ACTE QUATRIÈME
LIA
Eh bien, monsieur, je suis très émue, très heureuse de ce que vous venez de me dire. Mais de nouveau, et très fermement, je refuse.
Pourquoi?
DU RSA Y, très surpris.
LIA
Mais tout simplement parce que je n'aime pas le lieutenant Dursay... Oh! ce n'est pas qu'il m'inspire de la haine ou du mépris. Il a fait ce que font, paraît-il, beaucoup d'hommes. Et je ne dois pas oublier que j'ai été, au début, quelque peu sa complice. Je ne jouerai pas ici l'innocence surprise. C'est parce que j'ai été provocante qu'il a été brutal; et j'ai peur de n'avoir, à un moment, guère mieux valu que lui. Heureusement, une impossibilité d'aller plus loin, une révolte subite de ma vraie âme m'a sauvée... Je ne me permets donc pas de mépriser monsieur votre neveu. Mais je ne saurais être la femme d'un homme qui m'a voulu prendre de force, dont les bras m'ont meurtrie, dont mon visage a senti le souffle, et qui a pu croire, fût-ce par ma faute, que j'allais être sa maîtresse.
DURSAY.
Mais, pour toute autre jeune fille qui se trouverait dans votre cas, ce serait là, il me semble, une raison de plus d'accepter la réparation offerte.
LIA
Pas pour moi, monsieur... Cette proposition, d'ailleurs, quoi qu'en dise votre neveu, il ne la fait que par devoir. Il dit m'estimer et il croit m'aimer; il se trompe... Lui aussi se ressouviendrait. Lui aussi nous reverrait tous deux comme
nous étions à cette heure-là. Bien que, Dieu merci, je lui aie résisté, il ne lui semblerait jamais que sa femme lui soit venue intacte, et, s'il a quelque délicatesse, cette idée lui serait insupportable. Et, enfin, il aurait inévitablement le soupçon que vous aviez vous-même, avouez-le, en venant
DURSAY.
Quel soupçon?
LIA
Eh! mon Dieu, le soupçon que, dans le fond, je n'ai pas été trop malhabile et que suis sortie de ce pavillon fort à propos.
DURSAY.
Oh! Lia!
LIA
Soit, vous ne l'avez plus; mais vous l'aviez, mon pauvre ami... Et votre neveu le garderait malgré lui, ce soupçon, ou du moins il le retrouverait aux mauvaises heures. Et ses parents l'auraient aussi. Et je le sentirais peser sur moi, partout, toujours... Non, non, je ne veux pas!.. Je ne veux avoir ni à rougir devant mon mari, ni à redouter chez lui quelque pensée insultante... Et puis, encore une fois, je n'aime pas votre neveu, et cela répond à tout.
DURSAY.
Mais songez, Lia, que, si vous refusez cette réparation, votre vie est perdue; que vous voilà probablement condamnée pour jamais à la solitude...
LIA
Ce sera donc ma punition. Et, comme elle est juste, je l'accepterai d'un tel cœur qu'elle me deviendra légère...