ND
80.000 litres d’air. Une cloche de 3 litres de capacité est fermée à sa base par une plaque de platine exactement emboitée et percée de trous; elle repose ainsi sur 3 cales en verre dans un vase à fond plat un peu plus large et portant une assez grande ouverture qui amène l’air.
L'espace annulaire compris entre la cloche et le vase est fermé par un caoutchouc à pression. La cloche porte à sa partie supérieure une douille en verre au moyen de laquelle on la fait communiquer avec un aspirateur (laspiration est produite par un jet de vapeur injecté dans le tube adapté à la douille). On met dans la cloche 300 grammes d’eau. L’air pénètre dans le faux-fond et produit un barbottement tel que l’eau n’a plus le temps de se réunir en couche au fond de la cloche.
D’après M. Schlæsing, la loi de Dalton, d’après laquelle la quantité de gaz dissous dans un liquide est proportionnelle, la température restant constante, à la pression partielle du gaz dans l'atmosphère ne se vérifie pas pour le carbonate d’ammoniagque à des doses de 0,25 à 1 mgr. par mètre cube. Ainsi, le rapport entre la teneur en ammoniaque de l’air et celle de l’eau diminue-avec la pression au lieu de rester constant comme le veut la loi de Dalton. D’un autre côté, la quantité d’ammoniaque dissoute diminue rapidement quand la température s'élève.
Ammoniaque Ammoniaque par mètre cube d'air. Température. par, litre d'eau. mligr. milligr.
Eli
Schlæsing a dressé des tables qui donnent le rapport entre les quantités d'ammoniaque contenues dans un ne cube d’air et celles d’un litre d’eau, pour chaque tem-— pérature. Ces tables peuvent servir à résoudre toutes les questions d'échanges de l’ammoniaque entre l’air, la pluie et l’eau de mer (P. Schützenberger — Chimie générale, CAL
La terre arable sèche enlève aussi de l’ammoniaque à l'air dans une certaine limite; d’après Schlæsing, la terre humide, en transformant cette ammoniaque en nitrate, agit encore mieux et il n’y a plus cette fois de limite de saturation.
Cette question de l'azote ammoniacal que les pluies amènent au sol est d’une grande importance pour la science agronomique ; malheureusement, je ne puis pas n’y arrêter plus longtemps. Je décrirai seulement ici les procédés employés à Montsouris pour le dosage de l'azote ammoniacal dans l’air et dans les eaux météorologiques.
On recueille 500 cmc. d’eau au pluviomètre, on y ajoute 1 cmc. d'acide sulfurique au 1/10° et on évapore jusqu’à réduction à 30 cmc. On ajoute alors une solution de potasse de façon à alcaliniser, on introduit le liquide dans une petite cornue et on distille. Les deux premiers cinquièmes du liquide distillé sont reçus dans une fiole contenant un volume connu d’acide sulfurique étendu, titré et coloré par le la cochenille.
On à remarqué que dans la distillation toute l'ammoniaque partait avec les deux cinquièmes récoltés ; elle vient neutraliser en partie la liqueur sulfurique. — On
hole
fait alors un second titrage de celle-ci avec une liqueur alcaline d’ammoniaque telle que i eme. égale O milligr.,056 AzH°. — Le point de neutralisation est donné par la coloration rouge-violet que prend la cochenille. La différence des titres nous donne directement la quantité cherchée d’ammoniaque.
Le poids de l’ammoniaque contenue dans un litre, exprimé en milligr., multiplié par la hauteur en millimètres de la pluietomhée donne, en millig., l’ammoniaque reçue sur chaque mètre carré.
La moyenne générale est de 9 kilg.,801 d'azote am- -mmonacal p?y hectare et par an.
Voici des chiffres extraits de l’Annuaire de Montsouris qui donreront une idée de la quantité d’ammoniaque dans les eaux. Tous les chiffres sont donnés en azote ammoniacal.
Milligr.
Saison froide 1876. Total par mètre carré, ... 470.7 — chaude1877. — — Sonic 658,2
Soit un total de 1128 millig.,9 d'azote ammoniacal en douze mois.
Encore dans ces chiffres ne sont pas comprises les quantités apportées par les rosées, les hrouillards, quanütés parfois très élevées. |
Ainsi on a constaté à Montsouris :
En novembre 1876, 6 mill.,7 par litre de rosée ; — 4 ,8 —
Le 18 novembre 1876 une eau de brouillard contenait Morelle. 6
DO he 18 millig.,5 par litre; en janvier 1877 on a constaté jusque 65 millig.
Boussingault, dans ses expériences sur les corps poreux avec lesquels il déterminait des rosées artificielles, avait trouvé jusqu’à 130 millig. d’ammoniaque par litre.
Les expériences effectuées dans des stations différentés donnent des nombres différents, mais les moyennes sont les mêmes. Chose remarquable, on a constaté un minimum en juillet, minimum qui se retrouve chaque année à la même époque dans les analyses de l'air et des eaux courantes,
Dans les analyses faites des eaux courantes, M. A. Levy à remarqué une grande constance de la teneur en ammoniaque.
Dans l'air, l’azote ammonical est dosé pat un système de barbottage analogue à celui employé pour l’ozone. Il y à deux barbotteurs dont l’un n’absorbe rien et sert de
repère. On met dans ces vases de l’eau acidulée par 1 cc.
de SO*,H0 au —- etletitrages’effectueensuitecommepour
les eaux de pluies : La moyenne ordinaire est de 3 millig. 7 d’ammoniaque pour 100% d'air. Le maximum s’observe en été; c’est l’inverse pour l’ammoniaque des eaux ; on le comprend facilement sachant l’influence de la chaleur sur la dissolution ammonicale.
Des expériences comparatives sont faites à Montsouris et à l’annexe Lobau; sur ce dernier point de Paris les égouts et les urinoirs déversent dans l’air de. grandes quantités d’ammoniaque, et malgré la diffusion de ce gaz mème carbonaté, on constate à Lobau une proportion
ES d’ammoniaque plus grande qu’à Montsouris où Pair est déjà plus riche qu'a la campagne.
« Aux doses mêmes de l’annexe Lobau l’ammoniaque ne peut exercer sur notre économie qu’une influence utile plutôt que nocive. Cependant, elle est le témoin de Paltération des matières organiques de la ville; elle a une action nutritive favorable sur la plupart des germes de l'air. Son analyse et les variations de sa quantité peuvent donc
donner une mesure relative de l’état sanitaire de la ville, » (Ann. de Montsouris 1886.)
II Acide nitreur ; acide nitrique.
L’action de l'électricité atmosphérique explique la présence des composées nitrés dans l’air. Cavendisch a démontré depuis longtemps que l’étincelle électrique, passant à travers de l’air, y produit un composé acide oxygéné de l'azote. Liebig a constaté dans les eaux de pluies d'orage la présence d’une certaine quantité d’azotate d’ammoniaque. La fréquence et la violence des orages sous les tropiques expliquent la richesse relative en acide nitrique, des pluies qui tombent dans ces contrées.
Enfin M. Schœnbein admet que dans certaines circonstances, telles que Les combustions lentes, l'azote de l’air est susceptible de s'unir à l'eau pour former de l'azotite d’ammoniaque.
La présence des composés nitrés dans les eaux de pluies est d’une grande importance au point de vue agricole, — Aussi dose-t-on maintenant à Montsouris l'azote des ni-
EU de trites et des nitrates contenus dans les eaux recueillies au pluviomètre. Voici le procédé employé :
On fait évaporer dans une étuve spéciale 200 cc. d’eau
alcalinisée par Ice. de potasse an ——. Le liquide réduit
à 10 ce. doit être débarrassé des matières organiques contenues dans l’eau, et dont la présence fausserait l’analyse. — Pour cela, le liquide évaporé est introduit dans une cornue en verre et on y ajoute du bioxyde de manganèse et de l'acide sulfurique; l’oxygène dégagé brûle les matières organiques ; on recueille le produit acide qui distille et on arrête l’opération lorsque se montrent les vapeurs blanches d’acide sulfurique ; on ajoute de l’eau au résidu et on distille de nouveau. Le liquide distillé est alors filiré et introduit dans une autre cornue avec un poids déterminé de sulfate de fer ammoniacal, et 10 cc. d’un mélange formé de 4 p. d'acide chlorhydrique, 2 p. d'acide sulfurique et 4 p. d’eau. — On chauffe à l’ébullition dans un courant d’acide carbonique pour éviter l’action oxydante de Pair.
L’oxygène enlevé à l'acide azotique se porte sur le sel ferreux qu’il transforme partiellement en sel ferrique. On dose le sulfate de protoxyde restant par le permanganate de potasse. Connaissant à l’avance le titre du sulfate de fer, on déduit par différence le poids d'oxygène enlevé à l'acide nitrique et par suite le poids de ce dernier, en partant de cette donnée que 54 d'acide azotique fournissent 24 d'oxygène (Ann. de Montsouris 1885).
On trouve en moyenne plus d'azote nitrique durant la saison froides
Ro ue
Hauteur Moyenne Total par m2
de pluie par litre
millim. milligr.
Saison froide 1883 .,... 200,10 0,9 228,5 — chaude 1884... 215,3 0,4 91,9
La moyenne générale est de 0 miligr. 78 par litre d'eau. La pluie ayant une hauteur moyenne de 546"" par an. nous voyons que les eaux météorologiques apportent à Montsouris 3 k. 986 d'azote nitrique par hectare et par an. Æ
On a trouvé pour l'azote ammoniacal 9 k, 801, ce qui fait au total 13 k. 787 d'azoie rendus au sol.
M. Lawes, Gilbert et Waringson ont trouvé qu'en moyenne, cette quantité totale d'azote était de 11 k, 500 par hectare et par an avec une hauteur d’ean de 675".
Bineau (1) a noté quà la campagne aux environs de Lyon, les quantités d’acide azotique étaient à celles d’ammoniaque contenues dans la même quantité de pluie comme 3 est à 2 — c’est le contraire en ville. Voici un tableau qui nous montre l'influence des villes :
Azote (par litre)
Ammoniäque Nitrique
milligr. milligr.
Angleterre, intérieur des terres... 0,88 0,19 — dans les villes..,..... : 4,25 0,22 Ecosse, près de la côte..... DS Re 0,61 0,11 — intérieur des terres....... s 0,44 0,08 dans les vies se. ce. 1% Sd 0,30 — à Glascow....... DéDodcose 1,49 0,63 Montsouris,.,,.., A NA Te sheet 4210 0,74
(4) Ann. chim. et phys (8), t. XLII.
Large
La proportion d'azote et surtout d’azote ammoniacal augmente donc beaucoup dans les villes.
IV. — D’autres produits peuvent encore se rencontrer dans l'air mais d'une façon accidentelle et localisée.
M. Boussingault a trouvé dans l'air de Lyon des traces d'hydrogènes carbonés (1 dix-millième). Il faisait passer un courant d’air filtré, purgé d’acide carbonique et de vapeur d’eau, sur de l’oxyde de cuivre; et il constatait la formation d’eau et d’acide carbonique.
M. Verver a montré que, dans les contrées marécageuses, le composé hydrocarburé principal est le gaz des marais qui se dégage en même temps que l’oxyde de carbone de la vase et des végétaux immergés exposés au soleil.
— Quelques auteurs, entreautres Struve (1) et Schoëne (2) ont affirmé l'existence dans l’air d’une petite quantité d'eau oxygénéé; cette quantité irait même en croissant à mesure qu'on s’avance vers l'équateur.
Houzeau (3) contredit cette opinion.
— d'acide borique, l'acide sulfureux et Yhydrogène sulfuré existent dans les exhalaisons gazeuses des volcans, ainsi que l’ont montré les analyses de MM. Ch. Ste Claire Deville et Leblanc (4) sur les gaz des suffioni de Toscane et des volcans de l'Italie. L’hydrogène sulfuré se rencontre, d’ailleurs, dans tous les endroits où se décom-
(1) Comptes rendus, t. LXVIIT, p. 1551.
(2) Bericht. dent, chem. Gesellschaft, t. XITT, p, 1503. (3) Comptes rendus, t. LXVI, p. 314.
(4) Ann. de chim. et phys., t. LIT.
HT RE posent des matières organiques animales (air des fosses d’aisance, des cimetières des égouts).
— Enfin M. Chatin a signalé la présence de l’Zode dans l’air et il a même donné un procédé pour le découvrir dans l’eau de pluie.
Cependant les expériences des auteurs qui ont étudié . cette question contredisent celles de M. Chatin. MM. de Luca, Mène, Stædeler n’ont pas pu déceler une trace d’iode dans l'air ; et il est bien prouvé aujourd’hui que l'affection endémique du goître ne tient pas à l’absence de l’iode dans l’air ou dans l’eau des contrées infectées.
(5) Comptes rendus, 32, p. 1083.