ACTE DEUXIÈME
MULLER, seul.
Oui, plus j'y réfléchis, plus je crois que j'ai eu une très bonne idée... Et, ma foi, je ne suis pas très inquiet de la
réponse... (il prend un journal sur une table et s'assied dans un fauteuil le dos tourné à la porte du fond.) Il fait lourd aujourd'hui... C'est
étonnant comme il fait lourd...
Il s'assoupit peu â peu.
DOROTHÉE
Elle entre avec précaution par la porte du fond et aperçoit Millier. Sans rien dire, elle se met au piano et joue, d'abord très doucement, puis un peu plus fort, une mélodie lente et triste. Millier se réveille de son demi-assoupissement, se lève, s'approche sur la pointe dos pieds et s'arrête derrière Dorothée. Elle l'ait semblant de ne pas le voir ; puis, ayant fini son morceau, elle laisse tomber sa tête sur sa main et fond en la;
M ULLEI1.
Dorothée!... Qu'y a-t-il donc?
DOROTHÉE, feigtanl la surprise.
Ah ! (Se retournant.) VOUS ! c'est VOUS ! MULLER.
Qu'avez-vous, petite Dorothée ?
DOROTHÉE
Rien... rien...
MULLER
Voyons, mon enfant, il faut me dire...
DOROTHÉE
Je ne veux pas, monsieur Mùller.
MULLER
Même à moi ?
DOROTHÉE
Surtout à vous, monsieur Mûller.
l L'AINEE.
MULLER
Enfin... vous avez un chagrin?
Il faut croire.
Un gros chagrin?
Oh ! oui.
MULLER
DOROT1I
MULLER
Un gros chagrin... Quel gros chagrin peut-on avoirà votre âge? Une peine de cœur, hé?
DOROTHÉE
Oui, monsieur Mùller, j'ai une peine de cœur.
MULLER
Contez-moi cela, petite Dorothée, et séchez vos yeux, (n lui
tamponne les yeux avec son mouchoir à lui, Dorothée fait un peu la grimace.)
Là!...
DOROTHÉE
Vous vous moquerez de moi.
MULLER
Je serais donc bien sot ou bien méchant.
DOROTHÉE
Eh bien, tantôt... quand vous êtes venu... j'ai tout de suite deviné, à votre air... Alors, je me suis sauvée dans le jardin. Et ensuite j'ai espionné sans qu'on s'en aperçoive... et, à des mots que j'ai entendus, j'ai compris que c'était décidé.