ACTE PREMIER
ratures, — ce sont des impressions comme celles-ci : (usant) « 3 août. — Cette nuit, je suis à ma fenêtre. Le parfum des fleurs m'enivre. Un trouble inconnu pénètre mes sens... Oh! ses.^eux! sa voix! sa bouche! Je voudrais qu'il fût là près de moi ; qu'il m'enveloppât tout entière dune étreinte...» Voilà encore que je ne peux pas continuer, (usant à une autre page.) « 4 septembre. — Il est grave, sévère même, mais je devine dans ses yeux un foyer de passion qui s'embrasera au souffle de la mienne; » etc. Et encore : « 20 septembre. — Nul ne connaît notre secret, et nos regards seuls nous l'ont révélé à nous-mêmes... Ce mystère est bien doux... Quand il est devant mes yeux, j'affecte quelquefois l'indifférence ou l'ironie; et cependant un fleuve de feu parcourt voluptueusement mes veines; puis tout à coup je me sens transir, mon cœur défaille... »
NORAH, violemment.
Assez! Rends-moi ce cahier! Il est à moi!
Elle le lui arrache., et le tient serré contre elle d'un air farouche. LIA.
Tu me fais beaucoup de peine, ISorah. D'abord, il y a là des expressions... qu'une jeune fille ne devrait jamais employer. Et ces expressions témoignent d'un trouble... d'un abandon de toi-même aux mauvaises pensées... La preuve que c'est vilain, c'est que tu n'as pu supporter de me l'entendre lire...
NORAH
Parce que je te connais. Tu es si froide, toi ! Tu ne peux pas comprendre...
lia .
Ce que je comprends, du moins, c'est que tu as un secret, c'est que tu aimes quelqu'un... Eh bien, ma chère petite,
il faut le dire à papa et à maman : c'est ton devoir. Ou bien, si tu n'oses pas le leur dire, tu peux bien me le confier, à moi... Voyons, est-ce l'un des jeunes gens qui viennent ici? (xorah fait signe que non.) Est-ce quelqu'un que tu rencontres hors de chez nous?... (idem.) Quelqu'un que nous connaissons (idem.) Est-ce qu'il y a entre vous aeux un obstacle? Crainstu que papa ne te permette pas de l'épouser? (idem.) J'ai beau chercher, je ne vois pas du tout... Oh! Norah! est-ce que ce serait un homme marié?
NORAH, qui s'est remise.
Tu es bête! Je te dis que ce n'est personne... Ce sont des idées qui me passent par la tête et que je m'amuse à écrire. Un amoureux en l'air... que j'imagine pour tuer le temps...
LIA
Bien sûr?
NORAH
Mais oui, bien sûr. Autrement, tu n'aurais pas eu de peine à deviner, puisque nous avons les mêmes relations et que nous voyons exactement les mêmes personnes.
LIA
C'est vrai.
NORAH
Seulement, tu sais, il y a des heures où l'on rêve, où l'on s'ennuie, où l'on désire on ne sait quoi...
LIA
Et c'est cela qui est dangereux, Norah,.. Va, pour les âmes de bonne volonté, il n'est pas une minute dans la vie qui n'ait son devoir; et cela ne laisse guère de place aux rêveries romanesques. Ou bien, si l'on rêve, c'est comme on