‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 67 sur 97 · ACTE TROISIEME. ICI · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME. ICI

DURSAY.

Comment ! Il n'a pas encore parlé ?

LIA

Il a soigneusement évité de me voir seul à seule et de se trouver en tête à tête avec mes parents... Cela lui a été facile au milieu de tout ce monde... Alors moi, pour ne pas avoir l'air de m'attacher à lui et pour avoir la liberté de faire la figure qu'il me plairait, je suis restée ici, avec les enfants.

Tout cela est assez étrange.

LIA

Ce n'est pas moi, vous le savez, qui ai sollicité l'honneur d'être la femme de M. Mùller. S'il se retire après des avances aussi formelles, aussi décisives que celles d'hier, c'est affaire à lui et je m'en consolerai. Je vous avoue pourtant que l'incertitude, ici, m'est assez pénible et que je sens vivement le ridicule de la posture où me réduit la conduite de M. Mûller. J'acceptais sans ardeur l'idée de ce mariage; et il est assurément moins dur de voir vous échapper ce qu'on a simplement accepté que ce qu'on a désiré et poursuivi : mais alors, si l'on n'est pas victime, on est dupe; et, si c'est moins douloureux, c'est peut-être plus humiliant. Je ne demandais rien à M. Muller : pourquoi ne m'a-t-il pas laissée tranquille?

Ma chère Lia, il faut prendre ceci plus légèrement. Muller est en train de montrer qu'on peut n'être qu'un faible, un hésitant, ce qu'on appelle une chiffe (chose qui passe pour pardonnable) et commettre d'aussi mauvaises actions, et

aussi lâches, qu'un méchant homme. J'en suis fâché pour lui, bien plus que pour vous. Je crois encore qu'il parlera : autrement il ne serait pis venu ici. Mais, s'il continue à se dérober, la grossièreté de l'offense aura ceci de bon qu'elle vous délivrera de tout regret et que vous n'aurez plus qu'à vous dire, connaissant le personnage : « Je l'ai échappée belle ! » Yoilà mon opinion, Lia; et croyez que la raison vous parle par ma bouche.

LIA

J'ai peur de n'être plus raisonnable, monsieur Dursay. Yoilà si longtemps que je le suis!

DURSAY.

Au revoir. Je vais à la recherche de mon neveu. Je le trouverai sans doute dans son pavillon.

LIA

Oui, justement.

Dursay sort.

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