‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 17 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

DU RSA Y

Le pasteur Petermann est un très brave homme, et même un saint homme, et qui certainement s'occuperait beaucoup de ses paroissiens s'il n'était obligé de s'occuper d'abord de ses filles... Six filles à marier, songez! c'est une affaire. Il faut les montrer, donner des thés, des concerts, des parties de jardin, attirer les jeunes gens et les retenir. C'est ainsi que la maison du pasteur Petermann est devenue la maison des amours... Pour moi, je trouve exquis ce contraste entre la mission sacrée du bonhomme et ses préoccupations de père de famille, qui lui ont fait peu à peu transformer son presbytère en un temple du flirt, en une espèce de pince-cœur pour le bon motif... Et, vous voyez, je l'aide à l'occasion ; je fais l'article pour lui, en bon voisin... Moi qui suis un ours et qui ne vais nulle part, je viens souvent ici, et je m'y amuse toujours, rien qu en voyant vivre la famille Petermann. Je m'intéresse à leur chasse innocente ; la gentillesse des petites sœurs me rafraîchit les yeux... Et puis, ce n'est pas tout. Il y a Tainée, mademoiselle Lia.

GEORGES

Celle qui était avec sa mère au moment où nous sommes entrés?... Elle m'a paru... plutôt insignifiante.

DURSAY, brusquement.

Mon ami, c'est que vous ne savez pas regarder. Oui, c'était Lia, Lia la dévouée et l'indispensable. Celle-là me rafraîchit l'âme. Parfaitement. C'est elle qui a été la vraie mère de toutes ses jeunes sœurs, et qui tient le ménage, et qui gouverne la maison, et qui dispense M. et madame Petermann de surveiller leurs filles. Et tout cela avec une grâce presque silencieuse, et un oubli de soi^ une ignorance de son propre mérite!... Ah! la brave fille! Elle ne s'est

pas aperçue, tandis qu'elle vivait pour les autres, qu'elle atteignait ses vingt-cinq ans. Heureusement, je crois qu'elle va épouser ce solennel pasteur Mikils, qui n'est qu'un bon nigaud, mais qu'elle a la naïveté de prendre pour un grand homme, à qui elle prêtera tous les talents et toutes les vertus, et avec qui elle sera probablement heureuse, parce que son bonheur est en elle.

GEORGES

Allons, tant mieux. Mais moi, je me sauve.

DURSAY.

Pourquoi ?

GEORGES

Vous avez une façon de « faire l'article », comme vous dites... Ce que vous m'avez raconté des petites sœurs... Je crains qu'elles n'aient le cœur tout au moins un peu... fripé.

DURSAY.

Si ce n'est que le cœur... D'ailleurs vous ne risquez rien, puisque vous voilà prévenu.

GEORGES

Est-ce qu'on sait? On est si bête !

DURSAY.

A votre aise, Georges. Je vous jure que je ne touche là-dessus aucune commission... Mais voici le pasteur Petermann qui s'avance.

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