RÉPONSE A QUELQUES CRITIQUES. S
annueUement chargé de préparer^ et il aura beauccmp fait
pour rendre la vie à nos campagnes épuisées, pour exciter le goût du travail et de la production^ pour ramener le progrès de la richesse et de la population nationale. Que dis-je ? il aura fait beaucoup pour ce qui le touche le plus, pour rétablir le sentiment moral altéré à tous les degrés de la hiérarchie sociale par llnfluenoe funeste des dépenses immodérées. .
a Chacun peut constater, dit-il avec raison, les ravages
moraux engendrés dans le peuple par une cynique passion du gain, les appétits grossiers qui dégradent plusieurs populations urbaines, et surtout ces brigades d'ouvriers nomades, allant par milliers tenir école de dépravation sur tous les points du territoire (et surtout, aurait-il pu lyouter, à Paris). Chacun peut apercevoir dans une sphère plus élevée, avec des circonstances moins repoussantes peut-être, mais plus condamnables, le même entraînement vers le gain et les jouissances matérielles. Chacun peut juger si, à défaut du bon exemple religieux, les classes dirigeantes donnent à leurs mhotdomés l'exemple de la modération des goûts et du dévouement à la chose publique. »
Le $elf-^ov€mment, appelons-le par son nom français, c'est la liberté, non cette liberté menteuse des révolutionnaires qui n'est qu'une forme de l'oppression , mais cette liberté naturelle, imprescriptible, qui consiste à user comme on l'entend de sa personne et de sa propriété, et dont l'expression la plus légitime est la surveillance qu'on exerce sur remploi de Tirnpôt. Cette liberté peut exister sous toutes les formes de gouvernement. Sous ce rapport, M. Le Play pense comme moi ; je puis donc mettre sous sa protection cette phrase de mon premier travail qu^on adé-
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noncée comme factieuse^ et que je vais reproduire textuellement pour montrer au contraire qu'elle ne touche en rien aux institutions établies :
« J'ajouterais bien, si je Tosais, qu'une intervention plus active des citoyens^ sinon dans la gestion de leurs intérêts politiques, puisque la constitution s'y oppose, du moins dans celle de leurs intérêts administratifs et financiers^ me paraîtrait le plus sûr moyen de garantir le retour vers une meilleure économie des forces publiques ; mais je ne me dissimule pas que la disposition universelle des esprits y est peu favorable, et je ne voudrais pas, en combattant les chimères d'autrui, proposer à mon tour la mienne. Après avoir abusé de la liberté jusqu'à la folie, la France ne veut même plus user de celle que lui laissent ses institutionsnouvelles ; il faut, pour le moment du moins, en prendre son parti. Le devoir n'en est que plus grand, pour ceux qui la gouvernent, de ménager cette nation naguère intraitable, qui se livre aujourd'hui avec un si complet abandon. »
Qu'est-ce que cette phrase, la seule de ce genre que je me sois ptu-mise, si ce n'est le regret qu'exprime aujourd'hui un membre du conseil d'État impérial sur la perte chaque jour plus marquée de l'aptitude au self-govemmentf
M. Le Play a des termes sévères, mais justes, pour qualifier le despotisme de Louis XIV et de Louis XY. a Aucune cause de décadence, dit-il, n'a été épargnée à la France pendant la fin du dix-septième siècle et la première moitié du dix-huitième ; elles ont dégradé la cour, le clergé, la noblesse, l'administration publique, les sommités du tiers état ; elles ont fait perdre le fruit de la plupart des progrès matériels et moraux accomplis dans l'époque précédente ; elles ont produit Tordre de choses le plus hon-
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teuxque Thistoire moderne ait à constater, s II . attribue cette prostration universelle à la perte de la liberté religieuse^ qui entraîne bientôt la corruption des persécuteurs, la perte de la foi et l'oubli du devoir; mais il admet certainement que la liberté religieuse n'est qu'une partie du self-govcmment , et que toutes les libertés se touchent; si la France du dix-septième siècle avait eu les moyens de défendre ses intérêts matériels, elle aurait pu aussi défendre ses croyances ; la persécution religieuse^ v que déplore à juste titre M. Le ttay, n'a été, conmie la ruine de Tagriculture et la dépopulation, qu'une conséquence de Texcès de la centralisation monarchique.
De ces temps malheureux, datent tous les maux dont nous souH'rons et dont le principe a survécu à nos revirements. C'est Texcès de centralisation qui a produit tour à tour les gaspillages et les abus de Tancien régime, les violences et les désordres de la révolution ; c'est l'excès de centralisation qui, à force d'accumuler sur un point les ressources publiques, a fini pai' y produire l'illusion du socialisme, qui n'est autre chose que la prétention pour tout le monde de vivre aux dépens de tout le monde ; c'est, enfin, l'excès de centralisation qui amène sous nos yeux la plupart des perturbations lùatérielles et morales révélées par le recensement de 485G. Il est bon, sans doute, de juger le passé avec sévérité, mais à condition d'en tirer des enseignements pour le présent.