‹ L'agriculture en italieChapitre 32 sur 67 · LA TERRE · texte numérisé non relu

LA TERRE

La Terre. — Compris, ainsi que nous venons de le dire, entre le 1 er et le 22 e degré de latitude sud, et s'étendant du 65 e au 83 e degré de longitude est, le Pérou est traversé, du nord au sud, par un système de hautes montagnes appartenant à l'immense chaîne des Andes et désignées généralement sous le nom de Cordillère. Par sa situation géographique et par l'aspect physique qu'il doit à son système orographique, le Pérou, bien qu'étant situé dans la zone torride, présente de grandes variations quant à son climat, qui offre toutes les nuances, depuis celles propres aux froides régions polaires jusqu'à celles qui caractérisent les chaudes contrées équatoriales. Les variations climatériques, au point de vue hygrométrique, ne sont pas moins étendues au Pérou que ne le sont celles de température : ici, il ne pleut jamais (dans le sens que l'on attache généralement au mot pleuvoir); la sécheresse du sol, pendant six mois de Tannée, est comparable à celle des plus arides déserts ; là, au contraire, l'humidité est extrême et les pluies y sont peut-être plus abondantes qu'en nul autre point du globe.

On comprend sans peine qu'avec des circonstances climatériques si différentes et si opposées, la vie animale, aussi bien que la vie végétale, se manifestent sur le sol péruvien dans des conditions trèsvariables selon les régions que l'on considère. Gomme la Cordillère des Andes est située assez près de la côte du Pacifique, le voyageur peut, sur un parcours d'à peine cinquante lieues, voir défiler sous ses yeux les. productions les plus diverses, depuis celles des froides régions 'alpines jusqu'à celles qui caractérisent la zone tropicale.

La production agricole et les procédés de culture varient évidemment avec les circonstances climatériques propres à chaque localité.

La Cordillère des Andes, qui traverse le Pérou du nord au sud, forme, comme on sait, deux chaînes parallèles ou presque parallèles : Tune reçoit le nom de Cordillère orientale ou Première Cordillère ; l'autre celui de Cordillère occidentale (1) ou Deuxième Cordillère. Il résuite de là une division naturelle de tout le pays en trois zones bien distinctes, tant par leurs produits agricoles que par leur disposition topographique, aussi bien que par leur climat et, par conséquent, par leur faune et leur flore.

On désigne sous le nom de Costa la partie cisandine du Pérou, celle qui s'étend du nord au sud et qui, comprise entre la rive de l'océan Pacifique et la chaîne occidentale des Andes, s'élève, sur le versant ouest de cette chaîne, jusqu'à une hauteur de 1 500 à 2 000 mètres environ.

On appelle Sierra, la région intrandine située entre la Cordillère occidentale et la Cordillère orientale. Cette région est à une hauteur qui varie de 2 000 à 3500 ou 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

On donne le nom de Montana à toute la partie transandine du Pérou, c'est-à-dire à l'immense zone située dans le bassin de l'Océan Atlantique, à l'est de la Cordillère orientale. La hauteur de cette région varie entre 100 et 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. ,

Ces trois bandes parallèles, Costa, Sierra et Montafla, que l'on pourrait encore subdiviser, offrent des caractères si tranchés, quant à leur production végétale, qu'elles constituent d'excellents points de repère pour l'étude agricole du pays.

La Sierra embrasse toute la région entre les deux cordillères et s'étend en outre sur le versant ouest de la Cordillère occidentale, jusqu'aux limites de la Costa, mais elle ne dépasse jamais le sommet de la Cordillère orientale et sa limite se trouve sur le versant ouest de cette cordillère. 11 n'existe évidemment pas de ligne fixe de démarcation entre la Costa et la Sierra : la première ne s'étend pas jusqu'au point culminant de la cordillère occidentale, et la seconde n'est pas limitée à l'espace compris entre les deux cordillères, puisque ces deux régions ne sont pas des divisions administratives, mais bien des divisions naturelles établies d'après les différences que présente leur climat respectif.

La Costa est la région où il ne pleut pas, La Sierra commence là où commencent les pluies, en sorte que, s'il n'est pas possible de dire d'une manière précise où se trouve la ligne de démarcation des deux ré* gions, le voyageur saura toujours s'il est dans la Costa ou dans la Sierra en regardant les toits des habitations : s'ils sont plats, ils appartiennent

(1) Bien aue, généralement, on donne indistinctement aux deux Cordillères le nom de Cordillères des Andes et même que, sous ce nom, on désigne le plus souvent la Cordillère occidentale, il n'en est pas moins vrai que, dans les auteurs anciens, le nom de Cordillère des Andes est appliqué uniquement à la Coidillère orientale.

à celles de la Costa, et s'ils sont inclinés, en vue de faciliter l'écoulement des pluies, ils se trouvent dans la Sierra.

Pour mieux faire comprendre cette subdivision, purement didactique, il est vrai, nous supposerons qu'un voyageur, partant d'un point quelconque de la côte du Pacifique, se dirige vers Test en suivant un parallèle, et, sommairement, nous décrirons sa pérégrination.

Il traversera d'abord une vaste plaine de sable, le plus souvent stérile, surtout s'il voyage en été, et s'il ne suit pas l'une des vallées est-ouest qu'exploite l'agriculture et qui semblent autant d'oasis semées au milieu de ce trop vaste désert.

Cette plaine est la Costa ; elle s'élève graduellement, sur le flanc de la cordillère, jusqu'à une hauteur d'environ 4800 à 2000 mètres audessus du niveau de la mer.

Le voyageur sera averti qu'il arrive à cette limite par les changements qu'il notera danB la végétation : les plantes des régions tropicales qu'il a observées sur la côte disparaissent peu à peu et sont remplacées par des espèces des régions tempérées. Mais il sera surtout averti qu'il entre dans la Sierra s'il voyage d'octobre à mars, par des pluies fréquentes et copieuses qui caractérisent l'hiver de cette région, précisément au moment où la Costa est en plein été. En poursuivant sa route vers les neiges perpétuelles qui couronnent le front majestueux de la gigantesque cordillère, il notera que la végétation revêt un caractère de plus en plus alpin, jusqu'à ce qu'il arrive à une altitude d'environ 3 500 mètres, où le froid se fait déjà fortement sentir, surtout pendant la nuit, altitude qui lui sera facilement indiquée par les changements de la végétation et, surtout, par la disparition de la luzerne, qui semble propre à indiquer la limite de la Sierra occidentale.

C'est alors qu'en se disposant à escalader la cordillère, le voyageur entrera dans cette petite zone spéciale, appelée Ceja de la Cordillera, laquelle s'élève jusqu'à environ 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Lorsque sa marche l'aura conduit à peu près au milieu de cette zone, à 3800 mètres environ, il remarquera que l'orge, la dernière plante cultivée qu'il avait observée depuis la Sierra, disparaît à son tour, sous l'influence d'un froid intense, qui ne lui permet pas de se développer dans de telles régions.

Durant tout le parcours à travers la Ceja de la CoréUllera, il observera que la végétation devient de plus en plus humble : les deux derniers arbrisseaux, le Sambucus Peruvianus et le Pôlylepts racemosa, disparaissent à leur tour. 11 ne reste plus que les rachitiques buissons des Chuquiragua spinosa et microphylla, d'un Baccaris (Tola) et les touffes épaisses du Bolax glebaria. En voyant la résine que sécrètent ces plantes, afin de se couvrir d'une espèce de vernis qui leur permette de résister à l'active évaporation qui résulte de la faible pression atmosphérique de ces hautes régions, le voyageur comprendra qu'il approche de la froide zone de la Cordillera, qui est comprise entre 4000 mètres et les pics les plus élevés de la gigantesque masse des Andes, lesquels peuvent atteindre près de 6000

mètres, heureux si les désagréables effets de l'air raréfié des hautes montagnes ne lui rappellent pas l'altitude à, laquelle il se trouve déjà.

Dans cette zone et pendant la saison des pluies, il n'éprouvera durant la nuit qu'un froid relativement faible, le thermomètre atteignant rarement le zéro de son échelle ; mais pendant la saison sèche, le froid est beaucoup plus intense et le thermomètre marque souvent de 7 à 8 degrés au-dessous de zéro. Il n'est pas rare de le voir, en certains points, descendre jusqu'à 20 degrés au-dessous de zéro.

En traversant cette inhospitalière région, pour passer du versant occidental au versant oriental, il notera que la végétation ne se réduit plus qu'à quelques graminées : Deyeuxia latifolia, Bromus Hankeatnus, etc. et à d'humbles plantes herbacées qui forment encore un tapis de verdure, et parmi lesquelles il distinguera les laineux Culcitium canescens, rufescens et nivale, et cette étrange composée, le Cryptochœtes andicola (Huamanripa), qui fleurit au milieu de la neige.

Les Phanérogames deviennent de plus en plus rares, et quand il les verra complètement remplacées par les Cryptogames, qui lui rappelleront la végétation des régions polaires, il comprendra qu'il se trouve déjà à plus de 4 300 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Ge3 Cryptogames, de3 Lichens généralement, l'accompagneront jusqu'aux neiges perpétuelles, et arrivé au point culminant de la Cordillère, à la ligne de séparation des eaux qui se précipitent au Pacifique de celles qui coulent à l'Atlantique, en dirigeant ses regards vers FEbt, il verra au loin apparaître la Sierra intrandine, région qu'il gagnera en descendant peu à peu jusqu'à 4 000 mètres, trajet durant lequel il pourra admirer la réapparition progressive de la vie, à mesure que augmentera la température.

A l'altitude de 4 000 mètres sur le versant E3t de la Cordillère occidentale, il entrera dans une région spéciale qui correspond à la Ceja de la Cordillera, située de l'autre côté de la montagne, et qu'on désigne sous le nom de Puna. Cette région, comprise entre 4 300 et 3 500 mètres, est formée de vastes plaines plus ou moins accidentées dont la température maximum ne dépasse pas 2 degrés centigrades au-dessus de zéro, et dont la température minimum atteint 10 degrés au-dessous du zéro de la même échelle. Les immenses plaines de la Puna, dont le bassin du Titicaca offre un bel exemple, sont caractérisées par une végétation spéciale et peu variée. C'est là que l'on observe des plantes véritablement sociales comme Fichu (Stipa Ichu), plusieurs espèces de Deyeuxia, Bromus, Avena, Poa, etc., désignées sous le nom collectif de Paja, par les indigènes, et servant à l'alimentation d'immenses troupeaux qui constituent la principale richesse de cette partie du Pérou. Cette flore s'enrichit peu à peu à mesure que l'on descend vers la Sierra intrandine et bientôt apparaissent les champs cultivés où croissent abondamment Forge (Hordeum sativum), l'Oca (Oxalis crenata) 9 la Quinoa (Chenopodium Quinoa), la Papa (Solanum tuberosum), etc.

La Sierra intrandine est comprise entre 3 500 et 2 000 mètres d'altitude; la température maximum, au milieu du jour, est de 22 degrés cen-

tîgrades, et la température minimum de la nuit n'est pas inférieure à 1 degré au-dessus du zéro delà môme échelle. Ge n'est qu'exceptionellementet sous l'influence de circonstances topographiques particulières, que ces limites sont dépassées.

En continuant sa marche vers l'Est, le voyageur traversera toute la Sierra intrandine et s'élèvera progressivement sur les flancs de la Cordillère orientale qui le sépare encore de la féconde région des fôréts vierges ou Montafla.

Durant cette nouvelle ascension, il observera les mêmes changements qu'il a notés déjà en gravissant la Cordillère occidentale. Arrivé au point culminant de cette seconde Cordillère et dirigeant son regard vers l'Est, il apercevra au loin la dernière et plus féconde zone de tout le Pérou, celle désignée sous le nom de Montana, région privilégiée où la nature a déployé toute sa force créatrice et produit à l'infini les formes végétales les plus diverses et les plus capricieuses.

En abandonnant le sommet de la montagne, pour.se diriger vers cet immense laboratoire dans lequel la nature exerce de mille manières ses forces productives et destructives, le voyageur, après être sorti de la froide région appelée Cordillera, entrera dans la zone désignée sous le nom àeCeja de la Montana, qui, par sa situation, rappelle la Ce/a de la Cordillera qu'il a déjà traversée en gravissant le versant ouest de la Cordillère occidentale. Mais cette analogie n'existe que quant à la situation, car le climat de la Ceja de la Montaûa est bien différent de celui de la Ceja de la Cordillera, et le voyageur s'en apercevra immédiatement en examinant les types bien distincts que présente la végétation. Avant même d'arriver dans cette zone, il avait pu observer de magnifiques Ericacées aux feuilles coraices et luisantes et aux fleurs brillantes les plus variées : Gaylussaccia dépendons, Vaccinium ramosissimum, V. floribundum, V. crenulatum, Gaultheria erecta, G. Glabra, etc. Les belles fleurs roses du Befaria ledifolia annonceront au voyageur qu'il foule déjà le sol de la Ceja de la MontaHa. Cette zone, comprise à peu près entre 2 000 et 1 000 mètres d'altitude, jouit d'une température moyenne qui, durant la saison des pluies, est d'environ 18 degrés centigrades, pendant le jour, et de 6 degrés de la même échelle pendant la nuit.

La Ceja de la Montana est la région des Quinquinas (Cinchona) f et c'est le Cinchona ovata qui se montre le premier et qu'annoncent de loin ses émanations embaumées. De charmants végétaux, dont rénumération serait longue, peuplent cette zone du versant Est de la Cordillère orientale : Thibaudia Nitida, T. Bicolor, Oreocallis grandiflora, Epidendrum Fernandesia, Gesneriapicta, Âlloplectus Sclinit, Cecropia peltata, etc. etc.

Après avoir traversé cette magnifique zone, le voyageur que nous avons pris sur les bords du Pacifique est enfin arrivé à la région des forêts vierges, à la Montana, comme l'appellent les Péruviens, région des productions de laquelle nous aurons l'occasion de nous occuper plus loin.

Influence du olimat.— La région que l'on désigne, au Pérou, sous

le nom de Costa, jouit d'un climat tout particulier qui, de toute part, imprime son caractère.

On n'observe pas dans cette partie du Pérou les végétaux qui caractérisent généralement les régions tropicales, principalement celles qui se rapprochent de l'Equateur. La flore, au lieu d'être entièrement distincte de celle des régions tempérées, offre un aspect en quelque sorte intermédiaire : elle est moins intertropicalê et plus boréale que celle qui caractérise un grand nombre de pays de situation géographique analogue. Les plantes cultivées des régions chaudes s'y acclimatent presque aussi bien que celles des régions tempérées, et l'agriculture a introduit sur la côte péruvienne un grand nombre de plantes de diverses contrées de l'Asie et de l'Europe : la canne à sucre, le café, le riz, le ramié, la vigne, le pommier, le poirier, le pécher, les rosiers, etc. Un grand nombre de mauvaises herbes de l'Europe centrale et méridionale croissent dans les jardins et les terrains cultivés de la Costa, aussi bien, sinon mieux, que dans leur propre patrie.

Parmi ces inutiles émigrauts qui ont accompagné l'homme européen au Pérou, on peut citer : Senecio vulgaris, Fumaria officinalis, Euphorbia Peplus, Calystegia sœpium, Nasturtium officinale, Plantago major % Verbena officinalis, Urtica urens, Raphanistrum arvense, Capsella Bursa-pastoris % Amarantus spinosus, Solanum niqrum, Brassica campestris, etc., etc.

En outre, un .grand nombre de genres d'Europe ont des représentants sur la côte du Pérou. On peut citer, par exemple, les genres Jaglans, Salix, Ficus, Spartium, Salicornia, Suœda, Juncus, Typha, Rubus, Galium,etc 7 etc. Quelle différence entre la Costa du Pérou et diverses autres régions de situation géographique analogue, ou à peu près analogue, la côte du Brésil, par exemple! D'une part, une végétation herbacée, souffreteuse, plus ou moins rachitique ; de l'autre, grâce à l'union de l'humidité et d'une forte chaleur, une végétation, qui revêt un caractère essentiellement arborescent, et transforme en épaisses et hautes forêts ces terres privilégiées, dont l'aspect excite l'admiration et l'enthousiasme de ceux qui les contemplent pour la première fois.

Il est vrai que si le climat de la côte du Pérou ne permet pas à ses habitants de jouir du spectacle enchanteur qu'offrent les régions comme celles que nous venons de citer, il présente, au point de vue agricole, des avantages que Ton ne trouve pas dans les pays où une chaleur forte et constante s'unit à des pluies fréquentes et copieuses. Ainsi, on y observe plus de simultanéité dans les récoltes, car l'activité végétative y est plus interrompue et moins incessante; le sol n'y revêt pas le caractère marécageux de ceux qui sont arrosés par des pluies abondantes et fréquentes; les terrains n'étant pas soumis à de perpétuelles chaleurs et constamment lavés par des pluies copieuses, y perdent moins rapidement leurs principes fertilisants. Enfin, il faut remarquer aussi que sur la côte du Pérou, on n'est pas soumis à la plaie des insectes et on n'a que peu à redouter leurs ravages, soit sur les plantes vivantes, soit sur les récoltes emmagasinées. En outre, si les produits du sol sont quelquefois moins abondants que ceux d'autres régions subtro-

picales, leur valeur, au point de vue alimentaire ou industriel, est supérieure.

Dans la Sierra, le climat est bien différent et se rapproche beaucoup plus du climat des pays tempérés par ses pluies et par ses variations de température. La saison des pluies dure du mois d'octobre au mois d'avril. La végétation sauvage de la Sierra est suffisamment différente de celle de la Costa et offre de très-grandes variations, selon la hauteur à laquelle on l'observe. Il en est de même évidemment de l'agriculture : cette industrie se livre à la culture de plantes, qui, selon les régions, sont les mêmes que celles que cultive l'agriculture de la Costa, ainsi qu'on l'observe dans de chaudes gorges de la Cordillère, au sont complètement différentes et en tout analogues à celles des régions tempérées, ainsi que nous le verrous plus loin.

Quant à la Montana, elle offre encore un climat différent caractérisé surtout par une forte chaleur et par une humidité considérable. 11 résulte de ce climat une végétation tout à fait spéciale et essentiellement tropicale.

L'agriculture de la Montaûa, fort peu développée jusqu'à ce jour, fournit les produits les plus variés et dans des conditions tout à fait spéciales, surtout, quant à la rapidité avec laquelle les plantes s'y développent et mûrissent leurs fruits. La canne à sucre y mûrit en 10 ou 12 mois, le riz en S, le maïs mûrit en 4 mois et peut donner 3 récoltes par an sur le même terrain. Après 3 ans de semis, le café donne des fruits et la récolte est constante et permanente pendant 30 ou 40 années, les arbrisseaux étant toujours couverts de fleurs et de fruits à tous les états de développement. Le tabac y donne 3 récoltes annuelles.

Grâce aux conditions atmosphériques de la Montaûa et à son sol vierge qui, depuis des çiècles, se couvre d'éléments de fertilité, la végétation offre dans cette zone une étonnante intensité ; sans contredit, la flore de cette belle région est l'une des plus riche du monde et, peut être aussi, l'une des moins étudiées.

Pluies, Sécheresse, Chaleurs et Froids. — Il ne pleut jamais sur la côte du Pérou, ou presque jamais, au moins si l'on conserve au mot pleuvoir l'acception dans laquelle on l'emploie généralement. La pluie, qui tombe dans la Costa pendant la saison d'hiver, ne ressemble en effet, en rien à celle des pays tempérés et moins encore à celle des régions tropicales. Elle consiste en une forte brume qui, sous l'influence du refroidissement progressif de l'atmosphère, se change en une espèce de pluie très-fine, laquelle, par sa continuité, finit par mouiller le sol, qui ne saurait se sécher, au milieu d'une atmosphère que l'abaisement de la température a amenée au voisinage de la saturation. Cette fine pluie détermine la germination d'une foule de graines enfouies dans le ol poudreux, en compagnie de bulbes et de tubercules qui, en se développant, couvrent bien tôt d'une riante végétation la plupart des déserts, de sable et des arides montagnes de la côte du Pacifique.

On donne, au Pérou, le nom de Garruas à ces pluies fines, pénétrantes et des plus désagréables, car elles correspondent toujours avec

un abaisement notable de la température et produisent sur l'organisme une pénible sensation de froid.

Bien que les quatre saisons ne soient pas très caractérisées sur la côte du Pacifique, on y distingue cependant deux périodes bien séparées: l'été et l'hiver, embrassant chacune deux saisons. L'été commence au mois de décembre et finit au mois de juin; l'hiver commence en juillet et finit en novembre : 6 mois d'été et 6 mois d'hiver, par conséquent.

Pendent l'été, la sécheresse du sol est absolue. La végétation hivernale disparaît et l'aridité se montre de toute part, à l'exception de quelques petites vallées, situées çà et là sur la côte, desquelles la culture s'est emparée et que, grâce aux eaux d'irrigation, elle a pu transformer en riantes oasis, bien utiles pour diminuer un peu la tristesse qui s'empare du voyageur, surtout du botaniste, qui visite, pour la première fois, la côte du Pacifique.

Cette absence de pluies copieuses, qui est une des circonstances climatériques les plus caractéristiques de la Costa, exerce une grande influence sur l'agriculture de cette région. 11 ne paraît nullementdouteux qu'en des temps fort reculés, des pluies abondantes aient arrosé la côte du Pérou, principalement la partie nord ; on observe, en effet, sur les bords du Pacifique, de fréquents dépôts de houille qui expliquent l'existence, dans cette région, d'une puissante végétation. D'ailleurs la situation cosmographique de la côte du Pérou autorise à accorder à l'hypothèse sur l'existence de ces pluies presque toute la valeur d'une certitude.

Tout le monde sait, en effet, que l'atmosphère absorbe et tient en suspension des quantités de vapeur d'eau quelquefois considérables ; on sait, en outre , que cette quantité de vapeur augmente avec l'élévation de la température et même que cette augmentation se vérifie dans des proportions supérieures à l'accroissement de la chaleur. Il résulte de là que quand deux volumes d'air également saturés d'humidité et à des températures différentes viennent à se mêler, il se forme des nuages et de la pluie, puisque, par suite de la température moyenne que détermine ce mélange des deux airs humides, la vapeur d'eau en excès, dans le volume d'air le plus chaud, doit s'échapper et se condenser plus ou moins, sous forme de nuages ou de pluie, quand elle est suffisamment abondante et que la différence de température entre les deux volumes d'air est assez considérable.

On peut déduire de là que les pluies doivent être plus copieuses et plus fréquentes, à mesure qu'elles avancent des pôles vers l'équateur. C'est, en effet, ce que vient attester l'expérience, qui montre que la quantité moyenne des pluies qui tombent à l'équateur est à peu près trois fois plus grande que celle des pluies qui tombent sous le 43 6 parallèle. La Costa du Pérou étant comprise entre le 3 e et le 22 e degré de longitude sud, on ne doit pas, selon nous, attribuer son manque de pluies aux circonstances atmosphériques et cosmographiques normales, et nous pensons que c'est dans les causes perturbatrices qu'il faut en chercher l'explication .

Un autre caractère frappant du climat de la Costa (région occidentale du Pérou), c'est le chiffre relativement faible de la température moyenne et la courte étendue du champ des variations de l'échelle tbermométrique dans cette région. La température, en effet, y est trèsuniforme et Ton peut dire que, durant les plus fortes chaleurs de l'été, elle ne passe pas de 28 à 30 degrés centigrades, à l'ombre, bien entendu, etque les plus grands froids, de ce que Ton est convenu d'appeler hiver, ne vont guère au-delà de 15 à 13 degrés au-dessus du zéro de la môme échelle thermométrique.

La température moyenne annuelle varie de 18 à 20 degrés centigrades, selon les points que l'on considère. A Lima, elle est de 19 degrés.

Au moment même où nous écrivions ces lignes, au commencement de Tannée 1877, le soleil dardait ses rayons avec une vigueur telle qu'il paraissait vouloir s'efforcer de nous donner un démenti. Malgré cela , le thermomètre, à l'ombre, n'a pu dépasser 29, 5 degrés centigrades, au moins quand les observations ont été faites rigoureusement. Cette forte chaleur, tout exceptionnelle pour le Pérou, doit être attribuée, sans nul doute, à l'absence de taches sur le disque solaire, et elle a été d'autant plus sensible à Lima ; par exemple, où nous nous trouvions à cette époque, que les vents chauds du nord soufflaient plus fréquemment que de coutume.

On comprendra facilement ces faibles variations de la température estiale et hivernale de la Costa, si l'on tient compte de sa situation géographique. 11 est clair, en effet que, outre les causes astronomiques propres à tous les pays intertropicaux qui ne sont pas à une grande hauteur, et, par conséquent, tendent à uniformiser leur température d'été et d'hiver, la Costa doit le climat insulaire dont elle jouit à son voisinage du Pacifique, dont les eaux, d'une température beaucoup plus égale que celle des continents, permettent aux brises de mer de tempérer le froid de l'hiver aussi bien que la trop grande chaleur de Tété, d'où les hivers de la côte péruvienne, plus doux et les étés moins chauds que ceux de régions continentales de même altitude et de situation géographique analogue.

Le climat de la Sierra est bien différent , avons-nous dit, de celui de la Costa. Il varie naturellement avec la hauteur des points que Ton considère au-dessus du niveau de la mer, et avec les diverses circonstances dues à leur système orographique. La Sierra, en effet, comprend une très-vaste étendue du territoire péruvien, et en outre, elle est constituée par la partie montagneuse la plus accidentée de ce territoire: les hauts et froids plateaux {Punas), s'y alternent avec de profondes et chaudes vallées au milieu desquelles la végétation offre tous les types de celle de la Costa et présente même un caractère plus intertropical que dans cette dernière région , attendu que dans certaine de ces vallées, dans celle du Marafion, par exemple, la température est plus élevée que sur les bords du Pacifique.

C'est dans cette région du Pérou que l'observateur peut contempler successivement, et durant un trajet de quelques lieues seulement, les

produits de la zone tropicale, ceux des régions tempérées et enfin ceux des hautes et froides régions alpines, produits qui atteignent progressivement les hauts sommets de la Cordillère et viennent mourir au pied des glaciers qui couronnent les pics élevés de la chaîne des Andes.

Nulle part, le climat offre des variations plus subites et plus fréquentes que dans la Sierra; nulle part non plus, les produits du sol n'offrent des contrastes plus frappants. Ici, croissent la canne à sucre, le café et la coca; à quelques pas plus loin, on trouve l'orge, le froment, la luzerne et la pomme de terre.

11 est assez difficile de donner les limites exactes de cette zone si particulière que Ton est généralement convenu d'appeler, au Pérou, Sierra. Elle est comprise, avons nous dit, entre les deux Cordillères, mais elle n'est pas limitée par les points culminants, c'est-à-dire par la ligne de division des eaux de ces deux chaînes; elle s'étend aussi sur le versant ouest de la Cordillère occidentale.

On peut dire que, sur la côte, la Sierra commence là où les pluies commencent à tomber; c'est sa vraie limite. On peut estimer que la courbe de cette limite est située, ainsi que nous l'avons déjà dit, à une hauteur de 1 500 à 2 000 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Le climat de la Sierra est celui des régions tempérées. Le thermomètre y varie de 1 à 22 degrés au-dessus de zéro.

Quant à la séparation de la Sierra et de la région appelée Montana, on peut admettre qu'elle est là où commencent les forêts vierges, ou, plus exactement, sur le versant Est de la Cordillère orientale et qu'elle est indiquée par une ligne située environ à 3 000 mètres au-dessus du niveau de l'Océan.

La Montafia jouit d'un climat particulièrement propre aux régions tropicales. Les pluies y sont fréquentes et copieuses. L'air y est presque constamment saturé d'humidité, et c'est cette humidité qui, jointe à la forte chaleur de cette région et à la fertilité du sol, donne à la végétation cette activité et cette vigueur que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Mais si la nature est féconde dans ses productions sous le ciel de la Montafia, elle est également énergique et prompte dans ses destructions. L'humidité et la chaleur sont des agents puissants de fermentation, de décomposition et de destruction des tissus organisés. La Montana offre des exemples frappants de ces décompositions rapides, qui restituent au sol les éléments que lui enlève la végétation, éléments qui entrent immédiatement dans des combinaisons minérales nouvelles et de nouveau servent à la manifestation de la vie organique, établissant ainsi une espèce de tourbillon, un mouvement ncessant de la matière tour à tour brute et organisée.

Températures maxima, moyennes et minima. — Les observations thermométriques sont assez rares au Pérou, au moins les observations suivies qui permettent de calculer des moyennes.

A Lima, cependant, M. Raimondi en a fait de fréquentes et il résulte de ses calculs que la. température maximum de cette ville est comprise entre 29 degrés et 29,8 degrés centigrades.

Elle n'atteint pas 30 degrés centigrades. La température minimum est généralement de 13 degrés; cependant il arrive quelquefois qu'elle descend jusqu'à i2 degrés au-dessus de zéro. La température moyenne annuelle est de 19 degrés, température réellement faible pour un point comme Lima, situé par 12 degrés environ de latitude Sud. Ce phénomène peut être attribué à trois causes : les vents froids du Sud, qui sont les plus constants ; le courant de Humboldt, qui charrie, également du Sud, une grande masse d'eau froide, qui, passant très-près de la côte, rafraîchit l'atmosphère; enfin la direction générale de la côte qui est presque S-E. N-O. , de sorte que les vents du Nord soufflent du continent et arrivent à la côte après s'être considérablement refroidis, en passant dans le voisinage des sommets glacés de la Cordillère.

Duré© et épaisseur des neiges, altitudes -limites des plantes cultivées. — Les neiges sont inconnues dans -les régions de la Costa et de la Montana. Dans la Cordillera et dans les régions très élevées de la Sierra, elles sont plus ou moins fréquentes et plus ou moins abondantes selon les altitudes. 11 est bien difficile de donner une altitude-limite des plantes cultivées. Cette altitude varie d'une manière notable avec les régions que l'on considère. On sait, en effet, que les lignes isothermiques ne sont point parallèles aux lignes d'égale altitude. Le niveau môme des neiges perpétuelles varie notablement sur divers points de la chaîne des Andes. Presque partout, il dépasse 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer; néanmoins dans certaines régions, comme par exemple dans le Département d'Ancacbs, il descend jusqu'à 4 000 mètres (passage de Yanganaco sur Yungay) et môme jusqu'à 4 690 mètres (passage de Tambillo entre Recuay et Huari). En général, le niveau des neiges perpétuelles de la chaîne des Andes est moins élevé sur le versant oriental que sur l'occidental. Quelquefois, cependant, c'est le contraire qui a lieu, par suite des accidents géographiques locaux. Ainsi, dans le même département d'Ancacbs, la Cordillère forme deux rameaux parallèles entre lesquels est comprise la fertile et belle région connue sous le nom de Callejon de Huaylas. Le rameau oriental appelé Cordillera nevada est beaucoup plus élevé que l'occidental, que Ton désigne sous le nom de Cordillera negra.

Les neiges perpétuelles dans cette partie de la Cordillère se trouvent à un niveau moins élevé sur le versant occidental que sur l'oriental, par suite de la présence de la Cordillera negra, qui défend la Cordillera nevada de l'action des vents chauds de la côte du Pacifique, lesquels déterminent ordinairement, quand ils ne rencontrent pas d'obstacle, la fonte des neiges du versant occidental des Andes. C'est pour cette raison que les neiges perpétuelles qui descendent jusqu'à 4 690 mètres sur le versant occidental de la Cordillera nevada n'existent pas sur les pics de 5 000 mètres de hauteur de la Cordillera negra, qui lui est parallèle et qui est située à une faible distance Ouest de la première.

Cette action de certaines circonstances topographiques sur le niveau des neiges perpétuelles est mise en évidence par quelques faits observés

dans le môme département par M. Raimondi. Ainsi, bien que la Cordillère negra soit dépourvue de neiges perpétuelles, elle offre certains points où l'eau se solidifie au-dessous du niveau du sol et persiste toute Tannée dans cet état. C'est ce que Ton peut voir dans la mine dite El Toro, située sur le mont Huanca peti au sommet de la Cordillère noire du département d'Ancachs, entre Recuay et Aijal 11 y a de la glace perpétuelle dans cette mine jusqu'à une profondeur de 50 mètres environ, qui correspond à une hauteur de 4 800 mètres audessus du niveau de la mer. Au mont Dayush, situé dans la province de Huari, du département d'Ancachs, il existe un glacier souterrain à 4 872 mètres au-dessus du niveau delà mer. L'eau d'infiltration se congèle dans les cavités de cette montagne, et dans les fissures des rochers, où les habitants de la vallée pénètrent pour s'approvisionner de gla«e. On peut estimer que le niveau de la glace perpétuelle dans cette montagne, ainsi que dans toutes les autres du même département, est à 4 800 mètres au-dessus du niveau de la mer.

En général, quand il y a au pied de la Cordillère de grands déserts de sable, ces déserts déterminent l'élévation des neiges éternelles en desséchant l'air qui amène la yaporisation de la neige môme: c'est ce qui arrive, par exemple, sur le Misti, près A'Arequipa. Bien que cette montagne mesure 5 713 mètres, les neiges qui, pendant quelques mois, couvrent son sommet, ne sont point perpétuelles, ou mieux disparaissent presque totalement à certaines époques, de sorte que cette hauteur de 5 713 mètres peut ôtre considérée, pour ce point de la Cordillère, comme limite des neiges perpétuelles.

Les altitudes que ne dépasse pas la culture de certaines plantes sont, ainsi que nous l'avons déjà dit, très-variables, selon les lieux. Ainsi, dans telle vallée, les fruits, comme la Chirimolla {Annonas Cherimolla), la Granadilla (Passiflora ligularis), ne dépasseront pas, de 1 500 à 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que, dans telle autre vallée, dans les chaudes gorges de celle du Maranon, par exemple, on les retrouvera a des altitudes beaucoup plus considérables. Sur le versant Ouest de la Cordillère occidentale, la luzerne disparait à 3 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire à la limite de la Sierra occidentale et de la Ceja de la Gordillera. A 3 800 mètres, l'orge, qui est celle des plantes cultivées qui supporte le mieux les plus grandes altitudes, disparait à son tour.

En général, à ces limites extrêmes, l'orge est cultivé uniquement comme fourrage, car l'intensité du froid ne lui permet que rarement de mûrir ses fruits.

Fertilité exprimée par les récoltes maxima et minima. — La statistique agricole n'est qu'à sa naissance au Pérou. C'est l'un de ces éléments de progrès qui, bien qu'ayant une haute importance pour les études d'économie politique qui se rapportent à la production, n'a été mis en œuvre qu'assez tardivement pour qu'on ne puisse pas encore recourir à ses données.

11 résulte de là que l'administration, ignorant presque complètement l'état de la production agricole ne peut, poin le moment, s'occuper

utilement d'introduire des réformes qui amélioreraient certainement cette production et augmenterait le bien-être économique du pays.

Le Gouvernement, comprenant tous les inconvénients d'une telle lacune, appela au Pérou, il y a quelque temps, l'un des chefs de bureau de la statistique du Ministère de l'agriculture et du commerce de France, en vue d'établir la statistique officielle de la République. Les deux premières années que la direction de statistique, attachée au Ministère de l'intérieur et des travaux publics de Lima, compte d'existence, ont été consacrées à l'étude du mouvement de la population et à la confection du recensement qui a eu lieu en 1876 et dont les résultats seront prochainement publiés avec tous les détails qu'ils comportent.

Sur la côte, seul point où, jusqu'à ce jour, l'agriculture ait pris un grand développement, on peut considérer le sol comme trèsfertile, bien que, sur certains points, les récoltes successives d'une même plante l'aient épuisé, à n'en pas douter, de quelques-uns de ses éléments de fertilité. Aussi, certaines récoltes ont- elles diminué d'une manière considérable depuis quelques années, telle, par exemple, que celle de la pomme de terre; nous ne doutons nullement que les mauvaises récoltes actuelles de pommes de terre sur la côte doivent être attribuées à l'épuisement, ou au moins à une considérable diminution, de certains principes du sol, la potasse et l'acide phosphorique probablement. Cet épuisement est inévitable, car dans toute cette région la pratique de restituer au sol, par les engrais, les éléments que lui font perdre les récoltes successives, est presque complétaient négligée, au moins dans la grande culture.

Au siècle passé, on cultivait le blé sur une grande partie delà côte du Pérou. Les rendements ont diminué progressivement etcommecette diminution correspondait avec plusieurs forts tremblements de terre, on a attribué à ces phénomènes l'insuccès des récoltes de céréales et on en a abandonné la culture. Il est permis de croire que c'est l'épuisement de la terre, à laquelle on ne restituait pas les principes azotés, qu'enlevaient les récoltes successives de froment, qui a déterminé cette diminution des rendements, et non les secousses plus ou moins violentes que le sol a pu éprouver.

C'est surtout la canne à sucre qui, sur la côte du Pérou, donne des résultats surprenants qui permettent de considérer cette région comme l'un des pays de prédilection de cette intéressante graminée saccharifère. Cuba, la Martinique et les Antilles, en général, ne donnent pas plus de 2 500 kilogrammes de sucre par hectare de terrain planté de cannes. A la Guadeloupe, le rendement atteint cependant et dépasse même quelquefois 3 000 kilogrammes.

A la Réunion, on obtient jusqu'à S 000 kilog. de sucre par hectare de cannes. Au Brésil, que l'on peut considérer comme le paradis de la canne, la récolte d'un an donne par hectare 6 000 kilos et celle de 15 mois atteint 7 800 kilogrammes de produit sucre à l'hectare. Au Pérou, on obtient sur certains points des rendements plus forts encore, et nous

ne pensons pas exagérer en disant que les exploitations qui travaillent avec des machines et selon des méthodes perfectionnées obtiennent des rendements en produit sucre qui atteignent 8 000 kilogrammes par hectare de terre cultivée, et souvent dépassent ce chiffre, ce qui correspond à une production de 80 tonnes de canne à l'hectare. Nous ne connaisons pas de rendements supérieurs dans aucun des pays où Ton cultive la canne à sucre, et nous ajouterons que nous ne doutons nullement que cet énorme rendement puisse s'accroître encore par l'introduction d'améliorations tant dans la culture de la canne que dans les procédés de la fabrication du sucre.

Ces chiffres n'ont absolument rien d'exagéré, et toutes les personnes qui connaissent le Pérou savent que les producteurs de sucre retirent, terme moyen, de 500 à 600 quintaux espagnols de 46 kilogrammes de sucre par fanegada, ou deux hectares 89 ares 84 centiares de terrain, soit 23 000 à 27 000 kilogr. par fanegada, ou de 7 903 à 9 517 kilogrammes de produit sucre par hectare, correspondant à un rendement de 79 à 95 tonnes de canne à l'hectare.

Nous pourrions citer le département de la « Libertad » où Ton obtient quelquefois de 800 à 900 quintaux de sucre par fanegada, c'està-dire 13 379 à 14 275 kilogrammes de sucre à l'hectare correspondant à une production de 133 à 142 tonnes de canne.

En 1876, l'hacienda de a Sauzal » de M. L. Albrecht a rendu 1 000 quintaux de sucre concret par fanegada, c'est-à-dire plus de 15 800 kilogrammes par hectare, ce qui correspond à une production de 158 tonnes à l'hectare, en admettant que l'usine de Sauzal obtienne en produit sucre 10 0/0 du poids de la canne.

Plantes qui prédominent dans les terres incultes. — La flore du Pérou, qui est, sans contredit, l'une des plus riches du monde, n'est certainement pas l'une des mieux connues, malgré les importants travaux qui lui ont déjà été consacrés. C'est surtout dans la région trarisandine et sur les flancs mêmes de la Cordillère que la variété des espèces est considérable. Sur la côte, au contraire, leur nombre est assez limité et les plantes qu'on y observe sont loin d'offrir au naturaliste l'intérêt de celles de la Cordillère et des forêts vierges du bassin de l'Atlantique.

Les migrations de l'homme européen sur 1^ côte, beaucoup plus fréquentes que sur nul autre point du Pérou, ainsi que les travaux agricoles auxquels est soumise cette région, ont imprimé à sa flore un caractère particulier qui fait que ce ne sont pas toujours les espèces indigènes qui dominent, mais bien certaines plantes de l'Europe centrale et méridionale qui ont suivi l'homme dans ses migrations et se sont acclimatées avec une remarquable facilité sur les bords du Pacifique.

Si Ton quitte la Costa et que l'on s'élève à une hauteur de 2 000 à 3 500 mètres, c'est-à-dire jusqu'aux limites de la Sierra, on voit la végétation sauvage changer de caractère : les espèces se multiplient avec une étonnante rapidité.

Les plantes des régions tropicales disparaissent, à l'exception des Cactées, qui persistent encore. Les plantes de la partie la plus élevée

de la Costa se retrouvent dans la partie la plus basse de la Sierra, car il n'y a évidemment aucune ligne de démarcation bien tranchée entre la végétation sylvestre de ces deux régions. Les genres persistent le plus souvent, mais les espèces délicates sont remplacées par des espèces plus robustes.

Dans la région de la Montaûa, la végétation prend tous les caractères de vigueur et de variété de la végétation des régions tropicales. Au milieu d'une atmosphère chaude et humide, elle est constamment en activité. Là, croissent, à l'état sauvage, un grand nombre de plantes utilisées par les habitants, et, sans doute, un plus grand nombre encore qui pourraient l'être, si cette vaste région était plus accessible, mieux étudiée et plus peuplée.

La liste des plantes qui croissent spontanément dans la Montana serait bien longue à faire. Tout le monde a lu les tableaux enchanteurs que des plumes habiles ont faits de la végétation des forêts vierges de l'Amérique tropicale. Cette végétation si luxuriante de toutes parts couvre le sol et forme même des étages superposés, des forêts au-dessus d'autres forêts. Les herbes et les arbustes croissent à l'ombre des grands arbres qui sont eux-mêmes dominés par l'élégante cime des palmiers à stipe long et aminci.

Constitution de la propriété en grands ou petits domaines. — Le manque de statistique et de cadastre rend bien difficile l'étude de la division de la propriété au Pérou. On y trouve de vastes domaines appartenant à un même individu ou à une même famille, domaines dont l'étendue est expliquée suffisamment par l'origine même de la propriété dans ce pays. Ces vastes étendues de terre, le plus souvent presque totalement inexploitées faute d'eau et faute de bras, se transmettent de pères en fils depuis la conquête, et Ton cherche chaque jour à les augmenter afin de se débarrasser de voisins qui sont souvent un obstacle à la bonne exploitation du sol. Il existe, dans le nord, des propriétés dont la superficie ne mesure pas moins de 2 000 kilomètres carrés. Il en existe une, l'hacienda de Mancora, qui mesure environ 50 000 kilomètres carrés.

Nous n'hésitons pas à considérer une telle constitution de la propriété, qui met la plus grande partie du sol cultivable entre les mains d'un petit nombre de familles, comme l'une des causes les plus puissantes de celles qui sont capables d'arrêter le progrès de l'agriculture péruvienne.

Il est certain que la division de la propriété présente sur la côte du Pérou de graves inconvénients. Le principal de tous est celui qu'apporte la distribution des eaux d'irrigation , distribution qui , avec un petit nombre de propriétaires, est déjà, dans certaines parties de la côte, une source de querelles et même de rixes plus ou moins sanglantes et qui deviendrait une véritable calamité si le nombre des possesseurs du sol se multipliait.

C'est du moins l'opinion de presque tous les propriétaires, qui ajoutent qu'au lieu de songer à diviser leurs domaines, ils cherchent à les augmenter le plus qu'ils peuvent, afin de se rendre maîtres d'une

vallée entière par l'élimination successive de voisins gênants qui sont un obstacle pour l'exploitation du sol, à cause, précisément, des eaux d'irrigation qu'ils détournent et volent à leur profit et à main armée quelquefois, déterminant ainsi la perte totale ou partielle de la récolte semée en vue de ces eaux.

Sans doute, c'est là un grand obstacle, mais nous ne le croyons pas insurmontable. S'il est, en effet, difficile ou môme impossible demodifier les ordonnances ou règlements de distribution des eaux d'imgalion là où ils existent, il nous parait fort possible, bien que difficile, toutefois, de les établir là où il n'en existe pas.

Or, si l'on excepte la vallée du Rimac, au milieu de laquelle est située Lima, et celle de Ghicama dans le département de la Libertad, il n'existe pas , au moins que nous sachions, de règlements précis de distribution des eaux d'irrigation sur toute la côte de Pérou.

Si des circonstances qu'il est sage de prévoir, tout en faisant des vœux pour qu'elles ne se présentent pas, venaient à surgir, telles que le manque de bras, par exemple, qui est l'un des pointa les plus obscurs de l'horizon agricole de la côte du Pérou, il faudrait bien, pourtant, arriver à diviser le sol, sinon comme propriété territoriale, au moins coifime propriété d'exploitation; il faudrait bien, en un mot, recourir au système de fermage, de métayage ou de location, qui permettrait au travailleur libre de s'établir sur la côle, au plus grand profit, selon nous, de l'agriculture de cette région.

Que Ton ne nous dise pas que la grande culture, la culture industrielle, celle de la canne à sucre, par exemple, ne saurait admettre un tel système d'exploitation, car nous croyons fermement qu'un tel dire n'est pas fondé. Les grandes exploitations sucrières perdraient, à leur profit, le caractère qu'elles revotent aujourd'hui (au mépris des lois économiques qui recommandent l'association et la division du travail) d'être productrices de la matière première et, en môme temps, manufacturière de cette matière.

L'industrie sucrière ferait pour la canne ce qu'elle a fait en Europe pour la betterave : la culture d'une part , la manufacture de l'autre. Et, d'ailleurs, ne l'a-t-elle pas déjà fait avec succès aux Antilles, au Brésil et à Maurice? Qui empoche à chaque fabrique de sucre de la côte de devenir une usine centrale qui achètera la canne de ses fermiers, de ses métayers et de ses locataires? Tout cela ne nous paraît qu'une affaire de réglementation intérieure de chaque exploitation ou hacienda, réglementation qui reconnaîtra pour base une loi sage et équitable des baux. Quant à la question des eaux d'irrigation, une fois leur distribution réglementée pour chaque vallée, ce n'est plus qu'une affaire de police rurale qui entre dans le domaine plus général de la garantie de la propriété, de la sûreté et de l'ordre public, triple bouclier que tout gouvernement est tenu de fournir à ses administrés.

Si Témigration européenne ou l'émigration asiatique pouvait acquérir sur la côte du Pacifique des terrains cultivables, en toute propriété ou simplement en location, il ne nous semble pas douteux que l'agricul-

ture de cette région gagnerait considérablement à une telle division de la propriété d'exploitation. Le travail est beaucoup plus assidu et beaucoup plus fécond quand il participe aux profits qu'il produit, et cela en agriculture plus qu'en nulle autre industrie.

Valeur foncière et locative. — La valeur foncière de la propriété est très-variable au Pérou^ immense État de plus de 60 000 lieues carrées, et qui ne compte que 3 000 000 d'habitants civilisés, y compris les étrangers (2 699945). C'est la propriété delà Costa qui a le plus de valeur et dont la location est le plus considérable; encore y note-t-on d'importantes différences d'un point à un autre. Ces différences sont dues au voisinage des grandes populations, au rapport qui existe entre ces populations et l'étendue des terres cultivables, et surtout à la facilité d'amener ou à la perspective d'obtenir l'eau nécessaire pour les irrigations.

Quant à la valeur locative, elle reste plus ou moins proportionnelle à la valeur foncière, tout en subissant cependant l'influence de certaines circonstances locales comme la proximité avec les centres de consommation et la densité de la population, ainsi que plusieurs habitudes et besoins des consommateurs. Toutes deux d'ailleurs sont soumises à des variations dues à la fertilité du sol, à la situation de la propriété relativement aux voies de communication, à l'état et commodité de ces voies, etc.

Il résulte de là qu'il est assez difficile d'indiquer d'une manière exacte la valeur foncière et la valeur locative de la propriété au Pérou, du moins pour le moment, et jusqu'à ce qu'une bonne statistique agricole vienne fournir les éléments de ces indications.

Les valeurs foucière et locative de la propriété ont augmenté, depuis quelque temps, d'une manière considérable sur la côte du Pérou. Cette augmentation doit être attribuée principalement au grand développement que l'on a donné dans cette région à la culture industrielle de la canne à sucre et aux beaux bénéfices que promet cette culture Tune des mieux appropriées à la côte du Pérou, que l'on peut considérer, ainsi que nous l'avons déjà dit, comme un lieu de prédilection pour cette intéressante graminée saccharifère.

Cette augmentation de la portion des terres consacrées à des cultures industrielles au détriment des produits de la petite culture a eu un remarquable contre-coup à Lima et dans plusieurs autres centres importants de la côte. En s'emparant peu à peu de la petite propriété destinée à la production des vivres, légumes, céréales, fourrages, etc., elle a déterminé une notable cherté sur le marché des produits agricoles destinés à l'alimentation, et par suite, une augmentation considérable dans la valeur et la location de la petite propriété consacrée à la production des denrées alimentaires.

On peut dire, sans crainte d'être taxé d'exagération, que cette invasion progressive des cultures industrielles sur le domaine de la petite culture, pour répondre à l'immense développement que Ton a donné, et que l'on donne chaque jour à l'industrie sucrière, a fait doubler, et même, en certains cas, tripler la valeur foncière du sol , au moins,

dans les environs des grands centres, de Lima par exemple, durant la période des vingt dernières années. Quant à la valeur foncière et locative de la propriété dans la région de la Sierra et dans celle de la Montana, elle est aussi excessivement variable, selon que cette propriété se trouve plus ou moins voisine de centres de populations et de voies de communication qui, malheureusement, sont fort rares jusqu'à ce jour, ou fort incommodes, ainsi que nous le verrons plus loin.

Dans la région de la Montana où Ton a établi des centres de colonisation, à Chanchamayo par exemple, le sol, qui n'avait aucune valeur jusqu'aux dernières années, en acquiert une qui va toujours en augmentant. L'essai a été heureux, bien que mal dirigé, ainsi que nous le dirons plus haut, et, si les résultats ne sont pas en rapport avec les efforts qu'on a faits et les sommes que Ton a dépensées, la valeur réelle du sol n'entre pour rien dans ces résultats.

Tout I9 monde a pu voir, par ce que l'on a fait dans de mauvaises conditions, tout ce qu'on peut espérer de ces fertiles régions quand elles seront dans des conditions normales. Aussi les premiers colons ne sont pas embarrassés pour vendre les concessions qui leur ont été faites et qu'ils ont déboisées, à des prix qui rémunèrent largement leur travail.

Un grand nombre de personnes qui n'avaient jamais songé à s'occuper d'agriculture acquièrent de cette manière des propriétés à Chanchamayo, au plus grand proGt de la colonisation de cette fertile région, colonisation qui recevra un grand développement sous peu, grâce à l'activité et aux capitaux de ces nouveaux propriétaires. 11 résulte de là que, dans les régions récemment conquises de la Montana, il y a demande du sol, quaud il est prêt à être cultivé, et que, par conséquent, sa valeur augmente chaque jour. Néanmoins la chose est assez récente pour qu'il soit prudent, pour le moment, de ne pas estimer la valeur foncière de la propriété dans ce nouveau centre de colonisation, qui offre les plus sérieux avantages à l'industrie agricole.

Biens de mainmorte. — Les biens de mainmorte» c'est-à-dire de personnes ou de corporation, jouissant d'une propriété sans pouvoir l'aliéner, comme sont les communautés religieuses, les établissements de bienfaisance et d'instruction, etc., sont, au Pérou comme ailleurs, loin de produire tous les résultats qu'ils produiraient si, comme toute* propriété territoriale, ils entraient dans le commerce et la circulation.

Ces accumulations de terre sur des têtes qui en ont la jouissance perpétuelle sans pouvoir les vendre, diminuent l'offre sur le marché de la propriété territoriale et déterminent une hausse considérable de cette propriété et, par suite, des éléments de la production, laquelle, réagissant sur les produits agricoles destinés à l'alimentation de l'homme, détermine, à son tour, la cherté plus ou moins considérable de ces produits.

La cherté du sol, ou de sa location, éloigne évidemment les capitaux de l'agriculture et empêche le progrès de cette industrie. Elle déter-

mine également la concentration de la richesse territoriale entre un petit nombre de mains, ce qui amène infailliblement les travaux des champs à être abandonnés à des bras mercenaires au plus grand détriment de la production. Par conséquent les lois qui protègent les biens de mainmorte doivent être considérées comme odieuses et essentiellement périlleuses pour l'avenir économique d'un pays. Jusqu'en 1820, les majorats existèrent au Pérou, malheureusement la loi qui, à cette date, les prohibait, n'eut pas de résultats immédiats à cause des événements politiques dont l'Amérique du Sud fut le théâtre vers cette époque.

Le loi du 20 octobre 1829 peimit aux possesseurs de biens en majorats de disposer librement de la moitié de ces biens et de conserver l'autre moitié pour le successeur immédiat. Beaucoup de majorats disparurent alors et d'autres furent réduits à la moitié. Plus tard on a complètement prohibé, au Pérou, cette transmission de biens à quelques familles, individus ou établissements.

La constitution de 1860 proclame toutes les propriétés aliénables selon la forme déterminée par les lois, et le code civil du Pérou, déclare nulles les donations d'immeubles en faveur de mainmortes. II prohibe également la fondation de chapellenies, de cens ou rentes perpétuelles, et admet que les cens établis peuvent être remboursés par les possesseurs de la propriété grevée.

Mais il ne suffisait pas d'empêcher pour l'avenir l'accumulation de la propriété territoriale entre des mainmortes, il fallait aussi songer à racheter les anciennes chapellenies, cens, et autres fondations perpétuelles. On autorisa ce rachat, qui n'offrait pas de difficultés pour les fondations laïques, mais qui en présentait de très-grandes pour les biens ecclésiastiques. On a alors laïcalisé ces biens, selon certaines conditions, c'est-à-dire que le code les a soumis aux mêmes règles que les fondations laïques, quand ils étaient reconnus insuffisants pour remplir le but de la fondation. Malgré cette disposition, les chapellenies subsistent encore au Pérou presque en totalité, bien qu'elles puissent être vendues sur le rapport de l'évêque et avec permission du Gouvernement.

Il serait à désirer, ou que le Gouvernement les rachetât, ou qu'il s'entendit avec les Églises pour affranchir de ces charges la propriété particulière.

Les lois péruviennes, tout en favorisant la supression des biens de mainmorte, font une exception en faveur des établissements nationaux de bienfaisance et d'éducation. Bien que le code déclare nulles les donations d'immeubles en faveur de mainmortes, il admet, en effet, que les hôpitaux et les établissements de bienfaisance et d'éducation puissent être institués héritiers.

Quoique ces donations ne soient pas aussi fréquentes qu'elles l'étaient pour les Églises et les monastères, elles n'en offrent pas moins, bien qu'en petit, les mêmes inconvénients. Ces établissements peuvent vendre, il est vrai, leurs biens à l'enchère publique quand ils en ont obtenu l'autorisation du Gouvernement, devant joindre à la

demande qu'ils font de cette autorisation u*i rapport du Préfet dans la juridiction duquel se trouve situé rétablissement.

Biens communaux. — Les biens communaux, au Pérou, sont aussi considérables que mal administrés. L'Etat, les Départements et les Communes pourraient trouver dans cette importante branche des ressources fiscales qui permettraient de réaliser les plus sérieuses améliorations au point de vue du bien-être matériel des habitants.

Il ne semble nullement douteux que le fisc puisse réaliser des recettes, qui correspondraient à l'intérêt d'un capital considérable, par une meilleure administration des biens communaux. Mais que de résistence à vaincre ! que de difficultés à surmonter ! Quel gouvernement aura le courage d'entrer dans cette voie ?

Dans la plupart des provinces, ceux qui exploitent les biens communaux ne paient aucune redevance ; dans d'autres, les uns paient une somme dérisoire et les autres rien ; dans toutes manque l'équité dans la fixation des redevances, qui ne sont nullement proportionnelles à la valeur des terrains exploités. Quelquefois ces terrains sont exploités avec des titres, mais le plus souvent sans titres aucun.

Sans dépouiller odieusement les intéressés, il semble néanmoins que l'administration pourrait réviser les titres, en donner à ceux qui n'en possèdent pas, mais ne point permettre plus longtemps que certains individus, aussi peu soucieux des préceptes de l'équité et de la justice que des droits de leurs voisins, monopolisent entre leurs mains la propriété de tous et la laissent improductive, quand des bras aptes au travail en tireraient de riches produits pour le plus grand bien de la production agricole et de la situation économique du pays tout entier.

Parmi les moyens que l'on pourrait employer pour faire figurer comme élément de la production les biens communaux jusqu'alors plus ou moins improductifs, on peut citer le partage, la vente et le fermage.

Ce partage semble injuste, et Test en effet, puisqu'il dépouille la personne morale que l'on appelle commune au profit des ses habitants actuels, qui verront le simple droit de jouissance commune qu'ils possèdent transformé en un droit de propriété et cela au détriment des individus à venir, lesquels n'auront plus la jouissance d'une propriété qui appartiendra dès lors à leurs prédécesseurs. 11 est bon de remarquer aussi que les lots, par suite de l'impuissance ou de l'imprévoyance de leurs propriétaires, seront appelés tôt ou tard à passer entre les mains des plus riches ou des plus habiles, et nous venons de dire plus haut que nous considérions celte concentration de a propriété entre un petit nombre de mains comme un véritable obstacle au progrès de la production agricole.

La vente des biens communaux entraîne ce dernier inconvénient, car le pauvre ne peut pas lutter à l'enchère contre le riche, qui a le champ libre pour arrondir ses domaines, déjà plus ou moins étendus, avec les diverses parcelles de la propriétécommune. En outre, si par la vente des biens communaux la commune n'est pas iniquement dépouillée comme par leur partage, il n'en est pas moins vrai que les pauvres y

perdent les bénéfices de la jouissance commune. Néanmoins, il semble que la vente partielle de biens communaux pourrait être ordonnée chaque fois que la commune se trouve en présence de besoins impérieux qui intéressent tous ses habitants, comme la construction de voies de communications, d'écoles, d'établissements publics, etc.

Le fermage semble présenter tous les avantages du partage et de la vente sans en offrir les inconvénients principaux. D'abord il conserve à la commune sa propriété et lui permet d'espérer que cette propriété s'améliorera et acquerra plus de valeur soit foncière, soit locative. Tout en mettant la terre à la portée des habitants les plus pauvres, de ceux qui n'ont que leurs bras pour capital, il sauvegarde l'intérêt des générations futures. Le cultivateur s'efforce d'améliorer le lot qu'il exploite, car les renouvellements de bail lui assurent la jouissance des améliorations dues à son travail. Par suite de ces améliorations, la commune voit sa rente augmenter chaque jour en même temps qu'augmente la valeur foncière de ses domaines.

La mise en oeuvre et la bonne exploitation des biens communaux peut avoir au Pérou une importance capitale au point de vue de la production agricole. Nous avons déjà dit que la solution de cette question n'était pas sans offrir de sérieuses difficultés, mais nous ne pensons pas que ces difficultés soient insurmontables.

Colonisation. — La colonisation, au Pérou, commença avec la conquête, et ce fut, comme on sait, les Espagnols qui l'inaugurèrent. La renommée des fabuleuses richesses de cette région y appela bientôt des colons de toutes les nations, principalement de celles de l'Europe. Néanmoins, comme l'administration espagnole, qui domina au Pérou jusqu'au commencement du siècle actuel, n'était guère apte à favoriser sur une grande échelle la colonisation des vastes régions que lui avait conquises Pizarre, ce ne fut qu'après l'époque de l'Indépendance que de véritables colonies d'Européens se fixèrent au Pérou, principalement sur la côte. Mais ces colonies, française, italienne, anglaise, allemande, nord-américaine, etc. ne se préoccupent guère des travaux des champs. Elles s'adonnent plutôt au commerce, à l'induBtrie ou à la domesticité.

Cependant, depuis quelques années, l'émigration prend au Pérou un caractère plus agricole ; malheureusement, le manque de bras se fait si fortement sentir dans tout le pays, que le travail y est largement rémunéré et les émigrauts désertent vite les champs pour venir dans les villes, où ils trouvent aisément un salaire plus élevé que celui que peut leur donner l'agriculture, et cela, moyennant un travail moins pénible et moins dur que celui des champs, surtout sous le climat de la Costa, et spécialement pour la culture de la canne à sucre.

Cette importante question d'apport de bras, et principalement de bras européens, au Pérou, est l'une de celles, dont la solution intéresse le plus l'agriculture de ce pays et, en général, son avenir économique : aussi le Gouvernement s'efforce-t-il de favoriser l'émigration européenue par tous les moyens possibles. Si, jusqu'à ce jour, les efforts de l'administration ont été couronnés d'un certain succès, attendu qu'un grand

nombre d'Européens se sont déjà fixés au Pérou, principalement durant les dernières années, ainsi que nous le disons plus loin, il n'en est pas moins vrai que ce succès ne paraît point encore satisfaisant si Ton compare le courant d'émigration vers le Pérou à celui qui conduit les bras de l'ancien continent vers les Etats Unis, le Brésil et la République Argentine, par exemple.

Et pourtant le Pérou offre au travailleur, tant par son agriculture que par ses mines, des conditions aussi avantageuses, sinon meilleures, que celles dont n'importe quelle contrée des deux Amériques peut le faire bénéficier. Le peuple péruvien est affable et doux. Par tempérament, il est sympathique à l'Européen. Gomment en serait -il autrement? puisque les Péruviens des classes aisées sont d'origine européenne euxmêmes? Leurs mœurs et coutumes sont celles de la race latine. Leurs tendances et leurs aspirations sont les mômes. Les Péruviens voient dans Témigrant européen un frère qu'ils ont quitté et qui vient les rejoindre après trois siècles de séparation. Ils lui tendent les bras et lui offrent la plus large et la plus généreuse hospitalité.

La législation péruvienne est une législation des plus libérales, calquée sur plusieurs législations européennes, sur la française principalement. Les lois ne reconnaissent de prérogatives pour personne : les nationaux et les étrangers sont traités sur le môme pied.

L'État, en vue de favoriser l'émigration, fait aux colons des conces-. sions de terrain dans des conditions spécialement avantageuses et telles que nul pays ne peut les faire meilleures. Les Chambres ont, à plusieurs reprises, volé des sommes relativement considérables, destinées à favoriser l'émigration européenne. Les frais de transport des émigrants depuis leur pays jusqu'au lieu de colonisation ont été le plus souvent supportés par l'État, qui, en outre, a payé aux colons une certaine somme journalière et leur a remis des outils, des instruments, des graines et des animaux domestiques dans les conditions que nous exposerons plus loin.

Malgré cela, les émigrants ne se sont dirigés sur le Pérou qu'en nombre limité et nullement en proportion avec les avantages que peut leur offrir le pays. Si l'on recherche les causes de ce fait, qui ne laisse pas d'être surprenant, on en découvre de deux ordres : les unes sont réelles et les autres fictives. Quant aux premières, le principal obstacle est la grande distance que Témigrant doit parcourir avant d'arriver à destination en comparaison avec celles qui le sépare des États Unis, du Brésil ou de la République Argentine. Il en résulte que, quand les émigrants s'embarquent pour leur propre compte, la question d'économie d'argent et de temps les oblige à préférer les centres de colonisation les plus rapprochés parmi ceux que nous venons d'ihdiquer.

Dans le groupe des causes qui paralysent l'émigration au Pérou et que nous appelons fictives, parce que les faits qui les déterminent n'existent réellement pas, il faut placer en première ligne le discrédit que des intéressés soit étrangers, soit Péruviens (car au Pérou comme ailleurs, la passion politique fait souvent taire le patriotisme) se plaisent à jeter sur le Pérou avec un cynisme qui ne s'explique que par ce

fait que le Pérou est fort peu connu en Europe. Il ne Test môme pas au Pérou, comment le serait-il au dehors? Nous n'hésitons pas à dire que le Pérou est l'une des républiques latines de l'Amérique du Sud les moins connues et appréciées à sa juste valeur. Ou en a dit quelquefois trop de bien, mais assurément on en a dit fort souvent trop de mal.

La presse péruvienne se livre parfois à des appréciations qui, dans le pays même, n'ont aucune importance mauvaise, car chacun sait à quoi s'en tenir, ayant pu constater, de vww, et cela mille fois, les excès dans lesquels les rivalités de partis et la passion politique jettent les écrivains de meilleure foi et les mieux intenlionnés pour le pays. A Lima, au Pérou môme, tout le monde se connaît. Quand un journaliste s'égare, on s'en aperçoit immédiatement, et — que la presse liménienne (de laquelle nous n'avons qu'à nous louer personnellement pour le bon accueil qu'elle a toujours fait à nos humbles travaux) nous pardonne notre franchise, — les égarements sont fréquents, surtout aux époques de crise politique, comme celle des élections par exemple. Mais si les conséquences de ces égarements sont nulles ou presque nulles au Pérou, il est loin d'en être de môme à l'étranger. Les journaux du pays exhibent quelquefois des tableaux à effet, dont les couleurs vives ne sont pas toujours combinées à l'avantage des Péruviens ou de leurs institutions. Il y a toujours en Europe quelqu'un intéressé à donner de la publicité et du retentissement à tel ou tel article atrabilaire. Le reste s'explique facilement : l'émigrant s'effraie, il hésite, et puis il s'abstient, en présence « de ruine financière, de désorganisation sociale, de lois foulées au pieds etc. etc., » nouvelles qu'il ne sait et ne peut savoir traduire et interpréter â leur juste valeur. Eh bien , nous n'hésitons pas à le dire, et nous voudrions pouvoir laire participer à notre conviction tous ceux qui nous écoutent ou qui nous liront : les Péruviens sont meilleurs qu'ils ne le disent eux-mêmes quelquefois ; leurs institutions, loin d'être en décadence, sont en pleine voie dp prospérité et leur pays est cent fois, mille fois plus riche qu'ils ne le croient. Très-peu d'ailleurs connaissent les richesses du Pérou et les apprécient. Il en est des Péruviens comme de beaucoup d'autres peuples : le pays que l'on étudie le dernier et que Ton connaît le moins est presque toujours le sien.

De toute manière, il est certain qu'au Pérou, malgré les efforts du gouvernement et les dépenses faites par l'État en vue d'attirer l'émigration européenne ; malgré les lois libérales qui régissent ce pays et le caractère doux et hospitalier de ses habitants ; malgré l'étendue et la qualité des terrains offerts aux colons, terrains qui, grâce à la grande diversité de climat du Pérou, se prêtent aux cultures les plus variées, ainsi que nous le disions plus haut; malgré l'abondance des mines d'or, d'argent et de cuivre, dont la richesse proverbiale a fait du Pérou un légendaire Eldorado ; malgré les richesses sans limites que peuvent encore donner ces mines, puisqu'elles n'ont été travaillées qu'à la surface et que les bras seuls manquent pour reprendre les travaux abandonnés à la suite, soit de l'expulsion des jésuites, soit d'événements politiques, tels que ceux qui, au commencement du siècle

affranchirent le Pérou du joug de l'Espagne ; malgré ces avantages de toutes sortes, avantages qui ne sont rien moins que réels, l'émigration européenne, jusqu'à ce jour, ne s'est pas dirigée vers le Pérou, comme ses propres intérêts lui conseillaient de le faire, soit par suite des causes que nous venons d'indiquer, soit par suite de l'existence d'autres obstacles que nous ne connaissons pas et qu'en vain nous nous efforçons de découvrir.

II résulte de là que l'agriculture de la côte ne peut guère, pour le moment, du moins, compter sur les bras européens.

Il faut dire aussi que l'agriculture péruvienne, au moins la grande culture industrielle, n'existant que sur la côte du Pacifique, à cause de la difficulté des communications entre l'intérieur et cette région, le sol acquiert là une grande valeur qui s'oppose à toute concession de terrains, condition, selon nous, sine qua non de toute colonisation agricole. En outre, si le climat de la côte est très-sain, il est néanmoins débilitant pour l'Européen, par suite de l'absence des froids secs et intenses qui, dans la zone tempérée, jouent sur l'organisme le rôle d'un tonique excellent; aussi pensons-nous que si l'émigrant européen peut, sur la côte du Pérou, se livrer sans danger aux travaux de petite culture, à l'horticulture surtout, et môme aux travaux de grande culture , de la vigne et du coton, par exemple, il est entièrement inapte à supporter le rude labeur qu'exige la culture de la canne à sucre, comme on la fait aujourd'hui, culture qui est celle à laquelle on consacre une grande partie des terres irriguées du nord et du centre de la Costa.

La colonisation par les Européens n'étant pas, selon nous, possible sur la côte, au moins avec le mode actuel d'exploitation du sol, et, en outre, les plus riches et les plus fertiles régions du Pérou se trouvant par delà la cordillère, nous comprenons parfaitement que le gouvernement ait jeté les yeux sur les parties transandines du Pérou, ou région de la Montaùa, et inauguré, depuis deux ou trois années, un grand mouvement d'émigration européenne, en vue décoloniser la délicieuse vallée de Ghanchamayo, où il peut faire d'importantes concessions de terrain aux travailleurs de tous les pays. Nous reviendrons tout à l'heure sur la colonisation de la Montana.

La culture de la canne à sucre sur la côte, avons-nous déjà dit, a pris un développement immense depuis que les agriculteurs péruviens qui s'étaient jetés tête baissée dans la culture du coton, alléchés sans doute par la hausse que la guerre de sécession détermina dans le prix de cette denrée, ont comprisque l'intéressante graminée saccharifère, cultivée déjà au Pérou depuis plus de deux siècles, leur donnerait des bénéfices bien supérieurs à ceux que leur laissait le coton, qui ne s'accommode pas toujours très-bien du climat de la côte du Pacifique, car, sur beaucoup de points, il souffre considérablement des nuits trop fraîches de cette région. Mais la culture de la canne demande beaucoup de bras et exige, comme à peu près toutes les cultures, des bras sur lesquels on puisse compter. Gomme les indigènes travaillent fort peu ou se livrent exclusivement à la petite culture ou à la domesticité,

l'industrie sucrière a dû recourir à des bras mercenaires, amenés à grands frais des côtes de la Chine. 11 ne s'agissait pas là d'émigration libre^ ni de colonisation chinoise, mais simplement d'un commerce de bras, en un mot, d'une espèce de traite des Chinois, traite qui différait de l'ancienne traite des noirs en ce qu'elle n'était que temporaire et que le travailleur recevait une légère rétribution.

L'introduction des bras chinois, au Pérou, pour les travaux de l'agriculture, date de 1854, époque à laquelle le général Gastilla, qui, à la suite d'une révolution, venait d'enlever le pouvoir au général Echenique et se proclamer dictateur, décréta la supression du tribut auquel étaient soumis les Indiens depuis deux siècles, c'est-à-dire depuis l'établissement de la vice -royauté, et, du même coup, abolit l'esclavage des nègres (décret dictatorial du 3 novembre 1854).

Malheureusement la mesure prise par le général Gastilla fut suivie de conséquences pratiques qui ne furent pas prévues à temps et mirent l'agriculture de la côte péruvienne dans une situation tout à fait critique. L'Indien n'étant plus tributaire, s'abandonna entièrement à sa jouissance de prédilection, la paresse, et n'ayant plus rien à payer, vécut dans une complète indépendance, quant au travail, car ses besoins, qui sont plus que limités, ne réclamaient pas un grand labeur pour obtenir de quoi être satisfaits. 11 vécut et vit encore sans ambition, au milieu de l'oisiveté, du vice, de l'ignorance et de la superstition. D'ailleurs, il faut dire que les Indiens de la Sierra sont tout à fait impropres aux travaux agricoles de la côte. Dès qu'ils descendent au bord de la mer, ils tombent malade? et succombent rapidement aux fièvres intermittentes, s'ils ne retournent pas à temps respirer l'air raréfié des hautes régions de la Cordillère.

Quant au nègre, hier esclave et aujourd'hui libre, il ne comprit pas, non plus, son devoir, et, au lieu de chercher à faire disparaître par le travail les traces de son esclavage, il préféra s'abandonner à l'oisiveté et au libertinage : les uns se firent révolutionnaires salariés, d'autres devinrent soldats, passant toujours dans les rangs du plus offrant; le reste se fit débauché, ivrogne, voleur et assassin. La sûreté des routes et de la vie aux champs fut compromise durant de longues années. Aujourd'hui elle est complètement rétablie, grâce aux efforts delà police rurale et surtout à ceux des agriculteurs intéressés à la garantie de la vie et de la propriété, lesquels obtiennent par eux-mêmes des résultats généralement plus concluants que ceux obtenus par la police.

La conséquence immédiate du mouvement révolutionnaire de 1854 fut donc l'abandon des champs par les bras agricoles, qui devinrent même une menace pour la propriété et pour la sûreté rurale, si indispensable aux travaux de l'agriculture.

Émigration chinoise. — Ce fut alors que les agriculteurs menacés d'une ruine prochaine dirigèrent leurs regards vers la Chine et songèrent à en tirer des bras destinés à sauver leur industrie. Des navires furent frétés et rapportèrent au Pérou la lie du peuple chinois, enrôlés sur les côtes du Céleste-Empire, sous forme de mendiants, de

bandits, de voleurs, et môme d'assassins, que Ton avait trouvés au fond des bouges qui abondent partout dans les ports de mer.

En arrivant au Gallao, le principal port du Pérou, les Chinois étaient mis en vente comme toute autre marchandise, et chaque agriculteur pouvait en acheter tant qu'il lui plaisait, en signant avec eux un contrat par lequel le Chinois s'engageait à travailler pendant 8 années et l'agriculteur à le nourrir, le vêtir, le loger et lui payer chaque semaine un sol pour salaire. Le prix d'un Chinois fut d'abord de 300 puis 400 soles.

De 1850 à 1860, l'émigration chinoise ne fut pas très-active. Durant cette période de 10 années, il partit de Chine pour le Pérou environ 18 000 coolies. Il en mourut près de 2 000 pendant la traversée (11 0/0 à peu près), de sorte qu'il n'en arriva au Callao que 13 000.

Mais, de 1860 à 1874 le courant d'émigration fut beaucoup plus important et le nombre des Chinois qui s'embarquèrent pour le Pérou fut de 82 629. De ce nombre 7 677 (11 0/0) moururent et le reste, c'est-à-dire 74 932, débarqua au Callao.

L'émigration durant cette période est résumée par le tableau suivant :

Page 1