‹ L'Agriculture moderneChapitre 57 sur 84 · LE RÔLE DE LA MACHINE AGRICOLE · texte numérisé non relu

LE RÔLE DE LA MACHINE AGRICOLE

cl de nous défendre contre une accusation sans valeur, celle de méconnaître l'importance croissante de l'outillage mécanique de l'Agriculture.

Celle importance augmente à mesure que la production même se développe. La suppression <le la jachère à exigé un nombre plus grand de charrues, de herses, de rouleaux, pour exécuter des façons culturales sur plusieurs millions d'hectares désormais couverts de récoltes.

Une transformation agricole correspond ainsi à une transformation de ['outillage. Sur une surface cultivée plus grande, il eût fallu plus de lu-as. si Là machine n'était pas venue suppléer à leur insuffisance au

moment même où la force des choses voulait que l'opération culturale lût rapide. L'emploi de la faucheuse, de la moissonneuse, du râteau à cheval à l'époque des récoltes répondit précisément à ce besoin.

L'accroissement de la production des céréales eût exigé un prodigieux accroissement du nombre des travailleurs exécutant, avec le fléau, l'opération du battage, si la machine à battre n'était pas venue faciliter leur tache.

Dans le midi de la France spécialement, l'extension de la culture de la vigne eût encore exigé une augmentation considérable du nombre des ouvriers vignerons si la plantation des ceps à de larges distances n'avait pas facilité l'emploi des charrues vigneronnes, ou des houes <jui remplacent la pioche du travailleur manuel.

La plantation en lignes des betteraves ou des céréales a (tennis également de réduire la maind'œuvre en utilisant des machines spéciales destinées à exécuter les façons cultu raies dans les intervalles laissés libres. L'outil mécanique répond à un

besoin nouveau, son usage correspond à une pratique culturale moderne, à des transformations techniques liées comme toujours à des transformations économiques simultanées.

[Notre collègue, M. Ringelmann, raisonne très justement, en économiste et en bon technicien, quand il dit à ce propos 1 :

« Il faut toujours songer qu'il conviendra d'apporter de nouvelles modifications à l'outillage au bout d'une certaine période, afin de se mettre en harmonie avec les conditions économiques du pays qui changent sans cesse. »

Voici un exemple excellent qui sert à illustrer sa démonstration - :

« Les cultures en lignes, dont l'éloge n'est plus à faire, avaient été depuis longtemps proposées par Patullo et par Jethro Tull : ce dernier fut conduit à la ruine en cherchant de nouvelles méthodes d'exploitation du sol qui n'étaient pas en relation avec les conditions économiques de cette époque : on gagnait assez avec une année de jachère et on n'éprouvait pas le besoin de la remplacer par une récolte sarclée que permettaient le semoir en lignes et la herse à cheval. En France, le semoir Hughes qui lutta sans succès contre le parti pris et le mauvais vouloir des agriculteurs, eut le tort de venir trop tôt, car une machine nouvelle ne peut être utilement employée qu'à la suite des améliorations nécessaires apportées préala-

1. Compte rendu du Congrès de mécanique agricole de 1911. Paris, à la Société nationale d'Encouragement à l'agriculture, 5, avenue de l'Opéra.

2. Au lieu de répandre les semences indistinctement et uniformément sur toute la surface du champ, on les dépose suivant des lignes régulièrement espacées à des intervalles convenables, de telle sorte que les façons intercalaires soient possibles, sans que les rendements diminuent .

Page 1