‹ L'agriculture moderne: (8. mille)Chapitre 35 sur 81 · Lambeut. loc. ci7., p · texte numérisé non relu

Lambeut. loc. ci7., p

mières dont la plante absorbe, assimile, et élaboie les dissolutions.

Le défaut d'humidité interdit donc aux agents de transformation de la terre leur travail productif. Les matières azotées notamment cessent alors d'être rn'/rifiées et le végétal ne trouve plus dans le sol l'élément indispensable à sa vigueur. Ceci est vrai dans les régions chaudes et éclairées par des radiations intenses comme celles du midi de la France, et c'est encore exact pour les régions septentrionales.

Dans son traité de Chimie Agricole, M. Dehérain dit avec raison :

« Sous un climat un peu sec, comme celui des environs de Paris (qui ne reçoit que 500 à 600 millimètres d'eau) la pluie n'est pas suFfrsante pour que les sols emblavés conservent la quantité d'eau nécessaire au travail des bactéries. Dans la lutte pour l'eau qui s'établit entre les espèces végétales et les espèces microbiennes, les premières ont l'avantage et les secondes, privées de la condition même de leur existence, languissent ou même cessent leur travail. Ce n'est qu'exceptionnellement que la pluie est assez abondante pour que les plantes laissent le sol humide et que la nitrifîcation y soit active ; pendant ces années-là, la quantité d'azote contenue dans les végétaux et les eaux de drainage égale celle qui apparaît dans les terres nues. Aujourd'hui, nous suppléons à l'insuffisance de la nitrification dans le sol, en y répandant du nitrate de soude ; malgré une exploitation très active, les gisements du Pacifique ne montrent encore aucun signe d'épuisement ; cet épuisement se produira cependant, et si nos terres restent dans l'état où elles sont aujourd'hui, l'absence de ces puissants engrais se fera cruellement sentir.

LA QUESTIOI^ DE L'eAD 65

« Il en serait tout autrement si elles étaient régulier rement arrosées; la condition nécessaire au travail des ferments serait réalisée et ils pourraient montrer la puissance de leur action. Quand, en effet, Teau arrive sur de bonnes terres, bien fumées au fumier de ferme et renfermant des quantités suffisantes d'acide phosphorique, de potasse et de chaux, la végétation devient luxuriante, même dans la région septentrionale et encore bien davantage dans le Midi, où les pluies sont insuffisantes pour fournir à l'évaporation excessive des plantes herbacées soumises à Faction d'un soleil brûlant.

« Tous nos efforts doivent donc tendre à favoriser les entreprises d'irrigation ; les surfaces arrosées s'accroissent en effet peu à peu ; sans compter les prairies couvertes pendant l'Jiiver par les crues des rivières (1.308.000 hectares au moment de l'enquête de 1892), les terres qui reçoivent les eaux açnenées par les travaux d'art comprennent aujourd'hui 1.400.000 hectares.

« Arroger le sol de la France est la grande entreprise qui fera la gloire du xx* siècle et assurera la prospérité agricole, car l'eau est la première condition de la fertilité M ^

CTest là l'opinion d'un des savants les plus autorisés, mais les praticiens ne sont pas moins convaincus, et le comte de Gasparin, par exemple, signale d'une façon précise les bienfaits de l'irrigation :

« Dans le Midi, l'irrigation rend certain le résultat des troisièmes et quatrièmes coupes de luzerne; le produit en est accru d'une moitié en plus. L'irrigation double le produit des prairies et rend le foin plus fin et de meilleure qualité. Elle assure la récolte du blé

1. Dehérain. Trailé Jde Chimie agricole, avertissement, p. z. Paris, MassoD, 1902.

contre la sécheresse du printemps et en augmente la production. En permettant de faire des récoltes dérobées entre les moissons et le nouvel ensemencement d'automne, elle ajoute de même un quart et plus souvent un tiers à la valeur des terrains »?.

Avec plus de précision encore, il cite les chiffres constatés à la suite d'essais nombreux.

Le passage vaut d'être noté car il se rapporte à un fait général :

« Dans une luzerne de deux ans située dans le midi de la France, maintenue fraîche par un seul arrosage après chaque coupe, voici quel a été le produit de chaque coupe :

Foin sec.

!'« coupe 3.400 kilogrammes.

Total. ... 15.300 kilogrammes.

« Supposons maintenant la troisième coupe réduite âe moitié et la quatrième supprimée par la sécheresse, nous avons seulement 9.050 kilogrammes* ».

Pour les mêmes régions, et à propos de la culture des céréales, le même auteur dit encore :

« Quand, dans les pays chauds et même tempérés. on peut se procurer de Teau à volonté, on retire un très grand avantage de l'irrigation des blés. M.' A. de Gasparin a recueilli les faits suivants sur ce genre de culture qui se pratique en grand à Gavaillon (Vaucluse) :

« On donne quatre arrosages au blé ; le premier avant les semailles sur le terrain nu. On dispose ainsi la terre à la culture et à rendre plus facile la sortie des

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