INTRODUCTION
Le Pérou est formé, comme on sait, de la plus grande partie du vaste et florissant empire des Incas, qu'une poignée d'aventuriers espagnols soumit à la couronne de Castille, dès la première moitié du xvi e siècle. Cette riche et belle portion de l'Amérique méridionale demeura, durant presque deux siècles sous la domination peu paternelle de l'Espagne, mais, le 28 juillet de l'année 1821, l'illustre général San Martin proclama le Pérou libre et indépendant. Cette déclaration fut définitivement consacrée dans les plaines d'Ayacucho, où une brillante victoire affranchit à jamais le Pérou du joug de l'Espagne.
Compris entre le 1 er et le 22 e degré de latitude sud, d'une part, et, de l'autre, entre le 70 e et le 84 e degré de longitude à l'ouest du méridien de Paris, le Pérou est limité, au nord, par les Républiques de l'Equateur et de la Nouvelle-Grenade, depuis l'embouchure de l'Apaporis, qui verse ses eaux dans le Yapura, par 1°31'29",5 de latitude sud et 71°45'19",5 de longitude ouest, jusqu'au village de Santa Rosa, situé au bord du Pacifique, par 3° 21' de latitude sud et 82° de longitude ouest ; au sud, le Pérou est limité par la République Bolivienne depuis un point de la vallée de Tucupillo, situé sur le bord de la mer, par 22°
de latitude sud, jusqu'au point où, en remontant celte même vallée de Tucupillo, on rencontre les limites Est, au sommet de la Cordillère ; à l'ouest, par l'Océan Pacifique; à Test, par l'empire du Brésil et la Bolivie.
La côte du Pérou mesure, par conséquent, plus c T e d8 degrés, et, comme sa direction est presque nord-ouestsud-ouest, on peut estimer sa longueur à plus de 2 500 kilomètres.
La superficie totale de la République péruvienne est estimée à 67000 lieues carrées de 20 au degré (i) et, selon le dernier recensement fait en d876, sa population n'atteint pas 3 millions d'habitants (2 698 945) .
Dès l'époque de son indépendance, le Pérou adopta pour son gouvernement la forme républicaine démocratique représentative, reconnaissant trois pouvoirs indépendants : Le Législatif, Y Exécutif et le Judiciaire.
Le pouvoir législatif est exercé par le Congrès, formé de deux Chambres : le Sénat et la Chambre des députés. Les membres du Congrès sont élus par les citoyens à la suite d'un suffrage à plusieurs degrés. Chaque département nomme quatre sénateurs titulaires et quatre suppléants quand il comprend au moins huit provinces. S'il a de quatre à sept provinces, il n'envoie au Sénat que trois sénateurs et trois suppléants.
Le nombre des sénateurs et des suppléants que nomme chaque département formé de une à deux provinces, est de deux seulement.
Quant aux députés, les départements élisent, pour le Congrès, un titulaire et un suppléant par chaque 30 000 habitants ou par chaque province dont la population n'atteint pas ce chiffre.
Pour être élu sénateur, il faut être Péruvien de naissance
et en jouissance de ses droits de citoyen, être âgé d'au moins trente-cinq ans, posséder une rente ou exercer une profession qui rapporte 1 000 soles par an ou être profes-
(1) Cette surface a été obtenue en découpant sur une grande carte, d'un papier très- homogène et uniforme, la partie comprise entre les limites du territoire péruvien, telles que nous venons de les indiquer, et en la pesant. La connaissance du poids moyen d'un certain nombre des carrés fournis par les méridiens et les parallèles de degré en degré et pris en divers points de la carte permet de calculer avec une exactitude suffisante la superficie totale du pay*.
seur de quelque science . Les mêmes conditions sont requises pour être député, sauf l'âge, qui est abaissé à vingt-un ans et la rente à 500 soles. Il faut, en outre, être né dans le département dont on aspire à représenter une province, ou avoir habité cette province pendant trois années.
Les Chambres se renouvellent tous les deux ans par tiers de leurs membres.
Le pouvoir exécutif est entre les mains du Président de la République, élu, comme les membres du Congrès, pour une période de quatre années.
Pour être Président, les qualités requises sont les mêmes que pour être sénateur, sauf la rente qui n'est pas exigible, et la condition nécessaire d'avoir dix ans de domicile dans le pays. En vue des cas de maladie ou de mort, ou bien encore de vacance de la présidence, on élit deux Vice-Présidents, le premier et le second, de la même manière que le Président.
Le Président ne peut pas être réélu, ni élu Vice-Président, si ce n'est quatre ans après l'expiration de son mandat.
Au Pérou, le Congrès seul peut imposer des contributions ; quant aux garanties individuelles, la Constitution reconnaît celles qu'admettent les Constitutions les plus libérales des autres nations.
Tout individu né au Pérou ou à l'étranger, de parents péruviens, est citoyen péruvien. Ce titre est accordé, en outre : aux Espagnols qui résident au Pérou depuis l'Indépendance et aux étrangers, majeurs de vingt-un ans, qui exercent quelque industrie ou profession et s'inscrivent sur le registre civique.
Le ministère est choisi par le Président et comprend : un ministre du Gouvernement, de la Police et des Travaux publics ; un ministre des Finances et du Commerce ; un ministre de la Justice, Bienfaisance et Instruction publique ; un ministre de la Guerre et de la Marine, et un ministre des Affaires étrangères.
Le pouvoir judiciaire est exercé par les tribunaux et les Cours qui résident dans les lieux que détermine la loi. A lima, qui est la capitale de la République, il y a une Cour suprême de justice ; dans les chefs-lieux de départements, des
Cours supérieures, et dans les chefs-lieux de provinces, des Cours de première instance . Les membres de la Cour suprême sont proposés par le Congrès et nommés par le Président de la République ; ceux des Cours supérieures sont proposés par le Président et nommés par la Cour suprême, et enfin, les juges des Cours de première instance sont nommés par la Cour suprême.
La nation péruvienne, dit l'article 4 de la Constitution modifiée de 1860, professe la religion catholique apostolique et romaine. L'État la protège et ne permet pas l'exercice public d'un autre culte.
Le gouvernement péruvien ne s'oppose nullement à l'exercice privé de n'importe quelle religion.
Administrative ment, le Pérou est divisé en dix-huit départements, deux provinces littorales et une province constitutionnelle.
Les dix-huit départements sont, en commençant par le nord : Piura, Amazonas, Lambayeque, Cajamarca, Libertad, Loreto, Ancacho, Huanuco, Lima, Junin, Ica, Huancavelica, Ayacucho, Guzco, Apurimac, Puno, Arequipa, Tacna.
Les provinces littorales sont Moquegua et Tarapaca.
La province constitutionnelle est celle du Callao.
Tous ces départements se divisent en quatre-vingt-dixsept provinces, lesquelles, à leur tour, sont subdivisées actuellement en 781 districts.
Le budget du Pérou, pour l'exercice bis annuel de 1876-78, calculé sur des sommes effectives, accuse 40 857 210, 32 soles pour les recettes, et 40 580 547, 60 soles pour les dépenses. Dans ces chiffres ne figure pas une entrée de 25 200 000 soles pour produit de guano, tant en Europe qu'à Maurice et dans les colonies, laquelle fait l'objet d'un pli additionnel, étant destinée à une application spéciale, qui est le paiement des avances faites sur ce produit.
La partie la plus nombreuse de la population du Pérou est constituée par la race indigène, qui, généralement, conserve encore son langage et ses coutumes. Le reste est formé par les descendants des Espagnols, plus ou moins mêlés avec les Indiens primitifs ou avec la race nègre, amenée comme esclave, des côtes d'Afrique, durant la période de la colonisation. Il est résulté de ces mélanges des races de
couleurs très-diverses, parmi lesquelles on remarque surtout les métis ou cholos, nés des races blanche et indienne et le mulâtre ou zambo, né des races blanche et nègre. Ces races mêlées entre elles ont donné naissance à des divisions de sang dans les détails desquelles ce n'est pas ici le lieu d'entrer.
La langue de la nation péruvienne est l'espagnol, qui est parlé sur toute la côte ; mais dans l'intérieur et dans les régions peuplées exclusivement d'Indiens on parle le Quechua, et, dans un petit nombre de villages voisins de la Bolivie, on parle VAymara, ainsi que divers dialectes dérivés de ces deux langues.