‹ L'Agriculture moderneChapitre 67 sur 84 · CHAPITRE III Les associations d'achat, de production et de vente · texte numérisé non relu

CHAPITRE III Les associations d'achat, de production et de vente

Nous avons montré plus liant avec quelle rapidité s'était accrue La production agricole dans un pays comme La France. Ce développement est d'autant plus rapide que i on se rapproche davantage de la fin du xix e siècle ou des premières années du xx e .

Le progrès des connaissances agronomiques explique déjà cet essor ; il est certain que l'agriculteur sait mieux cultiver et accroître la productivité des trois machines qu'il exploite à son profit, c'est-à-dire, la terre, la plante et l'animal. D'autre part, l'accumulation des épargnes a augmenté les capitaux de culture sans lesquels il eût été impossible d'appliquer effectivement les découvertes scientifiques et de tirer du sol une plus grande masse de produits avec un bénéfice suffisant.

Des lumières et des capitaux, voilà ce qui manquait à l'agriculture française, et voilà ce que la dill'usion

LES ASSOCIATIONS

des connaissances, aussi bien que le progrès de la richesse, a permis d'obtenir.

Gomment les connaissances agricoles ont-elles été répandues, comment les capitaux de culture ont-ils été accrus ?

Nous ne pouvons pas négliger à cet égard l'influence décisive exercée par l'esprit d'association dont les modalités et les manifestations constituent précisément un des traits caractéristiques de l'Agriculture moderne. En s'unissant, en se groupa ni. les agriculteurs se sont instruits ; ils ont fait ou complété leur éducation technique ; ils ont en même temps réalisé des économies, accru leurs épargnes, et appris à les rendre plus productives. Bien mieux, ils ont réussi à réduire leurs pertes aussi bien que leurs dépenses, car leurs associations n'ont pas eu seulement pour objet la production mais encore la défense contre des accidents ou des fléaux. Produire et conserver, augmenter la puissance productive tout en réduisant les chances de pertes, telle a été l'action des groupements agricoles.

Deux transformations récentes ont modifié profondément la technique agricole. Nous voulons parler:

1° De l'emploi des engrais minéraux, des semences sélectionnées, des résidus industriels servant à l'alimentation du bétail ;

2° De l'usage des outils mécaniques et des reproducteurs destinés à améliorer les races d'animaux domestiques.

Les agriculteurs isolés ne savaient pas comment et à quels prix ils devaient acheter des engrais ; ils ne connaissaient pas davantage les fraudes dont ils pouvaient être victimes. En se groupant ils ont acheté à

2iO

meilleur marché, ils ont exigé des garanties de dosage. Telle a été l'œuvre de nos syndicats qui sont devenus presque immédiatement de véritables sociétés coopératives de consommation 1 . Enfin, comment adapter les formules d'engrais minéraux à la nature des sols, aux exigences des plantes, et même aux climats, si l'on n'a pas recours à des essais qui ne peuvent pas être l'œuvre d'un seul parce qu'ils entraînent des frais et supposent des connaissances scientifiques étendues ? Les efforts collectifs des agriculteurs ont résolu le problème et le « syndicat » est devenu une véritable école d'enseignement mutuel.

Expliquons maintenant le rôle de l'association, en ce qui concerne les outils mécaniques. Une machine n'est utile qu'à la condition de réduire les efforts et les dépenses.

Accroître le profit ou diminuer la peine prise à dépense égale, tel est le rôle économique de la machine. La plus parfaite, à un moment donné, est celle qui remplit ce rôle d'une façon plus satisfaisante.

Or, pour apprécier des machines agricoles, pour les compare]', pour démontrer les avantages économiques de leur emploi, il faut faire des expériences, des essais répétés dont les cultivateurs isolés seraient le plus souvent incapables. C'est l'œuvre d'un effort collectif, demandant à chacun un faible sacrifice. L'association rend ce service en se chargeant de cette

1. 11 reste à savoir si ce rôle leur est attribué par la loi fondamentale de 1884. Un arrêt de la Cour de Cassation refuse précisément aux syndicats la faculté d'acheter pour revendit' aux adhérents. Une réforme de la loi s'impose donc.

LES ASSOCIATIONS

tâche. Ainsi les « syndicats » français désignent au choix de leurs adhérents les meilleures machines adaptées aux nécessités régionales de la culture, à l'étendue des exploitations et aux ressources des cultivateurs. En outre, pour obtenir des conditions de prix plus satisfaisantes, Tachât en gros, la solvabilité d'une société garantissant le paiement exact, rendent encore des services que, seule, l'association pouvait rendre. Il y a plus. La valeur de quelques instruments est parfois trop élevée pour qu'un seul cultivateur puisse faire celte avance. L'amortissement du capital engagé serait ainsi trop long, car les machines agricoles, différant en cela des machines industrielles, ne sont employées que durant quelques semaines chaque année. L'association permet de grouper les petits cultivateurs qui achètent et utilisent en commun une machine coûteuse comme une batteuse ou une mois sonneuse. On a organisé en France avec succès des syndicats de battage qui rendent de grands services et devraient être multipliés.

La cave coopérative dans laquelle on fabrique en commun, avec d'excellentes méthodes, des vins ordinaires d'un type uniforme, peuvent rendre des services analogues.

Nous complétions naguère ces observations en ajoutant 1 :

« Tout ce que nous venons de dire à propos des engrais ou des machines reste vrai pour les autres transformations qu'ont entraînées des découvertes scientifiques contrôlées par l'expérience et utilisées parles praticiens agricoles, de même qu'on peut agir sur la production végétale en complétant le sol à

1 . Voir notre ouvrage : Questions agricoles d'hier et d'aujourd'hui. Paris, chez Colin, 1904, 1 vol.

l'aide des engrais ; on peut également atteindre le même but en sélectionnant les semences, et à ce sujet nous sommes encore mal renseignés. Ce sera l'œuvre du temps, et combien féconde ! La lutte contre les parasites et les maladies cryptogamiques est aujourd'hui à ce point victorieuse que nous avons reconstitué notre vignoble presque détruit et que nous le défendons contre des ennemis microscopiques dont les ravages correspondraient sans cela à de véritables désastres. Cette lutte nécessite encore des groupements spéciaux pour étudier les maladies signalées, pour se procurer les instruments et les matières servant aux traitements, pour faire connaître les méthodes à recommander.

« Au point de vue si intéressant de la production animale, la nécessité de l'action collective est aujourd'hui certaine, mais elle a été imposée par l'adoption des méthodes nouvelles. L'achat en commun des aliments que fournit l'industrie est en même temps la conséquence des progrès de la physiologie, du développement de l'industrie dont l'animal transforme utilement les résidus, et de l'abaissement des frais de transport.

« L'amélioration de nos races d'animaux par lasélection ou le croisement est également récente : elle nécessite l'intervention de nouvelles associations ayant pour objet l'achat et l'usage des reproducteurs, la création de livres généalogiques, la publication des résultats d'expériences sans cesse renouvelées, le contrôle de la richesse des laits ou beurres et de l'aptitude des meilleures vaches laitières... »

L'association a permis encore de créer des véritables usines dans lesquelles sont opérées des trans-

LES ASSOCIATIONS

formations industrielles. Un des exemples les plus connus et les plus remarquables nous est fourni par les laiteries-beurreries. Au lieu de faire du beurre médiocre dans des laiteries mal installées et avec un Outillage défectueux, nos cultivateurs ont compris qu'il fallait travailler le lait en commun, et par grandes masses, pour obtenir des crèmes fraîches, suffisamment parfumées par une fermentation bien conduite.

Le beurre obtenu avec une pareille matière première est déjà d'un goût meilleur; en le fabriquant avec propreté, on assure, en outre, sa conservation et on peut le vendre sur les marchés éloignés qui offrent des prix plus élevés. Cette organisation toute nouvelle a été rapidement assurée. Les capitaux nécessaires ont été le [dus souvent fournis par les intéressés euxmêmes, et l'amortissement des avances est obtenu, au bout de cin<| à six ans, par des retenues opérées sur le produit des ventes.

L'association coopérative des Gharentes et du Poitou comptait, par exemple, en 1911, 427 sociétés beurrières. Le nombre des sociétaires s'élevait à 73.000. Quant à la production du lait, elle était ainsi répartie :

La moyenne du nombre de litres de lait traités par laiterie, annuellement, serait de:

Litres .

Deux-Sèvres. . . .

Charente-Inférieure

Vendée

Divers

Page 1