I. — L'Inde doit en grande partie à ses chemins de fer
Le canal de Suez, ea ouvrant un débouché, a amené, non moins que les chemins de fer, l'extension de la culture du blé dans l'Inde; les mauvaises récoltes de l'Europe, qui se sont suivies pendant plusieurs années depuis 1879, eut aussi contribué fortement à cette extension. L'exportation, qui commençait h. peine en 1871 et qui n'était encore que de 2,2 millions de quintaux anglais (1,100,000 quintaux métriques) en 1880 (après avoir dépassé 6 millions de quintaux anglais eu 1878), s'est élevée tout à coup à 19,9 (10 millions de quintaux métriques) en 1881-8S, à 22,2 (11,1 millions de quintaux métriques) en 1886-87 et n'est jamais descendue au-dessous de 13 millions depuis 1881. En 1891- 92, elle est, à cause des mauvaises récoltes en Europe, montée tout à coup au maximum de 30,3 millions (15,1 millions de quintaux métriques) pour retomber l'année suivante à 14,9 (7,5 millioas de quintaux métriques) (') :
Blé «xporU de l'Inde britannique.
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Blé exporté de l'Inde britannique {suite).
geutrelativementà l'or. Ea 1885-1 887, des témoios déclaraient devant une GommisBioa anglaise d'enquête que, depuis une vingtaine d'années, les salaires n'avaient pas varié sinon pour les ouvriers habiles ; que la rente de la terre était demeurée laméme, ainsi que les dépenses ordi- Daires de la vie; quelques-uns, il est vrai, disaient qu'il y avait eu augmentation des salaires, mais d'autres aFfïrmaient au contraire qu'il y avait eu diminution dans certains cas ('). Les économistes savent que nulle part les prix du détail ne se modèlent avec précision sur ceux du gros et nous l'éprouvons en France. A plus forte raison dans l'Iode. « L'échange en nature, écrivait ua habitant de l'Inde à M. Soetbeer, prédomine dans les usages de la population rurale. Dans les villages on paie généralement avec du riz. Dans les villes et villages importants les paiements se font généralement en espèces, mais on ne trouve guère que des monnaies de cuivre dans la circulation commune; les roupies et ses subdivisions en argent s'y rencontrent, mais en fort petite quantité ('). »
Cependant j'incline à croire que, daus le grand commerce, particulièrement dans le commerce des blés, il s'est produit des effets déjà seosibles. Une opinion
(Ij Id India the cosL o! labour, (ho land revenue and others sïmilar charges are remaincd the aame [page 32). It is noi easj to arrive at aa aecnWe estîmate of Indian priées. Thcy hâve of course varied much as regarde parUouIar commoditie». Tho price of wheac, for aiempla, ha», lo ihe failure of cropa and other influences, risen greatly at times and it bas, front local causes, varied in différant paris of the couulr;. But lh*re acctas rcason to beliere that on the whole Ihe silv«r prices io India are, a( the présent time, a little, though oot greatly, lower than Ihey.wera (p. 80). Fiaalreporl of the royal commission appoinied to in- ÎUiVf in to the récent changct in the relalive values of Ihe preciaui métal, 1888.
(21 Cité par H. Arnanné. La monnaie, le crédit et le change, p. 43.
qui a été émise maintes fois et qui se trouve dans Tenquète anglaise est que la dépréciation de la roupie a été un stimulant pour la culture du blé dans llnde et pour l'exportation. Je crois cette opinion en partie fondée, à condition toutefois qu'on n'en exagère pas les conséquences. On les exagère assurément et on est dans Terreur quand on prétend que, puisque les prix n'ont pas varié dans l'Inde, l'acheteur européen qui se procurait en 1892 pour 1 schelling 5 pence une roupie ayant valu 2 schellings vingt ans auparavant et qui payait le blé avec des roupies achetées à ce prix, bénéficiait de toute la différence, c'est-à-dire de 31 p. 100. S'il en avait été ainsi, il n'est pas un négociant qui ne se fût empressé et ne s'empressât encore de suivre une si lucrative opération et l'Europe viderait tous les ans tous les greniers de l'Inde. Or, il n'en est pas ainsi ; l'exportation du blé indien se proportionne aux récoltes de l'Inde et aux besoins de l'Europe ; la quantité exportée a diminué depuis 1887, quoique la roupie ait continué à baisser (*). Sans doute le négociant anglais, qui lisait sur la cote que l'on se procurait IS kilogrammes de blé pour une roupie, pouvait acheter d'abord 1,000 roupies pour 1,417 schellings à Londres et ensuite, par dépèche télégraphique, 1 80 quintaux métriques de blé à Calcutta ; mais le vendeur indien, qui connaissait aussi les cours, offrait 15 kilogrammes par roupie, parce qu^il savait pouvoir ob-
(1) Cette influence se serait fait sentir sur le commerce entier par une augmentation considérable de toutes les exportations de l'Inde et une diminution des importations dans Tlnde. Or, depuis 1875, les importations ont augmenté à peu près comme les exportations; les unes et les autres ont doublé ; normalement la moyenne de 1869-1875 a été de 46,5 millions de dizaines de roupies pour les importations et de 55^2 pour les exportations; en 1892-93, il y a ou 83,2 millions pour les importations et de 113,5 pour les exportations»
L'AGBICULTtIRË AUX ÉTATS-UNIS. 381
lenir ce prix ; si les cours avaient été plus bas ea Europe, il aurait peut-être consenti h olFrir 17 ou 18 kilogrammes. Le bénéfice, quand il y en a eu, s'est donc réparti entre la série des producteurs et des vendeurs. L'Inde en a retenu peut-être une part plus forte quel'Europe, et l'afait par petites portions, de marché en marché, à mesure que la baisse s'accentuait; c'est ce qu'on peut induire de la statistique des douanes de l'Inde.-laquelle accuse une valeur à l'exportation très rapprochée de celle des États- Unis : 11 fr. 94 l'hectolitre en 1892-93 et des variations de prix depuis vingt ans entre 10 fr. 42 l'hectolitre en 1886-87 et 15 fr. 70 en 1878-79 (').
Dans un volume intitulé Priées and wages in India- Tenta issues publié en 1893, le gouvernement de l'Inde a rassemblé un grand nombre de données relatives au problème des prix, qui complètent celles de l'enquête de 1885-1887 et du Statistical abstracl (*)■ L'importance de ce problème, qui intéresse l'étude scientifique du rôle de la monnaie, non moins que la connaissance spéciale de l'influence du blé de l'Inde sur les marchés européens, m'autorise à tenter une comparaison sommaire, quoiqu'elle puisse paraître ici un hors-d'œuvre, entre les variations de prix du lingot d'argent, de la roupie, du blé, de certains autres produits dans l'Inde et des marchandises d'exportation et d'importation.
1" Le prix moyen annuel de l'argent en barres, qui est monté jusqu'à 62 pences 1/16 l'once sur le marché de Londres et qui s'est maintenu, de 18S4 à 1867, audessus de 60 13/16, prix équivalant au rapport de 1
l'aGBICDLTUBE aux ÉTATS-UNIS. »89
Il est vrai que 1892 est considérée comme une année de cherté, la récolte de 1891 ayant été mauvaise dans la partie septentrionale de l'Inde, et que les prix sont retombés et se trouvent beaucoup plus bas en 1894
infériaur à celui de l'aani^o 1893; car, si l'on prend 1S93 pour nombre premier représenté par 100 (Frices and wagei in India, tab. 5), la moyenne de cette période serait 84 à Calcutl», 93 à Delhi. 113 à Karnchi, 102 à Bombay, aS à Raypur, 93 à Madras, aoit 91 comme mojcnno générale des six marcbcs. C'est pourquoi l'augmentation relative des prix est un peu moins forte on 1892 avec le prix de 1S73 pris comme terme de comparaisoD. J'ai pris, pour la comparaison avec les autres données du problime, la moyenne quinquennale 1871-1875 de pr^rérence au prix delS73.
Lo» prix de la table n" 6 'ol n' 7) Étant ceux qui sont fournis pour renseigTier l'armée dans lu présidence de Bombay présentent une augmentation de prix qui est généralement un peu moindre, mais de peu, à celle ties prix de détail du n" 3.
Les prix des tableaux n' 1 et n° < {Prices and waget in India) sont les mêmes que ceux du tableau n" 3, et sont, A part quelques légères différences, les même» que ceux qui se trouvent dans le Stalislical abstratt rtlating to Che British India. \
Le blé est une marchandise d'exportation ; son prix est. en partie au i
moins, déterminé par le prix général des grands marchas du monde. Ce prix, d'ailleurs, varie suivant la source du renseignement et du terme de comparaison : en 1892, à Calcutta, relativement 6 la moyenne do 1811- 7S, 125 (tableau 3, prii de délai!); relativement ù l'année à 1873, 103 (tableau !>, prix do détail) ; relatiTement à la moyenue de 4875-76, 110 (talileau IS. prix de gros pour les troupes); relativement à l'année 1873. 93 (tableau 13, prix du Calcutta Club).
Deux prix, loutefois, me surprennent dans les tableaux de Prices and iragts India : ceux de l'exportation à Calcutta, i. Bombay et à Karachi qui, le prix de 1893 étant 100, sont, en janvier 1893, représentés par 97 «95.
Ce n'est pas le résultat d'une baisse subite; depuis juillet 1879, époque uù le prix a atteint 111 à Calcutta, et janvier IS80, époque oii il a atteint 115 à Bombay, il est toujours resté (excepté en janvier 1892, où Je le trouve à 103 sur les doux marches) au-dessous de lOO, c'est-à-dire audessous du prïx de l'année 1873. Il est vrai qu'il a une tendance à monter depuis 188Ô, ouilétait tombé à 72 et 74. Mais comment se fait-il que 'e prix baisse à l'exportation, pendant que le prix de détait monte dans les ports d'exportation? Je ne dois pas dissimuler qu'à 1' « India ofSca », dont le secrétaii'e d'Klat a eu ta complaisance de me fournir les documems à l'aide desquels j'ai fait celte étude, te «laiislicien est d'avis que, le prix élevé de 1892 résultait d'un accidoni de récolte, et qu'il n'y a pas «D réalité augmentation du prix du blé dans l'Inde; il me faisait remarquer qu'en mai 1894, le prix du blé éUit do 38 à 52 p. 100 plus bas au Pundjab qu'il n'avait été en mai 1893. Il faut dire, d'autre part, que le prix du blé est très bas cette année en Europe.
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qu'ils n'étaient en 1892 dans cette même partie. Un statisticien anglais très autorisé pense qu'en conséquence il vaut mieux comparer les moyennes quinquennales de 1871-1878 et de 1886-1890. Or, en faisant cette comparaison pour les 179 localités, on ne trouve une augmentation de prix que de 100 à 112 : d^où on pourrait induire que le pouvoir de l'argent à l'égard du blé avait alors baissé de 100 à 98 seulement, c'est-à-dire beaucoup moins que la roupie à Londres. Toutefois, il ne parait pas douteux que le nombre de mesures de blé achetées par une roupie ait diminué d'une manière continue d'année en année de 1885 à 1892, et que, par conséquent, la moyenne de 1886-1890 n'accuse qu'imparfaitement la baisse de valeur de la roupie survenue durant les huit dernières années (*). Quatrième constatation.
Il y a dans l'Inde une cause qui a eu assurément plus d'influence que la baisse de l'argent sur la hausse du prix du blé : ce sont les chemins de fer. Sur presque tous les marchés, les prix ont, depuis une vingtaine d'années, une tendance à se rapprocher, tendance qui s'est manifestée surtout par l'élévation du prix sur les marchés de l'intérieur, à mesure que les commodités du transport leur donnaient plus facilement accès dans les ports. C'est ainsi que la roupie achetait, en 1861 , 48 seers (1 seer = 1 kilo) de blé à Raipur, tandis qu'elle n'eu achetait que 12 à Bombay, et que, par suite de Touverturc en 1888 du chemin de fer de Raypur à Nagpur, elle
(1) Cette dimiaution continue de la puissance d'achat de la roupie apparaît assez tardivement et très clairement sur un graphique dont les courbes (do 1885 à 1892) représentent année par année le nombre de seers (le scer vaut à peu à près un kilogramme] achetées par une roupie sur les principaux marchés de Tlnde.
l'agriculture aux ËTATS-tlMS. 391
en achetait 14 à Raipur et 8 1/3 à Bombay en 1892 (>}. Maïs, quelque soit la cause de la hausse sur les marchés éloignés des ports, cette hausse ne prouve pas moins que l'argent s aujourd'hui moins do puissance d'acheter du blé. Or, si l'on constate d'une part, en Europe et en Amérique, à travers les variations annuelles, une tendance générale h la baisse, et d'autre part, dans l'Inde, une tendance à la hausse ou tout au moins un état stationnaire, ne peut-on pas en induire de la diversité de ces tendances que la valeur de la monnaie a exercé une influence sur le prix dans l'Inde?
4° Les prix de certaines marchandises de consommalion indigène qui s'exportent moins que le blé paraissent avoir moins augmenté que le prix du blé (prix de détail). Ainsi, le sel a baissé dans 35 régions, et augmenté dans 22.
D'une comparaison entre les prix de Calcutta et ceux
(1) Le Staliatical abslract reluting to Ike Brilïsh Indîa donne les prix mofens annuels de S.l marchéi. En cholsisisnt s'a des plus caractérislîques, 3 ports d'eiportatîoa (Bombay, Karachi, Calcutta), 3 vîltea do l'inUricui: dans des ragions très productiTC9 de blé (Mooltan, Lucbnow, Elaipur] et un marché du sud (Tanjore) où le blii est cher parco qu'on en produit très pej, ontrou'e (on ne prenant que les années c; " '' tiqaes) les résultats sDivants :
tseï
isaG
Raipur , , .
lo.o
LuckDow . .
Karachi. . .
Calcutta. . .
MoolUQ. .