‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 28 sur 97 · SCÈNE XIII LIA, MIKILS · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII LIA, MIKILS

MIKILS.

Mademoiselle Lia, les deux mois que je viens de passer dans ma ville natale, halte trop brève entre mes études de théologie et des travaux d'un ordre moins spéculatif, compteront assurément parmi les plus agréables de ma vie. L'amitié que vous avez bien voulu me témoigner, nos sérieuses conversations, l'honneur que vous m'avez fait d'accepter, de solliciter même ma collaboration à quelques-unes de vos œuvres charitables, n'auront pas peu contribué à me rendre précieux le souvenir de ces deux mois. L'estime respectueuse où je vous tiens, le cas extrême que je fais de votre jugement... Enfin, mademoiselle, il est tout à fait nécessaire que je vous fasse un aveu.

LIA

Parlez avec confiance, monsieur.

MIKILS.

Je doute que mon séjour à Vieuchàtel se prolonge encore beaucoup. Le vénérable pasteur Kummermann, de Dieppe, chargé d'infirmités et de mérites, m'a offert officieusement sa suppléance, et dans des conditions, je dois le reconnaître, infiniment flatteuses...

LIA

Oh! cela ne m'étonne point.

MIKILS, continuant.

Mais il importe qu'un homme de ma profession ait un foyer : la dignité même de son attitude publique y est intéressée. Il est bon que celui dont la vie doit être en exemple à tous se conforme, en cela, à une loi tout ensemble naturelle et divine...

LIA, naïve.

Comme vous parlez bien !

MIKILS.

Je parle comme tout le monde.

LIA, d'un ton pénétré.

Oh! non!

MIKILS, continuant.

Le célibat, à peine admissible chez un homme adonné aux vaines occupations du siècle, serait peu convenable à un pasteur... Bref, — et c'est où j'en voulais venir, — j'ai dessein de ne quitter Vieuchàtel qu'accompagné d'une femme selon le cœur de Dieu (Badinant avec condescendance.) et selon le mien...

LIA, radieuse.

Et vous l'avez choisie?

MIKILS.

Oui, et dans cette maison. (Lia porte sa main sur -on cœur, j Mais, avant de me déclarer à vos respectables parents, il faui que je vous consulte, chère mademoiselle Lia. Notre modeste foyer sera forcément un peu austère. L'épouse d'un pasteur ne doit pas s'attendre à une vie de plaisirs frivoles et de divertissements mondains : leur union doit conserver un caractère de gravité, et la pensée de Dieu ne doit pas être

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