‹ L'Agriculture moderneChapitre 68 sur 84 · dans divers départements · texte numérisé non relu

dans divers départements

Les 300.535.000 Mires de lait ont donné, en 1911, 13.858.000 kilos de beurre.

Les résultats sont assez brillants pour que Ton puisse considérer Inexpérience coin me décisive. La France n'est pas seule bien entendu, à multiplier les coopératives laitières. On pourrait signaler maints exemples à l'étranger.

En Hollande, la transformation économique <l<' la production isolée en fabrication coopérative date de vingt à vingt-cinq ans. Le nombre des beurreries s'éleva il à 216 en 1895 et s'est élevé à 749 en 1906. On compte, dit M. de Rocquigny, 304 laiteriesbeurreries à vapeur et 445 à bras, mais la production des laiteries à vapeur représente les trois quarts de la production totale. Les secondes ne sont utilisées que là où le nombre d:* vaches laitières est peu considérable.

La coopération, en matière de fabrication du beurre, a pris un tel développement que les trois cinquièmes au moins du beurre hollandais sont produits dans des établissements de ce genre.

Des sociétés coopératives beurrières se proposent de faciliter spécialement l'exportation. On cite notamment la « Société coopérative Frisonne » qui groupe 22 laiteries, exporte 3.225.000 kilogrammes de beurre, et fait inspecter tous les beurres exportés pour en garantir la pureté et la qualité aux acheteurs.

C'est encore une véritable association coopérative, qui a organisé, pour l'exportation des stations de contrôle qui existent, aujourd'hui, dans huit villes, et assurent les ventes avec garantie, en Angleterre, Allemagne et Belgique. Ces stations se sont placées elles-mêmes sous la surveillance de l'Etat. On a même créé une marque officielle. La marque générale reçoit une lettre spéciale' indiquant la station de contrôle qui s'en est

I,ES ASSOCIATIONS

servie, et, de plus, des lettres et un numéro d'ordre permettant aux personnes chargées du contrôle de reconnaître l'origine des beurres.

Tous ces organismes nouveaux caractérisent bien l'Agriculture moderne et nous pourrions en étudier de semblables ou d'analogues en France. C'est ainsi que des sociétés de contrôle beurrier destinées à sélectionner les meilleures vaches laitières, à en fixer la généalogie, et à en préconiser l'emploi exclusif, sont constituées en Normandie grâce à l'initiative de M. René Berge.

Sans nul doute, il reste encore bien des associations de ce genre à former : les laiteries elles-mêmes ne sont pas encore assez nombreuses dans notre pays. Mais nous cherchons moins ici à préciser les résultats acquis ou les transformations nouvelles qu'à marquer le sens de l'évolution générale. Or, il est incontestable que depuis vingt ou trente ans surtout l'esprit d'association a fait chez nous de remarquables progrès. Le reste sera l'œuvre du temps.

A côté des associations ayant pour objet la production en commun, il y a lieu de citer celles qui se proposent la vente des produits agricoles soit en France, soit à l'étranger.

Voici un exemple curieux que nous citions il y a quelques années. Il s'agit des fraises du Comtat et des succès remportés par le Syndicat agricole de cette région.

Quinze jours après l'apparition des petites fraises du Yar, c'est-à-dire vers la lin d'avril ordinairement, commencent les expéditions de Vaucluse. Elles sont constituées par les grosses fraises qui se conservent

mieux et peuvent être expédiées plus loin que les petites.

A Carpe nt ras, à Mont eux, à Aubignan-Loriol, à Pernes, à Velieron et Sarrians, la culture du fraisier aété la source d'une extraordinaire prospérité. <ùâce au canal <|ui amène les eaux de la Durance et permet d'obtenir «les récoltes de 4.000 à 12.00O kilos de fraises par hectare, le produit brut obtenu est une vraie mine d'or.

Plus de \ millions de kilos de fraises parlent chaque année du 25 avril au 5 <»u 10 juin, des gares du Comtat. Paris et les autres villes de France ne sont plus aujourd'hui capables d'absorber une production qui s'accroît sans cesse. C'est à l'étranger que les « fraisiculteurs », constitués en syndicat et habilement conseillés, cherchent des débouchés. En Angleterre, à Londres, à Birmingham, à Liverpool et ailleurs, les fraises de Vàucluse <»nt l'ait irruption.

Cageots < i t panier- vonl droit à Boulogne ou à Calais et trouvent preneurs sur les marchés anglais. Quatre ou cinq cents tonnes de fraises sont ainsi vendues à des prix élevés. En 1807, on n'en avait expédié chez nos voisins que 15.000 kilos. Le développement des exportations est «loue prodigieux.

( e n'est pas !à un fait isolé.

La Suisse reçoit 260 à 300 tonnes.

Il y a plus. Après un essai intelligent, il a été démontré que, sur les marchés de Strasbourg, de Baden- Baden, Pfurzheim, Darmstadt, Wiesbaden, Berlin, les fraises du Comtat trouvaient, preneurs. Ên 1900, (piinze tonnes onl déjà été vendues dans d'excellentes conditions. I n représentant, envoyé par un des plus importants commissionnaires de Berlin, va séjourner en Vaucluse pendant la saison et expédier chaque semaine cinq wagons de fraises !

L'élan est donné. Rien ne s'oppose désormais à ce cpie l'exportation des fraises du Midi en Allemagne

LES ASSOCIATIONS

prenne le développement rapide des expéditions à destination d'Angleterre. Les conditions de succès sont les mêmes. La première de toutes, c'est l'initiative hardie. La persistance el l'habileté des producteurs groupés en une association dont le sort est confié à un homme actif et intelligent.

Produire n'est rien; le problème est résolu. U s'agit d'étudier les moyens de transport, de conservation des fruits. de vente avantageuse, et d'extension rapide des débouchés.

Pour permettre aux fraises d'arriver en bon état sur les marchés anglais ou allemands, il s'agit de réduire au minimum la durée du trajet. C'est ce qu'a fait, par exemple, le Syndicat du Comtat en obtenant des deux Compagnies du P.-L.-M. et du Nord que les fruits embarqués à une gare de Vaucluse fussent transportés à Boulogne ou à Calais sans transbordement à Paris.

Veut-on savoir, maintenant, quelle peut être la portée économique de la production d'une seule denrée de vente comme la fraise, dont la récolte dure six semaines? Eh bien! les terrains irrigués des plaines du Comtat, cultivés eu fraises, valent 7.000 francs l'hectare et leur culture assure la prospérité de tout un groupe de population qui vit littéralement de cette production 1 .

A l'étranger, l'association rend les mêmes services. Nous signalions plus haut l'activité des associations de ce genre en Hollande.

La coopération de vente n'est pas moins utile que la coopération de production; les Hollandais à cet égard ont lait des efforts singulièrement instructifs

1 . Voir au sujet des nombreuses sociétés coopératives de vente — ou syndicats de vente — le Bulletin des Institutions économiques de V Institut international d'At/ricullure, n° 9, septembre 1912.

pour nous autres Français. 11 s'agit, on effet, de la vente des produits de l'horticulture qui ont, et pourraient avoir chez nous une si grande importance. Des ventes à la criée sont notamment faites par les petits maraîchers groupés. On estime que cette méthode permet de vendre à meilleur compte.

« Elles ont rendu impossible, dit M. de Rocquigny. l'entente des commerçants pour abaisser les prix. Une commission spéciale fonctionne, au centre, pour contrôler la qualité des produits et interdire toute fraude de la part des producteurs eux-mêmes.

« Sous la même forme est encore assurée la vente du bétail, celle des œ.ufs, l'utilisation des bons reproducteurs bovins ou chevalins, et même l'élevage des abeilles, avec installations de presses à miel coopératives et de mises en vente au nom des sociétaires. »

Aux Etats-Unis, on peut citer l'exemple de la grande coopérative : « California fruit growers exchange », fondée il y a une quinzaine d'années. 11 s'agit plus spécialement de la vente coopérative des oranges et citrons.

Une organisation complète a été assurée par la Société fruitière pour le transport et la vente de ces denrées. On aura une idée de l'importance des affaires I raitées de cette façon en consultant le tableau suivant 1 :

Nombre

Total des caisses expédiées par la

de % caisses expédiées des affaires

par la de la

Société Société

l 'ériodes.

1. Voir le Bulletin de V Institut i?iternalional d'Af/ricullure, \\" |<>. si |ticmbre 1912. (Institutions économiques et sociales.)

LES ASSOCIATIONS

Au cours de sept années, de 1905 à 1911, la Société Coopérative a vendu environ 30 millions de caisses d'oranges et de citrons dont elle retira près de 90 millions de dollars (4j50 millions de francs).

Des Sociétés du même genre ont été fondées dans l'Est des Etats-Unis et au Colorado.

Il est d'ailleurs inutile de multiplier les citations où les exemples. L'organisation de la vente coopérative est à coup sûr un des traits caractéristiques de l'Agriculture moderne.

Page 1