qui glace les extrémités et de cette fièvre qui trouble la tête, de cette pauvreté tenace d'un côté et de çe luxe insensé de Tautre, de ce^ révolutions si facile» ment accomplies sur un point et sî vite acceptées par tout le reste ; heureusement, il n'y a là qu'une question administrative et. non sociale; il est sans doute impossible de guérir tout à fait le mal, car le pli est pris maintenant^ mais on peut travailler à Tatténuer et surtout à ne pas Paccroitre.
Je suis d'autant plus heureux de voir M. Le Play partager ces idées qu'appartenant à un des premiers corps de l'État, il a pli^s que personne les moyens de résister au . violent tourbillon qui nous entraîne. Sans négliger la question morale et religiepse, dont je conteste.pas rimpor* tance supérieure, mais qui exige beaucoup de temps et présente beaucoup de difficultés^ il peut agir, dès à présent, sur Torganisation économique et administrative dont il a tous les jours à s'occuper et chercher ainsi à réveiller dans la nation Taptitude au self-govemment. Qu'il applique dans un ordre moins élevé, mais plusimmédiatement pratique, ses idées si vraies sur les avantages de la libre discussion en matière de foi, qu'il s'attache à contenir dans de justes limites ce budget central que le conseil d'État est