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Le nombre des germes est plus faible én hiver qu’en été. Il présente son maximum en juin. Souvent une cause plus puissante que la chaleur vient troubler le rapport qui existe entre le nombre des germes et la température. Il faut tenir compte de la pluie et de la sécheresse.
En hiver, un temps froid et humide abaisse le chiffre des spores; la sécheresse, au contraire, enrichit l'air de vieilles semences et de TDR minérales.
En été, par un temps humide, il y a peu de ces dernières dans l’air, mais les spores sont abondantes. Les conditions de température et l’humidité sont alors favorables au pullulement des cryptogames. La sécheresse, au contraire, un peu prolongée appauvrit l’air de ses germes. La pluie entraîne mécaniquement les poussières minérales qui sont denses mais elle ne débarrasse l’air que d'une partie de ses germes et peu de temps après ceux-ci reparaissent beaucoup plus nombreux.
L'influence de la direction du vent a une importance notable. La richesse de l'air en germes dépend des contrées qu’il a traversées. Ainsi le chiffre des spores récol tées à l'observatoire de Montsouris se maintient généralement à 7,000: mais il peut s'élever à 10,000 quand. le vent souffle du Nord au Sud, c’est-à-dire lorsqu'il a traversé Paris; sile vent tourne au Sud ce chiffre devient cinq à six fois plus faible.
Le tableau suivant que j’extrais de l'excellent livre de M. Miquel, sur les organismes vivants de l'atmosphère, donne une idée de l’influence des saisons sur le nombre des germes de l’air.
Hiver Printemps Eté Automne 1079 here 5500 15700 28900 15000 1880 ,.... bed 6200 10700 36100 8700 188144 604 0e 6900 12800 10500 12200 Moyenne... 6200 13000 28000 5800
Les spores des cryptogames, qui se trouvent dans l'air, ne semblent pas très redoutables. Nous en introduisons, en effet; environ 800,000 par jour dans notre économie sans que nous nous en portions plus mal. Cependant, dans les cas où la résistance de l'organisme est diminuée, certaines spores peuvent végéter sur nos tissus, comme le prouve l’envahissement des voies respiratoires par le muguet (saccharomycès albicans),chez les jeunes enfants et chez les mourants,
Bactéries de l'air.
Existe-t-il dans l'air des germes de bactéries? Plusieurs observateurs l'ont affirmé. De ce nombre sont Dundas Thompson, Camuelson, Gaultier de Claubry ; mais les expériences sur lesquelles ils s'appuient ne sont pas irréprochables, Il n’en est pas de même des recherches de M. Pasteur (1), c’est à lui qu'est due la preuve rigoureuse, inattaquable de l'existence des schizophytes dans l'atmosphère. Cet expérimentateur habile opère avec des vases et des liquides dans lesquels il a eu soin de tuer les germes par la chaleur et de ne laisser rentrer que de l’air calciné ; abandonnés ensuite à eux-mêmes à la tempéra-
(1) Annales de physique et de chimie, t. LXIV, 1862.
ture de 30°, les liquides se conservent indéfiniment. C’est après un à deux mois seulement qu’il introduit dans ces liquides les poussières de l'atmosphère recueillies sur des bourres de coton nitrique, comme il a été dit plus hant. Il a déduit de ses expériences les conclusions suivantes :
1° Un liquide placé à l'abri des impuretés de Pair ne montre Jamais de bactéries ;
2° Les poussières seules provoquent l’éclosion de ces bactéries ;
9° L’air filtré, débarrassé de ses corpuscules normaux est impropre à peupler de bactéries les infusions les plus altérables.
Ces conclusions de M. Pasteur furent attaquées par piusieurs savants, entre autres par les hétérogénistes, qui pensent qu’un être vivant peut se former de toute pièce, en l’absence de tout germe. À. Pouchet ayant soulevé la question de l’hétérogénèse devant l’Académie des sciences, en 1860, M. Pasteur entrà dans la discussion et réfuta les arguments de ses adversaires. Pouchet avait dit : la quantité de germes contenus dans l'atmosphère ne peut expliquer les cas nombreux d’altération des liqueurs bouillies. Cela est vrai, mais M. Pasteur démontra que l’ébullition de l’eau est impuissante à détruire les germes que ce liquide renferme normalemeni, et qu’il faut pour cela une température de 110°. C'était done à tort que Pouchet attribuait la cause de cette altération à une génération spontanée. En employant un ballon à col brisé, M. Pasteur put sans chauffer ni filtrer l’air conserver des liquides simplement bouillis. Il put recueillir du sang et de l'urine, dans des vases stérilisés, en évitant le contact
de l'air, et conserver ces liquides sans altération. Il conelut de ces expériences quela force créatrice de Needham qui serait détruite par l'action du feu, n’existe pas. Enfin, le D° Bastian ayant annoncé que de l'urine bouillie après s'être conservée longtemps sans altération, preuve qu’elle était privée de germes, avait engendré des bactéries après qu’on l’eut saturée par la potasse, M. Pasteur répondit que, dans cette expérience, l’urine n’était pas stérilisée, mais que la saturation par la potasse l'avait rendue capable de rajeunir les germes, propriété qu'elle ne possédait pas auparavant. Les idées de M. Pasteur ne trouvèrent plus dès lors de contradicteurs.
. Récolte des germes.
Nous avons vu que les germes des bactéries, à cause de leur extrême petitesse, échappent à l'observation microscopique ; la seule mêthode qui permette de constater leur présence et de les étudier, est la méthode de culture inventée par M. Pasteur. On a dû imaginer des procédés spéciaux pour les recueillir : on les a trouvés dans l’eau de pluie ; on peut donc les récolter en recevant cette eau dans des conditions convenables. On se sert pour cela d’un udomètre composé : 1° d’une tige horizontale fixée à un poteau de bois planté loin de tout massif d'arbres ou de toute habitation ; 2° d'un entonnoir en cuivre nickelé (on le porte, avant de s’en servir, avec l’anneau qui le supporte, à une température élevée) ; 3 d’un creuset de platine, porté d'abord au rouge, puis placé sous l’ouverture de l’entonnoir. :
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Le procédé le plus généralement mis en usage consiste à faire barbotter de l’air dans de l’eau stérilisée, M. Miquel se servait primitivement, pour faire cette opération, d’un tube dont la partie moyenne était renflée en boule, et dont la partie inférieure était recourbée en S et effilée. La branche supérieure, étranglée en un point, était garnie au-dessus et au-dessous de l’étranglement, de deux tampons d'amiante ou de coton de verre.
Après avoir stérilisé ce tube on y introduisait 20 ce, d’une liqueur putrescible également stérilisée, et on lPabandonnait un mois à l’étuve. Si la liqueur conservait sa limpidité, on pouvait s'en servir pour déceler les germes de l'air.
Au moyen d’un aspirateur, on faisait ensuite passer un volume d'air déterminé dans ce tube, l’expérimentateur se tenant à distance. Lorsqu'on avait arrêté le courant d'air, on pouvait approcher et sceller le tube effilé à la lampe. On portait ensuite l’appareil à l’étuve et, suivant qu'il s’altérait ou non, on jugeait que le volume d’air qui l'avait traversé était chargé ou non de germes rajeunissables.
M. Miquel se sert aujourd’hui d’un appareil plus stable. C’est un petit matras à trois tubulures. L'une est formée du col même du matras que l’on peut fermer par un capuchon tubulé et rodé, contenant un peu de coton stérile ; ce col se prolonge presque jusqu'au fond du vase en s’effilant en pointe. Une deuxième tubulure existe sur la paroi latérale du matras; elle est garnie d’une double bourre de coton stérile et elle est destinée à être mise en communication avec un aspirateur dont le rôle
est de faire circuler l’air à travers le flacon, et à le mesurer à sa sortie. Une autre tubulure latérale est recourbée, effilée en pointe et fermée durant la prise d'air ; elle est destinée à permettre la distribution, dans des flacons de culture, de l’eau du matras chargée des mirobes de l'air.
Ces flacons de culture ont la forme des flacons dont on se sert en physique pour prendre la densité des corps solides. Cependant le bouchon, au lieu de s’engager dans le col, recouvre ce col à la manière d’un capuchon; il porte à sa partie supérieure un tube dans lequel on place un tampon de ouate. Pour s’en servir, on le stérilise et, au moyen d’une pipette flambée, on y introduit un liquide altérable, privé de germes. On doit l’abandonner ensuite un certain temps à l’étuve et, si le liquide qu’il renferme ne s’altère pas, il ést bon pour l'usage.
L’emploi du barbotteur, que je viéns de décrire est impraticable en voyage. Les germes ne peuvent y séjourner quelque temps sans s’altérer, et l’on manque de moyens et de temps pour les cultiver tout de suite. Il fallait donc trouver un mode de récolte qui permit de conserver les germes jusqu’au retour au laboratoire. M. A. Gautier a résolu ce problème d’une façon très heureuse, par l’invention des tubes filtres au sulfate de soude.
L'appareil de M. Gautier se compose d’un tube de verre étroit, ouvert aux deux bouts et portant une ampoule conique dont le gros bout est en bas ; a 1 centimètre au-dessous de cette ampoule, le tube se rétrécit en un étranglement presque capillaire. Dans la partie du tube qui suit l’étranglement, on place d'avance un peu
de laine de verre ; on verse dans l’ampoule 1 décigramme environ de sulfate de soude pur, préalablement deshydraté, en poudre fine ; ce sel doit couvrir toute la partie inférieure élargie du cône. On obtient ainsi le filtre que l'air devra traverser.
L'appareil étant destiné à recueillir des germes dans des lieux ou l’eau fait souvent défaut, M. Gautier a dû renoncer aux aspirateurs qui exigent l'emploi de ce liquide ; il à imaginé un aspirateur spécial, une sorte de soufflet en caoutchouc, très peu encombrant. Pour s’en servir il suffit de le suspeudre à un bâton ferré de montagne et d'ouvrir un robinet dont il est muni à sa partie supérieure ; en se détendant il aspire 6 litres d'air aussi rapidement et aussi lentement qu’il est nécessaire. Quand laspirateur est plein d'air, on referme {es spires du soufflet et on recommence. La mesure du volume d’air aspiré est facile, si l’on tient compte de la pression sous laquelle s’est faite l’aspiration et du nombre de coups de soufflet.
Pour faire usage de l'appareil, on stérilise le tube fltre en le flambant, on le place sur son support, puis, au moyeu d’un tube en caoutchouc, on relie son extrémité inférieure avec l'aspirateur. Sur le trajet du caoutchouc on interpose un petit barbotteur. On ouvre avec précaution ie robinet de l'aspirateur et la filtration commence. Quand on a fait passer un volume d’air suffisant, on détache le caoutchouc, on flambe le tube entre la bourre de laine de verre et le bout dirigé en bas, et l’on ferme les deux extrémités du tube filtre à la cire rouge. On peut transporter un grand nombre de ces tubes et y conserver
presque indéfiniment les germes recueillis, car le sulfate de soude, grâce à sa sécheresse et à <a neutralité, les conserve très longtemps.
Lorsqu'on veut observer el compter les microbes, on fixe à la cire sur le tube-filtre une ampoule contenant de l’eau stérilisée que l’on fait couier sur le sulfate de soude. Celui-ci se dissout et entraîne les germes. La solution est reçue dans un flacon conique où l’on a placé au préalable, suivant l’excellente méthode de M. Certes, quatre à cinq gouttes d’une dissolution d'acide osmique au trentième. Les microbes se rassemblent au fond du vase et il ne reste plus qu’à les examiner au microscope. Si l’on veut les cultiver, au lieu de recueillir la solution de sul= fate de soude tenant les microbes en suspension dans un vase conique, on la reçoit dans une burette de Gay-Lussac et on l'ensemence dans des milieux altérables.
Milieux de culture.
Il n’est pas inutile de dire quelques mots sur les milieux de culture. Leur choix n’est pas indifférent et dépend de la nature des germes que l’on veut rajeunir. Ainsi on doit se servir de liqueurs acides riches en hydrates de carbone pour cultiver les moisissures, et de liqueurs neutres où légèrement alcalines et chargées de substances azotées pour les bactéries.
Les liquides qui ont été employés par les observateurs pour étudier le développement des microbes sont très nombreux. On peut les diviser en deux groupes : les uns ne tiennent en dissolution que des substances miné-
rales, les autres sont des infusions végétales, des décoctions de chair musculaire ou bouillons, des liquides animaux extraits par des procédés spéciaux de l’organisme des êtres vivants, des jus de viande, des sucs végétaux, etc. Parmi les premiers je citerai le liquide employé jadis par M. Pasteur pour démontrer que la fermentation alcoolique peut se faire en labsence de toute matière albuminoïde. Ces sortes de solutions sont du reste peu favorables au développement des bactéries. Les décoctions de viande jouissent, au contraire, d’une vogue justifiée; cependant le bouillon préparé avec l'extrait de viande de Liebig est d’une qualité bien inférieure à celle que Pon obtient par la décoction de la chair musculaire, aussi ce dernier est-il préféré par les bactéries et est-il plus altérable. Au reste, on ne duit pas oublier que, pour obtenir des résultats comparables dans la recherche des microbes, il importe de faire usage d’un bouillon toujours préparé de la même manière.
Les liqueurs de culturé préparées à froid sont plus puirescibles que celles qui ont été soumises à Paction de la chaleur ; celle-ci modifie profondément certains de leurs principes nutritifs ; il est donc préférable d'employer des liquides stérilisés à froid. |
Pour obtenir ces liquides on emploie les procédés suivanlis :
1° On extrait directement les liquides animaux de l'organisme des êtres vivants en évitant les causes d'erreur venues de l’extérieur ;
2° En faisant digérer de la viande fraîche dans de l’eau portée au préalable à 110;
3° En filtrant le jus de viande et les sucs d’origine végétale à travers une substance capable de retenir les germes.
M. Chamberland a pu recueillir du lait et du sang privés de germes par un procédé très simple. Il s'est servi de tubes étirés et un peu recourbés dont la pointeétait garnie de coton, On les chauffait d’abord à l’étuve, pour les stériliser, jusqu'à ce que le coton fut roussi; puis on enlevait le tampon, on flambait la pointe et on introduisait le lait directement en approchant la pointe le plus près possible du pis. On fermait ensuite les tubes à la lampe. Dans le plus grand nombre des tubes, le lait restait inaltéré pendant plusieurs mois.
Pour le sang, M. Chamberland a employé des tubes différant de ceux dont il se servait pour recueillir.le lait, par une pointe soudée latéralement.
Ils avaient donc deux tubulures : la supérieure était garnie d’un tampon de coton, la latérale était effilée.
Après avoir stérilisé les tubes, on recueillait le sang en introduisant la pointe dans la veine ouverte d’un animal et en aspirant par la tubulure supérieure. On fermait ensuite la pointe à la lampe.
Pour séparer des liqueurs altérables des microbes qu’elles peuvent contenir, M. Pasteur a imaginé de les filtrer sur du plâtre. Une culture de bactéridie charbonneuse traitée par ce procédé a fourni un liquide impropre à communiquer le charbon. M. Pasteur porta ainsi un coup sensible à la théorie des virus plastiques.
Aux filtres de plâtre M. Gautier a substitué les filtres de porcelaine qui sont d’un emploi plus commode et qui
n'ont pas l'inconvénient d'introduire du sulfate de chaux dans les liqueurs,
Il existe d’autres milieux de culture des bactéries qui tendent à remplacer les liquides ; ce sont les gelées peptonisées dont on a attribué à tort l'invention à M. le D' Koch. Ce savant ne contribua qu'à les vulgariser. C'est Kleps, de Prague, qui eut le premier l’idée des cultures sur des corps demi-solides. Après lui, Von Brefeld, M. Schœnauer employèrent cette méthode. M. Miquel rendit les gelées plus nutritives en y ajoutant du bouillon de bœuf. Ce n’est qu'après ces savants que M, le D' Koch adopta ce mode de culture qui est réellement commode pour la numération et la séparation des espèces. On l'emploie actuellement beaucoup quoiqu'il paraisse peu favurable au développement des bactéries.
Les Allemands se servent de gélatines nutritives qui ont le défaut de fondre avant 30°, ce qui ne permet pas d’y cultiver des organismes qui exigent une température un peu plus élevée. M. Miquel se trouve très bien d’une gelée qu'on prépare de la manière suivante : On fait une décoction épaisse de lichen carragaheen (fucus crispus) dont on sépare d’abord les frondes au tamis en toile métallique, puis on filtre la décoction à chaud. On dessèche rapidement cette gelée à l’étuve à 35° à 40°, sur des assiettes. Il reste des pellicules analogues à des feuilles de gélatine. On ajoute 15 gr. de cette gélatine de lichen et 10 gr. de géose à un litre de bouillon de bœuf neutralisé à la soude et non salé. Le tout est introduit dans de petits matras scellés et chauffés à 110° pour être stérilisés,
On prépare ensuite un papier recouvert d’une couche
mince de la préparation précédente. Pour cela on prend du papier Bristol, on le vernit à la gomme laque, puis, lorsqu'il est sec, on relève ses bords et on y verse une quantité convenable de la gelée liquéfiée qu'on étend avec soin aû moyen d'une baguette de verre flambée. La gelée ne tarde pas à se prendre. Ce .papier peut servir immédiatement ; si on veut le conservér on le sèche. Quand on veut s’en servir on le met gonfler dans de l’eau stériliséé ; puis on le fixe sur une lame de verre flambée au moyen de quatre bandes de cristal et on verse à sa surface de l’eau ensemencée de microbes. On peut préparer ainsi -un certain nombre de lames dé papier, qui reçoivent la même quantité d’un bouillon ensemencé par un volume d’air connu ; on les place ensuite sous une cloche de verre trempant dans une cuvette remplie d’eau destinée à entretenir l'atmosphère humide et on porte le tout à l’étuve qu'on chauffe à 35° à 40°.
Ïl se développe bientôt sur la matière nutritive des papiers autant de colonies qu'il a été déposé de germes. Il est alors facile de les compter et de séparer les différentes espèces pour les cultiver à part.
Pour rendre la numération plus facile on opère de la manière suivante à Montsouris : on plonge le papier couvert de moisissures et de bactéries dans une solution d’alun qui iusolubilise la gelée de lichen et mordance les surfaces. Puis on lave avee de l’eau bouillie la bande de papier que l’on immerge trente secondes dans une solution d'acide sulfo-indigotique titrant 2 grammes d’indigotine par litre. On lave alors la feuille à l’eau et on la trempe dans un bain à 1 pour mille de permanganate de
— All —
potasse jusqu'à ce que le fond de la feuille qu'avait bleuie l’acide sulfosndigotique soit redevenu blanc. 11 ne reste plus qu'à laver le papier et le sécher. Les bactéries et les moisissures qui ont absorbé la couleur bleué avec une grande intensité apparaissent en bleu sur un fond blanc.
Le papier, dont la préparation vient d’être décrite, est appliqué dans l’ingénieux appareil enregistreur de M. le D° Miquel. Cet aéroscope se compose : 1° d’une cloche tubulée en haut et percée latéralement d’une fente verticale que l'air traverse pendant l’aspiration. Les bords de cette cloche reposent dans le fond d’une rigole circulaire pleine de mercure et pratiquée sur un plateau de bois; 2° d’un mouvement d’horlogerie placé. sous la cloche et solidement fixé sur un pied ; il entraîne dans sa rotation un cylindre d’ébonite de grand diamètre. C’est sur ce cylindre que l’on enroule une bande de papier nutritif qui présente successivement toute sa surface à louverture linéaire de la cloche et reçoit sur des points différents les poussières de l’air aux différentes heures de la journée.
Avant de mettre l'appareil en marche, on enduit d'une couche de vaseline l’intérieur de la cloche, le mouvement d’horlogerie et le pied que soutient le plateau; puis l’on recouvre le mercure d’un peu de glycérine saturée de sublimé corrosif. On porte ensuite le cylindre d’ébonite recouvert de sa bande de papier nutritif à l’autoclaye dans un bain de vapeur d’eau maintenue pendant une heure à 110°, On le remet en place sous la cloche, en ayant soin de placer au-dessus de lui un eristallisoir contenant des éponges imbibées d’une solution de bichlorure dans le
but de préserver de la dessiccation la gelée répandue sur le papier. Le tube adapté à la tubulure de la cloche est alors relié par un caoutchouc à un aspirateur qui détermine un courant d’air uniforme. On met le cylindre en mouvement après avoir noté le point de départ par un trait. Au bout de vingt-quatre heures, on marque un nouveau trait sur le point du papier qui correspond à l'ouverture de la cloche. On enlève le cylindre et on l’abandonne à lui-même sous une autre cloche vaselinée. Lorsque le développement des germes est jugé suffisant, on enlève Le papier et on le fait sécher ; on peut alors étudier les organismes qui le recouvrent.
Recherches statistiques.
Les recherches statistiques des bactéries de l'air consistent dans les opérations suivantes :
1° Préparation des conserves altérables d’une stérilité absolue démontrée par un essai préalable;
2° Ensemencement de ces conserves avec les précautions nécessaires ;
3° Surveillance des conserves et leur examen.
À Montsouris on porte les flacons à ensemencement, les matras de culture, les pipettes à la température de 200° pendant quatre heures dans une étuve à gaz. M. Miquel a constaté qu'il faut au moins 146° à 147° pour tuer les germes desséchés. On procède alors au remplissage, avec des conserves stérilisées, des ballons de culture. On se sert pour cela de pipettes flambées. Comme pendant cette opération des germes de l'air peuvent se déposer à
se
la surface des conserves, on essaie les ballons de culture en les abandonnant pendant un temps assez long dans une étuve à 39° et l'on rejette ceux en petit nombre dans les quels le liquide s’est altéré,. .
D’autre part le matras à trois tubulures reçoit 30 à 40 centimètres cubes d’eau distillée etaprès avoir vérifié quele capuchon et latubulure, qui doit être mise en communication avec l'aspirateur, sont garnis de coton, on le porte à 110° dans un bain de vapeur d’eau, on le chauffe pendant deux heures à 110°. Après refroidissement, on le retire de autoclave, on le met en communication avec un aspirateur et on y fait passer de l’air bulle à bulle. L’aspiration terminée on produit par le tube en caoutchouc dans le matras une pression qui force le liquide à s'élever jusqu’à l'extrémité du col, puis on laisse la colonne d’eau redescendre par son propre poids. Par cette manœuvre recommencée 10 à 12 fois on lave complètement le col du matras par lequel l’air à été introduit. Enfin après avoir cassé la pointe on distribue le contenu de l’appareil dans 80 à 40 conserves. Le volume d'air aspiré doit être calculé de façon que les 3/4 ou les 4/5 des conserves ensemencées restent parfaitement limpides après étuvage. On conclut que le nombre des germes obtenus dans l’air aspiré était égal au nombre des ballons de culture qui ont fructifié. On peut être certain qu'à chaque ballon altéré ne correspord qu’un seul germe, si plusieurs groupes d'expériences effectuées dans des conditions identiques au même lieu et dans la même journée donnent des résultats à peu près identiques.
Les signes d’altération se manifestent après deux, trois
Morelle. 8
ou quatre jours, rarement après 24 heures. Le temps d’incubation des germes bactériens est du reste assez va— riable. Rarement l’éclosion n’a lieu qu'après 30 jours ; cependant quelquefois elle ne se produit qu'après 40, 50, 100 jours et même six mois. Cela arrive une fois sur 900 ; il n’y a donc pas d’inconvénient à ne pas tenir compte de ces altérations tardives. M. Miquel supprime définitivement vers le quarantième jour les conserves qui ne se sont pas altérées.
On reconnaît que des germes se sont développés et, jusqu’à un certain point, leur nature aux caractères suivanis :
Si la liqueur conserve sa limpidité et présente un dépôt plus ou moins volumineux au fond du vase, il est dû souvent à là présence des micrococcus. x
Un trouble uniforme, suivi de la formation d’un dépôt ou d’un voile indique la présence de diverses espèces de bactéries.
Enfin des nuages blancs flottant dans un liquide transparent ne sont autre chose que des mycéliums qui, quelquefois envahissent toute la masse. Des efflorences de différentes couleurs se reproduisant à la surface du liquide sont dues à des macédinées.
La majeure partie des conserves altérées par une fraction minime de poussière atmosphérique n’ont pas d’o= deur putride très prononcée, les microbes de l’air sont peu putréfacteurs.
On constate encore l’altération des conserves par leur changement de couleur, par la production de gaz et de différents produits chimiques tels que le carbonate d’am-
moniaque, les acides lactique, butyrique, la tyrosne, la leucine, des ptomaïnes, etc.
L'examen microscopique des dépôts et des végétetions est indispensable pour reconnaître les espèces de microbes qui se seront développés dans les milieux de cultures, Je donne ici sommairement leurs caractères.
Micrococeus, — Schyzomycètes sphériques, isolés ou réunis en chapelet, nus ou entourés d’une matière gélatiniforme (zoogléa), immobiles. Micrococcus ureæ, M, aceti. M. aurantiacus. M. chlorinus. M. prodigiosus. M. Nitrificans. Sarcina, etc.
BACTÉRIUM. — Schyzomycètes cylindriques et dissociés. Bâtonnets courts et mobiles. B. lineola. B. catenula, B. xanthinum. B. syncyanum. B. œruginosum.
Bacizzus, — Schyzomycètes cylindriques en filaments non ramifiés, très minces. B. subtilis. B. anthracis. C. amylobacter.
Leprorarix.— Schyzomycètes cylindriques très longs, sans gaine gélatiniforme, L. buccalis.
CRENOTHRIX. — Schyzomycètes cylindriques très longs, avec gaine gélatiniforme. C. polyspora.
CLavorarix. — Schyzomycètes cylindriques très longs, divisés, bifurqués.
Vigrion. — Schyzomycètes en spirale se cassant facilement et laissant des bâtonnets arqués. V. serpens.
SPIRILLUM. — Schyzomycètes à quelques tours de spire, courts, raides. S. plicatilis.
SPIROCHETES. — Schyzomycètes à beaucoup de tours de spire,
flexibles.
Nombre des bactéries trouvées dans l'air.
D'après M. Pasteur ce nombre est peu éleré ; dans un mémoire publié en 1878 par ce savant, il dit, en effet: (1) « L'observation nous montre chaque jour que le nombre des germes aériens des bactéries, est pour ainsi direinsignifiant à côté de ceux qui sont répandus dans les poussières à la surface des objets ou dans les eaux communes les plus Hmpides. >» M. Miquel pense que ce nombre n’est
pas négligeable et que si les eaux renferment infiniment
plus de microbes que lair, un parisien en introduit plus dans ses poumons qu’il n’en absorbe par l’eau nécessaire à son alimentation.
Le chiffre des bactéries de l’air varie du reste avec les conditions météorologiques, ainsi que le montre le tableau suivant des moyennes mensuelles obtenues à Mont-
SOUrIS :
Bactériens récoltés au parc de Montsouris.
Microbes par mètre cube.
Mois Année moyenne Janvier, ..... dr 225 FOVMOE er eee Sd er 155 MAPS Se Re EURE és 495 ANR STE Re acc PRE 420 Mai SET ER HT ee 575 FUME TT Se SRE 495 Juillet ete re Sie 740 AOÛE. she TC Me 685 Septembre...... 605 OGiobre re ass 500 Novembre. res ; 335 DGcEMPEb Eee -e ceee 225 Moyenne annuelle .... 155,
(1) Pasteur. Théorie des germes et ses applications à la médecine et à la chirurgie (comptes-rendus des séances de l’Académie des sciences, t. LXXX VI, 1878.)
— ÀA17 —
Ce nombre diminue pendant les pluies et augmente quand l'humidité à disparu du sol pour diminuer ensuite si la sécheresse se prolonge.
La force du vent rend l'air très impur pendant la sécheresse. La direction du vent a également une influence non douteuse sur la quantité de bactéries que l'air renferme. À Montsouris les vents qui ont traversé Paris sont toujours riches en microbes.
Plusieurs micrographes distingués ont affirmé la présence des bactéries dans la vapeur d’eau émanée d’infusions altérées ; cette assertion est erronée de même que celle qui prétend que les chaleurs humides sont favorables à la diffusion des germes. On ne doit pas confondre la vaporisation insensible avec la pulvérisation qui est une division des liquides en gouttelettes, lesquelles se vaporisent et laissent à sec les bactéries dont elles étaient chargées.
L’impureté de l’air est plus grande dans les villes qu’à la campagne ; à Pariselle croit de la périphérie au centre. L’atmosphère de cette ville est neuf à dix fois plus chargée de microbes que l'air qui circule dans les fortifications. Ainsi un mètre cube d’air de la rue de Rivoli renferme 3910 bactéries tandis qu’à Montsouris ii n’en contient que 455. D'où vient cette augmentation ? De la boue des rues dans lesquelles on jette toutes sortes de détritus organiques. Après dessiccation ces matières sont pulvérisées par le roulage et les passants, puis le vent les emporte dans l'air. Le meilleur moyen de purifier l'air des villes est d'envoyer les eaux ménagères à l'égout et d'enlever avec soin tous les détritus organiques solides.
Dans les maisons convenablement aérées la pureté de
l'air dépend de celle de l'air extérieur. Les habitations bien tenues sont plus saines à la campagñe que dans les villes. L'air des étages élevés est plus salubre qe celui des étages inférieurs. On a, en effet, constaté que l'air recueilli au sommet des édifices renferme beaucoup moins de germes qu’à peu de distance du sol. Dans les habitations malpropres et situées dans les rues étroites où l'air à un accès difficile, il se produit des foyers producteurs de microphytes dont les germes s'ajoutent aux microbes venus de l'extérieur ; l’air y est très malsain.
Bactéries épidémiques.
L'observation démontre que les maladies infectieuses et épidémiquesse transmettent par les eaux potables et les rivières. Cependant il est des cas d’invasion de ces maladies qui ne peuvent s’expliquer que par le transport des germes avec les poussières. Tout fait supposer que le transport des microbes pathologiques ne se fait qu’à une faible distance. On ne peut sur ce sujet que faire des conjectures. Découvrir les germes des maladies contagieuses dans l’air présente des difficultés insurmontables. Tout ce que l’on peut faire c’est de comparer le nombre des germes de l’air au nombre des décès. On a constaté que chaque recrudescence de décès par les maladies infectieuses est suivie d’une augmentation du nombre des microbes dans l'air, |
Buctéries des hôpitaux.
Là comme à l'air libre on est impuissant à découvrir les microbes agents des maladies contagieuses. Les observateurs ont constaté dans les hôpitaux l’abondance des bactéries. M. Miquel a trouvé par mètre cube d’air
A l’Hôtel-Dieu en moyenne.,..,.......,.. 40,000 microbes. Dans les égoûts de la rue de Rivoli...... 6.000 — Au parc Montsouris (plein air)..,...,... 480 — PCR PES mme er are tt 79.000 —
Les hôpitaux ne sont pas sans danger pour la population environnante. M. le D° Bertillon a constaté qu’en 1880 les décès par la variole ont été nombreux autour de Pannexe de l'Hôtel-Dieu. On a relevé pour janvier et février 49 décès par la variole alors que proportionnellement à la population et à l'intensité de l’épidémie le quartier aurait dû en fournir moins de 3. On explique cette aggravation par ce fait que l’aunexe de l’Hôtel-Dieu a été pendant ce temps un dépôt où l’on dirigeait les varioleux des autres services hospitaliers. L’hôpital St- Antoine ayant remplacé le dépôt de varioleux de l’annexe, le quartier des Quinze-Vingts enregistra 3 à 4 décès de plus par la variole que ne le comporte sa population.
Dans les asiles de femmes en couches on constate souvent l'accumulation desimicrobes et il n’est pas rare d’y voir l'infection puerpérale sévir avec intensité. Ailleurs c’est l’érysipèle dont la fréquence fait hésiter les médecins à pratiquer les opérations les plus légères,