‹ L'agriculture dans la province de Québec [microforme]Chapitre 1 sur 58 · UN BON LIVRE · texte numérisé non relu

UN BON LIVRE

Timeo hominem unius libri.

TS. Thomas. ] A Monsieur le directeur de la ‘‘ Vérité,

Saint Thomas a dit quelque part: L'homme qui ne connaît qu'un seul livre, mais qui le possède bien, est uu adversaire redoutable. Si c:la est vrai d’un homme qui possède bien les substances d’un bon livre, il doit l’être encore bien plus de celui qui a fait ce livre, Cette réflexion m'est venue en lisant et relisant ‘ Le livre des cercles agricoles ”, manuel d'agriculture, écrit par monsieur Ed. À Barnard, et publié par l'honorable mivistre de l’agriculture de Québec.

Au printemps dernier vous avez mentionné l'apparition de ce livre et, à cette occasion, avez dit, si je ne me trompe, que, vu l'importance de l’ouvrage, vous vous proposiez d'en donner une étude dans votre journal, Comme, depuis ce temps, je n'ai rien vu dans la “ Vérité ”, à ce sujet, je me suis dit que le livre de monsieur Barnard est trop bien fait, trop utile, que son auteur mérite trop la reconnaissance de la classe agricole, pour qu’il ne soit pas apprécié hautement et autant qu’il le mérite. Au moment où je prenais la réso-

lution de rendre à nos cultivateurs le service de leur faire plus amplement connaître le hvre le plus précieux qui se soit jamais publié pour eux, il m'a été donné d’entendre, à la convention annuelle de la Société d'industrie laitière de la province de Québec, tenue dernièrement à Waterloo, un si bel éloge du livre et de l’œuvre de monsieur Barnard, que je ne puis résister à la tentation de reproduire ici ce travail tout fait, au lieu de celui que je me pronosais de faire sur le même sujet. C’est monsieur l’abbé Montminy, digre président de la Société d'Industrie laitière qui, dans un discours d'ouverture, très rexarquable d’ailleurs, s’est exprimé ainsi :

“J'ai insisté, en touchant aux différents sujets traités dans mon discours, sur le fait que rous avons reçu de nos gouvernants l’aide et l’encouragement, dont nous avons besoin, afin de poursuivre l’œuvre que s’est imposée la Société d'industrie laitière de la province—la régénération de l’agriculture. Je ne veux pas reprendre mon siège sans mentionner l’un des moyens les ples puissants de régénération agricole qui aient été mis, non seulement à notre portée, mais à celle de tous les cultivateurs de la province de Québec, par notre zélé commissaire d'agriculture povincial, dans le cours de la présente année. Je veux parler de la publication du Manuel d'agriculture de monsieur Ed. A. Barnard, Le livre des cercles agricoles. Je ne craius pas d'affirmer qu’il n’y a pas un seul agronome dans notre province, aussi capable que monsieur Bar. nard d’écrire un livre comme celui-là. Monsieur Barnard, que notre suciété a l'avantage de compter comme l'un de ses membres les plus importants, a été, depuis vingt-cinq ans, le chumpion du progrès agricole dans 2 province de Québec. Ouvrez les journaux d'agriculture, lisez les rapports du département de l’agriculture et de nos divers”s sociétés agricoles, interrogez par toute la province les cultivateurs, et partout vous lirez, partout vous entendrez dire que, bien longtemps avant que l’on fasse, dan: nos cercles politiques, de ia politique agricole, d'après des principes sûrs, basée sur les règles ds l’économie rurale, telle que la font aujourd hui, avec une si grande la'geur d'idées, nos législateurs, monsieur Baruard avait prôné ces idées, en avait fait un programme à lui, simple cultivateur, et s’efforçait d’inculquer les mêmes idées à ses compatriotes. Les cercles, les conférences agricoles, l’industrie betteravière, l’industrie laitière, l’ensilage, la réhabilitation de la race bovine canadienne, l’un des prerniers il a mis la main à tout cela, l’un des premiers il s’est fait l’avocat de toutes ces causes, et aujourd’hui l’on peut dire que son livre est le couronnement de sa vie de labeurs, passée à lutter contre la routine, et à faire prévaloir les saines idées agricoles parmi nos cultivateurs. Comme tous les expérimentateurs, il a dû subir des insuccès, comme tous les hommes convaincus qui poursuivent un but, dont la grandeur accapare toute leur intelligence, il a pu, en inarchant vers ce but, heurter ceux qui se trouvaient dans son chemin, allant moins vite que lui, venant quelquefois en sens invers”, souvent n’allant pas du tout. Mais en face da bien qu'il a fait à la classe agricole, les insuccès, les heurts doi- ‘ vent être oubliés pour ne laisser voir que le résultat si beau, si noble auquel il a, non pas lui seul mais l’un des premiers et des plus efficacement, concouru. Ce résultat n’est rien autre que le gran | mouvement de progrès constant, auquel participe aujurd'hui notre province qui, de l’aveu même de nos voisins, depuis si longtemps disposés à se c nsidérer comme nos supérieurs, s’avance rapidement dans la cirrière de la pr spérité matérielle des nations, luttant avantageusement avec elles et montrant qu’elle a tout autsnt de moyens qu’elles d'obtenir le prix de la lutte. Nous occupons un pays à climat très varié, qui empêche qu’on puisse y suivre des règles de culture applicables à toutes les régions qui la composent. A cause de cela, les livres sur l’agriculture publiés dans les autres pays nous sont plutôt dangereux qu’utiles. A ce point de vue, nous avions besoin d’un livre à nous, fait pour nous, par un des nôtres connaissint bien notre pays, notre climat, ses exigences et les métho les de culture qui lui conviennent. Ce livre, nons l'avons. Merci et honneur à son auteur! Merci et reconnaissance à son propagateur !”?

Ceci est une appréciation qui n’est que juste c: qu’elle doit être, mais qui, néaumoins, pourrait sembler peut-être ua peu partiale vu qu’elle est faite par un compatriote. D'autres appréciations venant de l'étranger serviront à chasser cette idée de l'esprit de ceux qui pourraient l'avoir, Voici ce que dit le révérend frère Abel, de l'Institut des Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel, France, dont le nom et la seience sont bien connus ici :

“J'ai parcouru bin attentivement ce remarquable travail. C’est bien le livre, le maître des Cercles agrico'es. Îls y trouveront tous les renseignements nécessaires pour une culture raisonnée et qui, du reste, deviendra payante.”

À cette appréciation du révérend frère Abel, je joins celle du révérend frère Télesphore, du même institut, telle qu’il l’a communiquée au révérend frère Abel, qui lui avait donné connaissance du livre de monsieur Barnard :

‘Je vous remercie de m'avoir communiqué le Manuel d'Agriculture de M. Ed. A. Barnard. Tulonné par le temps et les circonstances, j'ai dû le parcourir à pied levé ; mais, malgré cette rapide lecture, c’est avec le plus vif intérêt que j'ai suivi l’auteur daus la mirche méthodique qu'il a adoptée. Les détails nombreux et qu-Iquefois minutieux, dans lesquels il entre, s’expliquent par le public auquel il s'adresse. Ce livre est en effet destiné à remplacer le professeur, et aucune partie n’eu doit (lemeurer cbscure. Maïs combien ce défaut, si c’en est un, est vite oublié dans son ouvrage où é:late partout l’amoar du noble métier des cham;s ! Partout apparaît le praticien éclairé, dénonçant 1 s mauvais procédés, les méthodes routinières, dout il fait toucher du doigt les inconvénients, puis exposant avec clarté et c nviction les meilleurs remèdes à appliquer, toujours animé du zèle le plus ardent, et désireux de faire profiter les autres du fruit de ses études et de ses expérimentations.

Vous avez remarqué mieux que moi, très cher Frère Assistant, les chapitres où l’auteur signale les immenses avantages à retirer d’une terre bien drainée, donne d’excellents conseils sur les essais de culture bien faite, sur le secret des grosses récoltes : labours profonds, ameublissement, engrais abondants et appropriés, semences sélectionnées ; sur l’ensilage, le soin des clôtnres ; sur la destruction, par les labours superficiels d'été, des mauvaises plantes et des larves d’insectes nuisibles, etc, etc.

Nul doute que ce livre, si facile à consulter grâce: à see nombreux titres et sous-titres, ne soit accueilli avec la plus grande fav. ur par les cu:tivateurs intelligents si nombreux au Canada et qu'il ne soit appelé à reudre les plus signalés services à la cause si intéressante de l’agriculture. ”

Il semble oiseux d’ajouter quelque -chose à ces divers éloges. Ils suffisent pour démontrer que notre agronome national n’est pas l’un de ces savants dont l’on dit: “ Doc- ‘“ tus cum libro ”, c'est-à-dire, puisant sa science dans les livres seulement. Bien au contraire, monsieur Barnard se montre, dans son ouvrage, praticien, et praticien éclairé avant tout. Esprit essenti :Il2ment chercheur, il demande à la science ses secrets pour les appliquer à l’agriculture, mais il ne fait connaître cette science que lorsque, de théorique qu’il l'a trouvée, il l’a rendue pres par son travail.

Croirait -on, cependant, qu’il est impossible de se procurer un livre si utile en librairie ? Je ne sais par quelle anomalie cela arrive, mais c’est un fait qu’il me fait peine de constater.

Je comprends que le Département de l'Agriculture de Québec est le propriétaire du livre des ccreles agricoles et l’a distribué gratuitenent à certaines personnes y ayant droit, d’après l'application d’une règle quelconque déterminée d'avance. Rien à redire à cela. Mais pourquoi maintenant que cette distribution est faite, l'éditeur n'est-il pas en mesure de vendre le livre aux centaines de cultivateurs que je sens être anxieux de se le procurer. Espérons qu’il n’y a là qu'inadvertance, et que du moment que l’honorable commissaire de l’agriculture de Québec saura qu’on désire se procurer l'ouvrage, il prendra les mesures nécessaires pour qu’une nouvelle édition soit mise en circulation à un prix raisonnable, pour le plus grand bien du nombreux public agricole qui voudrait l’étudier.

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