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communes à la population dans son ensemble. L'intérêt privé est lié à l'intérêt général. Il importe done que celui-ei soit traité et.conduit dans un esprit d'union et de probité qui écarte, par la communauté des efforts, les obstacles au progrès commun. On ne saurait dire jusqu'où peuvent s'étendre les succès obtenus par cette union et ce bon esprit; comme hélas! on sait trop bien les ravages causés, dans l'ordre matériel aussi bien que dans l’ordre moral, par la discorde et le trop peu de souci de la moralité publique.
Si nos avis peuvent être pour vous d'une application pratique, et dans la mesure où les circonstance le demandent, nous vous disons, en tout ce qui concerne le bien commun, qu'il s'agisse de la paroisse proprement dite, de la municipalité eivile ou scolaire, où des diverses organisations d'aide mutuel, que les divisions politiques ont trop souvent le funeste effet d'empêcher la réalisation des mesures progressives jugées nécessaires Où utiles à l'avancement normal, à l'accroissement du bien-être même matériel de la population. Combien nous voudrions que, pour votre plus grand profit, cet accord des esprits et des volontés pût produire ce résultat assurément désiré de tous en particulier, mais pour lequel une action commune est toujours en définitive si difficile, de bannir du milieu de vous, tous les débits inutiles de liqueurs énivrantes, dont l'oeuvre désastreuse se fait si cruellement sentir surtout sur la jeunesse, et qui draine en pure perte, à votre grand détriment, une partie trop notable du revenu de
vos terres,
sis
Et puis, en présence du fait que des étrangers de plus en pius nombreux viennent chaque année passer plusieurs mois, toute la belle saison, dans nos paroisses, il importe de tenir fermement à nos belles coutumes canadiennes, et de ne pas laisser s’introduire parmi nos des usages déplorables qui seraient en réalité la ruine de l’esprit religieux dans nos familles.
Le dimanche a toujours été fidèlement observé dans nos paroisses ; non seulement on s’y abstenait du travail servile proprement dit, mais même on écartait ces occupations manuelles qui s’en rapprochent trop, bien qu'’elles aient pour objet le plaisir et les distractions.
On ne connaissait point certains amusements bruyants, très profanes, et qui ne conviennent guère à la sainteté du jour du Seigneur. Les bals publics, les réunions tapageuses, et certaines facons de s’habiller, sans se vêtir assez, étaient inconnues. Faut-il se laisser sans résistance envahir par des abus eriants qui auraient bientôt fait disparaître un cachet distinctif de nos paroisses rurales, dans lesquelles on avait toujours gard“ le goût de la piété et de la modestie.
lei encore nous devons faire appel à la bonne volonté de tous et surtout à leur esprit catholique. Le moins que nous puissions leur demander, c’est de se tenir à l’écart, et de bien marquer par une abstention visible, que de
pareilles choses ne sauraient avoir leur approbation, et
même qu'ils les condamnent absolument.
ER
Nous le répétons, nos très chers frères, c'est la cam-
pagne, c’est la classe agricole qui détient jusqu'à présent le trésor très précieux des traditions domestiques.
Comme vos pères, vous avez jusqu'à présent gardé et sanctifié le dimanche; continuez à le faire en assistant fidèlement aux offices de votre paroisse, et en passant le reste de la journée dans un repos digne, et propre à refaire : :s forces pour reprendre le travail de la semaine.
C'e sera pour le plus grand bien de vos âmes et de vos familles.
Enfin, nos très chers frères, avant de clore cette lettre pastorale, nous voulons de nouveau vous remettre en présence de Dieu et vous rappeler que votre travail pour être fructueux, a un besoin indispensable de ses paternelles bénédictions.
‘4 Lorsqu'une terre, étant souvent abreuvée des eaux de la pluie qui y tombe, produit une herbe avantageuse à ceux qui la cultivent, c’est qu’elle reçoit la bénédiction de Dieu, mais quand elle ne produit que des ronces et des épines, elle est réprouvée et exposée à la malédiction, et ce qu’elle produit n’est bon que pour le feu. ?”’ ().
(11) Heb., vi, 7, 8.
nee nemnggennmmene
L'Eglise, interprète des sentiments aussi bien que des volontés de son divin fondateur, s’est toujours appliquée très particulièrement à vivre en union intime avec la classe agricole. Elle lui emprunte son langage. De ses ministres elle fait des pasteurs, qui dirigent leurs ouailles dans les gras pâturages de la vérité et de la vertu. Elle prend à la terre toutes ]
es choses nécessaires au culte divin, le lin, le
froment, le vin, la cire, l’huile, le buis. Elle a dans sa liturgie des bénédictions spéciales Pour tous les objets si divers qui se rapportent à l’agriculture, et pour les bestiaux eux-mêmes. Elles a des oraisons rituelles Pour toutes les ei vent affecter la vie ou le travail l’on peut dire qu’elle est constamn tenir les faveurs div
rconstances qui peude l’agriculteur. Et 1ent préoccupée d'’obines sous la forme d’une protection
qui couvre l’agriculteur, sa famille, son travail et ses biens.
Mais de toutes ses prières, les plus solennelles, et nous oserions dire les plus efficaces Par elles-mêmes,
sont connues sous le nom de Rogations. Instituées d'’a-
bord en France, à la suite de fléaux terribles qui dispa-
tions et des pénitences dirigées par l’évêque, elles se répandirent bientôt dans
et depuis plusieurs siècles déjà, on les célèbre par ordonnance de l'Eglise dans toutes les p..
roisses chaque année, durant les trois jours qui précè-
dent la fête de l’Ascension de Notre-Seigneur.
Leur objet est d'obtenir de la bonté toute puissante
de Dieu l'abondance des biens de la terre. On y fait la
procession avec le chant des litanies des saints ; la messe est chantée avec les oraisons qui supplient la Providence de bénir surtout les travaux agricoles. Mais la rigueur des observances primitives a depuis longtemps disparu. Il n’y a plus ni jeûne, ni abstinence, on travaille comme d’habitude. I1 ne subsiste même aucune obligation quelconque.
Cependant l'Eglise a maintenu l'office, et elle y invite instamment les fidèles; c’est pour eux, et dans leur intérêt, qu'il se fait.
Mais alors pourquoi l'assistance à l’église, aux jours des Rogations, se fait-elle si rare depuis un certain nombre d’années ? L'époque est favorable de toute manière. Les cultivateurs n’ont guère commencé leurs grands travaux, et c’est le moment le plus propice pour attirer sur eux les bénédictions divines. Au printemps, on écarte la crainte, .on entretient l’espérance; rien ne menace d’une façon prochaine. On ne voit rien qui mette en danger le grain confié à la terre. Il semble que tout ira bien. Oui, si Dieu l’accorde dans sa bienveillance paternelle. Mais il veut être prié. Tous les biens de cette vie, découlant de l’activité humaine, sont quelque chose de ce pain quotidien, qu’il faut demander
à ‘‘ Notre Père qui est aux cieux. ””. (12).
Quel est le fléau qui viendra nous attrister durant la prochaine saison ? Les chenilles, les sauterelles, les
(12) Math., vrr, 11.
vilains insectes s'atta
quant aux bêtes ou aux plantes ; les gelées, la sécher
esse, les pluies, la grêle, quoi ? Que de choses Peuvent nuire à Ja semence; au grain déjà épié : à la moisson déjà mûre ; à la récolte déjà engrangée ! Pour Parer à ces accidents toujours possibles, quel recours aVOns-nous, sinon la prière à Celui qui
tient tout dans Sa main. Or la meilleure Prière, c'est
la prière en Commun, et surtout Ja Prière officielle de l'Eglise offerte dans le temple par le Prêtre entouré des fidèles,
Que chaque famille, dans c
haque Paroisse, ait à coeur d’être représenté
e aux Rogations Par, au moins, un de ses membres, et que, par cette Participation intelligente et pieuse à ces cérémonies instituées à Populaire détourne de est sans cesse menacé,
cette fin, la piété notre peuple les Calamités dont il
Le bon Dieu eXauce toujours la prière bien faite. S'il envoie quand même l'épreuve
sous forme d’un fléau quelconque, é’est que les intérêts spirituels y trouvent meilleur Compte par le mérite qui s'attache aux misères de Ja vie acceptées avec soumis-
sions, Süpportées avec le secours de la grâce et pour l’amour de Dieu.
Et même alors, il accord sations, qui ne font que changer ]’
1i-même nous donne dans son Mieux que le passereau, nous sommes assurés de ne jamais Manquer du nécessaire, par le fait de la divine Proy
idence, si senlement, nous savons l’implorer.
Il est pour le cultivateur qui a récolté les fruits d’un travail béni de Dieu un devoir à remplir et qu’on oublie, trop souvent d'autant plus, que la moisson a été plus abondante. C'est celui de la reconnaissance. On avait demandé, on a obtenu ; il faut maintenant remercier la divine Providence, Ne manquez donc jamais, nos très chers frères, en présence des bienfaits dont vous avez été comblés, de faire monter vers le ciel, même par des actes collectifs et solennels, les actions de grâces de Vos Coeurs pénétrés d’une gratitude pieuse et filiale, Ce sentiment si digne des âmes chrétiennes, devra se manifester particulièrement par la manière honnête dont vous userez des richesses acquises, et par la part généreuse que vous saurez faire à Dieu lui-même en répondant aux appels fait à votre charité, pour les oeuvres les plus chères au Coeur divin.
C’est prendre le moyen le plus sûr de faire descendre à nouveau sur vous les faveurs célestes, et de maintenir sur vos foyers et sur tout ce qui vous appartient, la douce influence des bénédictions qui vous feront apprécier de plus en plus la dignité, et goûter les joies de votre noble profession ; ce que nous demandons de toute notre âme au bon Dieu par l’intercession de sa divine Mère,
Sera notre présente lettre Pastorale, lue et publiée au prône de toutes les églises paroissiales et chapelles où se fait l'office publie, et au chapitre de toutes les communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception.
hs
Donné à Valleyfield, le 24 avril 1915,
sous notre seing
et sceau et le contre-seing de notre Chancelier.
T JOSEPH MEDARD, Evêque de Valleyfield.
Par mandement de Monseigneur,
JEAN-DE-LA-CRO1Ix Dorais, prêtre,
Chancelier.