DE L’ACIDE CARBONIQUE CONTENU DANS L'ATMOSPHÈRE
L’acide carbonique existe daus l’atmosphère en quantité relativement minime, mais sa présence est d’une grande importance au point de vue de la physiologie et de l'hygiène.
Déjà à la fin du siècle dernier Priestley (1) parle dans ses « Expériences et observations sur différentes espèces d'air » d’un certain air fixe produit dans la fermentation et la respiration des animaux, lequel éteint une bougie allumée, fait mourir une souris qui le respire et qui n’est au— tre que l'acide carbonique.
Il consacre même un chapitre à « l'air infesté par la respiration des animaux et la putréfaction. »
Cet air fixe troublait l’eau de chaux et aujourd’hui encore, c’est par la pellicule blanche de carbonate de chaux formée à la surface d’une dissolution limpide d’eau de chaux, qu'on montre dans les cours la présence de l’acide carbonique atmosphérique.
Différentes méthodes de dosage de l'acide carbonique dans l'air.
Th. de Saussure (2) a publié en 1827 un procédé de
(1) Priestley. Expériences et observations sur différentes espèces d’air, traduction Gibelin, 1777.
(2) Dosage de l’acide carbonique dans l’air. Ann. de chim. et phys., t. IT ot XXXVIIT,
HET és dosage de l’acide carbonique qui est en somme celui que Thénard (1) indique dans son traité de chimie,
De Saussure emploie un grand ballon de 14 litres dans lequel il introduit de l’eau de baryte ; après avoir agité de manière à absorber tout l'acide carbonique contenu dans le ballon, il y fait le vide et y introduit ensuite une nouvelle quantité d'air, qui est dépouillée à son tour d’acide carbonique. Ces opérations sont continuées un certain nombre de fois.
Alors de Saussure traite le carbonate de baryte formé par l'acide sulfurique qui le change en sulfate de baryte; c'est ce précipité qu'il recueille, lave et pèse. Son poids donne par un calcul d’équivalents le poids de l’acide car bonique.
De Saussure trouve ainsi pour chiffre maximum 5,74 vol. et pour minimum 83,15 vol. d'acide carbonique dans 10000 vol. d’air.
Brünner (2) imagina de faire passer une grande quantité d’air sur la substance absorbante ; il employait de la chaux éteinte un peu humectée d’eau dont il plaçait un poids connu dans un tube en verre. Le courant d’air était déterminé par un aspirateur ; il passait avant d’arriver sur la chaux à travers un tube rempli de ponce sulfurique qui arrêtait la vapeur d’eau ; un second tube à ponce sulfurique venait après le tube à chaux et servait à retenir l'eau que le courant pouvait enlever à cette dernière.
(1) Traité de chimie, 5e édit, t. I.
(2) Procédés pour l'analyse de lPatmosphère. Ann. de chim. et phys., t. IL.
L’acide carbonique formait du carbonate; son poids était donné par l'augmentation de poids du tube à chaux. Quant au volume de l’air expérimenté, il était donné par le volume de l’eau écoulée de l'aspirateur.
Cette méthode est le point de départ du procédé classique si exact que M. Boussingault (1) a donné plus tard :
Le courant d'air produit par un aspirateur passe d’abord dans des tubes à ponce sulfurique où il se dessèche ; de là il passe dans deux tubes en U contenant de la pierre ponce imbibée d’une solution de potasse caustique et enfin dans un tube à ponce sulfurique qui arrête l’eau enlevée par l'air à ia solution de potasse. Ces trois derniers tubes ont été préalablement tarés; leur augmentation de poids donne le poids de l’acide carbonique fixé. Si maintenant on connaît le poids de 1 cm. d’acide carbonique sec à 0° pression 760 mill., on pourra en déduire le volume d'acide carbonique contenu dans l'air expérimenté.
L'aspirateur est muni d’un thermomètre qui donne la température é de l’air qui l’a rempli. Soit V le volume de l'eau écoulée de l'aspirateur ; H la pression atmosphérique, / la tension maximum de la vapeur d’eau à #, nous aurons pour la valeur V, du volume correspondant d’air sec à 0° et 760 millimètres.
5e nf GE, ° 7 760 (1 0,003677)
Le volume total de l'air expérimenté est donc V, plus le volume trouvé d’acide carbonique dans les mêmes conditions de température et de pression,
(1) Annales de chim. et phys , t. X, p. 470.
ie"
M. Boussingault à fait de nombreuses expériences, surtout à propos de ses recherches sur l'air de Paris. Il trouve toujours une proportion presque constante d’acide carbonique ; il y en a pourtant une plus grande quantité la nuit que le jour et plus à la ville qu’à la campagne.
Voici les résultats comparatifs qu’il donne pour des recherches faites à Paris et à Andilly (campagne) avec M. Lévy (1).
Volume d'air CO? co?
à 0 et 760 En poids En volume Pr 10000 vol. d’air lit. gr. CC:
Panne 4238 1216 0,845 426,8 3,19 Andilly.. 1346,7638 0,797 402,5 2,99
M. Isidore Pierre a modifié avantageusement l'aspirateur de M. Boussingault. Son appareil est double et peut se retourner, de sorte que le vase qui recevait tout à l'heure l’eau se vide maintenant et sert à son tour d’aspirateur. En retournant ainsi plusieurs fois l'appareil, on peut faire passer une grande quantité d’air dans le système de tubes.
Nous devons citer ici un procédé de dosage donné par C1. Winkler (1) et quenous pourrions appeler une méthode eudiométrique. Elle se rapproche, en effet, des procédés de Buvsen, de Regnault et de Doyère que nous avons décrits à propos du dosage de l’oxygène. Un volume connu d’air enfermé dans un tube est traité par la potasse caustitique : il y à diminution de volume qui mesure la quantité
(1) Annales de chim. et phys., t. X.
(1) Divigl. pol. J. 281, p. 385.
Be RE d'acide carbonique absorbée. Nous ne voulons pas entrer dans les détails de l'appareil et de l’opération qui sont nombreux.
Pettenkoffer (2) a décrit une méthode qui est pour ainsi dire la base de tous les procédés de titrage de l’acide carbonique par les liqueurs titrées.
L'air à analyser est introduit dans un flacon d'environ 6 litres. La capacité de ce flacon est ainsi déterminée : on pèse le vase d’abord vide et sec, et on le pèse ensuite rempli d'eau.
Au moyen d’un soufflet on introduit dans le flacon soigneusement vidé et séché l’air que l’on veut expérimenter. Un tube qui plonge jusqu’au fond du vase amène l’air et on a soin d’insuffler cinq à six fois le volume nécessaire pour remplir le ballon. Alors on fait tomber au moyen d'une pipette de 50 cc. une solution titrée de baryte. On bouche le vase par un bouchon en caoutchouc, on note la température et la pression et on agite.
Au bout de 1/2 heure environ, tout l’acide carbonique est absorbé. On vide dans un petit flacon sec la liqueur barytique (autant que possible le flacon doit être à peu près rempli) et on bouche. On laisse déposer le carbonate de baryte. — Alors on prélève 20 cc. de la liquear claire et
. . 1 . L on titre avec une solution normale au -— d'acide oxali-
que. La différence de titres indique la quantité d’acide carbonique qui à neutralisé la baryte. Une solution de 2 gr. 8636 d'acide oxalique dans 1000 cc. est telle que
(2) Ann. chem. pharm, suppl. 2, p. 1. Journ. für prakt chem., t. LXXXII.
D je EE 8
1 ce. de cette solution corresponde à 0 gr. 001 d'acide carbonique. Il est alors nécessaire de faire les corrections dues à la température et à la pression, et de diminuer du volume V de l’air (capacité du ballon) les 50 ce. de solution barytique ajoutée.
Pour des expériences plus longues, Pettenkoffer emploie la méthode suivante : il fait passer l'air, au moyen d’un aspirateur, bulle à bulle, dans une série de longs tubes contenant la liqueur barytique. — Cette méthode est excellente pour l'analyse de l'air des endroiïts pen accessibles ; l’air en est aspiré dans la série de tubes que nous venons de décrire.
Nous avons voulu donner en détail ce procédé de Pettenkoffer ; nous nous étendrons beaucoup moins sur les modifications qui y ont été apportées,
Hesse (1) n’attend pas la précipitation complète du carbonate de baryte: Il emploie des petits flacons qu’il remplit d’abord d’eau et qu’il vide ensuite au lieu même de l'expérience. De cette façon le flacon se remplit, par déplacement, de l’air à essayer. Alors il y fait tomber, au moyen d’une pipette de 10 cc., de l’eau de baryte titrée et colorée par de l'acide rosolique. Il ferme le flacon, agite et titre enfin avec la solution d’acide oxalique jusqu’à ce que la décoloration complète indique la fin de la neuiralisation.
Le défaut de cette méthode c’est qu’on opère, en somme, sur de trop petits volumes.
(1) Vierteljarhresschr. f, gericht. Medicin und offent. sanitatswesen N. F. 31, p. 32.
M. J. Reiset (2), dont les travaux faits avec
M. Regnault nous ont donné ta véritable composition de l’air, a décrit une méthode de dosage de l’acide carbonique, très précise, et dont les résultats sont les plus exacts qui aient été donnés jusqu'ici.
Reïset a fait ses expériences dans les environs de Dieppe; il se sert d’un aspirateur d’une contenance de 600 litres. L’air se dessèche d’abord sur de la ponce sulfurique, puis il vient barbotter à travers une solution de baryte fort ingénieusement disposée dans un tube vertical entre des plaques de platine percées de nombreux trous. L'eau, que le courant d’air sec peut entraîner, est retenue dans un second tube à ponce sulfurique. Reiset opèr2 ur 300 cc. d’eau titrée de baryte: il fait un second üitr ;e comme dans la méthode de Pettenkoffer, en tenant comp: de l'eau évaporée et retenue par le second tube à ponce sulfurique. On ramène le volune de l'air à 0°, à 760 et à l’état sec. | é
Les résultats trouvés ont été pour une moyenne de 91 expériences, en juin 1879, de 2,978 vol. d'acide carbonique dans 10,000 vol. d'air, — En 1872 73, Reiset avait trouvé une proportion de 2,842 vol. pour 10,000.
M. Marié Davy (1) etses collaborateurs emploient, à l'observatoire de Monisouris, un procédé peut-être un peu moins exact que celui de Reïset, mais rapide et excellent pour des déterminations journalières.
- (1) Comptes rendus de l'Ac. des sciences, 88, p. 1007, et 90, p. 1457-1144,
(1) Annuaire de Moutsouris, 1877, p. 398, el 1885, Comptes rendus, 90, p. 1287.
me OL mis
L’acide carbonique est dosé directement en volume dans les conditions mêmes de température et de pression de l’air extérieur.
L’air aspiré par une trompe et mesuré par un compteur passe dans une série de 4 flacons barbotteurs contenant une dissolution de potasse colorée avec quelques gouttes de teinture de tournesol; et, pour faciliter l'absorption, l'air arrive par une sorte de tête d’arrosoir en platine percée de trous. Le dernier flacon, qui est un barbotteur témoin, ne doit plus retenir d’acide carbonique. On fait passer un volume connu d'air; puis, au moyen d’une solution d’acide chlorhydrique contenue dans une burette, on fait dégager, successivement pour chaque barbotteur, l’acide carbonique que la potasse a absorbé et transformé en carbonate. Le gaz se rend à la partie supérieure d’une sorte d’éprouvette-cazomètre remplie d’eau. Là, il fait pression et déplace une certaine quantité d’eau qui s’en va, par une tubulure inférieure, au moyen d'un tube recourbé, dans une éprouvette graduée. Il est clair que le volume &@’eau écoulée dans cette éprouvette est le volume de l’acide carbonique ris en liberté. D’ailleurs on peut, en faisant tourner le tube recourbé, ramener son extrémité libre au niveau de l’eau dans le gazométre. On mesure donc le gaz dans les mêmes conditions que l'air extérieur. L’opération est répétée sur chaque barbotteur, et on fait la somme. Le dernier flacon ne contient jamais d'acide carbonique ; le volume d’acide qui se dégage quand on soumet la liqueur de ce quatrième verre à l’analyse est précisément celui que contenait la dissolution
LOHa ee.
versée dans les barbotteurs avant l'opération ; on doit en tenir compte dans les résultats.
Les observateurs de Montsouris trouvent des différences journalières dans les quantités d'acide carbonique atmosphérique.
Nous interpréterons plus bas les résultats trouvés à l'observatoire de Montsouris et ceux qu'ont donnés les méthodes précédemment décrites.
Citons, en terminant, le procédé de MM. Muntz et Aubin (1), qui se rapproche beaucoup de la méthode Marié Davy et À, Lévy : | .
L'acide carbonique fixé par la potasse est mis en liberté par de l’acide sulfurique. On le mesure sous une cloche graduée.
Sources de l'acide carbonique atmosphérique. Constance de la proportion d'acide carbonique dans l'air.
I. Les origines de l'acide carbonique atmosphérique sont multiples.
La combustion du charbon et des substances hydrocarbonées est une énorme source d’acide carbonique. Cette quantité doit être encore augmentée de tout l’acide carbonique qui provient du sein de la terre, qu’il soit le résultat des combustions lentes qui s’y accomplissent, ou qu’il soit lancé dans l'atmosphère par la bouche des volcans, les fissures terrestres ou les sources gazeuses. .L’air que l’on puise à une certaine profondeur au des-
dns FD 0 mure
sous de la surface du sol est très riche en acide carbonique lorsque celui-ci contient des matières organiques. Ainsi, dans les cimetières, à 40 cent. de profondeur, on trouve 4 à 5 pour 100 de ce gaz, cette proportion atteint 10 à 12 pour 100 à 1 mètre de profondeur (Schutzenberger, Chimie genérale). Et il est à remarquer que la dose d'oxygène est complémentaire de celle de Pacide carbonique et que pour chaque volume d’acide formé, il disparaît un volume d'oxygène. Ce fait établit que la présence de l’acide carbonique doit être surtout attribuée à des combustions lentes. Les émanations souterraines, volcaniques et autres, ne sont que des sources localisées.
Les êtres vivants sont également une abondante source d'acide carbonique. L'homme exhale par jour environ 445 litres de ce gaz, suivant MM. Andral et Gavarret,.
La fermentation, la putréfaction, la respiration des plantes (j'entends la respiration vraie, opposée à la fonction chlorophyllienne) ne sont en somme que des phénomènes concomitants de la vie d'êtres à différents degrés de l’échelle d'organisation et contribuent pour une forte part à enrichir notre atmosphère d’acide carbonique.
M. A. Gautier (Chimie appliquée à la physiologie, à la pathologie et à l'hygiène) n'estime pas à moins de 2,500 milliards de mètres cubes le volume d’acide carbonique rejeté annuellement dans Pair.
IT. Chose très remarquable! avec des facteurs aussi variables, les variations de l'acide carbonique atmosphérique sont extrêmement faibles.
La variation de la proportion de ce gaz dans l’atmo-
sphère peut être envisagée à deux points de vue diffé rents.
1° Variations accidentelles, locales, temporaires. 20 Variations à longue échéance, intéressant la moyenne générale de l’acide carbonique atmosphérique ou la masse totale de ce gaz.
1° Variations accidentelles. — 1 est remarquable que les variations de cet ordre ne soient pas plus fréquentes et plus importantes.
Th. de Saussure, qui, le premier, je pense, institua des recherches suivies sur l’acide carbonique atmosphérique a trouvé :
Comme maximum 5,74 vol. de CO* pour 10000 vol. d'air. — - minimum 3,45 — — — — — — moyenne 4,1 — — — —
Verver (1) pour une moyenne de quatre-vingt-dix observations trouve 4,18. Lewy (2), à la Nouvelle-Grenade, 4,01 (moyenne pour 1847 et 1848).
Gilm, à Inspruck, trouve de 3,8 à 4,6.
D’après ces recherches, toutes déjà un peu anciennes, 10,000 vol. d’air contiendraient en moyenne 4,1 vol. d’acide carbonique ou en poids 6,2 parties.
D’après des recherches récentes, et avec les méthodes perfectionnées que nous avons décrites, ces évaluations seraient trop élevées.
(1) Berzelius Jahres bericht, 22, p. 45.
(2) Comptes rendus, 31, p. 725 et 33, p. 345.
Reiset, près de Dieppe, trouve dans deux séries de recherches 2,978 vol. et 2,842 vol. dans 10,000 vol. d'air.
Armstrong (1), dans le Westmorland, trouve de 2,9608 à 3,399 vol.
MM. Muniz et Aubin ont mesuré comparativement l'acide carbonique atmosphérique à Paris (plateau de Gravelle) et au Pic du Midi (2877 m., Pyrénées). Ils ont trouvé dans le premier cas 2,85 et dans Le second 2,86.
Une expérience semblable a été faite par MM. Boussingault et Lewy à Paris et à la campagne (Andilly). Ils ont trouvé respectivement 3,19 vol. et 2,99 vol.
Roscoe et Mac Dougall ont trouvé qu’à Manchester la dose d’acide carbonique, dans l'air, ne diffère pas sensiblement de celle de l’air dans les campagnes environnantes : 3,85 vol. à la campagne; 3,90 à Manchester; la plus forte moyenne a élé observée par un fort brouillard (5,85).
M. Truchot est arrivé à des résultats analogues à ceux de MM. Roscoe et Boussingault. Dans ses expériences faites à Clermont-Ferrand, il a reconnu que la proportion diminue avec l’altitude :
A Clermont-Ferrand (396m) COCO tootouesteseenes Ann
Au sommet du Puy-de-Dôme (1446).,,.,.,... ACRREE SE Au sommet du Pic de Sancy (1884%).......sess ice +0000 — De Saussure avait observé une légère augmentation
d'acide carbonique pendant la nuit. Ce résultat a été con-
(1) Proc. of the royal. Society, 30, p, 3454
RU
firmé par Reiset qui a trouvé pour moyenne de la nuit 8,084 et pour celle du jour 2,891,
Les journées nuageuses paraissent plus riches en acide carbonique {moyenne, 3,166).
La proportion d'acide carbonique varie, nous le voyons, dans de bien faibles limites sous les différentes causes ; mais elle varie.
M. Mène (1) dans une longue série de dosages a trouvé que, en décembre et janvier, la proportion reste constante; elle augmente en février, mars, avril et mai; diminue de juin à août; augmente de septembre à novembre, en atteignant un maximum en octobre. Pendant la nuit, elle est plus forte que le jour ; elle est également plus marquée après une pluie qu'avant; ce dernier résultat est en désaccord avec ceux de M. Boussingault.
Enfin depuis déjà plusieurs années M. A. Lévy avait conclu de ses nombreuses expériences à Montsouris, que la quantité d’acide carbonique contenu dans l’atmosphère varie d’une manière sensible d’une année à l’autre, et même d’un jour au jour suivant. Cependant les moyennes mensuelles correspondant à plusieurs années d’analyses fournissent des résultats presque identiques.
Ces conclusions longtemps contestées sont aujourd’hui admises,
Nous empruntons à l’annuaire de Montsouris (1886) Le tableau suivant, donnant les volumes en litrés, d’acide carbonique renfermé dans 100 mètres cubes d’air.
Ainsi la moyenne de toutes ces analyses dont le nom-
(1) Répert. de Chim. appliquée, t. ÎV, p. 475, et V, p. 332,
LT. CR bre s'élève à plus de trois mille, est de 29 lit. 7 d'acide carbonique pour 100 d'air.
1817 1878 1879 1880 1881 1882 1883 1884 1885 Moy. Janvier.... 28.0 33.3 35.6 ?26.5 29.7 28.6 31.7 31.2 29.1 30,4
Février... 128.2 33.5 35.51 27.7 21:6 29.0 26.9, 29.6 129.0 29.7 Mars... 6 2100092.2 351221 02226 1880.0026.8 3122289 29.6 Arles RU 08.10100,8024.3 28 08911.027,3220:222):6 020;8 ME. RTS 901990 D MOD AN EC 0 280002707860 0 80:229 0 Juin re 27.9 35.1 35.6 28.4 27,6 29,5 28.1 30.2 29.8 30.3 Julilét.."..027.17095-22.84.6, 21.1,26.9.-28,7129.5 29,9 28,5 29,9 Août... .... 26.1 35.0 33.2 26.1 28.4 28.3 28.6 30.6 -28.6 29.5 Septembre. 28.0 34,7 33.0 26.1 21.6 29.3 28.9 30.1 » ATRONT Octobre,... 26.8 35.3 30.4 27.1 21.1 26.6 730,9 27.8 » 29.0 Novembre... 30.8 35.4 25 5 28.3 26.6 25.8 30.1 27.2 228,1 Décembre... 34.4 35.5 21.5 29 2 28.1 27.4 29.9 25.9 » 29.4
Moyenne. 28.4 34,5 32,9 927.0 27.7 28.6 29.0 29.6 29,3 929.7
-Nous avons dit plus haut que des expériences vont être faites dans l’annexe Lobau comparativement avec celles de Montsouris. Déjà la quantité d'acide carbonigne trouvée dans Pair de la place François-Miron, derrière l'Hôtel-de-Ville est notablement supérieure à celle du parc.
De nombreuses expériences ont été faites dans un autre sens par Thorpe (1) qui voulait doser l’acide carbonique à la surface des mers. La moyenne des observations qu’il a
faites sur l'Océan Atlantique est d’environ 5; dans
a be les variations sont 10.000 ?
moins sensibles que sur la terre et, chose remarquable, l'air serait plus riche en acide carbonique Le jour que la
la mer d'Irlande il trouve
{1) Chem. News, t, XII, 277.
ff =
S 2,99 fs 3,01, nuit, Tharpe trouve pour la nuit 7-5 et le jour =
6:80 4,2 : ; I s déjà et ——, r n’a pas Lévy avait trouvé déjà et = . Krüge P
trouvé d'acide carbonique dans l'air au-dessus de la Baltique.
20 Variations à langue période. — L'examen des moyennes trouvées primitivement et aujourd'hui semblerait accuser une diminution d’acide carbonique atmosphérique. Mais l’examen approfondi montre que cette différence doit tenir aux méthodes analytiques employées Elles sont actuellement des plus précises, et pourront servir à nos successeurs à résoudre la question de savoir s’il y a accroissement ou diminution séculaire de la proportion d'acide carbonique de notre planète, Mais aujourd’hui, les documents manquent, et nous devons reléguer au rang des hypothèses pures la théorie qui assigne à l'atmosphère terrestre, à certaines époques éloignées, une grande richesse en gaz carbonique et met le fait en relation avec la faune et la flore de ces époques géologiques,
Ce qui est certain, c’est que, s’il n’existait pas à la surface du globe des causes d’absorption de l’acide carbo= nique, la masse totale en augmenterait d’une façon rapide, Poghendorff estime qu’il suffirait de 86 années pour doubler la proportion actuelle.
Mais plusieurs causes viennent contrebalancer l’émission de l'acide carbonique dans l’air.
C’est d’abord la fonction chlorophyllienne.
On sait que les végétaux phanérogames et certains organismes inférieurs, à côté de la respiration propre-
PMU
ment dite qui s'effectue d’une manière continue, possèdent une fonction intermittente qui naît et cesse avec la lumière. La chlorophylle qu'ils contiennent emprunte acide carbonique de l’air et restitue de oxygène, opérant ainsi un acte chimique inverse de la respiration des animaux, L’antagonisme entre la vie animale et la vie végétale, la circulation du carbone entre les deux règnes, et les conséquences qui en résultent au point de vue de l’équilibre entre les éléments de notre atmosphère ont été étudiés longuement par les naturalistes et chimistes du commencement de ce siècle, et développés avec éloquence à la Faculté de médecine de Paris par J.-B. Dumas.
Cette cause allongerait singulièrement les périodes de variations de l’acide carbonique. La cause suivante annulerait toute variation durable.
M. Schlæsing (1), en analysant à plusieurs reprises les eaux de la Manche, à comparé la proportion d'acide carbonique libre et celle des bases à l’état de carbonates qui y sont contenues. Il à trouvé que ces dernières sont en majeure partie engagées à l’état de bicarbonates.
Or, il a démontré que l’eau pure, mise en contact avec un carbonate terreux et une atmosphère d'acide carbonique se charge d’une quantité d’acide carbonique qui croit suivant une loi mathématique, avec la tension que possède l’acide carbonique dans cette atmosphère. En d’autres termes, il s’établit un équilibre entre l’atmosphère d’acide carbonique et la proportion de ce gaz qui se dissout à l’état de bicarbonate.
(1) Comptes rendus, 90, p. 1410.
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Tr
« Un état semblable tend à se produire dans l’eau de la mer qui depuis des milliers de siècles est en contact incessant avec l’atmosphère et les carbonates terreux de son fond, de ses bords et des apports des fleuves. Il ne peut étre réalisé d’une manière absolue; l’équilibre parfait n’est pas compatible avec le mouvement, pas plus dans les mers que dans l’atmosphère ; des échanges continuels doivent donc se produire entre ces deux milieux : quand arrivent des variations du taux d’acide carbonique dans l'air, la tendance à l’équilibre que je viens de rappeler provoque soit un dégagement d'acide carbonique des eaux et une précipitation de carbonate neutre, si la variation est en moins, soit une absorption d'acide carbonique par la mer et une dissolution des carbonates si la variation est ex plus.»
Dans ce jeu continuel, la mer exerce sur le taux d’acide carbonique aérien une action régulatrice ; elle contient en effet ainsi en réserve (à.l’état de bicarbonates), d'après les calculs de M. Schlæsing, une quantité d’acide carbonique beaucoup plus grande que celle qui représente les variations atmosphériques,
On voit doncque, d’après cette théorie, la constance de l'acide carbonique de l’air serait la conséquence de la dissociation des bicarbonates terreux de l’eau des mers ; elle serait en rapport avec un fait géologique très important : le transport du carbonate de chaux dissous, et sa précipitation à l’état de calcaire.
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De l'air confiné.
À la suite de cette étude sur l’acide carbonique atmosphérique, je dois dire quelques mots sur cette importante question de l’air confiné, qui forme à elle seule tout un chapitre de l'hygiène. Les propriétés délétères de l'air confiné sont dues en partie à l'acide carbonique; mais il n’est pas le seul produit nuisible qu'on y reucontre. Avec lui agissent la vapeur d’eau et les produits exhalés par la respiration et la transpiration cutanée. La nature de ces émanations est complexe; ce sont des gaz organiques et inorganiques très divers, des matières or ganiques putrescibles, des germes qui flottent dans l'air. Leur présence est suffisamment démontrée par l’odeur désagréable qu’on remarque chaque fois qu’un grand nombre de personnes sont réunies dans un espace clos.
Les appareils de chauffage et d'éclairage déversent aussi dans l’air de nos habitations, outre l’acide carbonique et la vapeur d’eau, plusieurs produits nuisibles, entre autres de l'oxyde de carbone et des carbures d’hydrogène.
Il résulte d'expériences faites par MM. Andral et Gavarret, qu'un homme brûle environ 12 grammes de charbon par heure et exhale, par conséquent, 44 grammes, soit 22 litres d’acide carbonique. L'air expiré renferme envirou 4°/, de ce gaz; si donc un homme respirait dans un espace clos ayant 8" de longueur, 2",7 de hauteur et 2,7 de largeur, l’air confiné dans cet espace offrirait au
NS
bout de vingt-quatre heures la composition de l'air expiré. À l'acide carbonique produit ainsi par la respiration, vient s’ajouter celui produit par l'éclairage ; il a été calculé que 10 grammes de bougie consommaient, en brûlant, 20 litres d'oxygène et produisaient 14 litres d’acide car— bonique. Un bec de gaz consomme 234 litres d'oxygène par heure et produit 128 litres d’acide carbonique. Presque toutes Les analyses qui ont été faites des atmosphères confinées ont porté principalement sur les quantités respectives d'oxygène, d'azote et d’acide carbonique.
Voici quelques résultats donnés par F. Le Blanc(l) dans un travail sur l’air confiné, et que j'emprunte à la chimie de M. A. Gautier.
Atmosphère de salles ventilées
Æ I Il II IV V CORYE 1.3 0,4 0,8 2.3 4,3 SRE 209,8 229:4 229.1 » »
EVE son RIRE 770,2 770.1 » »
sg M, ns
1. Cellules de Mazas ventilées à raison de 4 mêt. cub. à l'heure. II. Chumbre à coucher ventilée; fin de Ja nuit. IIT. Salle d'hôpital ventilée; fin de la nuit. IV. Salle de spectacle, parterre ; fin de la représentation.