LE DRAINAGE
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La transformation obtenue au boni «!<> quelques mois et — a fortiori — au bout de quelques années, est vraiment merveilleuse. Des prairies, des vignobles peuvent être créés sur les sols dessalés qui sont d'ailleurs fort riches et deviennent très fertiles lorsque le sel a disparu. ÏSous avons eu sous les yeux un exemple curieux de ces améliorations qui pourraient être étendues à bien des milliers d'hectares sur toutes les côtes de la Méditerranée.
Au Grand Craboules, près de Narbonne, M. Gaston Gautier a créé par le dessalement un admirable vignoble. Le prix de revient d'un hectare de vigne s'est élevé, chez cet habile viticulteur, à 2.700 francs ; c'est à ce chiffre que se montaient les frais de drainage, de défoncement et de plantation. Ajoutons 2.000 francs pour tenir compte de la valeur du sol, de la construction des digues, et de l'intérêt des fonds pendant les trois années qui suivent la constitution des vignobles, nous arrivons au chiffre de 4.700 francs à 5.000 francs. Or, la récolte moyenne des vignes de Craboules s'élevait, lors de notre visite, à 160 hectolitres d'un vin vendu 15 ou 17 francs. Le produit brut variait donc de 2.400 à 2.700 francs par hectare. Les frais de culture, de récolte et traitements contre les maladies, y compris les dépenses de la submersion annuelle, ne dépassaient pas 1.000 à 1.100 francs. D'autre part, l'intérêt des capitaux représentés par l'outillage et le fonds de roulement atteignait tout compris 100 francs. Ainsi, un hectare de vigne ayant coûté de 4.000 à 5.000 francs pouvait donner un produit net d'envi ion 1.000 francs.
En Camargue, des résultats analogues ont été obtenus par quelques propriétaires. Pendant la période de dessalement, qui se prolonge parfois faute d'un drainage suffisant, la culture du riz permet d'ob-
tenir un produit et des bénéfices relativement élevés.
En somme, le problème de la mrsc en valeur des terres salées à été résolu dans notre pays,
A l'étranger, il en est de même.
Conclusion.
Ainsi, partout la terre est devenue un instrument de production plus parfait grâce aux efforts du cultivateur, grâce aux transformations techniques dont elle a été l'objet. Ces transformations sont coûteuses, parce qu'elles sont l'œuvre de l'homme et non pas celle de la nature.
Les systèmes de culture les plus primitifs supposent eux-mêmes cette intervention. Les boisements des terres les plus pauvres comportent des avances et une longue attente avant la réalisation d'un profit. Les pâturages ne sauraient être utilisés sans bétail ; la transformation des assolements et la disparition progressive des jachères nécessitent l'emploi d'un capital de culture de plus en plus élevé.
L'application des méthodes d'exploitation plus perfectionnées exige des avances plus considérables encore. Qu'il s'agisse de l'irrigation, du « dry farming », du drainage, des dessèchements ou des dessalements, le cultivateur et le propriétaire doivent faire des avances nouvelles, et risquer des capitaux énormes.
Le développement de la production n'est donc pas seulement le résultat des progrès techniques accomplis; il suppose invinciblement l'accumulation des épargnes, aussi bien que la diffusion des connaissances. Ces observations expliquent les réalités ; elles nous permettent de les comprendre et justifient même la lenteur des transformations qu'on voudrait voir plus rapides.