Gasparin. Cours d'agriculture, i. IV, p
LA QUESTION DE l'eAU 67'
graines. Ces semailles ont lieu au commencement d'octobre. On arrose une seconde fois quand, au mois d'avril, la, température moyenne est arrivée à + 12**; la troisième irrigation se fait pendant la floraison ; enfin, la quatrième, quelques jours après. Ces deux dernières disposent toutes les fleurs à nouer, et les graines sont sur quatre rangs sur les épillets.
« Les récoltes sont de 40 à 46 hectolitres (3.200 à 3.680kil.) par hectare...
« L'irrigation convient à tous les terrains qui, par leur constitution ou par suite d'une culture profonde, donnent passage aux eaux et ne permettent pas qu'elles séjournent autour des racines. Nous l'avons vu pratiquée en Sicile, avec un grand avantage ; elle est usitée en Espagne, en Afrique, en Amérique. Nous ne doutons pas qu'avec des modifications dans les époques et dans lenombredesarrosages, elle ne puisse s'étendre dans le Nord qui a aussi sps années où la sécheresse du printemps devient une cause de stérilité »*.
Un spécialiste bien connu, M. Hervé-Mangon, ne conclut pas autrement au point de vue de l'incontestable avantage de l'irrigation. Les regrets qu'il exprime ont même une haute portée sous sa plume :
« Les prairies irriguées, écrivait-il vers 1865*, s'élèvent à peine à 4 ou 5®/o de l'étendue totale des prairies natureles, et le volume d'eau qu'elles emploient est à peu près la même fraction du volume disponible de nos cours d'eau. Les améliorations à réaliser, par la création de nouveaux arrosages, ont donc une incalculable importance.
« La faible étendue relative des irrigations françaises et les développements pour ainsi dire sans limites des
1. Gasparin. Cours d'agriculture^ t. III, p. 659. %. Encyclopédie pratique de V Agriculteur y t. IX, p. 261 . ParirJ 1864, chezF. Didot.
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progrès à réâTîser n'ont d'ailleurs rien de surprenant : à l'exception de la Durance, dont les 2/3 environ des eaux sont utilisés, tous nos grands cours d'eau ne fournissent, en effet, absolument rien aux arrosages. Le Rhône ne donne pas un litre d'eau aux plaines desséchées du Languedoc et de la Provence. La Seine, la Gironde, la Loire, et, presque sans exception, tous nos autres grands cours d'eau, ne sont pas mieux utilisés. Les pertes ainsi subies sont véritablement incalculables. Les eaux d'irrigation abandonnent aux prairies les matières fertilisantes qu'elles renferment. Le foin ainsi formé se transforme dans la ferme en viande et en fumier pour les céréales. On reste au-dessous de la vérité en disant que 20.000 mètres cubes d'eau complètement employés en, irrigations produiraient en substances alimentaires l'équivalent d'un bœuf de boucherie.
« ... Il n'y a pas de culture régulière sans engrais. Ces engrais, à moins de circonstances exceptionnelles, doivent être produits sur la ferme par le bétail qui consomme les fourrages. Or, les prairies, et surtout les prairies arrosées jouissent de la propriété précieuse de fournir l'excédent d'engrais nécessaires aux terres arables,
« On ne saurait assez s'occuper en France de développer cette source de richesse ».
Qu'avons-nous fait précisément pour utiliser mieux cette source de richesses? A la vérité, nous sommes fort mal renseignés à cet égard. L'enquête agricole de 1892, vieille déjà de vingt ans, nous apprend seulement que nous possédions, à cette époque, 1 million 70.000 hectares de prairies irriguées à l'aide de travaux divers, contre 955.000 en 1882. L'augmentation est