POISSONS
Dans un pays où les courants d'eau sont si vastes et si profonds, les poissons doivent abonder nécessairement; aussi leur nombre est- il infini.
Il n'e&t pas historiquement dans intérêt de rappeler que les potasonà qui fourmillent à l'entrée de la Plata ont rendu de trè^graïkds services à Montevideo pendant le long siège de neuf années que cette villa héroïque soutint de 1843 à 1851. Le poisson , en effet, formait la base de l'alimentation des assiégés, notamment en 1844 et 1845) quand les communications de cette capitale étaient gênées par le blocus rigoureux où l'enfermait l'escadre de Rosas, et qu'on D'y pouvait recevoir de vivres frais»
Quelques industriels, utilisant cette abondance de poisson, ont établi de petites saleries où ils préparent et sèchent une sorte de morue du pays, qu'ils débitent sous ce nom et qui s'exporte à l'intérieur; elle sert aussi à l'approvisionnement des navires. La curbina moyenne, l'anchoa et le bagre se prêtent admirablement à cette préparation.
Le territoire est aussi très-riche en gibier : pumas, cerfs, autruches, perdrix, oies sauvages, pavas del Norte ou gelinottes noires d'Amérique d'une saveur délicieuse; plouviers, bécassines, pigeons, canards sauvages et sarcelles.
La grande et nombreuse famille des oiseaux y est excessivement belle et variée.
De cette rapide esquisse, il résulte que la République de l'Uru-
guay est dans tous les règnes de la nature exceptionnellement favorisée; que les éléments indispensables à l'économie humaine s'y trouvent à la portée de tout le monde, et que la misère» y demeure par conséquent ignorée. Malgré la crise universelle, qui a ébranlé la fortune de toutes les nations et à laquelle l'Uruguay n'a pu entièrement échapper, cette République a vu incessamment augmenter sa production, grandir son industrie naissante, s'élever le niveau intellectuel des populations par la diffusion prudente et raisonnée de l'instruction publique, devenue accessible à tous et rendue obligatoire. Les liens d'amitié qui l'unissent à tous les peuples civilisés n'ont fait que se resserrer et s'affermir. Pays nouveau, l'Uruguay a dû subir, on le conçoit, la loi commune et traverser cette période de tâtonnements, d'agitations et de révoltes qui marquent nécessairement les premières étapes d'un peuple, sortant brusquement du régime colonial pour prendre rang parmi les nations libres, indépendantes et constituées. Son émancipation date d'un demi-siècle à peine, et déjà il a substitué aux préjugés de l'ancien système les principes de la plus pure démocratie : tout fait d'ailleurs espérer que la politique patriotique inaugurée par le gouvernement du colonel La Torre et les salutaires réformes introduites dans la législation et dans l'administration nationale fermeront à jamais la porte aux révolutions armées, et que des milliers de colons, honnêtes et laborieux, assurés de trouver dans ces contrées hospitalières, sous l'égide de lois libérales, le bien-être et la' sécurité, viendront en augmenter la population , et bénéficier des avantages immenses que leur offre un pays vierge, excessivement riche, et qu'un écrivain d'esprit et de talent, appliquant cette désignation aux Républiques du nouveau monde, a si justement appelé : « L'Enfant de l'avenir. »