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RUE LE PELET1ER

L'Italie est une des parties de l'Europe qui attirent le plus fortement l'attention de tous les hommes d'étude, à quelque branche des connaissances humaines qu'ils aient consacré leur vie. Aucune nation n'a rempli un plus grand rôle. Elle portait presque seule le drapeau de la civilisation, dans les temps anciens, alors que l'Empire romain étendait ses frontières jusqu'aux limites des terres connues. Aucun pays n'a brillé d'un plus vif éclat dans les lettres et dans les arts, dès ayant l'ère chrétienne jusqu'aux siècles modernes. Aucun enfin n'a davantage étonné le monde par ses alternatives de gloire et de défaites, de richesse et de ruines, jusqu'en ces derniers temps où, après avoir traversé des siècles de troubles et de divisions, il s'est réveillé dans le port de l'unité nationale, rêve des patriotes enfin réalisé.

L'agriculture italienne s'est cruellement ressentie des révolutions qui ont été successivement déchaînées sur la péninsule. Elle aime la paix, et elle a dû vivre, pendant des siècles, au milieu des guerres et des troubles civils. Aussi pendant longtemps s'est-elle péniblement traînée dans les ornières de la routine. Naguère encore, pendant que presque toutes les parties de l'Europe occidentale travaillaient avec ardeur à perfectionner leur art agricole, l'Italie restait en arrière. On pouvait citer, dès le moyen âge, les classiques travaux de laLombardie et de qeulques parties de la Toscane, mais l'agriculture italienne restait presque partout l'esclave des anciennes pratiques dont Virgile a donné le poétique tableau dans ses immortelles Géorgiques. Le véritable réveil de l'agriculture, dans toutes les parties de la péninsule, date des vingt dernières années. Il a été secondé par les efforts énergiques du gouvernement, par l'action des nombreuses associations agricoles qui se sont développées, par l'extension de l'instruction générale et par l'organisation de l'enseignement agricole, par de nombreux concours, et enfin par les facilités données au commerce de tous les produits.

C'est le tableau de la situation actuelle, et celui du mouvement

agricole si fortement prononcé, que la Commission d'organisation du Congrès international agricole nous a chargé de résumer. Tel est l'objet de ce rapport.

Les documents qui ont été envoyés à la Commission et que nous avons eu à consulter sont nombreux; nous devons d'abord les indiquer sommairement.

Le premier rang appartient à un ouvrage fort important, qui se

* compose de trois gros volumes, et qui porte le titre : Relazione intorno aile condizionl deW agricoltura nel quinquennio 187u-1874, Rapport sur la situation de l'agriculture durant les cinq années 4870-1874. Sous ce titre modeste, se cache un tableau réellement complet de la

. produoticriKei du commerce agricoles de L'Italie, et qui fait le plus *î *. ': grantf hbnfnfeûr àJW. Miraglia, directeur de l'agriculture, qui en a in- »piré*et dirigé la publication.

;/ : :\ y: La premier Volume renferme d'abord une introduction contenant une étude complète sur le climat de l'Italie, sur les conditions météorologiques et la répartition en régions, sur les conditions physiques du sol, sur sa composition et sur les modes généraux de culture. Chacune des régions est étudiée à ces divers points de vue, avec des renseignements fort importants sur les méthodes de culture, sur les instruments employés, les engrais, etc. Une élude spéciale est consacrée aux maremmes ou terrains marécageux et à la situation arriérée de l'agriculture dans ces régions déshéritées. Puis viennent des monographies faites avec détail, sur les diverses cultures : blé, maïs, avoine, vignes, cultures arbustives, silviculture, etc.

~ Le deuxième volume est tout entier consacré à l'élevage des diverses races d'animaux domestiques, à l'industrie pastorale, à la production des beurres et fromages, aux encouragements donnés par le gouvernement à la production animale. Le troisième est spécialement consacré aux questions d'économie rurale, aux conditions de la propriété foncière, aux rapports entre les ouvriers ruraux et les agriculteurs, aux voies et moyens adoptés pour favoriser le développement de l'agriculture.

Cet exposésuffit pour montrer combien cet ouvrage est important; c'est en janvier 1871, d'après le rapport présenté par M. Miraglia au Conseil supérieur d'agriculture, que les travaux préparatoires de cette grande en juôte ont commencé à être poursuivis. On comprendra combien d'efforts ont dû se réunir. Le résultat est-il complet, nous sommes mal placés pour le savoir; mais il faut reconnaître le zèle de ceux qui ont coopéré à cette œuvre. La statistique agricole échappe difficilement aux critiques; mais il lui faut en prendre son parti, en s'efforçant de se perfectionner, et en écoutant volontiers celles qui peuvent être fondées.

Cet ouvrage est accompagné d'un Atlas également publié par la Direction de l'agriculture, au ministère de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. Cet atlas renferme dix-neuf planches tirées en plusieurs coûletirs \ ôllèâ sont faites avec beaucoup de soin/ et consacrée*

à la répartition clans les soixante-neuf provinces, durant les cinq années de 1870 à d874, des diverses sortes de cultures. Cet atlas a pour titre : Allante délie principali coliure agrarie in Ilalia (Allas des principales cultures agricoles en Italie).

Les dix-neuf cartes, dressées à l'échelle de 1/3,700,000, sont respectivement consacrées: 1° aux régions agricoles; 2° à la culture du froment ; 3* à celle du mais ; *> à celle du riz; 5° à celle du seigle et de l'orge ; 6° à celle de l'avoine ; 7° aux haricots, lentilles et pois ; 8° aux fèves, lupins et vesces ; 9° aux pommes de terre ; 10° au chanvre ; 11° au lin; 42° à la vigne; 13° aux oliviers; 14° aux bois et forêts; 15° aux châtaigneraies ; 16° à la répartition des terres arables. Les trois dernières cartes sont remplies par des tracés graphiques qui donnent, avec beaucoup de simplicité et de clarté, les proportions de l'étendue des diverses cultures dans chaque province. Pour chacune des cartes, six graduations de teintes indiquent, dans chaque province, le rapport ' à la surface totale de la culture, le froment ou le maïs par exemple, à laquelle est consacrée cette carte.

En dehors de cette grande enquête, la Commission a reçu également communication d'un important volume publié par le ministère de l'agriculture durant l'année 1876, ainsi que des rapports sur les travaux exécutés durant les dernières années par les stations agronomiques. Ces rapports présentés au Conseil supérieur de l'agriculture sont dus à la plume autorisée de M. Nicolas Miraglia, directeur de l'agriculture au

- ministère de l'agriculture.

11 faut encore citer plusieurs fascicules des Annales du Ministère de V Agriculture, notamment ceux qui renferment les comptes rendus et rapports faits sur les premiers concours régionaux et concours de la prime d'honneur qui ont eu lieu en Italie.

En dehors de ces documents officiels, nous avons reçu les Actes de la Société des agriculteurs italiens, récemment fondée, et spécialement le compte rendu de la session qu'elle a tenue en 1875. Cette société, dont la création est due à l'initiative privée, a été constituée d'une manière analogue au fonctionnement de la Société des Agriculteurs de Fiance.

Enfin, nous avons eu à notre disposition plusieurs travaux dune haute importance, publiés par des agronomes et des savants italiens. En première ligne, il faut citer ceux de M. Maestri, directeur du bureau de la statistique italienne, et ceux de M. Gaetano Cantoni, bien connu en France, l'érainent directeur de l'École d'agriculture de Milan, qui ne se borne pas à donner une vive impulsion à cette importante institution, mais que l'on retrouve partout où il y a un acte de dévouement à faire pour l'agriculture, un progrès à provoquer.

Les documents dont nous avons pu disposer ont donc été nombreux. Se complétant et se contrôlant les uns par les autres, ils renferment un tableau complet, jusque dans ses plus petits détails, de l'agriculture italienne, depuis les riches plaines de la Lombardie et de la \énétie jusqu'aux provinces les plus reculées de la Sicile. Mais les limites dans lesquelles noua devions nous restreindre ne nous permettent que d en

présenter une analyse succincte ; nous avons même dû procéder à une élimination. Cetle élimination, nous l'avons faite aussi judicieusement qu'il nous a été possible, et nous avons essayé de donner à l'ensemble de notre travail un cachet de véracité absolue, afin de reproduire aussi fidèlement que possible le caractère du mouvement agricole qui s'est produit en Italie. Ce n'est pas un cours d'économie rurale sur la péninsule que nous avions à entreprendre ; ce sont des faits qu'il fallait enregistrer, laissant à de plus habiles le soin d'en tirer des conclusions qu'il ne nous appartenait pas de produire ici.

Le plan que nous avons adopté est la conséquence de ce qui vient d'être dit.

Dans une première partie, nous présenterons un tableau des caractères les plus saillants de l'agriculture de chacune des provinces qui constituent le royaume italien.

La deuxième partie sera consacrée à un tableau synthétique donnant un aperçu général de la production et du commerce des denrées agricoles dans toute l'Italie.

La troisième partie enfin résumera les encouragements donnés à l'agriculture et les institutions créées en vue de ses progrès.

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