I.E nue
D'ailleurs, qui le dil que lu ne seras jamais amoureux !
LE COMMANDEUR
Moi!... amoureux!... moi, ipii pratique l'horreur do loules les émotions joyeuses ou triste-;!... mais l'a-nour, c'est le mélange des joies l'es plus vives et des d('ses[)oirs les [)Ius violents, c'est-à-dire tout ce qui bouleverse les nerfs, tout ce qui brùlc le sang, tout ce qui use la vie. L'amour! c'est la jalousie qui dévore, qui rend fou... et (pii tue... c'est le sombre désespoir quitorluie, qui déchire... cl ipii tue.
LE DUC
Allons donc, c'est aussi...
28 L'AIEULK.
LK COMMANDEUR
C'est aussi le bonheur le plus enivrant, n'est-ce pas? ce sont les délirantes extases, les brûlantes ftMicités qui exaltent, qui transportent et qui tuent... Ça lue toujours, l'amour.
LE DUC
Tu es fou !
LE COMMANDEUR
Ah ! qu'on nie trouve une façon nouvelle d'aimer, un amour sans peines et sans joies, sans rires et sans larmes, un bon petit amour, bien doux, bien calme, bien anodin, ce sera peut-être mon affaire, et peut-être y goùterai-je un peu; mais jusque-là, votre serviteur de tout mon cœur, je laisse l'amour où je l'ai relégué, au rang des épidémies les plus funestes, parmi les atlections chroniques, endémiques et mal faisantes.
LE DUC
Tu es un très-grand philosophe, cousin, permets-moi, cependant de le donner un tout petit conseil.
LE COMMANDEUR
Parle !
LE DUC
Méfie-toi du premier regard qu'une femme brune... ou blonde, belle... ou laide attachera sur loi.
LE COMMANDEUR
Pourquoi?
LE DUC
Parce que, si elle le veut bien, tu en deviendras fou en un inslanl.
LE COMMANDEUR, rianl.
Moi... ah ! ah! ah!
LE DUC
C'est comnie je le le dis ; ce jour-là, interroge ton pouls, docteur, tu trouveras cent vingt pulsations par minute et ton cœur battra In gt-néralp... Sur ce^ au revoir, je vais likhcr do recompiérir ma femme.
LE COMMANDEUR
Au re\oir, cousin, au revoir! (Le duc sort^'to ■'^ '
SCKNK II / LE COMMANDEIH, puis JEANNE.
Il fît ( liainiaiil. a\c< :-a pu diction. l'auMo ami !... si je me
ACTK DiaxiKMi;.
metlais on lèto do l'on lairc uno à mon lour. .. Kilo soiuil plus infiiillible (|iio la lionne, cl si j'en juijo par los ssMiplônics (juc! j'iM roniartiius, co no scia i)as clioso iacilc |ioLir loi ipie de rt'oiMKpK'iir le cœur de niadume la duchesse... la luzerne u étoull'é le blé.
JlîANNE.
Ail! je suis lieureuse de vous trouver, mon cousin, c'est vous que je cherchais.
LE COMMANDEUR. J
Moi, cousine?
JEANNE
Oui, j'ai bien des choses à vous dire ; d'abord, qu'un grand malheur menace notre maison.
LE COMMANDEUK.
Un malheur I... Oh I comme ça se rencontre! il faut justement que je retourne à Paris !
JEANNE
Vous voulez partir ?
LE COMMANnElK.
Oui...
Est-ce ainsi que vous aimez les gens de votre faïuille?
LE COMMANDEUR
Mais sans doute, cousine, si je ne les aimais pas, l'aspect do leur chagrin me serait indilTorent et je resterais volontiers... C'est parce qu'ils me sont chers que je n'ai pas la force de supporter la vue de leur douleur... et que je m'en vais...
JEANNE
Ail!... ce n'est pas votre cœur qui parle ainsi...
LE COMMANDEUK.
.Mais je VOUS assure, cousine...
JEANNE
Taisez-vous !
LE COMMANDEUR
Hein?... comment... (juejo...
JEANNE
Jo ne veux pas que vous parliez de \ous-mèino, commo nous le faites... vous êtes noire parent, noire ami, et je ne veux pas que sous prétexte d'une sonsibililé norvou-e et ridicule, nous vous fassiez passer [)oiir un niôclianl lionimo. LE «:oMMAM)^:i i\.
l'ermetlez, chère petite cousine, periiiottcz... je...
JEANNE
D i tout, jo ne i);rjict5 pas, monsieur, je ne permets pas !
LE CO.MMANDEUR.
Ail !
JEANNE
Savez-vous bien où vous conduiraient ces beaux raisonnements sur la fragilité de l'organisme, et ce parti pris d'éviter toutes les émotions... Eh bien, cela vous mènerait tout droit à devenir un égoïste, monsieur, un homme qui n'aime rien... qui n'est l'ami de personne... et que personne ne peut aimer.
LE COMMANDEUR, hésitant.
îlais... cousine... c'est précisément là-dessus... que je compte.
JEANNE
Ah! vous voulez... (Lui passant lo bras sous lu sion.) VoUS VOU-
lez que personne ne vous aime!...
LE COMMANDEUR
Oui...
JEANNE
Pas même voire petite Jeanne que vous faisiez danser autrefois dans vos bras et que vous embrassiez si tendrement quand elle vous souriait ! Vous ne vous en souvenez donc plus, monsieur ?
LE COMMANDEUR
Si fait, je m'en souviens! je l'appi-lais ma belle [>olito Jeanneton.
JEANNE
Votre bonne petite Jeanneton...
LE COMMANDEUR
Du tout... belle pelite Jeanneton... Mlle l'était déjà presque autant... qu'aujourd'hui.
JEANNE, relevant la tèlo et le rctiardanl, Vous me trouvez donc jolie?
LE COMMANDEUR
Si je vous trouve jolie?... jolie comme un am... (se dôgagcani ilouccmcni.) Ah rà, qu'est-ce (pie j'ai donc, moi?
JEANNE
hh bien, votre petite Jeanneton, on veut la marier.
LE COMMANDEUR
Un beau mariage, un jeune homme charmant, millionnaire...
JEANNE
I'!l qui en aime une aulre.