‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 29 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

tout à fait absente même de leurs plus intimes épanchements.

LIA

Je le sais. Mais je sais aussi que je me passe très bien de divertissements; que la pensée de Dieu se mêle naturellement, et sans que je m'y efforce, à toutes mes actions; que mon rêve serait de me dévouer entièrement à celui que j'aimerais, et que tout mon bonheur tiendrait dans ma maison.

MIKILS.

Oh! vous, mademoiselle Lia, vous êtes à part et au-dessus des autres. Vous seriez parfaite, dans quelque état crue vous fussiez engagée : mais il est visible que Dieu vous a formée pour être la grande sœur, non seulement de vos petites sœurs, mais de tous ceux qui auraient besoin de vous ; et non pour être dévouée à un seul, mais pour être bonne et secourable à tous... Est-ce que je me trompe?

LIA, yasuement inquiète.

Mais oui, vous vous trompez. Vous me placez trop haut, beaucoup trop haut.

MIKILS.

Je ne vous y place pas, je vous y vois. . . Pour en revenir à mon projet, celle à qui je songe a une nature excellente... des principes que rien ne saurait entamer... une rare distinction morale... Mais enfin elle est habituée à une vie... très innocente sans doute, mais très gaie, très animée. L'intérieur du pasteur Petermann est à la fois infiniment respectable et exceptionnellement joyeux... Vous qui la connaissez à fond, pensez-vous que, en dépit de son étourderie apparente, elle serait capable de devenir l'épouse sérieuse dont j'esquissais tout à l'heure les devoirs?

LIA

Mais de qui parlez- vous donc?

MIKILS.

Au fait (plaisantant.) il n'est peut-être pas inutile que je vous la nomme... Je parle de Norah... de mademoiselle Norah, veux-je dire.

LIA

Ah?

MIKILS, fin.

Vous ne vous en doutiez pas un peu?

LIA

Non.

MIKILS.

Il est vrai que nous y avons mis un peu de mystère. C'est elle qui l'a voulu. Même, elle me taquinait quelquefois en public pour détourner les soupçons... Tout un petit roman, comme vous voyez... Oui, Norah a beaucoup d'imagination, de fantaisie. C'est une enfant gâtée... Et je me rends bien compte qu'à première vue il ne semble pas qu'elle soit exactement la compagne qui me conviendrait... Mais, —je vous découvre ici toute ma faiblesse, — c'est peut-être ce qu'il y a en elle de grâce libre et capricieuse qui m'attire et me séduit le plus... Je me dis qu'elle égayera de sa vivacité piquante la maison du pasteur; me ressouvenant au surplus par qui cette chère enfant fut élevée, et assuré que cette grâce légère d'esprit et de jeunesse qui paraît en elle ne saurait servir que d'un voile brillant aux plus solides vertus... Répondez-moi franchement, mademoiselle : croyez-vous que j'aie tort?... Oui, vous le croyez... Je le lis dans vos yeux...

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