LE DUC, LA DUCHESSE
LA DUCHESSE, après un K'gcr trouble.
Ah! vous voilà do retour, monsieur le duc. Il m'a semblé avoir vu ce matin, devant le perron, vos chevaux et votre piqueur. / ,
LE DUC. , y  ^jj/l*
Oui, j'ai visité le parc à votre intention, -v ^ fA^v' ..^ *>■'♦
LA DUCHESSE, froidement. ^^^^^
A mon intention? /
LE DUC
Le parc et le chàleau sont liaus un éîat di'plorable d'abandon et de tristesse. Nous allons changer tout cela. Bientôt vous \crrez arriver de Paris une armée d'ouvriers, d'arlistes, (pii, sous la conduite d'un architecte habile, se mettront iuimédialemenl à l'œuvre, car je veux (pic tout ce cpii vous entoure, respire la joie et le boidit ur.
L\ nUCIIESSK, avoc ulonnomenl.
Comment ?. .. Ali ! pardon, j'oubliais que vous vou? fiso?. ici.
LIÎ DUC.
Vous vous trompez, madaine, c'est pour vous seule, que je veux opérer celte transformation.
LA DUCHESSi:.
Pour moi, à quoi bon tant de pênes, monsieur... dans quel but?
LE DUC
Dans quel but ? je vais vous le dire franchement. Je n'ai perdu le souvenir d'aucun de mes torts, d'aucune de mes fautes; mais le droit de grâce est au-dessus du droit de juslice, et c'est à votre cœur que je m'adresse, c'est de lui, qu'il force de soins, de prévenances, de sacrifices même, je voudrais obtenir l'oubli du passé.
LA DUCHESSE
Monsieur le duc, le pardon dépend de notre volonté, Dieu seul donne l'oubli; je vous pardonne, c'est tout ce que je puis faire.
LE DUC
Oh! ne prononcez pas sans appel, nous ne sommes pas encore au déclin de la vie; pourquoi dirions-nous au bonheur un éternel adieu? Comprenez-moi bien, Henriette, ce que je vous demande, ce n'est pas la tendresse des premières années; je l'ai dédaignée et j'en suis puni, c'est justice; mais au-dessus de l'affection conjugale, il est un autre amour plus sacré, plus divin, c'est l'amour paternel... Oh! laissez-le moi, celui-là, et soutirez que nos cœurs trop longtemps séparés se rapprochent et s'unissent dans celte i)ure et sainte alfeclion... Oli! vous verrez, Henriette, j'aimerai si bien noire enfant, qu'un jour, vous pardonnerez au père les fautes de l'époux.
LA DUCIII'SSE.
Vous me demandez de jeter un voile sur lepnssé, monsieur, cl vous me parlez de bonheur à venir... vous en parlez comme si je n'avais eu c|ue quelques jours de tristesse et do larmes; mais il y a quinze ans que je souffre!... quinze ans... [jcndanl lesquels mes mains suppliantes se s'ont vainement tomlucs vers vous. Je l'ai souvent invoquée celte sainte béiiédiclion regue au.\ pieds de l'autel, je l'ai vainement imploré ce retour vers nos premières annécsl Nulle voix ne ré()oiidail à la mienne, nulle compassion à mes firmes ; j'étais abandonnéi!, seule, toujours seule en face de ce spectre vivant, la mère de votre |)remière femme, celte eimemio mortelle, dont le regard haineux, implacable, me redisait sans cesse : « f-Uraiigère, tu as volé la place de celle qui n'est plus, et ton enfant dépouille l'enfant de la morte ! » Il y a eu bien des jours où le courage