POUSSIÈRES MINÉRALES
Ce travail a surtout pour objet l’étude des germes vivants de l’air. Il importe cependant d'indiquer la nature des poussières inertes qui accompagnent les microbes. Elles sont variables suivant les lieux où elles ont été recueillies. Ainsi dans l’air des appartements habités volti-
(1) Douglas Cunningham. Microscopie examinations of air, Calcutta, 1879.
(2) G. Tissandier. Les poussières de l'air, p. 49,
—"Jfts
gent de nombreuses fibres textiles de couleurs diverses, L’air des rues présente moins de ces débris de tissus et les poussières terreuses y dominent. À la campagne où les corps solides en suspension dans l’air sont bien moins abondants que dans les villes, ce sont en partie des débris arrachés à l'écorce des arbres ou aux plantes en voie de décomposition. [’abondance des poussières de l'air, ainsi qu’on doit s’y attendre, est très faible lorquele temps est humide, La diminution porte surtout sur les poussières inorganiques. Les substances minérales qu’on trouve dans l'air en particules ténues et qui ont été enlevées par les vents à la surface du sol doivent varier suivant les couches géologiques du sol de chaque pays; elles sont formées de carbonate et de sulfate de chaux, de silice et de silicates divers, de phosphates terreux, de fer météorique, etc.
Des causes accidentelies apportent quelquefois dans Pair des substances particulières ; ainsi, les éruptions volcaniques ont parfois donné lieu à ces pluies de soufre qui ont longtemps effrayé l'imagination du peuple. En 1884, l’éruption du Krakatoa, volcan de l’île de Java, prodüisit des nuages de poussières, qui restèrent plusieurs mois dans l’atmosphère et furent emportées au loin par les vents. C’est à ces poussières qu’on a attribué les magnifiques teintes rougeâtres que prenait le ciel tous les soirs. On a aussi constaté dans l’air l'existence de certains sels solubles enlevés par les vents à la surface de la mer; entre autres le chlorure de sodium et le sulfate de soude. La présence des sels de soude dans l'air est démontrée par la couleur jaune des flammes. M. Ger-
— 99e nez, en se fondant sur la propriété des solutions sursuturées de ne cristalliser que lorsqu'on y introduit un cristal de même nature ou de même forme que ceux que les solutions peuvent produire, prouva que le sulfate de soude éxiste dans l’air. Une solution sursaiurée de ce sel ne tarde pas, en effet, à cristalliser, quand on l’expose à l'air.
J'ai déjà donné, d’après Pouchet, la liste des poussières organiques; j'ajouterai qu'on trouve assez rarement dans l’air des œufs et des cadavres d’infusoires ; pour constater leur préseuce, on ensemence dans de l’eau bouillie des bourres d'amiante stérilisées au travers desquelles on a fait passer un certain volume d’air. Onne tarde pas à voir paraître dans cette eau des algues vertes, des végétalions cryptogamiques et souvent des infusoires ciliés, plus rarement des stentors et des rotateurs.
Germes vivants de l'air.
Je vais m'occuper maintenant des méthodes capables de faire connaître les espèces des germes vivants de l'atmosphère, de déterminer leur nombre et les causes qui le font varier.
On peut diviser ces germes en deux groupes : les uns ont des dimensions qui permettent de les observer et de les compter facilement an microscope, ce sont les spores des cryptogames ; les autres sont tellement petits que le microscope est tout à fait insuffisant pour les faire distinguer des particules minérales très fines. Aussi est-il né-
cessaire pour les étudier d’avoir recours à des méthodes spéciales. Ces derniers sont les semences d'espèces végétales inférieures, qu’on désigne par les noms de bactéries, schizomycètes, microbes, vibrioniens, saprophytes, etc.
Je commencerai par l'étude des spores cryptogamiques.
Récolte des poussières.
On a imaginé un grand nombre de procédés pour recueillir les poussières de l'air. Le plus simple consiste à exposer à l’air une plaque de verre enduite d’un liquide gluant ; mais il a l’inconvénient de fixer beaucoup d’éléments grossiers et peu d'organismes. Ce procédé est le plus défectueux, On a proposé de recueillir dans des vases purifiés de tout germe, l’eau de pluie| qui entraîne avec elle les poussières de l’air, ou encore de condenser la vapeur d'eau atmosphérique au moyen de mélanges réfrigérants ; les eaux recueillies abandonnées à elles-mêmes laissent déposer les corpuscules qu’on peut ensuite étudier au microscope. Gaultier de Claubry et d’autres expérimentateurs ont fait passer l’air dans de l’eau bouillie placée dans des flacons de Woolf, des tubes à boules, etc. Cette méthode, si elle a quelque durée, donne le iemps aux germes de pulluler, et on à alors plus de microbes que l’air n’en contenait en réalité.
On évite cet inconvénient en employant le procédé imaginé par M. Pasteur. Il consiste à faire filtrer l'air dans une bourre de coton nitrique, qui retient les poussières, en plaçant cette bourre dans un tube qui traverse
le châssis d’une fenêtre et en y déterminant un appel d’air au moyen d’un aspirateur. La bourre est ensuite dissoute dans un mélange d’éther et d’alcool; on laisse déposer la solution ; on décante, on lave le dépôt à plusieurs reprises à l’eau pure et on le porte sous le microscope. L’em— ploi de ce procédé n’est pas commode pour les recherches statistiques des germes. La méthode des aéroscopes est bien préférable. |
Dans ces instruments on fixe les poussières de lair en dirigeant un jet de ce gaz sur une lame de verre recouverte d’une couche d’un liquide visqueux composé de deux parties de glycérine et d’une partie de glucose solide, Ce mélange n’est pas susceptible de s’hydrater et par suite ‘ de couler, et les germes s’y conservent parfaitement.
L'invention des aéroscopes est due à A. Pouchet; on en a imaginé de nombreuses variétés, Je me bornerai à décrire ceux que M. Miquel emploie au laboratoire de Montsouris. Je commencerai par le plus simple : l'aéros— cope à girouette.
Cet instrument se compose de deux parties qui, réunies, constituent un tube en forme d’S dont Les extrémités sont évasées. La partie supérieure est fixée à une girouette en drapeau ; la pièce inférieure se visse sur la précédente et se termine en haut par un cône dont le sommet est percé d'une petite ouverture. Ce cûne est dominé par une potence soutenant un étrier suspendu à une vis micrométrique qui permet de rapprocher où d’éloigner à volonté de la petite ouverture une lamelle de verre retenue dans deux rainures.
Cet appareil présente de lui-même son ouverture infé-
rieure au vent, qui s’y engouffre et produit par la petite ouverture un jet d'air, qui frappe la petite lamelle placée en regard ; celle-ci enduite de liquide visqueux retient les poussières de Pair qui va s’échapper par le pavillon supérieur.
Cet instrument à un inconvénient grave c’est de ne pas faire connaître le volume d’air qui l’a traversé.
Il vaut mieux faire usage d’aéroscopes munis soit d’aspirateurs à eau dont le volume écoulé indique celui de l'air, sait de trompes qui envoient l'air dans des compteurs.
L’aéroscope à aspiration de Montsouris est formé d’une cloche en cuivre nickelé, munie à sa partie supérieure d’un tube coudé à angle droit relié aux appareils aspirateurs par l'intermédiaire d’un tube en caoutchouc, d’un pas de vis à sa partie inférieure et interne, et d’une tige rigide horizontale destinée à fixer la cloche à un poteau audessus de la surface du sol. Un cône métallique percé d’une fine ouverture et surmonté du système destiné à supporter la lamelle de verre se visse à l'ouverture inférieure de la cloche.
Pour récolter les germes atmosphériques avec cet appareil, on place au centre de la lamelle même de verre l’enduit visqueux dejà mentionné sur une surface de 2 cm environ ; puis cette lamelle est placée sur l’étrier, la face mouillée regardant la petite ouverture par laquelle Pair doit s’écouler. Au moyen de la vis micrométrique on amène cette lamelle à 3 mill. de l’ouverture. Le tout étant en place, on fait passer dans l'appareil un courant d'air modéré pendant quaranto-huit heures ; on arrive
ainsi à charger la lamelle d'une quantité de spores suffisamment élevée, ce qui rend leur dénombrement plus approximatif.
Pour compter le nombre des germes, on commence par bien mélanger le liquide gluant avec la pointe d'une aiguille flambée afin de répartir également les poussières dans ce liquide. On applique alors la lamelle mince sur une plaque de verre et l’on transporte la préparation sous le microscope. On examine alors les différentes parties de la lamelle et l'on compte chaque fois le nombre des spores contenus dans le champ : on détermine le moyenne des différents nombres obtenus et si l’on connait le rapport qui existe entre la surface du champ du microscope et la surface de la lamelle, il suffit pour obtenir le nombre total de germes recueillis de multiplier ce rapport par le nombre moyen des germes vus dans le champ. On compare enfin le nombre de microbes calculé au volume d'air qui a passé pendant l’opération.
On n’obtient pas ainsi le nombre absolu des germes de l'air car l’aéroscope ne les fixe pas tous; on peut admettre cependant que le nombre des spores que l’on recueille est proportionnel à celui que renferme l'air et si l’on a soin d’opérer toujours dans les mêmes conditions, d’employer le même aéroscope muni d’une lamelle de même surface, de diriger sur cette lamelle enduite d’un liquide visqueux un jet d’air de même force, provenant d’une ouverture de même diamètre et tenue à une distance invariable, la comparaison des résultats obtenus permettra de se rendre compte des causes qui font varier le chiffre des microbes de l'air.
A jy Rae
Dans lebut de déterminer les variations que ce nombre éprouve à tous les instants du jour M. Miquel a apporté à son aéroscope les modifications suivantes : la cloche est pénétrée par un cylindre horizontal dont l’une des extrémités est fermée par un bouchon vissé et l’autre par une cloison percée d’un trou à travers lequel passe à frottement doux un arbre de couche muni dans la plus grande partie de sa longueur d’un filet de vis micrométrique. Cette longue vis repose du côté du bouchon sur un diaphragme qu’elle traverse en présentant une tête carrée pouvant s'engager dans une clef, de l’autre sur la cloison qu'elle dépasse à l’état de tige libre se terminant extérieurement par une roue actionnée par un chronomètre, Le pas de vis est tel qu’un chariot gouverné par elle parcourt O0 m. 06 en vivgt-quatre heures, Ce chariot est formé d’une plaque de bronze, glissant dans deux coulisses fixées parallèlement dans l’intérieur du cylindre. A la partie inférieure du chariot s’encastre une lamelle porte-objet du microscope facile à placer et à enlever quand le bouchon a été retiré, et le chariot amené à l'extérieur à travers une fente rectangulaire dont le diaphragme est percé. La lamelle de verre fixée sur le chariot et amené en regard de la petite ouverture pratiquée au sommet du cône métallique qui dirige Pair sur elle, présente en vingt-quatre heures devant cette ouverture tous les points de sa surface situés par une ligne de 0 m. 06 de longueur. On fractionne cette ligne en vingtquatre parties, et l’oa marque d’un trait plus long les heures multiples de 8 afin de se reconnoître plus faci-
lement.
Morelle, 7
ut re
La lamelle recouverte d’un enduit gluant est donc placée de manière que sa première division se trouve en regard de la petite ouverture, etle chronomètre ayant été remonté, on met l'appareil en marche. Les divisions. de la lame viennent.se placer successivement devant l’ouverture aux heures correspondantes à leur numéro d’ordre. En observant ensuite les poussières déposées sur chaque division, on peut déterminer le nombre des germes existant dans l’air à toutes les heures du jour. Mais pour cela il faut que le volume d'air dirigé sur la plaque soit égal en temps égaux; en second lieu, que les poussières soient immobilisées sur les points où l'air les projette. On peut réaliser ces conditions en faisant usage d’aspirateurs à eau à écoulement constantet en se servant, comme liquides gluants, d’oléo-résines semi-fluides et rendues peu siccatüives par l'addition d’un peu de glu, ou, mieux, du liquide obtenu en broyant un blanc d'œuf avec un peu d’eau et de glucose, et ajoutant à ce mélange pour le rendre impu= trescible du biiodure de mercure.
Avant de passer aux méthodes qui ont été mises en œuvre pour l'étude des bactéries de l’air, j'énumérerai les résultats intéressants relatifs aux spores cryptogamiques de l'air qui ont été obtenus à l'observatoire de Montsouris.
Parmi les causes qui font varier le nombre des spores dans l’atmosphère, les unes sont périodiques : ce sont la chaleur et le froid ; les autres sont accidentelles, ce sont Ja vitesse et la direction du vent, les chûtes de neige, de pluie, une sécheresse prolongée.