‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 39 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

PETERMANN

N'y pensons plus, mon amie; et remercions plutôt Dieu que ce désastre ne soit survenu qu'après le mariage de quatre de nos filles.

Vous excellez, mon ami, à découvrir en toutes choses le côté encourageant.

PETERMANN

C'est une habitude à prendre. Je m'en suis toujours bien trouvé. Dieu a donné à quatre de nos filles des maris excellents, dont trois connaissent et servent Dieu, et dont le quatrième (c'est Georges que je veux dire) n'en est du moins éloigné par aucune malice de cœur... Et nos malheurs nous ont fait un nouvel ami... Quel excellent homme que ce M. Millier, notre honoré syndic!

MADAME PETERMANN

Oui, c'est lui qui nous a loué cette petite maison, et à des conditions vraiment amicales. C'est lui qui a fait obtenir à Lia cette place d'institutrice dans une des écoles de

la ville...

PETERMANN

Nous lui devons beaucoup. Et ses manières sont si obligeantes! si simplement cordiales!

MADAME PETERMANN

Avez-vous remarqué que ses visites sont de plus en plus fréquentes? et qu'il les fait généralement à l'heure où Lia rentre de son école?

PETERMANN

C'est, ma foi, vrai. Est-ce que vous croyez?...

Hé! hé!

PETERMANN

Quel âge a-t-il

MADAME PETERMANN

Guère plus de cinquante ans, je pense.

PETERMANN

Et Lia trente... Mon Dieu, à la rigueur... Ce serait pour la pauvre enfant une chance inespérée.

MADAME PETERMANN

Oh! n'allons pas si vite. Je ne vous communique qu'une impression... Au reste, je ne suis pas très sûre que le mariage soit la vocation de Lia... Lia n'a jamais éprouvé le besoin d'une affection unique, exclusive, d'un foyer qui ne soit à elle. C'est une âme heureuse de se dévouer à tous : à ses parents, à ses sœurs, à des petits enfants, à des pauvres... De grandes vertus, une exactitude ponctuelle à remplir tous ses devoirs, — et, avec cela, une certaine froideur foncière : voilà Lia.

PETERMANN

Comme vous la connaissez bien !

MADAME PETERMANN

Si donc je me trompais sur les intentions de M. Minier, même alors je ne serais point en peine de votre fille aînée. C'est Dorothée qui m'inquiète. Ses bizarreries d'humeur, ses silences coupés de gaietés nerveuses, sa façon amère de prendre les choses...

Ne croyez-vous pas que le mariage d'Harold Cruchod a été pour elle une grosse déception?

MADAME PETERMANN

Oh! elle ne pouvait compter sérieusement sur Harold, qu'elle n'avait plus revu depuis trois ou quatre ans. Mais il est possible que ce mariage lui ait fait sentir plus vivement sa condition de fille sans dot, et l'isolement qui a succédé pour elle à l'animation et aux joyeuses assemblées d'autrefois. La maison est triste aujourd'hui. N'étaient les visites de M. Mùller et, çà et là, de M. Dursay, nous ne venions personne... C'est un régime austère pour une enfant de dix-sept ans...

PETERMANN

J'entends vos filles.

Lia et Dorothée entrent par la droite, en causant.

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