ACTE DEUXIEME
MILLER
Quoi?
DOROTHÉG,
Que vous allez épouser Lia.
MULLER
Mais, ma petite Dorothée, en quoi cela peut-il vous chagriner.
DOROTHÉE
C'est que vous étiez si bon pour moi, monsieur Mùller. Vous, qui êtes pourtant un homme très sérieux et un personnage, vous vous amusiez à causer avec moi... vous vous prêtiez à mes enfantillages... (Avec un sanglot.) vous me donniez des petites tapes sur les joues... Et j'étais heureuse... ah ! si heureuse ! et sifîère !... Mais quand vous serez marié, ce ne sera plus la même chose... Je ne vous verrai plus... vous ne vous occuperez plus de moi...
MULLER
Mais si, ma petite Dorothée... Je vous verrai tout autant... Et nous serons toujours aussi bons amis, je vous le promets.
DOROTHÉE
Non, monsieur Mùller... (sombre.) Et quand même vous le voudriez, vous... moi je ne le voudrais plus.
MULLER
Quelle idée ! Allons, mon enfant, soyez raisonnable, (n
s'assied tout près d'elle et lui prend les mains.) Oui, je devine Ce que
c'est... Les nerfs... votre âge... Laissez, laissez faire... et un jourou l'autre... bientôt... on vous trouvera quelque jeune et joli garçon...
DOROTHÉE
Eh! qu'est-ce que ça me fait, les jeunes gens? Us sont tous durs, secs, égoïstes, contents d'eux, toujours prêts à trahir... J'en ai refusé, des jeunes gens... Je n'ai pas voulu d'Harold Cruchod, ni de bien d'autres... Moi, je vais vous dire: je voudrais un mari pas trop jeune, que je puisse admirer et respecter... sur qui je puisse m'appuyer en toute confiance... qui serait vraiment mon maître et par qui j'aimerais à me sentir dirigée... Et pourquoi ne le renCOntrerais-je pas? (Sa penchant sur lui tout entière et se mettant presque sur ses genoux, comme une petite fille.) VOUS, par
exemple, monsieur Millier, — ce n'est qu'une supposition, — est-ce que je vous ferais peur, à vous ? est-ce que ça vous ennuierait d'avoir auprès de vous une toute jeune femme qui vous adorerait et dont vous seriez encore un peu le père?... Ça vous paraît extraordinaire, ce quejevous dis là? Vous avez tort. Beaucoup, beaucoup de jeunes filles pensent comme moi, je vous assure.
Mais, ma pauvre petite enfant, c'est insensé! c'est complètement insensé!... Si je m'attendais!...
DOROTHÉE
Oh ! je sais bien que vous ne vous doutiez pas... Les hommes ne se doutent jamais... Dieu! que je suis malheureuse.
MULLER, lui passant paternellement un bras autour du cou.
Voyons, voyons, Dorothée, calmez-vous... et Unissons... Car vraiment, si je n'avais pas vu vos larmes, je croirais que vous avez voulu vous égayer aux dépens de votre vieil ami... Vous allez être sage; et, tout à l'heure, quand votre sœur sera là...