‹ L'aïeuleChapitre 28 sur 158 · I.E nue · texte numérisé non relu

I.E nue

D'ailleurs, qui le dil que lu ne seras jamais amoureux !

LE COMMANDEUR

Moi!... amoureux!... moi, ipii pratique l'horreur do loules les émotions joyeuses ou triste-;!... mais l'a-nour, c'est le mélange des joies l'es plus vives et des d('ses[)oirs les [)Ius violents, c'est-à-dire tout ce qui bouleverse les nerfs, tout ce qui brùlc le sang, tout ce qui use la vie. L'amour! c'est la jalousie qui dévore, qui rend fou... et (pii tue... c'est le sombre désespoir quitorluie, qui déchire... cl ipii tue.

LE DUC

Allons donc, c'est aussi...

28 L'AIEULK.

LK COMMANDEUR

C'est aussi le bonheur le plus enivrant, n'est-ce pas? ce sont les délirantes extases, les brûlantes ftMicités qui exaltent, qui transportent et qui tuent... Ça lue toujours, l'amour.

LE DUC

Tu es fou !

LE COMMANDEUR

Ah ! qu'on nie trouve une façon nouvelle d'aimer, un amour sans peines et sans joies, sans rires et sans larmes, un bon petit amour, bien doux, bien calme, bien anodin, ce sera peut-être mon affaire, et peut-être y goùterai-je un peu; mais jusque-là, votre serviteur de tout mon cœur, je laisse l'amour où je l'ai relégué, au rang des épidémies les plus funestes, parmi les atlections chroniques, endémiques et mal faisantes.

LE DUC

Tu es un très-grand philosophe, cousin, permets-moi, cependant de le donner un tout petit conseil.

LE COMMANDEUR

Parle !

LE DUC

Méfie-toi du premier regard qu'une femme brune... ou blonde, belle... ou laide attachera sur loi.

LE COMMANDEUR

Pourquoi?

LE DUC

Parce que, si elle le veut bien, tu en deviendras fou en un inslanl.

LE COMMANDEUR, rianl.

Moi... ah ! ah! ah!

LE DUC

C'est comnie je le le dis ; ce jour-là, interroge ton pouls, docteur, tu trouveras cent vingt pulsations par minute et ton cœur battra In gt-néralp... Sur ce^ au revoir, je vais likhcr do recompiérir ma femme.

LE COMMANDEUR

Au re\oir, cousin, au revoir! (Le duc sort^'to ■'^ '

SCKNK II / LE COMMANDEIH, puis JEANNE.

Il fît ( liainiaiil. a\c< :-a pu diction. l'auMo ami !... si je me

ACTK DiaxiKMi;.

metlais on lèto do l'on lairc uno à mon lour. .. Kilo soiuil plus infiiillible (|iio la lionne, cl si j'en juijo par los ssMiplônics (juc! j'iM roniartiius, co no scia i)as clioso iacilc |ioLir loi ipie de rt'oiMKpK'iir le cœur de niadume la duchesse... la luzerne u étoull'é le blé.

JlîANNE.

Ail! je suis lieureuse de vous trouver, mon cousin, c'est vous que je cherchais.

LE COMMANDEUR. J

Moi, cousine?

JEANNE

Oui, j'ai bien des choses à vous dire ; d'abord, qu'un grand malheur menace notre maison.

LE COMMANDEUK.

Un malheur I... Oh I comme ça se rencontre! il faut justement que je retourne à Paris !

JEANNE

Vous voulez partir ?

LE COMMANnElK.

Oui...

Est-ce ainsi que vous aimez les gens de votre faïuille?

LE COMMANDEUR

Mais sans doute, cousine, si je ne les aimais pas, l'aspect do leur chagrin me serait indilTorent et je resterais volontiers... C'est parce qu'ils me sont chers que je n'ai pas la force de supporter la vue de leur douleur... et que je m'en vais...

JEANNE

Ail!... ce n'est pas votre cœur qui parle ainsi...

LE COMMANDEUK.

.Mais je VOUS assure, cousine...

JEANNE

Taisez-vous !

LE COMMANDEUR

Hein?... comment... (juejo...

JEANNE

Jo ne veux pas que vous parliez de \ous-mèino, commo nous le faites... vous êtes noire parent, noire ami, et je ne veux pas que sous prétexte d'une sonsibililé norvou-e et ridicule, nous vous fassiez passer [)oiir un niôclianl lionimo. LE «:oMMAM)^:i i\.

l'ermetlez, chère petite cousine, periiiottcz... je...

JEANNE

D i tout, jo ne i);rjict5 pas, monsieur, je ne permets pas !

LE CO.MMANDEUR.

Ail !

JEANNE

Savez-vous bien où vous conduiraient ces beaux raisonnements sur la fragilité de l'organisme, et ce parti pris d'éviter toutes les émotions... Eh bien, cela vous mènerait tout droit à devenir un égoïste, monsieur, un homme qui n'aime rien... qui n'est l'ami de personne... et que personne ne peut aimer.

LE COMMANDEUR, hésitant.

îlais... cousine... c'est précisément là-dessus... que je compte.

JEANNE

Ah! vous voulez... (Lui passant lo bras sous lu sion.) VoUS VOU-

lez que personne ne vous aime!...

LE COMMANDEUR

Oui...

JEANNE

Pas même voire petite Jeanne que vous faisiez danser autrefois dans vos bras et que vous embrassiez si tendrement quand elle vous souriait ! Vous ne vous en souvenez donc plus, monsieur ?

LE COMMANDEUR

Si fait, je m'en souviens! je l'appi-lais ma belle [>olito Jeanneton.

JEANNE

Votre bonne petite Jeanneton...

LE COMMANDEUR

Du tout... belle pelite Jeanneton... Mlle l'était déjà presque autant... qu'aujourd'hui.

JEANNE, relevant la tèlo et le rctiardanl, Vous me trouvez donc jolie?

LE COMMANDEUR

Si je vous trouve jolie?... jolie comme un am... (se dôgagcani ilouccmcni.) Ah rà, qu'est-ce (pie j'ai donc, moi?

JEANNE

hh bien, votre petite Jeanneton, on veut la marier.

LE COMMANDEUR

Un beau mariage, un jeune homme charmant, millionnaire...

JEANNE

I'!l qui en aime une aulre.

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