‹ L'agriculture moderne: (8. mille)Chapitre 2 sur 81 · RUB RACINE · texte numérisé non relu

RUB RACINE

Tout droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réserré»ponr tous le» pays.

Droits d« traduction et de reproduction réterTét pour touf les pays.

Ck>pjright 191S by BniiisT Flammarioii.

INTRODUCTION

Trois faits caractérisent TAgricuIture moderne et suffisent à la distinguer de celle qui était pratiquée il y a un siècle. Ces trois faits sont : Tabondance de la production sous des formes de plus en plus variées, la spécialisation des cultures et la connaissance exacte aussi bien que le respect des aptitudes productives des sols, enfin, la mise en valeur des territoires nouveaux que la transformation des moyens de transport a permis d'utiliser.

A ces divers points de vue, l'œuvre accomplie correspond à de merveilleux progrès. Un exemple qui constitue une preuve suffit à le montrer.

En 1789, la population de la France ne dépassait pas 26.500.000 habitants*, dont la condition et le bien-être étaient bien inférieurs à la situation des 40 millions de Français qui vivent aujourd'hui sur le même territoire. Sans doute nous importons davantage et le commerce international noua fournit à celte heure une quantité bien plus grande de den-

4. Dénombrement fait par ordre de l'Assemblée nationale en 1790. Le chilAre exaet est 96. 863. 000, mais il convient d*y ajouter la population du Comtat et d'Avignon réunis à la France en

mS3S9l

INTRODUCTION

rées alimentahres ou de matières premières industrielles, mai3, en revanche, nos exportations se sont largement accrues. Tout compte fait, c'est, presque exclusivement, au développement de la production rurale qu'est lié le progrès du bien-ôtre général d'une population plus nombreuse de moitié.

L'essor de l'industrie est lui-même la conséquence des progrès de TAgriculture. Cette dernière fournit, en effet, aux manufactures la plupart des matières à transformer; elle leur assure le débouché sans lequel leur vie économique resterait impossible.

Ce qui est vrai pour notre pays Test également pour la plupart des autres nations, l^a prospérité même et la puissance des peuples plus spécialement industriels restent subordonnées au développement de la production agricole dans le monde, car l'industrie a pour fonction d'opérer une transformation, et l'on ne saurait transformer des matières que l'Agriculture n'aurait pas produites.

L'industrie minérale fait seule exception à cette règle.

Les progrès accomplis en agriculture sont le plus souvent attribués aux transformations techniques des méthodes de culture.

Cette opinion ^'enferme, cela est clair, une grande part de vérité, mais il est indispensable de compléter l'explication qu'elle nous fournit et de ne pas oublier les transformations économiques qui ont exercé une influence tout aussi importante et décisive. La production agricole suppose- l'emploi de capitaux immenses représentés par lé sol lui-même, par le bétail, les semences, les matières fertilisantes, par l'outillage mécanique, et par les avances de toutes sortes que le cultivateur doit posséder pour tirer parti des forces productives de la terre.

INTRODUCTION d

L'amélioration du sol, raccroissement des avances culturales, sont indispensables au développement de la production et constituent des transformations économiques puisqu'il s'agit de Taccumulation des épargnes, de leur répartition et de leur emploi.

La rapidité et le bon marché des transports exerce^i une influence décisive sur la division du travail agricole, provoquent la spécialisation des cultures, permettent d'utiliser ainsi l'aptitude culturale des sols, aptitude favorisée d'autre part par la diversité des climats. Enfin, la loi des débouchés s'impose à l'Agriculture comme à toutes les industries, car l'objet propre des efforts du cultivateur, c'est d'échanger, de trouver des acheteurs, d'obtenir des recettes, et de réaliser des profits.

L'association et le crédit facilitent la production ou la vente et excercent ainsi la même influence que l'amélioration des procédés techniques.

En résumé, le problème agricole moderne comporte à la fois l'étude des transformations techniques et dés transformations économiques. Les unes et les autres nous intéressent également, car elles expliquent, par leur action isolée ou simultanée, tous les progrès que Ton constate : elles rendent raison de leur lenteur ou de leur rapidité sans qu'il soit possible le plus souvent de sépairer cette double influence qui s'exerce au même moment.

Une division naturelle s'impose donc à nous au début de cette étude.

Nous marquerons, tout d'abord, les modifications successives qui caractérisent les procédés techniques. Nous exposerons ensuite les principales questions économiques si intimement liées au problème de la production agricole.

Bien entendu, nous n'avons pas le dessein d'entrer

4 INTRODUCTION

dans des détails trop précis et trop spéciaux. Ce livre ne doit être ni un traité d'Agriculture, ni un manuel d'Economie rurale. La division même que nous avons introduite entre les questions techniques et économiques ne saurait d'ailleurs être à ce point rigoureuse qu'elle nous interdise de marquer fréquemment le lien qui les unit. Cette étude de leur influence réciproque et simultanée est indispensable à l'intelligence des faits.

Page 1