‹ L'agriculture dans les écoles primaires [microforme]Chapitre 4 sur 4 · C. — On ne prépare Pas assez le terrain · texte numérisé non relu

C. — On ne prépare Pas assez le terrain

Dans plugieurs écoles, le jardin scolaire est abandonné dès la première année : c’est le cas de plusieurs jardins qui, au début, n'avaient pas été suffisamment préparés. Il est impossible d’avoir dns produits de qualité dans un terrain qui n'a pas été travaillé et qui n’a pas reçu la somme nécessaire d’engrais. Le terrain du jardin scolaire doit être labouré et bêché à la main ; de plus, il faut appliquer de l'engrais de ferme bien décomposé et des cendres de bois. Pour compléter l'engrais de ferme on peut appliquer de l’engrais chimique.

D. — Le jardin scolaire est quelquefois trop grand

Que d'institutrices se sont découragées pour avoir voulu trop entreprendre ! J'ai vu des jardins scolaires de 90 par 50 pieds, pour des écoles où il y avait à peine une quinzaine d'élèves jardiniers. Un an après il n'y avait plus de jardin scolaire dans la plupart de ces écoles. J'en demandai la raison aux institutrices et voici la réponse que l’on m'a faite : — « C'est trop d'ouvrage ! » Ces institutrices s'étaient trompées dès le début !

N'oublions pas ce principe : — Le jardin scolaire doit être proportionné à l'école, au nombre des élèves et au temps que l'institutrice peut y consacrer,

©. — Les institutrices changent trop souvent d'écoles

Chaque année, un grand nombre d'instituteurs ou d'institutrices quittent leur école pour entrer au service d’une autre commission scolaire. Dans ce cas, le jardin scolaire est souvent abandonné, car le nouveau titulaire n'est pas toujours au courant de la question de l’agriculture à l'école et quelquefois s'en soucie peu : alors, le jardin n'existe plus. Ceci est à regretter, et les commissaires d'écoles aideraient beaucoup à la cause en n'employant que des institeurs et des institutrices qualifiés afin de les conserver longtemps à leur école. En outre, au point de vue pédagogique, les enfants seront les premiers à en profiter.

Le soin du jardin scolaire durant les vacances d'été

Dans la province de Québec, l'entretien et le soin du jardin scolaire nécessitent peu d'organisation : et ceci, particulièrement dans les Maisons d'Éducation dirigées par les Frères ou les Religieuses.

Quand l’année scolaire est terminée, c'est-à-dire vers la fin du mois de juin, les élèves-jardiniers sont réunis par l'institutrice, qui a la direction du jardinscolaire, et reçoivent les instructions nécessaires à ce sujet. Les élèves-jardiniers doivent se rendre au jardin scolaire durant les vacances d'été, à une heure réglementaire fixée par les autorités de l'école, Par exemple, un jour ou deux par semaine, les élèves-jardiniers viennent visiter leurs parcelles de terre en compagnie d'un surveillant. Les enfants apportent leurs instruments de culture ou se servent de ceux qui appartiennent à l'école, quand les commissaires 6nt eu le bon esprit d'en acheter pour les élèves.

Les élèves-jardiniers passent done une heure où deux dans leurs jardins scolaires. Ils y font des sarclages, des binages, des arrosages, ete. Plusieurs transplantent des légumes et arbustes, d'autres taillent leurs plants de tomate ou des petits arbustes fruitiers que linstituteurs leur a donnés en soin. Tous font la guerre aux insectes nuisibles et aux mauvaises herbes,

Quand le travail est terminé, l'institutrice rassemble les enfants afin qu'ils puissent faire le rapport de leurs travaux et observations dans un cahier d'Agriculture, spécialement réservé aux élèves-jardiniers, et intitulé : « Journal de mon jardin ».

Dans les petites écoles Situées loin du village, il est difficile de réunir les élèves une fois où deux par Semaine, car les enfants demeurent quelquefois à un mille ou deux de l'école et aussi, très souvent, l'institutrice quitte l'école pour passer les Vacances dans sa famille, Dans ce cas, les enfants récoitent leurs produits à la fin de l'année scolaire. Ces produits consistent en légumes extrahâtifs tels que radis, carottes et laitne. Les légumes ne sont pas très gros, mais les élèves récoltent le fruit de leur travail et de plus, Finstitutrice a pu donner une dizaine de leçons d'horticulture et faire apprécier la culture par les enfants qui feront eux-mêmes un petit jardin à la maison. A l'automne, leurs légumes seront apportés dans une des salles de la classe où l'on peut organiser une petite exposition scolaire agricole,

Cependant, dans plusieurs endroits, les institutrices passent l'été à l'école ou dans le voisinage. Alors la visite du jardin par les élèves-jardiniers peut se faire très facilement, à condition que l'institutrice fixe une heure et un jour réglementaire et qu'elle accompagne les élèves elle-même à chaque visite.

Enfin, la visite du jardin pendant les vacances peut se faire malgré que l'institutrice soit obligée de quitter l'école, pour une cause où pour une autre, à condition qu'elle organise, en juir, avec le concours de ses élèves et de la Commission Scolaire, un «Cercle d'élèves-jardiniers »

Comme patron du Cercle, l'institutrice demande le concours d'un des commissaires d'écoles. Ce dernier accompagne les enfants au jardin scolaire, une fois par semaine, à une heure fixée par le Comité de direction des élèves et approuvée par le dit commissaire, Ce mode est possible aux écoles situées près d’une maison habitée et dont les membres promettent de surveiller le jardin,

afin que les étrangers ne puissent y avoir d'accès. Comme patron du Cercle, il est préférable de nommer un cultivateur et ceci, dans l'intérêt des élèves.

Enfin, plusieurs institutrices organisent des jardins scolaires à domicile. Les parents distribuent du plant aux eafants ou des graines. Au lieu d'avoir un jardin à l'école, l'élève a le soin d'une plate-bande de terre sur le terrain paternel. L'institutrice ou un commissaire d'école visite le jardin de chaque élève-jardinier, deux ou trois fois durant les cavances. Ceci stimule et encourage les enfants, et de plus, les parents s'intéressent forcément à ces travaux et petit à petit, on réussit à éveiller leur attention, en faveur des choses qui concernent l'école ; et, ce dernier point n'est pas le moins important... !

{ propos du programme d'études

J'ai entendu plusieurs institutrices et un grand nombre de commissaires d'écoles me faire la réflexion suivante :

— Mais, monsieur, pourquoi donc introduire l'agriculture dans nos écoles, quand le programme des études est déjà surchargé ?

D'abord il ne faut pas croire que l’agriculture est une nouvelle matière ajoutée au programme. Non, au contraire, l'agriculture existe depuis que le programme d'études est établi. Par exemple, c'est une nouvelle direction et une plus grande importance que les autorités pédagogiques et agricoles désireraient donner à cet enseignement. Enfin, relativement au programme que quelques uns trouvent surchargé, nous avons cru bon d'inclure ici un article paru dans l'Enseignement primaire » d'avril, 1912 et dans lequel on réfute cette assertion.

L'Enseignement agricole à l'Ecole primaire ne ESS De « l'Enseignement primaire » Avril 1912,

Dans son dernier rapport, le Surintendant de l'Instruction publique a souligné comme il convenait l’affiliation de l'institut agricole d'Oka à l'Université Laval. A ce propos, l'honorable M. de La Bruère fait les judicieuses réflexions qui suivent :

« L'école primaire doit redoubler d'efforts pour inculquer à l'enfant, avec l'amour du pays, l’amour de l'agriculture. Il importe par conséquent que le Conseil de l'Instruction publique, appuyé par le gouvernement, fasse donner au fils du cultivateur une instruction appropriée au milieu où il vit ; c'est-à-dire une instruction plutôt agricole et qui surtout n'aille pas jusqu'à l'inciter pour ainsi dire, par un programme d'études aux tendances trop commerciales, à déserter la campagne pour la ville et à prendre place derrière un comptoir de magasin ou dans un bureau s'affaires.

(Les considérations que je présente ici, je compte que les instituteurs en général doivent s'en inspirer. Mais je veux aussi exprimer le souhait de voir les communautés de Frères qui dirigent des maisons d'enseignement dans nos districts ruraux, faire le choix de maîtres capables d'enseigner oralement et au moyen d’un champ d'expérimentation attaché à l'école, les éléments

de l’agriculture à leurs élèves, et animés aussi du désir de se consacrer à cette œuvre patriotique. »

Il y a deux ans, dans les conclusions qui terminent mon rapport : Les Ecoles primaires et les écoles normales en France, en Suisse et en Belgique, je disais : « Les écoles complémentaires (ou académies) de garcons établies à la campagne préparent presque exclusivement au commerce, Dans ces écoles, on ne se préoccupe nullement de l'agriculture ni de l'industrie, » Après quoi nous formulions le vœu : « Adapter le programme général des études aux écoles rurales, de telle sorte qu'à l'école primaire, les fils de cultivateurs vivent dans une atmosphère agricole agréable, vivante, saine. »

On s'imagine en certains milieux que le programme actuel, trop encombré, dit-on, ne permet pas à l'instituteur de faire la place assez large à l’agriculture, Ceux qui parlent ainsi ne comprennent pas le programme des écoles catholiques de la province de Québec. La première année du programme, par exemple, comprend bien les spécialités suivantes : Lecture, Diction, Récitation. Néanmoins, ces trois matières se rapportant à une seule branche en réalité : la Lecture. La Grammaire, V Analyse et l'Orthographe ne font qu’un et s'enseignent simultanément. Et dans les deux premières années du programme, ces matières se confondent avec la Lecture qui sert de véhicule pour l’enseignement de plusieurs matières. On peut aussi placer toutes les sciences usuelles sous le titre : Leçons de choses. Très souvent, les matières se confondent : l'une sert à enseigner l'autre. C'est ainsi que la Dictée bien choisie peut servir à enseigner une foule de notions religieuses, historiques, agricoles et autres.

Non, ce n'est pas le programme qui met un obstacle à un meilleur enseignement agricole, mais bien la connaissance erronée ou incomplète que l’on en a en certains milieux. A une meilleure connaissance du programme, ajoutons un petit champ d'expérience où les instituteurs et les institutrices pourraient compléter l'enseignement de l'école et faire ainsi, pour l'eafant, de la nature un spectacle enchanteur dont il ne pourra plus détacher ses veux.

Le Directeur.

Enseignement en classe.

Tel que le dit le Programme des Écoles catholiques de la Province : « Ce qui importe dans les écoles rurales, c'est de maintenir la pensée des élèves sur les sujets agricoles. Les maîtres doivent se convaincre de l'utilité que peuvent avoir, à ce point de vue, les leçons de choses, les lectures, les dictées, les problèmes d'arithmétiques, ete. Ces exercices se fixent dans le cerveau de l'enfant, monopolisant en grande partie son effort intellectuel pendant les années de l'école primaire. S'ils lui parlent souvent des choses de la terre, ils exerceront sur son cerveau une ineffaçable impression, en même temps qu'ils lui incalqueront, sans surcharger le programme de ses études, les plus utiles leçons. Et ainsi, sans perdre de temps, sera créee cette atmosphère terrienne si désirable dans les écoles de la campagne.»

C'est à cette fin que le programme officiel des écoles catholiques de notre

province prescrit l'enseignement des notir ns agricoles méthodiques et détaillées à partir de la troisième année jusqu'à la huitième inclusivement, Ces notions qui doivent être données sous forme d” 'eç ns de choses comprennent ce qui suit : « Notions pratiques sur : Les animaux domestiques ; les oiseaux de la basse-cour ; les animaux utiles à la culture ; les arbres fruitiers ; les arbres forestiers ; les principales plantes fourragères de la région ; les principales plantes industrielles de la région ; quelques plantes d'ornement : le: outils servant au travail des champs ; les céréales : pr'icipales céréales de la région ; semailles des céréales, soins à donner aux céréales, récoltes des céréales: généralité sur les grands instruments aratoires, sur les constructions agricoles, (Troisième et quatrième année, cours élémentaire).

Quant au cours modèle, cinquième et sixième année et au cours académique, septième et huitième année, il est facile de consulter le Programme d'études du comité catholique, à la page 152, où l'on trouvera la matière à enseigner.

Le Manuel d'Agriculture.

Pour l'enseignement agricole en classe, l'institutrice, peut se servir de brochures agricoles publiées par les Ministères de l'Agriculture de Québec et Ottawa. Ces brochures sont distribuées gratuitement sur demande.

A la leçon de choses utilisée pour l'enseignement agricole en classe, s'ajoute le Manuel d'Agriculture iiustré, des Frères de l'Instruction-Chrétienne. Ce manuel, très bien rédigé, constitue une aide puissante pour faire aimer la terre aux enfants. Il est déjà en usage dans un grand nombre d'écoles de la campagne,

Ajoutons au Manuel le Cahier d'agriculture, rédigé par les élèves et contenant le résumé des leçons données en classe par le maître et le musée scolaire agricole, que possèdent certaines de nos écoles, contribuent aussi à faciliter et à faire aimer l'enseignement de l'Agriculture en classe. Voilà pour la partie théorique. Et cette théorie, lorsqu'elle est donnée judicieusement, conduit tout naturellement à la pratique c'est-à-dire au jardin scolaire,

Le jardin scolaire.

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Par le jardin scolaire, les élèves mettent eux-mêmes la main à l'ouvrage, Non seulement ils doivent aider le maître à cultiver le jardin, mais on doit leur réserver quelques carrés ou un coin de terre dont ils ont l'entière responsabilité.

Des graines, des fleurs, des plants ou autres semences sont remis aux élèves, afin qu'ils les sèment ou les plantent eux-mêmes après avoir préparé le sol conformément aux instructions données par le Ministère de l'Agriculture. L'émulation aidant, le jardinage devient ainsi pour les élèves une occupation tout à la fois instructive, récréative et saine.

Les travaux de jardinage, dirigés avec intelligence, inspirent l’amour du travail, exercent une heureuse influence sur l'esprit et la santé des enfants et justifi .t aux yeux des parents l'enseignement théorique de l’agriculture à l’école.

Pour maintenir une relation constante entre l'enseignement théorique en classe et l'enseignement pratique au jardin scolaire, rien ne vaut le Journal de mon Jardin, cahier dans lequel l'élève est tenu d'inscrire brièvement les travaux qu'il a faits, ses impressions, ses observations, ses difficultés, et les résultats obten's. Enfin, les rédactions, les dictées, les problèmes, à base agricole, entretiennent aussi cette relation nécessaire à un enseignement rationnel de l'agriculiure à l'école primaire.

Les Expositions scolaires agricoles,

Ces expositions qui ont tant développé d'intérêt et d'amour pour l'agriculture chez les enfants dans les pays d'Europe, des États-Unis et ailleurs, commencent à se vulgariser dans notre province,

Ainsi, à Saint-Casimir de Portneuf, le 12 septembre 1914, l'exposition scolaire, qui a été organisée a remporté le plus vif succès,

Les enfants des écoles, au nombre de 200 avaient apporté à la salle de l'exposition des légumes et des fruits de leurs jardins, des poulets élevés par eux, des gerbes sélectionnées de grain de semence, des travaux domestiques faits à la maison, ete., etc,

Pourquoi ces expositions ne sernient-elles pas organisées par les Commissions scolaires et les institutrices dans nos écoles ?

Les petites écoles, même celles situées dans les rangs, peuvent avoir leur exposition scolaire, à l'automne. Aux Commissaires d'écoles de s'en occuper et de voter même les fonds nécessaires pour l'organisation de ces expositions qui feraient tant de bien.

Un poi nt im porta nt.

Le Ministère de l'Agriculture et le Département de l'Instruction publique ont encouragé beaucoup le mouvement en faveur de l'enseignement de l'agriculture dans les écoles. Maintenant que des résultats très encourageants ont prouvé l'excellence de cet enseignement, il serait bon que les Commissions scolaires continuent elles-mêmes dans leurs écoles le travail fructueux déjà commencé.

C'est pourquoi, nous suggérons aux Commissions scolaires qui le peuvent, de voter, chaque année, un certain montant d'argent pour l’enseignement agricole dans leurs écoles, pour l'établissement ou le maintien du Jardin scolaire, pour l'organisation d'une exposition scolaire agricole,

Nous soumettons ces quelques idées au personnel enseignant et aux Commissions scolaires qui ont déjà apporté à cette œuvre utile et patriotique tant de dévouement, d'intelligence et de bonne volonté.

En faveur de l’Agriculture à l’Ecole

‘* Faire aimer l'agriculture aux enfants de nos écoles, les initier aux travaux si bienfaisants de la campagne, les attacher au sol natal, et par là même les tenir éloignés des villes où règnent tant de misères, matérielles et morales, c'est faire une œuvre éminemment patriotique, sociale et religieuse. Je ne saurais trop vous encourager à la maintenir et à la développer au-

tant que possible partout. ’

(Signé) tL.N. CARD. BÉGIN Arch. de Québec.

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