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DEUXIÈME PARTIE

blanche, d’absorber certains rayons colorés et d’en réfléchir certains autres. Les corps blancs sont ceux qui réfléchissent la lumière sans la décomposer; les corps noirs sont ceux qui absorbent la totalité des rayons colorés : ce qui revient au même que s’ils n’en recevaient point. Dans l’obscurité absolue, tous les corps sont noirs. Cela posé, il est aussi aisé de se rendre compte de la couleur bleue de l’air que de la couleur de toute autre substance solide, liquide ou gazeuse.

L’air, en vertu de sa transparence, laisse passer sans la décomposer la plus grande partie de la lumière solaire. Une autre partie est réfléchie, mais tous ses éléments ne le sont pas également : l’air laisse passer plutôt les rayons de l’extrémité rouge du spectre, et réfléchit de préférence les rayons bleus. Le bleu est donc la couleur par réflexion des particules de l’air. Seulement, comme cette couleur est très faible, elle ne devient perceptible que lorsque l’air est en grande masse.

« Lorsqu’un corps réfléchit de préférence certains rayons de lumière blanche, disent MM. Becquerel, c’est qu’il transmet ou absorbe les rayons complémentaires. Ainsi les particules d’air qui reçoivent un faisceau de lumière blanche réfléchissent une partie de ce faisceau, mais principalement les rayons bleus, et transmettent ou éteignent les autres.

« L’optique des gaz, ajoutent ces savants physiciens, n’est pas encore assez avancée pour que l’on puisse connaître avec certitude toutes les circonstances d’absorption et de transmission des rayons à travers l’air; mais d’après toute probabilité, en suivant la marche d’un faisceau de rayons solaires qui traversent une masse d’air, ce faisceau doit perdre des rayons bleus par la diffusion sur les particules d’air, et devrait devenir jaunâtre s’il traversait une couche atmosphérique suffisamment épaisse. D’après cela, l’air, de même que l’eau, doit être classé parmi les substances qui sont d’une couleur différente par réflexion et par transmission. »

Le changement qui s’opère dans la lumière transmise à travers des couches d’air d’une grande épaisseur est un fait aisé à constater pour tout le monde. En effet, même par un temps parfaitement serein, à mesure que le soleil incline vers l’horizon et que, par conséquent, ses rayons ont à traverser, pour arriver jusqu’à nous, une épaisseur gazeuse plus considérable, sa lumière devient plus jaune, et elle s’affaiblit au point qu’on peut le regarder sans fatigue, tandis que nul œil ne peut supporter son éclat lorsqu’il est au zénith. Or cet affaiblissement et cette altération de la lumière solaire ne peuvent être attribués à l’éloignement de l’astre, et sont dus exclusivement à l’action absorbante de l’air. 11 faut tenir compte toutefois, comme le font observer MM. Becquerel, des vapeurs dont faille plus pur n’est jamais exempt, et qui jouent sans doute un grand rôle dans ces phénomènes : ainsi se produisent les teintes jaunes ou rougeâtres que prennent à nos yeux le soleil et la lune vus à travers les nuages. Lorsque, à certains jours, le soleil couchant se montre d’une couleur rouge, cela tient évidemment à ce que nous le voyons à travers une atmosphère chargée de vapeurs; aussi cette couleur du soleil est-elle généralement, et non sans raison, considérée comme un pronostic d’humidité.

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

Tout le monde sait que le jour commence peu à peu avant que le soleil émerge au-dessus de l’horizon, et que le soir, il ne s’éteint entièrement qu’un certain temps après la disparition de l’astre : qu’en un mot on passe, par une transition insensible, de la nuit au jour et du jour à la nuit. Cette transition, ce clair-obscur qui précède le lever et qui suit le coucher du soleil, constitue le crépuscule. C’est encore un effet de la diffusion de la lumière au sein de l’atmosphère, et nous connaissons maintenant l’origine des teintes dorées et pourprées dont l’horizon se colore, et qui se reflètent plus ou moins sur toute la voûte céleste. L’aspect du ciel pendant le crépuscule dépend de la quantité, de la nature et de la disposition des vapeurs et des nuages dont il est chargé. Lorsque le ciel est parfaitement pur, tout se réduit à une coloration jaunâtre ou légèrement rosée qui se répand sur sa partie orientale ou occidentale; lorsque l’horizon est nuageux, le crépuscule est accompagné de ces effets de lumière si variés et souvent si splendides, que nous avons tous mille fois admirés, et dont la reproduction fidèle est un des triomphes de l’art du paysagiste. Il arrive ordinairement alors qu’entre les nuages dont les bords reflètent les rayons dorés du soleil, cette nuance, se mêlant à l’azur du ciel, se change en un vert tendre, qui va se fondre avec le bleu pâle des couches plus rapprochées du zénith. Toutes choses étant d’ailleurs supposées semblables, les effets crépusculaires sont à peu près les mêmes le matin et le soir ; mais ils se produisent suivant un ordre inverse, puisque, dans le premier cas, le soleil se lève au-dessus de l’horizon, et que, dans le second, il se couche au-dessous. On remarque en outre que l’aurore, ou crépuscule du matin , a une durée moindre que le crépuscule du soir. C’est que la durée du crépuscule dépend de la hauteur de l’atmosphère, « ou, pour parler plus exactement, dit Biot, de la hauteur des parties de l’air dont la densité est encore assez grande pour renvoyer une lumière sensible. » Elle varie par conséquent avec la température, puisque par la chaleur l’air se dilate et âugmente de hauteur, et que par le froid il se contracte et sa hauteur diminue. Or à la fin de la journée, surtout en été, les couches inférieures de l’air, qui réfléchissent le plus abondamment la lumière, se sont échauffées et dilatées; à la fin de la nuit, elles se sont refroidies et condensées. Notons aussi que, par les mêmes causes, l’atmosphère est ordinairement plus nuageuse, mais aussi plus limpide le soir à l’occident que le matin à l’orient. Avec l’air échauffé durant le jour, les vapeurs se sont dissoutes, les nuages se sont élevés, et hormis le cas de mauvais temps, où la masse sombre des nimbus dérobe aux regards le soleil couchant, l’horizon ne présente guère que des cumulus et des strato-cumulus, dont les contours bien limités et les formes rectilignes ou arrondies se prêtent merveilleusement aux jeux de la lumière. Le matin , avant le lever du soleil , les vapeurs se sont précipitées , les nuages se sont abaissés, l’atmosphère n’a qu’une transparence laiteuse qui éteint en grande partie les « feux de l’aurore ». De là, entre les effets de l’un et de l’autre crépuscule, une dissemblance qui a été remarquée par la plupart des observateurs.

On comprend aisément que si l’inégalité de température entre le soir et le matin influe sur les durées relatives du crépuscule, les saisons et les climats doivent exercer sur ce phénomène une action encore plus sensible. Ainsi on constate qu’en été les lueurs du jour apparaissent longtemps avant le lever, et persistent longtemps

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