‹ L'aide de camp Marbot, selections from the Mémoires du général baron de Marbot;Chapitre 5 sur 16 · IN SPAIN · texte numérisé non relu

IN SPAIN

Xols voici arrivés à l'une des phases les plus terribles de ma carrière militaire. Le maréchal Larmes venait de remporter une grande victoire, et, le lendemain, après avoir reçu les rapports de tous les généraux, il dicta le bulletin de la bataille qui devait être porté à 5 t'£mpeT<eur par l'un de ses officiers. Or, comme Napoléon accordait habituellement un grade à l'officier qui venait lui annoncer un important succès, les maréchaux, de leur côté, donnaient ces missions à celui qu'ils désiraient faire avancer promptement. C'était une sorte xo de proposition à laquelle Napoléon ne manquait pas de faire droit. Le maréchal Lannes m'ayant fait l'honneur de me désigner pour aller informer l'Empereur de la victoire de Tudela, je pus me livrer à l'espoir d'être bientôt chef d'escadron ; mais, hélas ! 1 5 mon sang devait encore couler bien des fois avant que j'obtinsse ce grade !...

La grande route de Bayonne à Madrid par Vitoria, Miranda del Ebro, Burgos et Aranda, se bifurque à Miranda avec celle qui conduit à Saragosse par Logrono 20 et Tudela. Un chemin allant de Tudela à Aranda, au travers des montagnes de Soria, les unit et détermine un immense triangle. L'Empereur s'était avancé de Burgos jusqu'à Aranda, pendant le temps qu'il avait fallu au maréchal Lannes pour aller à Tudela et y 25 livrer bataille ; il était donc beaucoup plus court, pour

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aller le joindre, de se rendre directement de Tudela à Aranda que de revenir sur Miranda del Ebro. Mais cette dernière route avait l'immense avantage d'être

30 couverte par les armées françaises, tandis que l'autre devait être remplie de fuyards espagnols, qui, échappés à la déroute de Tudela, pouvaient s'être réfugiés dans les montagnes de Soria. Cependant, comme l'Empereur avait prévenu le maréchal Lannes qu'il dirigeait

35 le corps du maréchal Ney, d' Aranda sur Tudela par Soria, Lannes, qui croyait Ney peu éloigné, et avait envoyé le lendemain de la bataille une avant-garde à Tarazone, pour communiquer avec lui, pensait que cette réunion me garantirait de toute attaque jusqu'à

40 Aranda ; il m'ordonna donc de prendre la route la plus courte, celle de Soria. J'avouerai franchement que si l'on m'eût laissé le choix, j'aurais préféré faire le grand détour par Miranda et Burgos ; mais l'ordre du maréchal étant positif, pouvais-je exprimer des craintes

45 pour ma personne, devant un homme qui, ne redoutant jamais rien pour lui, était de même pour les autres ?...

Le service des aides de camp des maréchaux fut terrible en Espagne!... Jadis, pendant les guerres de

50 la Révolution, les généraux avaient des courriers payés par l'État pour porter leurs dépêches; mais l'Empereur, trouvant que ces hommes étaient incapables de donner aucune explication sur ce qu'ils avaient vu, les réforma, en ordonnant qu'à l'avenir les dépêches

55 seraient portées par des aides de camp. Ce fut très bien tant qu'on fit la guerre au milieu des bons Allemands, qui n'eurent jamais la pensée d'attaquer un Français courant la poste ; mais les Espagnols leur firent une guerre acharnée, ce qui fut très utile aux

60 insurgés, car le contenu de nos dépêches les instruisait du mouvement de nos armées. Je ne crois pas exa-

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