SCÈNE PREMIÈRE PETERMANN, MADAME PETERMANN
PETERM A N N , assis Jan> un fauteuil, prés de la fenêtre, à madame P. lermann
qui entre.
Tenez, voici des lettres de vos filles. Elles vont bien, grâce à Dieu. Leurs enfants aussi. Josabeth, notre Genevoise, dit que James est très demandé pour les portraits depuis son succès à la dernière exposition. Eisa nous écrit qu'ils n'ont pas encore bougé de Lausanne où Guillaume est retenu par la préparation de son cours de l'an prochain. Toutes deux ajoutent, dans un post-scriptum un peu mystérieux, que, toutefois, nous les verrons peut-être plus tôt que nous ne pensons. Quant à nos Parisiens, Desdémone et Georges, ils se trouvent très bien de leur séjour dans l'Engadine. Ils repasseront par Vicuchâtel pour retourner à Pans... Mais voici, en outre, une dépêche qui n'a pas laissé de me causer quelque surprise.
11 lui tend un télégramme.
MADAME PETERMANN, lisant.
« Arrivons tous deux à Vieuchâtel ce soir. Vous embrasse. — No r a h. » La dépêche vient de Paris; ils Font envoyée en route. Il faut donc que leur départ ait été tout à fait improvisé... Un si long voyage! Et elle nous écrivait» dans sa dernière lettre, qu'ils ne pourraient venir cette année... Qu'est-ce que cela veut dire?... Mon ami, je crains un malheur.
PETERMANN
Quel malheur voulez-vous?... Norah a toujours été une personne de décision rapide; et je la reconnais bien là... La surprise est, en tout cas, agréable, et nous recevrons ces chers enfants de notre mieux.
MADAME PETERMANN
Hélas, ce n'est pas beaucoup dire. Notre nouveau logis est humble et étroit. Un de mes chagrins est de ne pouvoir réunir autour de nous nos filles, nos gendres et nos petitsenfants. Où est notre grande et commode maison, et notre beau jardin du bord du lac?
PETERMANN
Nous y étions trop heureux, ma femnie. Cela ne pouvait durer, voyez- vous; le temps de notre épreuve terrestre nous eût été vraiment trop doux à passer... Mais le diable veillait. J"ai obéi, me croyant en cela bon père de famille, à des pensées de lucre, et j'en ai été puni par la perte presque totale de ces biens trompeurs que j'avais voulu accroître sans travail.
MADAME PETERMANN
Oui, ce krack des mines d'argent... Ah! ça été dur... Que n'avons-nous écouté ce digne M. Dursay ! Il nous l'avait bien dit...