‹ L'agriculture moderne: (8. mille)Chapitre 18 sur 81 · TRANSFORMATION DES SYSTEMES DE CULTURE · texte numérisé non relu

TRANSFORMATION DES SYSTEMES DE CULTURE

millénaire, ménage le sol, et assure, par suite, aux récoltes une certaine régularité.

Les agriculteurs de tous les temps et de tous les pays ont constaté que nulle plante céréaleou industi telle ne pouvait être cultivée longtemps sur le mênie champ sans que ce dernier parût épuisé puisque les récoltes diminuaient sans cesse. Les mêmes observations ont prouvé, dans tous les temps et tous les pays : 1*» que Tépuisement du sol était nul, et la régularité des récoltes assurée, lorsque certaines plantes se succédaient les unes aux autres régulièrement; ?• que la terre paraissait prendre de nouvelles forces • et conserver indéfiniment sa puissance productive, quand on lui assurait une période de repos, une jachère, et cette expression sert à désigner, tout à la fois, le système de culture qui la comporte en lui donnant sa place dans Tassolement, et l'étendue de terrain, ou division du domaine, sur laquelle cette période de repos est accordée au sol à des intervalles réguliers.

Le trait caractéristique des progrès de la culture moderne au point de vue du maintien de la fertilité des terres est précisément l'adoption d'un bon ordre de succession des récoltes et la disparition progressive de la jachère, c'est-à-dire de la division, ou sole, qui était momentanément stérile puisqu'elle ne portait pas de récoltes.

Ls^ transformation des assolements envisagée à ces deux points de vue, est l'œuvre capitale des agriculteurs et des agronomes au cours du xix* siècle. Cette œuvre n'est point achevée et noïts aurons à marquer les étapes de la transformation^ qu'elle comporte.

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Pendant bien des siècles le territoire de la France a été soumis à un système double comportant la « jachère » , ou période du repos du sol : le système ou assolement biennal — avec jachère tous les deux ans — et le système triçnnaly avec repos du sol une année sur trois.

Les céréales occupaient presque toujours la terre pendant la période d'activité ou de culture, et les aliments indispensables aux animaux étaient produits sur des prairies permanentes de toutes qualités, sur des landes, sur des champs ayant porté des récoltes Tannée préeédente^et se couvrant d'une végétation spontanée de médiocre valeur.

Le maintien de la fertilité du sol était assuré tant bien que mal par le repos alternatif et par l'apport des engrais obtenus à l'étable en nourrissant du bétail. Ce bétail était d'ailleurs d'autant moins nombreux que ses aliments restaient plus rares et moins régu-' lièrement produits. Les avances sous forme d'animaux domestiques étaient, en effet, insuffisantes, et le propriétaire lui-même se voyait forcé de devenir le banquier de son tenancier en lui confiant un a cheptel » dont l'entretien assurait le maintien de la productivité du sol.

Cette situation spéciale est encore observée aujourd'hui dans toutes les régions pauvres de la France ou de l'Europe, partout où l'insuffisance du capital de culture oblige les propriétaires à commanditer leurs locataires pour prévenir la dégradation desi terres et leur épuisement rapide.

Un grand agronome qui était en même temps ua excellent économiste, Mathieu do Dombasle, a magistralement exposé les mérites et les inconvénients de la culture avec jachère. Il est indispensable de citer

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ici ce passage pour comprendre le sens, la portée et jusqu'aux lenteurs d'une évolution qui n'est pas , encore terminée. Voici comment il s'exprime dans son mémoire sur l'état actuel de l'Agriculture européenne^ :

« Lorsque l'on considère l'état actuel de l'AgricuIure sur toute la surface de l'Europe, il est impossible de ne pas reconnaître que cet art se trouve en ce moment (1829), à l'entrée d'une ère nouvelle, et placé sur les limites de l'ancien système de culture, et d'un autre, mieux approprié aux circonstances politiques et économiques des peuples aux besoins desquels il doit pourvoir.

« L'origine de Tancien système de culture se perd oans la nuit du Moyen Age, de même que celle de tant d'autres institutions. Les bases de ce système étaient, le partage du sol en deux parties : Tune destinée à rester en prairies permanentes ; l'autre, soumise à la charrue, et divisée elle-même en deux ou ordinairement en trois soles ; la culture exclusive des céréales, la jachère employée comme préparation obligée à la culture du froment ou du seigle, suivie immédiatement des grains de mars ; enfin, la jouissance en commun du pâturage.

« On ne me soupçonnera pas, je pense, d'être un trop zélé partisan de ce système de culture; cependant il m'est impossible de dissimuler qu'il me semble parfaitement approprié aux circonstances de l'époque pour laquelle il a été conçu, époque à laquelle l'agriculture ne pouvait s'exercer que sur un petit nombre de plantes, prises toutes dans la famille des céréales. Si l'on considère l'extrême simplicité de ce système, l'harmonie avec laquelle toutes les parties qui le com-

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