ACTE DEUXIÈME
faire dire par vous, par votre père — oh! mon Dieu, par n'importe qui — que mon devoir est d'ouvrir mes bras à la pauvre égarée.., Parce que, voyez-vous, j'avais peur de paraître lâche en m'y décidant tout seul. Détour pitoyable! Je le sais bien que je suis lâche, et faible, et désarmé contre elle, quoi qu'elle fasse... Je l'aime tant!... Tout à l'heure, Lia, vous m'avez dit des choses un peu dures. Eh bien, j'étais heureux de les entendre parce qu'elles absolvaient un peu cette enfant... C'est vrai, je ne l'ai pas épousée dans une pensée entièrement pure. J'ai été comme ces lévites de l'ancienne Loi qui se laissaient séduire à l'amour des femmes étrangères : car, si Norah descend d'une longue lignée de pasteurs vénérables, un caprice de la nature a mis en elle je ne sais quoi d'étranger à leur sang... Mais, si, comme vous me l'avez dit, Norah n'est pas la femme qu'il m'eût fallu, il s'ensuit que je n'étais pas non plus le mari qu'il lui fallait, et qu'elle aussi a dû souffrir. Ma profession m'a marqué; elle est, pour ainsi parler, en contradiction sur bien des points avec ce qu'une femme attend d'un mari amoureux. J'en ai eu quelquefois le soupçon, mais je le vois clairement aujourd'hui. Et, savez- vous, Lia? je crois que je vais être un autre homme, et que, maintenant, je saurai mieux lui plaire. Car... c'est absurde... mais celte souffrance qui me vient d'elle, par les images dont elle me poursuit, m'a fait, je le sens, son prisonnier, son esclave, sa chose... Je l'aime... honteusement... Hélas, Lia, si mes paroissiens me voyaient ainsi !
LIA
J'espère, mon ami, que quelques-uns vous plaindraient.
MIKILS.
Dites, Lia, ce serait étrange si la faute de Norah allait me corrompre moi-même...
.Mon ami, allez voir votre femme.
MIKILS.
J'y cours, (se retournant.) Vous êtes un ange, Lia, et j'ai pour vous beaucoup d'amitié... Vous ne pouvez vous figurer, Lia, quelle amitié j'ai pour vous.
lia,
C'est bon. (il sort par la gauche. Violemment.) Ah! il m'a dégoûtée ! Faut-il, mon Dieu, avoir tant rêvé, tant prié, tant pleuré à propos de cet imbécile!
Madame Petermann entre par le fond.