‹ L'agriculture aux États-UnisChapitre 4 sur 40 · RENDEMENT RN BOISSEAUX · texte numérisé non relu

RENDEMENT RN BOISSEAUX

PAR ACRE (') D*APRBS :

la Statistique le

des assesseurs. roccosomont.

Maïs 28,03 17,41

Blé 10,31 8,64

Orge 17,41 10.99

(1} The most defective and unslcading agricultural statistics citant are the assessors returns of States, as publislicd by local authorîtics {Repart ofihe Statislician ofthe Dep, of Agriculture, 1892, p. 464).

(2) Report of the Statislician for 1892, p. 465.

(3) Report,,,, p. 467.

Le Dakota, qui a beaucoup de terres à vendre, aimait alors à donner une idée favorable de la fertilité de son sol.

Depuis que ce territoire a été érigé en deux États (1889), le South Dakota n'a pas fourni de statistique officielle, parce que la législature n'a pas voté de fonds pour ce service (*) ; dans le North Dakota, le service organisé en novembre 1 889 a commencé par publier des recensements que le Commissaire déclare insuffisants à cause de la négligence ou de la mauvaise volonté des fonctionnaires à les fournir (*).

Conformément à la loi de l'État, les assesseurs du North Dakota dressent le tableau des superficies cultivées, une première fois au printemps après les semailles et une seconde fois après les récoltes. Les fermiers ont une tendance, la première fois, à exagérer les superficies, et, la seconde, à réduire les superficies et à exagérer les récoltes, surtout quand elles sont bonnes; car ils ont au contraire une tendance dont il est facile d'apercevoir la raison, à amoindrir les mauvaises ré-

(1) Voir Te7ith annual Report of the trade and commerce of Minneapolis Chamber of commerce, 1892, p. 118.

(2) « Probably, dit le Commissaire, Icss than half of tlic assossors of thc State fully perform this part of thcir duties, while many of those that désire to do se are prcvented by the refusai of farmers and others to give the necessary information, under the mistaken impression that the figures arc uscd by grain gamblers in their spéculations. »

Le passage suivant, extrait du même rapport [First Report ofthe Cornmissioner of Agriculture and Labor to the Goveimor of North Dakota, 1890, p. 9) mérite d'être cité en entier.

« As still another évidence of the untrustworthiness of the retums, even when apparently correct on the face, the case of Americus township, Grand Forks county, may be citcd. Although one of the most populous and best developed towns in that county, the assessor reports that there are in the town but 1,665 acres under cultivation, that the total cash value of the farms and improvements is but $ 13,500, that but 885 acres of wheat was raised in 1889 and not an acre in 1890; that the cntire town in 1889 raised 424 bushols of potatoes, and in 1890 sowed 186 acres of oats and 80 acres of barley. The same assessor in his rcgular retums

coUes. Les superficies ainsi constatées sont en général inférieures à celles que donne le Département de TAgricaltare. Le Commissaire , qui met en œuvre ces données, les renvoie, pour vérification, dans le comté lorsqu'elles présentent des différences notables, pour établir la production et le rendement par acre ; il compulse les renseignements fournis par sept ou huit cents correspondants. « Dans tous les États, dit-il, le peuple a besoin d*ètre formé au travail de la statistique et il y a sous ce rapport un progrès marqué depuis quelques années. » n s'efforce de convaincre les fermiers que la statistique ne sert pas, comme ils le croient, les intérêts des monopoleurs qui ont des moyens plus rapides d'information, mais sert leur propre intérêt en les tenant au courant des récoltes et en les habituant à se rendre à eux-mêmes compte de leurs propres opérations. « Les enquêtes de la statistique produiraient un bien immense à l'État si

to the county auditor for 1890 gives a very différent report. The sarnc man at the same time reports the various matters of his towa as folio ws :

For SUtiitict To the Auditor

Value of furms and improvemonts. ... ^ 13,500 ^ 81,910

Number of horsos 52 370

Niunber of cattlp 52 408

Number of mules and attses 0 32

Nomber of sheep 2 32

Nombor of hogs 12 156

Vaine of farmiog machinery | 793 | 1,832

Number acres in wbeat in 1890 0 4,010

Number acres in oats in 1890. « . . . . 186 65t

Number acres in barley in 1890 .... 80 270

Number acres in corn in 1890 1 10

Number acres in other crops In 1890.. . 28 227

« How much of this discrepancy may be due the assessors's not waiting till the books for statistics werc ready is not known, but the above are his figures, returned without explanation, and they are a part of the officiai figures from which the statistics for Grand Forks county are made up. How many more such reports are passed for accurate work there is no meaos of knowing without extensive investigation . »

elles excitaient la population à tenir des comptes réguliers (*). »

Dans le Michigan, on a constaté une anomalie considérable entre le rendement du maïs (28,94 boisseaux à l'acre) d'après le Census, et le rendement (44,46) d'après les assesseurs ce qui provient peut-être de ce que les uns mesurent en grains et les autres en épis.

« Ce qui manque le plus aujourd'hui à la statistique, dit M. Dodge, c'est l'éducation des fermiers, » et il voudrait qu'une loi punît les négligences et les déclarations frauduleuses. Une pareille pénalité nous paraitrait d'une application difficile en France; en Amérique, les mœurs sont autres, et d'ailleurs la proposition de M. Dodge n'est que le vœu d'un statisticien zélé.

Les statistiques agricoles de tous les pays sont sujettes à des imperfections du même genre, parce qu'elles résultent non d'un recensement direct, complet et individuel, comme le recensement de la population, mais d'un calcul par estimation dont la qualité se mesure à la bonne foi de ceux qui fournissent les données premières et à Tintelligence de ceux qui les contrôlent et les mettent en œuvre. Je pense — et j'ai souvent dit — ^ qu'en France les évaluations sont probablement, sauf exception, plutôt au-dessous qu'au-dessus de la réalité, parce qu'il y a beaucoup d'agriculteurs qui s'imaginent avoir intérêt à dissimuler par crainte de quelque impôt, ou par désir d'exercer une influence sur les prix. C'est ainsi qu'en 1882 la statistique annuelle du ministère de l'Agriculture accusait une récolte de lâ2 millions d'hectolitres.

(1) Spécial report of the Commiasioner of Agriculture and Laborio ihe Govemor of NorUi Dakota, for the year 1893.

tandis que la statistique de TEnquête décennale, résultant d'une étude plus approfondie, en a accusé 129.

J'ajoute que le système français, tel particulièrement qu'il a été appliqué pour la statistique décennale de i892, avec ses questionnaires remplis dans toutes les communes et contrôlés le plus souvent par les commissions cantonales et avec le concours des professeurs d'agriculture, paraît fournir, surtout quand les résultats ne se font pas trop longtemps attendre, les éléments d'une approximation meilleure que le système américain dans son état actuel.

Ce système comprend donc quatre espèces d'informations de source officielle : 1® celles des assesseurs qui sont le plus exposées à subir les influences perturbatrices de la politique locale et des intérêts économiques du moment; 2<» celles des bureaux de statistique du travail et des bureaux d'agriculture des Etats, dans les publications desquels sont souvent comprises des données fouiiiies par les assesseurs; 3° celles du Census qui ne sont relevées que tous les dix ans ; 4° celles du Département de l'Agriculture qui sont publiées tous les ans et qui paraissent se rapprocher le plus de la vérité.

Ces publications officielles, complétées par les travaux des agronomes (^), sont des mines abondantes de matériaux et de renseignements de nature et de valeur diverses. Elles permettent d'exposer, dans la mesure d'approximation que la matière comporte, l'état de Tagricolture aux États-Unis, et de juger des progrès qu'elle a accomplis dans la seconde moitié du xix' siècle (^).

(1) Voir, parmi les publications qui donnent un résumé des progrès de ragrîculture, Y American Agriculturist, january 1892, semi'Centennial

istue.

(2) Je complète la bibliographie de l'agricultirre en donnant, d'après

l'économie rurale (')

Fermiers dautrefois. — On pouvait voir à TExposition de Chicago quelques souvenirs de la vie des fermiers d'autrefois, leurs grandes cheminées encadrées de briques ou de bois, leur rustique et lourde batterie de

M. J. B. Veblen, professeur à rUnivcrsitè do Chicago, la liste des principaux ouvrages autres que les publications du Département de l'Agriculture et des bureaux d'agriculture des États :

Oetkbn (Fr.). Die Landwirthschaft in den Ver. Staat. v. N. A. Berlin, 1893, Paul

Parey, 8 vo. p. 848.

HiLQARD (E. W'.). Alkali Landi, Irrigation and Drainage in their Mutual Relation*.

(Pub. of the Uoiv. of Cal. Coll. of Ag., Experiroent Station.) Ali.BN (Lewis F.). American Cattle; this Hiitory^ Breeding and Management. N. Y.

AusTiN (H.). The Laws conceming Farms, Farmen and Farm laborers, togelher

toith the Game Lawa ofall the States. Boston, 188G, Claa. C. Soûle. Brbwbr (W. n.). Hiatory of Agriculture (X. Consus, vol. on Ag. p. 131). IIarrington (Mark W.). Death Valley of California. (Weathor Bureau, Bulletin,

Vol. 1.) FuNT (Ch. L.). Groêies and Forage Plants. N. Y., 1858. HiLQARD (B. W.). A Beport on the Relations of Soil and Climate. (U. S. Weather,

Bureau, Bull, No. 3).

Hydb (Alexandor^. Agriculture ; Twelve Lectures on Agricultural Topics deliverêd

before the Lowell Institute. Boston, Harford, Conn. 1871 : Ann. Pub. 12 mo.

JoHNSTON (J. F. W.). Notes on North America : Agriadtural, Sconomieal and

Social. Boston, 1831 : Little and Brown. 2 vol. 8 vo. pp. xvi-4r5, xii>512. Kmapf (G. F.). Die f^andarbeiter in Knechtschaft und Freiheit. Vier Vortrage.

Leipzig, 1891; Duncker et Humblot. 8 vo. p. U3. Sbnatk Committeb, session of 1888, 8 vol. p. 310 ouv. Farms of four acres

Primb (J. K.). Afodel Farms and their Methods. Chicago, 1881. A. Knorbel et Co. RussBLL (Robert). North America; ils Agricultura and Climate^ Edinburgh, 1859,

A. and C. Black. 8 vo. p. 300.

Shosaki-Sats. History of the Land System of the United States. [J. H. U. Studios] Baltimore, 1880, N. Murray (Agent). 8 vo. p, 181. MiLTON WuiTNKY. Soils^ Physical Praperties of, in Relation to Moisture and Crop

distributior,. Weathor Bureau, Bull. No. 4. Thomas (John J.). Farm Implements and Farm Machinery. N. Y. 1869 (Orange

Judd and Co, 12 no. p. 302).

Wheelbr (Gervase). Rural Homes. N. Y., 18,59.

Whitman (K. A.) and Lbbson (J. R.). Flax culture in the United States. Boston, 1888. Walkbr (Francis A.). American Agriculture (monograph in Xth. Census of the

Uniicd States).

(1) Les monnaies et mesures américaines ont été, quand il y avait lieu, traduites en monnaies françaises dans ce mémoire, à raison de 5 fr. 15 pour 1 dollar (le pair est de 5 fr, 34 ; le change est en ce moment de

cuisine, leur chaudron suspendu à la crémaillère, le rouet de la mère et la grande chaise à bras où s'asseyait le chef de la famille, près de l'âtre. C'était le temps où la fermière battait le beurre dans une baratte en bois, où un ouvrier non nourri se contentait d'un salaire de 33 à 50 cents par jour, une servante de 80 cents par semaine ('), un garçon de ferme de 4 à 5 dollars par mois (*), où le fermier labourait son champ avec une pesante charrue de bois munie d'un fer grossier et, routinier comme l'avaient été ses pères, traitait avec dédain de « book farming » les brochures que les premières sociétés d'agriculture essayaient de répandre.

« Il y a un demi-siècle, dit M. J.-R. Dodge, lorsque les États-Unis ne comptaient que 17 millions d'habitants (') dont la grande majorité vivait de ragiûculture, lorsque le système manufacturier commençait à peine à se substituer à rindustrie domestique, lorsque l'exploitation des mines était dans l'enfance, les neuf dixièmes da territoire du sud étaient couverts de forêts, les plaines au delà du Mississipi n'étaient occupées, à part quel-ques rares « Homesteads », que par d'innombrables troupeaux de bisons, et Flndien sauvage parcourait en chassant tout l'occident du continent américain. Alors le fermier se vétissait d'étoffes tissées sous son toit; il fabriquait lui-même son mobilier ou l'achetait chez le menuisier du voisinage. Sa femme cuisait son pain dans une rôtissoire et sa viande dans une poêle à frire au-

5 fr. 12 à Paris), 40 ares 4/2 pour 1 acre (exactement 40,46), 36 litres 1/3 pour un boisseau (exactement 36,35), 4 litres 1/2 pour un gallon (exactement 4,64), 453 grammes pour une livre (exactement 453,6). La tonne américaine vaut 1,016 kilogrammes.

(1) American Agriculturistf p. 41.

(2) Report of the Statistician; Farm pinces iniwoceniwies, 1892, p. 335.

(3) Census de 1840.

dessus du feu flambant du foyer. Il n'y avait que les familles aisées dans les États manufacturiers qui, pour se chauffer et faire la cuisine, possédassent un poêle, meuble coûteux alors. Dans ce temps-là, le calicot valait un dollar le yard {*). »

Le portrait tracé par M. Dodge est celui du petit fermier du nord. On rencontrait aussi dans cette région de grands propriétaires; mais leur existence, plus large, était simple comme celle du petit cultivateur et conforme aux mœurs générales d'un pays agricole qui avait encore peu de manufactures et ne faisait qu'un commerce restreint avec l'Europe.

Dans le sud, les mœurs étaient différentes. Les planteurs, exploitant de vastes domaines avec des troupeaux d'esclaves, menaient une existence aristocratique. Les Yirginiens avaient, je ne dis pas des palais, mais de grandes demeures où ils vivaient, sinon dans les somptuosités du luxe, du moins dans l'abondance de gentilshommes campagnards. La maison de Washington à Mount Vernon, que les Américains conservent comme une précieuse relique et dont ils avaient construit la copie à l'exposition de Chicago, est un exemple de ces demeures confortables et simples. Le secrétaire actuel de l'agriculture des Etats-Unis, M. J. Sterling Morton, rappelait tout récemment dans un article du Forum que les onze premiers présidents des États-Unis cultivaient la terre (*) .

(1) Le yard vaut 0m,91.

(2) En réalité, il n'y en avait que deux dont la profession fût réoUemont l'agriculture au moment de leur élection : Washington qui était un planteur en Virginie et Harrison qui était fermier dans l'Ohio ; mais les huit premiers étaient fils de planteurs ou de fermiers et tous vivaient sur leurs terres.

Ce temps, qui a duré des siècles en France et plus de cent ans en Amérique, n'est plus.

Ce n'est pas qu'on ne puisse trouver aux États-Unis deâ demeures aussi primitives que celles des colons du dix-huitième siècle. Il y a dans les régions de Touest, dont le peuplement est récent, des maisons en planches grossièrement jointes ou en bûches non équarries; mais l'ameublement et les instruments de culture sont importés de quelque grande manufacture du centre et très différents de ceux du passé; à côté de la rustique cabane, on aperçoit, h demi-cachées sous l'herbe et les broussailles, des boîtes de conserves éventrées qui attestent que les produits d'une industrie toute moderne pénètrent dans ces solitudes.

Le Dakota avait exposé une des petites et lourdes charrettes qui, jusqu'en 1860, ont été les seuls véhicules usités au nord de Minneapolis. Quel changement! On parcourt aujourd'hui les grandes lignes en chemin de fer et, sur les routes qui sont encore, il est vrai, à Fétat naturel et souvent détestables quand il a -plu, circulent de légers chariots à quatre roues élégamment peints qui portent les marchandises.

Fermiers (tavjourâJhui. — « Les facilités qu'exigent aujourd'hui nos fermiers, dit encore M. Dodge, pour les relations sociales et pour l'éducation de leurs enfants, l'ameublement et l'ornementation de leurs demeures, leur équipage en chevaux et voitures et les autres raffinements de confort qui sont maintenant d'un usage ordinaire chez les fermiers de première classe, pouvaient à peine être rêvés en 1840, et ne sont aujourd'hui accessibles, dans nos villes, qu'aux personnes jouissant d'un large revenu. Dans le centre et dans l'est, la demeure

24 É. LEVASSKUR.

du fermier a complètement changé, aussi bien que sa manière de vivre. Dans les établissements nouveaux, dans les États éloignés, les désirs sont généralement plus modestes, et les moyens de satisfaction plus bornés, mais partout le genre de vie a progressé immensément depuis cinquante ans (*). »

M. Breuil, consul général de France à New York, répondant au ministre qui lui avait demandé des renseignements sur les conditions générales des familles agricoles américaines ('), disait, en 1881, qu'à une honnête frugalité les fermiers joignaient, dans le nord-est et dans le centre, un confort et un luxe relatifs et que Ton trouve seulement en Europe dans une situation plus élevée, qu'ils habitaient des cottages généralement propres et assez souvent élégants, séparés des bâtiments d'exploitation, qu'il y avait un salon, « parler », garni d'un tapis, meublé avec une certaine recherche ; sur la table, une Bible; sur des rayons de la bibliothèque, des livres, des revues, les derniers documents émanés du « Board of Agriculture » de l'État ou des sociétés agricoles des environs.

Même dans les exploitations du « Far west » il n'est pas rare de voir un piano ou un orgue dans le salon, un tilbury, « buggy », et même plusieurs dans la remise, des chevaux de maître dans l'écurie, un fourneau-poêle en fonte dans la cuisine qui sert souvent de salle à manger, un mobilier d'apparence confortable dans les pièces du rez-de-chaussée. Des commis-voyageurs parcourent sans cesse les campagnes, offrant au comptant ou à crédit leurs marchandises, propagateurs du luxe et démons

(1) American AgricuUurist, p. 3.

(2) Rapport sur V Agriculture des États-Unis par M. E. Breuil, p. 27.

de la tentation ; plus de la moitié des compagnons de route que j'ai eus dans les « cars » , au Dakota, étaient des commis-voyageurs. Dans ces contrées, c'est d'ordinaire à la station que se trouve le village, et le village, qui ne se compose que d'un petit nombre de maisons, contient cependant toujours des magasins garnis de machines agricoles, d'outils, de provisions de ménage; l'Américain, qui dépense facilement, achète quand il a de l'argent; même quand il n'en a pas, il aime à élever le niveau apparent de sa fortune aussi haut que ses moyens ou son crédit le lui permettent.

En 1879, un orateur s'exprimait ainsi devant l'Assemblée agricole de la Californie : « Nos fermiers sont déréglés dans leur genre de vie, extravagants dans leurs idées et leurs dépenses ; ce qu'ils gaspillent en superfluilés suffirait pour les enrichir; quand ils ont une bonne récolte, ils changent immédiatement leur genre de vie et se bâtissent une nouvelle maison plus confortable et plus élégamment meublée, contractant ainsi de nouvelles dettes jusqu'à ce que les hypothèques aient absorbé la valeur de la ferme (*). »

Économiser la main-d'œuvre parce qu'elle est chère, produire beaucoup et vite pour arriver promptement à la fortune, telle est la visée de l'Américain en agriculture comme en industrie. Il ne cherche guère à économiser la matière; souvent même il la' gaspille, parce qu'il la trouve en abondance et qu'il faudrait trop de temps et d'argent pour en exprimer toute l'utilité qu'elle

(1) Rapport sur C Agriculture des États-Unis, par M. Breuil, consul général de France à New York. Le passage cité est extrait du rapport spécial (p. 118) de M. Forest, consul à San Francisco. Voir, plus loin, ie chapitre de la dette hypothécaire. On a pu en dire autant en France, à une certaine époque, des vignerons de THérault.

26 Ê. I.EVA6SEIJR.

pourrait fournir; c'est ainsi qu'il engraisse rarement la terre, qu'il lui demande parfois une trop longue suite de récoltes épuisantes, qu'il brûle souvent sa paille et même la filasse de son lin, qu'il abat ses forêts.

Associations. — Les Américains sont à la fois très jaloux de leur liberté individuelle et très enclins à se grouper en associations. Il y en a dans tous les Etats (*), et leur nombre est considérable. Plusieurs États ont une société générale publique, « State agrîcultural Society » et môme un bureau d'État, « State fioard of agriculture )), qui tient des réunions, publie des circulaires et un rapport annuel. Il y a aussi des sociétés spéciales d'État : les unes pour Thorticulture, d'autres pour la laiterie, d'autres pour des cultures spé:: ciales, comme la vigne ou le sorgho. Il y a des sociétés de comté, de «township» et autres qui sont considérées comme des auxiliaires de la « State society », reçoivent d'elle des subventions et décernent à leur tour des primes à des agriculteurs. La plupart des États agricoles organisent, par les soins de leur Société d'agriculture, une exposition annuelle, « Fair )),qui est une grande solennité ; j'ai aperçu au mois de septembre 1893 celles du Missouri et du North Dakota. Il y a aussi des « Pairs » de comté, qui rappellent les comices agricoles de la France; chaque spécialité pour ainsi dire: fruits, légumes, bœufs, chevaux, moutons, etc., a ses sociétés particulières qui, en général, dépensent beaucoup en réunions et en primes d'encouragement; j'en donnerai un exemple en parlant du cheval. M. Breuil, dans son

(1) 11 existait déjà quelques sociétés d'agriculture avant la déclaration d'indépendance; celle de la South Carolina date de 1784; il s'en était fondé une à Philadelphie la même année, une à New York en 1791; une au Massachusetts en 1792.

rapport sur ragrîculture des États-Unis, a donné pour Tannée 1879 la liste des sociétés agricoles d'État, de comté ou de district, dont le nombre était de 1,901, comptant environ 280,000 membres. A la même catégorie appartiennent les « Farmers institutes » qui sont dirigés ordinairement par un surintendant, organisent des conférences, publient des bulletins et reçoivent aussi des subventions de l'État; ceux du Missouri, par exemple, ont tenu, en 1890, une conférence générale à Saint- Louis dans laquelle étaient représentées une douzaine d'associations de ce genre désignées sous le nom de « National organisations » et comptant, dit-on, plus de cent mille membres.

11 existe aussi deux grandes associations qui embrassent tous les États-Unis, le « National farmers' congress » et 1' « Association of american agricultural collèges and experiment stations ».

Le Congrès national des fermiers est une assemblée délibérative composée de délégués de tous les États, qui donne des conseils aux agriculteurs. Il tient chaque année, en novembre, une session où deux cents membres, qui comptent parmi les agriculteurs les plus riches des États-Unis, viennent de chaque État; sa douzième session a été tenue à Lincoln (Neb.), en novembre 1893; ce congrès a créé un bureau national, « National board of agriculture », à Washington, pour étudier les intérêts agricoles et veiller à ce qu'il ne soit proposé et voté aucune loi préjudiciable à ces intérêts.

L' « Association of american agricultural collèges and experiment stations »('), composée de délégués des cin-

(1) Voir plus loin Enseignement agricole.

28 É. LEVÂSSEUR.

quante-sept écoles et collèges d'agriculture et des cinquante-trois stations d'expérience des Etats-Unis, soutenue par les membres de ces établissements et par des milliers d'étudiants, est un corps scientifique qui exerce aussi une influence sur la législation relative aux intérêts agricoles et surtout à l'éducation agricole.

Les agriculteurs, irrités contre les intermédiaires, agents de transport ou marchands qu'ils accusaient de les écraser par leur monopole, ont formé des sociétés d'un autre ^enre, sociétés de résistance, qui se sont jetées dans la mêlée politique. La « National grange of the patrons of husbandry » en est une. Elle a été fondée dans le sud après la guerre, en décembre 1867, par M. Kelley qui porta dès l'année suivante l'institution dans le nord. Elle a fait une fortune rapide. Les « Granges » sont groupées par État sous la direction de la « State grange » qui reçoivent leur direction de la <i National grange » et lui doivent une entière obéissance. Les femmes sont admises au même titre que les hommes. Dans le principe, l'association interdisait tout débat politique ou religieux et s'occupait exclusivement du développement intellectuel, moral et social et des intérêts matériels des agriculteurs. Dans un de ses programmes, elle les engageait à « améliorer eux-mêmes leur sort, à se rendre meilleurs, à encourager l'union et la coopération ». Dès 1872, elle avait une organisation très étendue et solide; elle comptait, en 1878, un million et demi d'adhérents et possédait des bateaux à vapeur, des élévateurs, des magasins; dans la seule année 1893, 13,000 « subordînates Granges » ont été fondées : la crise industrielle et agricole, en faisant des mécontents, contribuait à son succès.

Les politiciens rentraîaërent alors dans les luttes électorales où elle a perdu une partie de son prestige et de ses membres. G*est néanmoins encore aujourd'hui une très puissante société, surtout dans la Nouvelle- Angleterre et les États du Centre-Atlantique. Elle n'a pas une allure agressive ni révolutionnaire. Cependant, dans une assemblée tenue à Sacramento en 1890, elle dénonçait les charges de l'agriculture et réclamait pour le travailleur de la terre une protection analogue à celle dont jouit l'ouvrier des fabriques (*). Par ses protestations contre le monopole des chemins de fer, elle a ob'tenu la création en 1887 de ï « Interstate commerce commission » et un règlement sur les tarifs. A l'occasion de son vingt-cinquième anniversaire, en 1891, elle a demandé que le gouvernement ne donnât plus de terres publiques aux étrangers et aux associations; elle a signalé, entre autres réformes désirables, l'augmentation du nombre des collèges d'agriculture, des stations d'expérience, l'amélioration des routes, la prohibition de la spéculation. Elle n'a cessé de se plaindre des intermédiaires qui, dit-elle, profitent de leur isolement pour leur vendre cher ce que les fermiers consomment et leur acheter à vil prix les produits qu'ils vendent. Pendant quelque temps elle a, pour combattre ce mal, ouvert des magasins coopératifs et employé divers modes d'achat ou de vente en commun. Il y a des coopérations qui ont réussi, particulièrement pour l'assurance contre l'incendie, pour la fabrication du beurre et du fromage ou même pour la vente des fruits; mais en général, le dé-

(i) u Si le travailleur des usines a besoia d'être protégé, une protectioii équivalente est due au travailleur de la terre. » La « National grange » faisait allusion au tarif Mac Kinley. La dernière session, celle de 1893, a été tenue à Syracuse (N.-Y.)

30 É. LEYASSEUR.

faut d'organisation et de prudence a fait échouer la plupart de ces entreprises (*).

La « National farmers alliance and industrial union » est une autre société qui a commencé dans le sud sous le nom de « National farmers alliance » et sous la présidence de Polk. Elle a un caractère plus radical et plus agressif que la « National grange » à laquelle elle a enlevé une partie de sa clientèle. Réorganisée en 1889, elle a fondé aussi des établissements coopératifs; mais, quoique le succès ne paraisse pas non plus avoir été bien probant jusqu'ici, elle voudrait instituer de grandes coopérations par Etat. Elle s'est recrutée surtout dans la démocratie des fermiers de l'ouest. Sur 34 Etats ou Territoires dans lesquels elle a des cadres réguliers et un président, se trouvent tous les Etats du bassin del'Ohio et du nord-ouest. Dans ses congrès annuels elle se plaint de la tyrannie du capital, elle demande une circulation plus considérable de papier-monnaie afin d'élever le prix des produits agricoles et d'alléger le fardeau des dettes contractées par les fermiers, l'interdiction de la spéculation sur ces produits, le rachat des chemins de fer par l'État, la défense aux étrangers de posséder des terres, la création, dans chaque comté, de greniers où les cultivateurs puissent déposerleurs grains, et obtenir de l'Etat

(1) Ainsi, dans le Massachusetts, il n'y avait en 1891 que 6 « Granges » sur 94 qui eussent des sociétés coopératives pour achat en commun; en 1892, que 7 sur 98 a Granges », et sur ces 7, deux seulement étaient mentionnées comme existant Tannée précédente. Au nombre de celles qui subsistent on peut citer la « Coopérative Association » de Jonhston County (Kansas) qui, en 1876, avait un capital de 800 dollars et un capital, en 1892, de 100,000 avec 700 membres et de nombreuses succursales, et la « Texas coopérative Association » dont le capital est de 80,000 dollar. Le système coopératif qui parait avoir le mieux réussi consiste à charger un agent de faire les achats sur la commande donnée à la fois par un grand nombre de fermiers.

des avances sur ce gage. En 1891 , elle s'est, en vue d'une action commune sur les élections, rapprochée de l'Association ouvrière des a Knights of Labor » (*).

Ces deux sociétés et la u Colored alliance », qui s'est formée parmi les gens de couleur, prétendent avoir ensemble un total de quatre millions et plus d'adhérents. Elles ont une organisation qui rappelle à peu près celle de la franc-maçonnerie et elles ont contribué à former, à l'époque de la dernière élection présidentielle (1892), le « People's party » qui a réuni plus d'un million dévotes populaires (*) et qui a eu la majorité dans quelques États nouveaux, comme le Colorado et le Kansas. Ce « People's party » réclame l'exploitation des chemins de fer par l'État, l'augmentation de la monnaie, l'impôt progressif, l'interdiction de la propriété foncière aux étrangers et aux associations de spéculateurs, la prohibition des marchés à terme, la faculté de déposer des récoltes dans des magasins de l'État et le prôt à 1 p. 100 d^intérêt sur ces dépôts à l'aide d'une émission de papier-monnaie. Les courants d'idées réformatrices ou socialistes qui circulent dans la démocratie agricole des États-Unis n'ont pas moins d'intensité que ceux qui se produisent dans la démocratie des fabriques.

Toutefois ces sociétés ne se bornent pas à une agitalion politique. Elles ont aussi une action éducatrice; elles ont fondé un nombre considérable de cours et conférences. L'Alliance a institué des leçons hebdomadaires de science politique. Récemment la <( Grange » a décidé qu'elle proposerait à ses loges des sujets de discussion

(1) Voir Choses d'Aménque et Les États-Unis contemporains, par Cl. Jaanet, 4« édition.

sur la monnaie, les banques, les associations, les tarifs. Un service de presse qui s'adresse à un millier de journaux a été institué pour répandre les projets de réforme agraire.

Progrèsde t outillage, — On raconte que Ch. Newbold» du New Jersey, avait fait breveter, en 1797, une charrue en fonte de fer, mais que cette charrue était lourde, incommode, et que le préjugé qu elle empoisonnait la ] terre retarda longtemps Tcmploi d'engins de ce genre. Cependant, en 1840, on commençait à voir de nouvelles charrues dans l'est. Abed Hussey à Cincinnatti et Me Cormick en Virginie commencèrent bientôt à améliorer le matériel agricole ; la Société d'agriculture de l'Etat de New York ouvrit à Buffalo, en 1848, un concours de moissonneuses et de faucheuses qui a fait époque en Amérique. La moissonneuse est d'invention écossaise; mais les Américains l'ont perfectionnée et dès 188 1 l'importance de leurs machines attira l'attention des agronomes européens à la première exposition universelle de Londres; les Américains n'avaient rien k apprendre aux Anglais qui les avaient précédés de plus de dix ans dans cette voie ; mais ils étaient en avance sur les nations du continent. Cependant, dans le nord et le sud^ on n'a connu longtemps encore que la charrue faite par le forgeron du village et, jusque vers 1860, les fermiers de la Nouvelle-Angleterre sont restés convaincus que leur sol granitique était trop rugueux pour que la moissonneuse et la faucheuse y fussent employées avec

avantage.

Elles le sont aujourd'hui. C'est en 1884 qu'on a vu en Louisiane, pour la première fois, une moissonneuse ; il y en avait trois mille en 1893. Dans l'ouest, Tintro-

duction des machines a été le plus souvent contemporaine du défrichement.

Pendant la guerre de la rébellion, la rareté des bras a suscité de nombreuses inventions. Les moissonneuses ont commencé à être recherchées à partir de 1872. Les moissonneuses-lieuses de Me Gormick et de Wood ont fait leur apparition vers 1878; on en voyait à l'Exposition universelle de 1878 à Paris dans lesquelles le fil de fer servant à lier les bottes était remplacé par une corde, modification avantageuse qui s'est répandue en Amérique depuis 1886. L'arrachage des pommes de terre se faisait autrefois avec la houe ; le fouilleur à la main (Hand Digger) a été inventé en 1879 et, en 1882, le fouilleur rotatoire traîné par des chevaux : on a ainsi économisé de plus en plus la main-d'œuvre et le temps.

A l'Exposition universelle de Philadelp&ie, en 1876, j'avais été étonné de la quantité et de la variété des machines agricoles de l'Amérique, de la légèreté, je dirai même de l'élégance de leur construction. Entre les deux expositions (^), il ne s'est pas produit de grandes nouveautés en ce genre, mais les machines ont reçu, sous l'aiguillon de la concurrence des constructeurs, de nombreux perfectionnements de détail, et l'usage en est devenu beaucoup plus général dans les fermes américaines, particulièrement dans les grandes fermes de la Californie. Elles font plus de travail que naguère dans le même temps et coûtent moins : ainsi, une moissonneuse-

{{) A TExposition de Chicago, se trouvaient réunis les instruments agricoles de toutes les périodes; on en avait même lait des trophées et on voyait l'araire primitif tout en bois à côté de la charrue double Brabant à disque d'acier trempé et de la charrue de « South bend chilled Company » qui est une des plus perfectionnées.

lieuse qui était payée 320 dollars (1,648 fr.) en 1880, n'en coûtait plus que 120 (618 fr.) en 1892.

Les Américains ont des facilités particulières pour la fabrication de leurs machines : Tacier est peu coûteux, grâce au bon marché du combustible, et le noyer blanc (Hickory), résistant et élastique, fournit des membrures légères. Leurs machines, qui semblent délicates au premier coup d'œil, sont reconnues à Tusage solides et bien adaptées au travail; c'est un témoignage que j'ai recueilli de la bouche même de cultivateurs français.

Les charrues sont, les unes à une raie, tirées par trois chevaux, les autres à deux raies tirées par quatre ou cinq chevaux. Le laboureur marche à côté de l'attelage ou est assis sur un siège, étroit, mais commode et suspendu sur ressort. Beaucoup de charrues portent, au lieu du contre rectiligne, un contre circulaire en acier qui coupe facilement la terre. Il y a aussi de grandes charrues à six raies mues par une locomotive routière ; toutefois celles-ci sont peu usitées. Dans quelques grandes exploitations, on peut voir dix charrues et plus s'avançant de front sous la direction d'un surveillant à cheval et traçant un seul sillon dans leur journée ; le lendemain elles reviennent et labourent en sens inverse. Je n'ai pas vu de charrue à la vapeur dans les champs que j'ai traversés et on m'a dit que l'usage en était peu répandu; mais à l'exposition de Chicago, on a fait fonctionner une locomotive à vapeur de 15 chevaux, munie d'une roue fouilleuse qui projetait la terre en arrière à 7 mètres de distance et à 5 mètres de hauteur : machine qui parait médiocrement pratique.

Les semoirs automatiques sont devenus d'un usage très général; on ne se sert guère que du semoir à la vo-

lée, qui, lançant la semence sur une large surface, en perd davantage , mais fait la besogne plus vite. On a imaginé des semoirs de maïs à deux roues, avec siège pour le conducteur, qui déposent régulièrement les grains à un mètre de distance en longueur et en largeur. Les herses à double série de disques coupants ou dentelés, les scarificateurs niveleurs, les charrues à biner ou à déchaumer sont améliorés. Les pulvérisateurs commencent à se substituer à la herse; on ne herse d'ailleurs pas toujours en Amérique après les semailles.

Les moissonneuses les plus usitées ressemblent à celles qui sont employées en Europe. Il y a d'ailleurs des types divers. On recommence à employer des machines munies d'une grande scie, et non tirées, mais poussées par quatre chevaux attelés derrière la scie, comme Tétait la première moissonneuse de Bill ; on veut éviter, grâce à cette disposition, que les chevaux ne piétinent les épis (') ; une toile sans fin porte les tiges à mesure qu'elles sont coupées dans un chariot et le chariot, quand il est rempli, les porte à la batteuse. Dans les terrains plats de l'ouest, une machine peut faucher et botleler le blé sur 30 à 30 acres (8 à 12 hectares) dans la journée. Dans les faucheuses-lieuses, comme je viens de le dire, on préfère beaucoup aujourd'hui la corde au fil de fer dont il restait quelquefois dans la paille des fragments dangereux pour les animaux. D'ordinaire les batteuses sont mues par des locomotives chauffées avec la paille. Les grandes fermes peuvent seules posséder cet outillage coûteux; mais dans tous les pays, particulièrement

(1) Ces moissonneuses ne sont d'ailleurs d'un bon usage que sur les terrains plats où il n'y a pas bes^ucoup de mauvaises herbes.

36 É. LEVÂSSEIIR.

en Californie, il y a des entrepreneurs qui se transportent de ferme en ferme avec leur matériel, moissonnant, battant, quelquefois même labourant à façon (^).

Dans les grandes fermes de Touest, il n'est pas rare de voir des charrues à six socs de huit pouces, tirées par huit ou dix chevaux et conduites par un homme assis sur un siège, qui labourent de 6 à 9 acres (2,4 à 4 hectares) par jour ; quelquefois, pour les cultures de printemps, un semoir et une herse accouplés à la charrue et faisant à la fois le double travail du labourage et des semailles. On peut y voir le « Combined harvester », moissonneuse compliquée et ingénieuse, mais peu usitée et peu pratique au dire des agronomes, qui est tirée par vingt ou trente mules et dirigée par quatre hommes, coupant le blé sur une largeur de 16 à 40 pieds, en même temps, le battant, l'ensachant, et opérant ainsi sur 38 acres (14 hectares) et plus par jour ; on prétend qu'elle procure une économie de 40 p. 100 sur les machines simples (') ; mais on lui objecte que le blé, devant être coupé un peu avant la pleine maturité pour éviter l'égrenage, n'est pas prêt pour un battage immédiat. Les Américains, qui ont l'esprit ingénieux pour inventer des machines et très éveillé pour s'en servir, ainsi qu'une très grande confiance en eux-mêmes ('), sont aussi très

(1) Au nombre des machines qui se trouvaient à l'exposition de Chicago, on peut citer les semoirs d*engrais, les faneuses, les pressoirs, les concasseurs de grains, les écrémeuses centrifuges.

(2) California and ils resowces^ 1893, p. H5.

(3) Voici un témoignage entre autres, qui atteste cette confiance. « At présent, dit le commissaire du travail de TËtat de Californie, à propos de l'outillage des fabriques de sucre, the machinery used in the factories is brought from Oermany and the skilled workmen to operate it are also importations, but it will not be many years before the ingenious American inventor will be labor saving in beet sugar making. » Biennial report of the bureau of Labor StatUticSf p. 22.

portés à en faire, dans leurs prospectus, de pompeuses réclames avant que l'expérience ne les ait juslifiées.

On s'ingénie à déloger Je travail des bras de tous les recoins de la culture ; c'est ainsi qu'on voyait à l'exposition universelle de Chicago une machine à récolter le maïs, une machine à repiquer le tabac, une machine à décortiquer le riz, et bien d'autres encore. Comme on n'en a pas encore pour le sorgho qui exige beaucoup de main-d'œuvre, on a proposé d'envoyer dans le champ des porcs qui couperaient les tiges et qui mangeraient les feuilles, en respectant probablement le grain.

Les Américains ont plus le goût des machines que le soin de leurs machines. On leur reproche de les laisser souvent se rouiller en plein air l'hiver, reproche qu'on pourrait adresser aussi à certains cultivateurs européens. Comme la main-d'œuvre est très chère et que les mécaniciens manquent ordinairement au village^ beaucoup de fermiers renvoient l'hiver leurs machines avariées au fabricant qui les répare ou leur en fournit de nouvelles.

En parlant des machines agricoles, on doit mentionner les moulins à vent qui sont d'un usage général en Amérique; aussi en voyait-on un nombre et une variété considérables à l'exposition de Chicago. Ces moulins, dont le disque à ailettes utilise tout le vent, non seulement montent l'eau du puits et remplissent les abreuvoirs, mais battent le beurre, écrasent le maïs, etc.

Les machines américaines sont aujourd'hui renommées dans le monde entier : en 1890, les États-Unis en ont exporté pour 3,889,000 dollars (19,872,000 fr.). « Elles ont,écrit M. Dodge, épargné aux fermiers presque

tout travail pénible, réduit le nombre des heures de tra* vail, accru considérablement la productivité. »

La valeur de Toutillage des fermes américaines est enregistrée à chaque recensement décennal par une esti^ mation vague sans doute, mais instructive par sa progression. Cette valeur était de 151 millions 1/2 de dollars (780 millions de fr.) en 1880 et de 406 millions 1/2 (2,093 millions de francs) en 1880.

La valeur des outils et machines de Tagriculture fabriqués aux États-Unis est relevée aussi tous les dix ans par le Gensus. Elle était de 7 millions de dollars (36 millions de francs) en 1850, de 18 en 1860, de 84 en 1870, de 68 en 1880 (^), et de 81 (417 millions de francs) en 1890 (*). Le rapide progrès accompli de 1860 à 1870 correspond à l'impulsion que Tagriculture et la colonisation du Far West ont reçue après la guerre de la rébellion (3).

Le professeur d'économie politique de TUniversité du Minnesota, M. Folwell, me disait que depuis quarante ans il avait vu s'opérer dans les outils à la main le même perfectionnement que dans les machines, et il pense que la qualité de Toutillage est une des causes du taux élevé

(1) Le recensement de 1890 a enregistré 910 fabriques d'outillage agricole (agricultural implements), ayant une valeur totale de 145 millions de dollars, employant 42,514 personnes et ayant produit dans Tannée une valeur de 81,271,000 dollars.

(2) On trouve dans le Census {Compendium of the tenth Census^ p. 1098) le détail des instruments fabriqués on 1879, dont la valeur totale était de 68,640,486 dollars (353,502,000 fr.].

(3) Voici, comme terme de comparaison, la statistique de la machinerie agricole en France d'après l'Enquête décennale de 1882 sur l'agriculture. La France possédait en 1882, 9,288 machines à vapeur fixes ou locomobiles, 3,267,187 charrues à un soc ou à plus d'un soc, 195,410 houes à cheval, 211,045 machines à battre, 29,391 semoirs mécaniques, 19,147 faucheuses mécaniques, 16,025 moissonneuses mécaniques, 27,364 faneuses et râteaux à cheval. La valeur totale était de 1,300 millions de francs.

l'aGRICULTDRE aux ÉTATS-UNIS. 39

des salaires. J*ai remarqué en effet que les outils sont en général variés et bien maniables, adaptés à leur usage et je partage Topinion de M. Folwell. J'ajoute que, si l'outillage perfectionné explique les hauts salaires, les hauts salaires à leur tour stimulent le perfectionnement de l'outillage. Avec un bon outillage on fait une meilleure besogne ; on la fait plus vite et on peine moins.

L'outillage profite à l'ouvrier, au fermier, à la fermière et n'est assurément pas étranger au progrès du bien-être dont j'ai parlé plus haut. Un agronome américain, M. Stewart, expose les avantages des nouvelles fabriques de beurre en termes qui peignent bien un des côtés des mœurs actuelles et des aspirations de la ferme. « Au temps, dit-il, où le beurre et le fromage étaient des produits tout domestiques, la maison était construite et aménagée en vue de cette fabrication, et la laiterie absorbait le temps du point du jour jusqu'au soir. Maintenant tout est changé. La fermière est dispensée de ces soucis ; ses filles n'ont plus à s'occuper des vaches, de la traite et de la baratte. Ce sont des hommes qui font tout cela et, quand le lait est envoyé à la crémerie, leur beurre est terminé. On obtient par là un grand résultat : affrancbissementd'un travail fatigant et profit plus rémunérateur, suppression de soins embarrassants, facilités pour la culture de l'esprit et pour une meilleure éducation de la famille, élévation du fermier, de sa femme et de ses enfants dans une sphère plus haute, avantages qui font de plus en plus de la vie rurale une condition bénie comme elle l'est réellement. »

Enseignement agricole. — L'Etat de Michigan est le premier qui ait eu une école d'agriculture : le « Michigan State agricultural collège » fut créé, en vertu d'un

40 É. LEVASSELR.

article de la Constitution de 1850, par une loi de 1855 et ouverte Lansing en 1857 (*). Le cc Maryland agricultural collège » fut fondé par souscription privée, peu de temps après, ainsi que des établissements similaires à Cleveland (Ohio) et près de Cincinnati. Quelques universités, comme Yale, possédaient des chaires d'agriculture. L* « Agricultural collège of Pennsylvania », projeté dès 1853, doté d'abord par la Société d'agriculture de TÉtat, commença à fonctionner en 1859. Pendant la guerre civile, le gouvernement, comprenant l'importance qu'il y avait à développer par l'agriculture la population libre et le peuplement, rendit en 1862 trois lois, la première autorisant l'occupation gratuite des terres publiques par « Homestead )>, la seconde créant le Département de rAgriculture,la troisième dotant les collèges d'agriculture. Cette dernière, dite « Land grant act », et souvent « the first Morrill act », du nom du sénateur du Vermont qui en a été le promoteur, promulguée le 2 juillet, accordait à chaque Etat autant de fois 30,000 acres de terre qu'il avait de sénateurs et de députés, à condition d'employer le revenu de ces terres à l'entretien d'un collège dans lequel seraient enseignés l'agriculture et les arts mécaniques ('). En 1880, ces collèges d'agriculture, qui sont désignés sous divers noms, « Agricultural collège », « Collège of agriculture and mechanics arts », etc., et qui presque tous possèdent une ferme d'expérience, étaient au nombre de 42. Quelques années après, une loi dite « Hatch experiment

(1) Le Collège fut doté du prix de terres publiques mises en vente, en outre, d'une somme de 40,000 dollars et d'une ferme d'environ 700 acres avec ses bâtiments.

(2) Les terres devaient être vendues et le prix de la vente devait être placé à 5 p. 100 au moins.

station act » dota les collèges d'un fonds pour rétablissement de stations d'expériences; une autre accorda la franchise postale à leur correspondance ; une troisième, « Additional endowment of 1890 », leur donna un supplément de subvention : 25,000 dollars par an pendant dix ans pour chaque État ou Territoire (*). En 1893, il y avait soixante écoles de ce genre (^), les unes

(1) Ces sommes sont données à la condition suivante : « To be applied oniy to instruction in agriculture, the mechanics arts, tho english langnage, and the varions branches of mathematical, physical, natural, and économie science, with spécial référence to their applications in the industries of life, and to the facilities tor such instruction. »

(2) Liste, en juin 1893, des collôges d'agriculture et d'arts mécaniques qui recevaient des subventions du gouvernement national. (Extrait du Report of the commissioner of éducation for the year 1890-91, p. 581.)

Les collèges fondés pour les gens de couleur sont marqués de *.

ÉTATS Alabama.

Arisona.

Arkansas.

California.

Colorado.

Connecticut.

I>elaware.

Florida.

Oeorgia.

Idaho.

niinois.

Indiana.

lovra.

Kansas.

KeQtucky.

Loaisiana.

Uaine.

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