‹ L'agriculture [microforme]Chapitre 3 sur 4 · RS ES · texte numérisé non relu

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mesure de multiplier la valeur du sol que vous travail. lez, et qui peut ainsi vou: rendre au centuple ce que vous ni confiez.

Ce serait déjà répondre en ce qui vous concerne à l'attente universelle, et en même temps rendre un service immense à l'humanité ; ce serait aussi mettre notre Vaste contrée du Canada, si la chose se faisait partout, en excellente posture vis-à-vis des autres pays.

Vous concevez bien, nos très chers frères, que notre intention n'est pas de descendre ici dans les détails. Nous n'avons point la prétention de donner des conseils en une matière où vous Pourriez nous donner des lecons ; notre pensée s'élève plus haat, nous voulons profiter de circonstances qui s’y prêtent si bien pour augmenter encore en vous s’il est possible, et maintenir à la hauteur voulue dans nos famil'es, l'estime que mérite la profession si noble que vous exercez, et vers laquelle tous se tournent aujourd’hui, sachant bien que c’est elle qui possède la clef de la solution des questions angoissantes qui dominent la marche des événements.

En effet, nos très chers frères, de toutes les professions qui s’exercent parmi les hommes dans l’ordre tem. porel, il en est une, une seule, la vôtre qui réclame une origine divine, L’Esprit-Saint nous l’apprend : Vous

PT

aimerez, dit-il, Les ocuvres laboricuses, l’agriculture créée par le Seigneur, (1),

Dès le Principe, par la création de l’homme un mai. tre a été donné à lu terre et à tout ce qu'elle contient, Un Souverain était établi sur la création. Le Seigneur avait tont mis à ses pieds. L'homme, image de Dieu, était ainsi constitué en ce monde ce que Dieu lui-même est dans le ciel ; il fut placé dans un jardin qu'il devait oceuper et cultiver, par un travail qui était fait de jouissance et de Paix, dans l'exercice normal de ses facultés et de ses membres. En cet état d’innocence, l’homme, dominant le monde et résidant à la fécondité des êtres, rassemblait dans son coeur tous les hommages dont il faisait un chant d'amour et de reconnaissance qui montait vers son Dieu,

Le péché a tout changé, mais il n'a rien détruit dans l’ordre temporel. La terre s’est couverte d’elle-même, sous la malédiction divine, de ronces et d’épines. Elle est devenue ingrate, rebelle. Le travail, désormais un châtiment, est pénible et rude. Mais l’homme lui-même n’a rien perdu de ses droits et de ses devoirs, et la terre est obligée de fournir à tous ses besoins corporels. Dieu lui accorde une fécondité laborieuse, mais réelle. Et les bénédictions divines, obtenues par la piété du peuple, descendront avec des promesses et des bienfaits qui s’adressent directement à la culture de la terre.

RE (1) Eccl., VII, 16.

Le Ncigneur votre Dieu vous comblera de biens dans loutes les oeuvres de vos mains, dans tout ce qui naîtra de vos troupeaux, dans la fécondité de votre terre, et par une grande abondance de toutes choses. (s}.

Le Seigneur conduisit son peuple dans des lieux abondants en gras paturages,dans une terre vasle et étendue, tranquille pour la culture ct d’une admirable fécondi- He CT.

Plus que toute autre, la profession d’agriculteur est d'une nécessité indispensable. C'est elle qui détient la vraie richesse de toute la nation. Elle est vraiment la nourricière du peuple, tout dépend d'elle duns l'ordre matériel. Elle est l'instrument naturel dont la divince Providence, qui veille sur les besoins de l’humanité, se sert pour donner à tous le pain quotidien, e‘està-dire tout ce qui appartient à la vie physique. C'est à elle que s’adresse la confiance publique dans les perturbations sociales. Sans doute le commerce importe beaucoup à la prospérité générale, l’industrie jone ellemème un rôle très grand, surtout en ce qu'elle maintient l'équilibre de l’activité humaine, et qu’elle répartit dans toutes les sphères, selon la demande, les choses faconnées pour l'agrément ct les commodités de la vie; ais, l’on peut aisément se figurer un peuple vivant en dehors de tout échange international de produits, et sans industrie autre que celle qui s’exerce au sein des

(2) Deut., XXx, 9, (3) Ezech., xxx1v, 14.

Es

familles, ou au moins dans une mesure très restreinte, tandis qu'il est impossibl: de supposer, même un instant, que l’on puisse vivre sans l’agriculture; et par ailleurs l'industrie et le commerce ne sauraient exister qu'’autant que l'agriculture leur fournit la matière de leurs opérations. Et c'est bien ce qui est rendu manifeste par les circonstances actuelles.

L ‘agriculture est donc véritablement la coopératrice de Dieu, pour fournir la nourriture corporelle aux hommes, et par voie de conséquence, c’est à elle qu'il appartient de remplir le rôle bienfaisant qui consiste à prévoir et à prévenir les désastres ruineux, suite naturelle et terrible des crises sociales.

La Sainte Ecriture nous donne un exemple frappant de cette prévoyance inspirée par la bonté toute divine de notre Père qui règne dans le ciel, En présence de la disette qui menace ja terre, et dont il a été averti par des songes mystérieux, Joseph, Par ordre de Pharaon, parcourt toute la contrée, incitant partout les agriculteurs, et Par ses soins dirigeant leur travail, d’abondantes moissons sont amassées dans les greniers. 11 écarte ainsi la famine, non seulément de la terre d'Egypte, mais encore des pays les plus lointains. A cause de cela, Joseph mérita d’être appelé Sauveur du monde. Pendant que partout ailleurs, on était plus tard.affligé de la famine, il y avait de quoi faire du pain dans toute l'Egypte, et on Y venait de Partout. (*).

sms

(4) Gen., xLr.

Aussi y a-t-il touj

ours eu entre la religion et l'ugri.

culture une sorte d ‘affinité, une

sagesse divine s'est plu à accentue

alliance intime, que Ja r dans les livres saints.

oyons, dans la conduite du peu:

ttre et accorder à l’homme ses bienfaits,toujours sous la forme de

C’est ainsi que nous v ple choisi, Dieu prome

la fécondité de la ter.

re qu'il possède ou qu’il ha bite, alors que ses menaces au contraire et ses châtiments tendent à lui ravir

ses richesses, attachés au sol qu'il cultiv

le nous avons toute la vie

ses biens, e. Dans l’évangiet les enseignements du Christ, Pour nous marquer les rapports étroits qui existent à l'évidence entre la culture de la terre et l’action pater. nelle de Dien la comblant de ses dons.

Jésus, qui a voulu naître et mourir grandes villes, et qui est monté a

colline solitaire, a accompli

en dehors des u ciel du haut d’une à peu près tout son apos-

I'en a fait le théâtre de ses plus touchantes manifestations.

nourrir son langage, même pour exprimer les vérités les plus sublimes, d'expressions emprunté bulaire agricole : ‘:

tolat au sein des campagnes.

Il s’est complu à es au voca-

Mon Père, dit-il, est agriculteur.

Je suis la vigne, vous êtes le

S sarments."” (5), Ses comparaisons, ses paraboles, ses modè compagne. Il ne ers petits détails: ]

les, tout est pris à la int pas de descendre dans les plus à semence, le bon grain et l'iv aie, le

grain de sénevé, le levain dans la pâte, la poule qui rassemble ses petits. Il parle du père de famille vigilant, du salaire des serviteurs, même des signes précurseurs du bon et du mauvais temps, des récoltes plus ou moins abondantes, du grenier où le laboureur amasse son blé et du crible qui nettoie les grains. Autant de symboles qui font pénétrer dans les esprits et les coeurs les lecons de la plus haute spiritualité, autant d'images qui font voir que c’est à la Campagne que se fait le mieux sentir la présence de Dieu que tout rappelle constamment à l’agriculteur.

Les Apôtres ont en cela imité Notre-Seigneur. Leur langage, tant imagé, rappelle le plus souvent les choses de la vie rurale, et ceci est particulièrement vrai de saint Paul.

Ce qui ressort surtout de leurs enseignements, c’est que les opérations agricoles sont un emblême touchant des oeuvres de la grâce ; c'est le fait que l’homme peut labourer, semer, herser, mettre bien tout à point, Pour attendre ensuite que Dieu lui accorde dans la mesure voulue la pluie, le soleil, la chaleur et la fraîcheur, en un mot le tempérament atmosphérique nécessaire pour faire germer, croître et fructifier en abondance Pour l'avantage du travailleur, ce qu’il avait confié au sillon. Ceci est la part de Dieu et de nul autre. ($). En

ee ,

(5) Saint Jean, XV, 1.

(6) T Cor., 1x, 7,

vérité, il n’est aucun état de vie sur la terre qui puisse se flatter d’une pareille collaboration.

Ce qui explique que l’Eglise, bien qu’elle écarte de son sacerdoce et de ses ordres religieux en général, les affaires profanes, a toujours cependant fait exception pour l’art agricole. Elle l’a permis, conseillé, même imposé parfois comme chose essentiellement noble en elle-même, utile à l’humanité, et propre à soutenir les âmes dans la contemplation habituelle des choses de Dieu. L'agriculture a été crite dans lés règles fondamentales de ja grande fam..le bénédictine et est depuis entrée d’elle-même, comme oceupation manuelle très digne, dans la vie monastique en général. Et en cela la religion a donné une grande leçon, un grand exemple, et dans tous les pays elle a, par ses religieux agriculteurs, multiplié ses bienfaits, et c’est bien le spectacle que nous avons nous-mêmes sous les yeux par la vie et les travaux admirables des Révérends Pères de la Trappe.

La profession agricole possède done une dignité spéciale qui commande le respect de tous, ct, par les dons qu'élle répand, elle mérite la reconnaissance universelle.

Mais n'omettons point de dire que Dieu ménage à l’agriculteur des joies intimes, un bonheur véritable et

profond qu'on ne saurait guère connaître ailleurs qu'au sein des campagnes,

Sans doute il y a pour lui, comme pour tout autre, la loi inexorable du travail. Cette loi est commune à tous les hommes. L'homme est né pour travailler, comme l'oiseau pour voler. Cacun doit gagner son pain à la sueur de son front. Mais cette sueur est loin d’avoir partout le même caractère et le travail qui la fait couler n’est pas toujours plus pénible, parcequ'il est plus nécessaire et plus constant.

L'agrieulteur est un combatif. Il lutte, son existence est faite de conquêtes- successives. Et c’est une victoire qu'il remporte chaque fois qu’il ravit à la terre -v: récoltes.

+ On travail est libre, comme il l'est lui-même, n ‘ayant pas à répondre pour la minute en retard.

IL est fortifiant, accompli au grand air toujours si pur et si bon, dans l'épanouissement de son âme et la parfaite respiration de sa poitrine. C’est un travail d'initiative intelligente où l’homme considère, apprécie, juge, décide pour luimême de ce qu'il faut faire pour perfectionner le sol, en accroître les produits, en surveiller le rendement. Ici point de mécanisme journalier dans le mouvement de ses membres, point de routine brutale; mais, pour celui qui le veut, l'application Judicieuse de l'expérience jointe à une science réelle, une véritable sagesse dont les anciens disaient qu'elle est le fruit nécessaire de l’agriculture.

C'est un travail auquel l'histoire nous apprend que rien ne résiste en réalité. Aueun pays n'a pu lui être toujours rebelle: les forêts abattues, défrichées, les marais desséchés,les terres vagues assainies, des coteaux dépouillés de nouveaux verdoyants, des plaines et des montagnes apparemment stériles et devenues fécondes, voilà ce qu'on nous montre en maints pays comme étant le ré. sultat du labeur énergique, persistant, intelligent, accompli par nos ancêtres agriculteurs.

En réalité, la science agricole est susceptible de progrès constants et toutes les autres s’emploient activement à son service,

Et notre Canada, par suite de son étendue, de ses variances climatiqu::, de la configuration du sol si différente d’un endroit à un autre, et pour mainte autre cause, offre un champ merveilleux pour justifier cette affirmation que nulle terre ne rebute absolument celui qui la travaille, et veut la rendre profitable selon ses conditions.

Que le travail de l’agriculteur fatigue et fasse sentir le poids de la loi d’expiation, c’est ce que nous admettons volontiers. Mais il faut en même temps reconnaître que ce même travail développe et entretient sans l’épuiser, la vigueur des membres et la vitalité de l'âme. Tout contribue à le soutenir, à l'aider. C ‘est en présence de Dieu, dont l’image se reflète dans tout ce qui l'entoure, e’est dans le calme de l’esprit qui reste étranger aux tourments des vaines spéculations. c'est à l’ombre du clocher paroissial qui lui rappelle les époques les

plus solennelles de sa vie, c’est à proximité de sa famille, de la femme et des enfants qui le voient, qui le regardent se dépensant Pour eux, et qu’il viendra retrouver dans la satisfaction de son coeur, en un mot, c’est au milieu des réalités les plus douces que se passe la vie habituelle de l’agriculteur et que s’accomplit son travail journalier.

Heureux, trop heureux les cultivateurs, disait le poète latin, si seulement ils savaient connaître leur bonheur,

L’habitant des Campagnes, dit saint Chrysostôme, a plus de jouissances Gue le riche de la ville: la beauté du ciel, l’éclat de la lumière, la pureté de l’air, la douceur d'un sommeil tranquille, tout lui est accordé avec une sorte de prérogative; le Créateur semble lui donner en primeur ses vrais biens de l’ordre temporel, et par une attention privilégiée il conserve à ses sens plus de délicatesse pour mieux savourer les dons de la nature. Vous trouverez done dans cette vie modeste le vrai plaisir et la sécurité, la bonne renommée et la santé, la régularité dans la conduite, et de moindres périls pour la sainteté des moeurs.

Ce qui est vrai de l’homme, :'Esprit-Saint en a fait l'application à l’épouse chargée du soin d’un ménage agricole.: C’est en elle, en effet, qu'il a pris le type de la femme dont il veut vanter les qualités et les vertus exceptionnelles : femme forte qui possède le coeur de sa famille, travaille de ses mains la lingerie de sa maison, Partage à tous la nourriture abondante et dont les en-

fants émerveillés chantent les louanges, en publiant qu'elle est très heureuse au milieu de ses occupations domestiques où règnent l’ordre, l’économie, le bon accord et le bonheur. (*). C’est la peinture complète de la demeure de l'habitant de nos campagnes.

C'est dans les familles de ce genre que se conservent, avec toute la beauté des coutumes ancestrales, nos meilleures traditions nationales et aussi les plus fermes convictions religieuses. Ce sont elles qui recoivent le plus fréquemment cette bénédiction spéciale qui consiste à fournir à l'Eglise les prêtres, les religieux, les religieuses qui font l'oeuvre de Notre-Seigneur dans toutes les sphères où veut agir son amour divin. Et en cela, il faut voir une récompense accordée à la piété généreuse des parents, et comme un effet de l'éducation saine et forte de leurs enfants.

C’est encore la classe agricole qui fournit à la patrie la plupart de ses magistrats,de ses légistes,de ses hommes les plus distingués des diverses professions, aussi bien que ceux qui marchent à la tête du commerce et de l’industrie.

C’est un hommage rendu par les faits, à la conservation morale et à la vigueur de notre race dans l’ambiance saine et forte de nos paroisses rurales,

Une race se conserve par le sol ; le sol est gardé par l'habitant, et l'habitant, c’est à proprement parler l’a-

griculteur. C'est lui qui détient l'héritage national, et

(7) Prov., XXXI, 10.

ER

qui a tous les titres pour en défendre les droits et les prérogatives inaliénables.

Qu'un bon nombre de jeunes gens de la campagne se détachent de la profession si noble de leurs parents pour suivre d'autres voies, ce ne serait que louable dans la mesure exigée par le recrutement normal des carrières ouvertes à la jeunesse, et pour rencontrer de légitimes aspirations qui sont l’effet d’une vocation véritable.

Mais hélas! il v a lieu de déplorer l’exode beaucoup trop accentué de jeunes gens des deux sexes qui, avec une inconscience malheureuse, tournent avec dédain le dos à la maison paternelle, fuyant les joies trop calmes de la campagne pour aller dans les grands centres jouir d’une liberté apparente dans un servage humiliant.

Notre-Seigueur a tracé dans une parabole connue de tous, le portrait trop fidèle de ces malheureux et imprudents enfants. Le pauvre prodigue sut, au moins, des profondeurs de sa détresse matérielle et de sa misère morale, reconnaître son erreur, reprendre avec repentir le chemin de la maison paternelle, et ensuite se remettre aux nobles travaux d'autrefois. Son retour fut son salut. ($).

(8) Saint Lue, xv.

Ed

N'est-ce pas un peu ce qui commence au moins à se passer de notre temps ? Des événements douloureux, aux conséquences implacables, ont arrêté soudain la marche ordinaire de tout ce qui est étranger à l’agriculture, et les spéculations hasardeuses de toutes sortes, dont la fièvre sévissait aigüe depuis plusieurs années, se sont trouvées tout-à-coup suspendues, devant d’effrayantes incertitudes, et des fortunes édifiées par elles sur le sable, sans la base et l’appui du labeur correspondant, ont assez fait voir leur inconstance et leur fragilité. Dans ce désarroi universel on s’est tourné là où se trouve le vrai bien, la solide richesse, à l'acquisition plus laborieuse, au développement plus modeste, à l’ostentation moins fastueuse, mais somme toute à la possession mieux justifiée, et à la jouissance plus réelle et plus stable,

En présence de ces faits, y a-t-il à compter sur un retour à la campagne de la part de tant de jeunes hommes qui n'ont trouvé ailleurs qu’amères déceptions ? Ce serait là certes une cause de satisfaction pour tous ceux qui savent où se trouve la vraie ressource. la vraie force d’une nation. Et sans parler des territoires ouverts à la colonisation, et qui offrent à la main d'oeuvre agricole un champ d'action illimitée et pouvant être des plus productifs, nos vieilles paroisses elles-

mêmes, du moins en beaucoup d ‘endroits, ne sauraient que profiter de la rentrée des enfants prodigues, redemandant leur place au foyer paternel.

Quoiqu'il en puisse être de ce monvement désirable du retour à la terre, ee que nous pouvons au moins vous demander avec insistance, c’est d’inspirer à vos enfants par vos paroles et vos exemples, le respect et l'amour de la noble profession d’agriculteur dont vous devez être à leurs yeux les vrais modèles.

Transmettez leur ce qne vous avez vous-mêmes reçu de vos pères, et ce que l’agriculture bien conduite enseigne par elle-même: la régularité dans le travail, une saine économie dans l'usage des biens accordés par la Providence et une parfaite loyauté dans les marchés dont vous les rendez témoins.

Nos très chers frères, l'honnêteté du cultivateur canadien était indiscutable chez nos pères, c'était même pendant longtemps son plus précieux trésor et toute la base de son er“dit. 11 avait la confiance, et il la méritait, de ceux avee qui il devait opérer des ventes, des achats ou des échanges quelconques. Vous avez reçu en héritage et vous devez transmettre à vos fils, comme un patrimoine, cette belle renommée qui vaut mieux, dit le proverbe, que ceinture dorée. Ce serait un désastre non seulement pour les familles, mais pour notre race dans son ensemble, s’il fallait que, par la faute d’un certain nombre, notre classe agricole pût être atteinte par la défiance publique. Et cependant nous ne pouvons

nous le dissimuler, les tentations se font,de jour en jour, plus pressantes, et les occasions plus nombreuses, de commettre des fraudes que l’on croît ignorées de tous, mais que Dieu connaît et qu'il ne saurait laisser longtemps sans châtiment.

C’est pourquoi, sans nous appesantir davantage sur ce point délicat, nous vons conjurons d'’écarter toute injustice, toute apparence même de manoeuvre coupable dans le bnt d'obtenir des profits injustes et facilement criminels. Gardez les traditions, restez honnêtes et que vos fils continuent de l'être après vous, rendant toujours à Dieu ce qui est à Dieu, et au prochain ce qui est au prochain dans la pleine mesure et avec la parfaite qualité qui sont dues ou que vous avez stipulées. (°). 5

Comme le prônait l'antiquité elle-même, la vie à la campagne enseigne avec l’économie et le goût du travail, l’amour de la justice.

Nous ne eraignons pas de dire, en passant, qu’une marque indiscutable d’honnêteté pour un chef de famille, c’est de s’acquitter fidèlement de ce qu’il doit à l'Eglise, sous une forme ou sous une autre. En pareille matière, il n’a pas d’autre témoin que sa conscience, et d'ordinaire, n’a rien à redouter de la part des hommes. Si donc, il est fidèle en ceci, c’est qu'il est honnête en tout le reste; il a sa propre estime: il mérite celle du prochain, et Dieu le bénit, parce qu’il bénit Dieu dans ses biens.

(3) Saint Lac, vi, 38.

Rappelez-vous l'exemple si terrible d'Ananie et de Saphyre son épouse, Pour avoir voulu mentir à Pierre et tromper l'Eglise, ils tombent foudroyés aux pieds de l'apôtre. (1°), C'est le châtiment temporel et visible de leur iniquité, Le bien mal acquis ne profite jamais longtemps. Tôt ou tard la justice divine a son tour, et la malhonnèteté est souvent dès ce monde cruellement expiée,

Pratiquez avec votre famille l'économie judicieuse qui assure le bien-être légitime et durable, parce qu'elle est basée sur une juste proportion entre les recettes et les dépenses. Economie chrétienne, aussi éloignée de l'avarice qui refuse tout concours aux oeuvres même religieuses d'intérêt publie, ne donnant aucun bénéfice personnel que de la prodigalité imprudente qui dissipe SANS CO.upter, et en toute occasion,

Nos institutions locales, moins considérables, il est vrai, sont généralement tout aussi efficaces que les maisobs similaires des grandes cités, Plus protégées, mieux encouragées, et surtout parfois moins dédaignées, elles seraient un instrument puissant pour retenir les famil. les, et le malheur déjà assez grand, plus redoutable encore pour l'avenir, de la désertion des campagnes, et de la dispersion des foyers, serait plus facilemenc écarté.

Les oeuvres qu’elles Poursuivent avee un dévouement d'autant plus méritoire qu'il est moins publié et moins

connu, ont droit à toute votre sympathie et à toute votre générosité.

(10) Act, v, 125,

Enseignez à vos enfants l'épargne, leur ap-

Prenant à respecter le travail paternel dont vous ne leur lJaisserez point gaspiller le fruit en voyages inutiles et coûteux qui, trop fréquemment, les conduisent dans les villes où ils ne trouvent que dangers de tous genres, sous couvert d'amusements qui les détachent peu à peu du foyer domestique,

À ceux auxquels vous Proeurez, au prix de grands sacrifices, les avantages d'une éducation plus soignée, ne permettez point de prendre en dédain le labeur auquel vous vous astreignez pour eux. Qu'ils sachent au contraire que l'instruction, même la pius étendue, n’a rien d'incompatible avee la culture de la terre et le travail qu'elle exige. Au contraire cette instruction acquise dans les livres s’allie très bier avec la science expérimentale très réelle que le cultivateur obtient chaque jour, dans l'observation constante de la nature et des phénomènes opérés sous ses yeux. Parre qu'un jeune homme, une jeune fille ont passé par le collège ou le couvent, il ne s’ensuit point nécessairement que leur vocation doive les détourner à jamais de Ja profession agricole exercée par leurs parents.

D'ailleurs, la profession agricole est toujours ouverte à tous: ses merñbres peuvent se trouver à tous les degrés de l'échelle sociale. Sa clientèle, nullement limitée aux conditions accidentelles de la vie, comprend tout le monde, et couvre l'humanité elle-même. Elle ne saurait jamais être encombrée Comme toutes les autres. Chez elle, la rivalité égoiste fait place à une émulation

de bon aloi ; l’aide réciproque est toujours à l’avantage commun, et la prospérité générale dépend et est faite des progrès de chacun. Il n’y a donc aucune déchéance, bien au contraire, pour la jeunesse même douée de talents et instruits, à continuer la profession paternelle dans la carrière agricole.

Durant les vacances, les enfants qui ont le coeur bien fait et ont vraiment la reconnaissance affectueuse pour le dévouement si généreux de leurs parents, au lieu de se livrer à une oisiveté ridicule et dangereuse, au lieu de chercher à dissiper leur ennui dans des distractions frivoles, reprendront joyeusement les instruments de travail qu'ils avaient connus et qui n’ont rien perdu de leur dignité.

Les hommes les plus célèbres par leurs vertus ou leur génie, ont toujours professé pour la culture de ln terre une estime singulière. Et l’on voit chaque année les citoyens des grandes villes, fatigués du tracas des affaires, venir dans la campagne chercher le repos du corps et les vraies jouissances de l'esprit. Et pour cela ils ne craignent point de se joindre à l’agriculteur et de travailler avec lui. C’est le juste retour des choses.

Dans une paroisse la prospérité des familles tient essentiellement à la bonne administration des affaires

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