‹ L'air et le monde aérienChapitre 130 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

certaines maladies infectieuses, et en particulier le charbon ou pustule maligne, prennent souvent naissance de cette manière, et des espèces très différentes de mouches peuvent en porter le germe avec elles. C’est surtout en été et dans les établissements d’équarrissage ou dans le voisinage des endroits où l’on tient des matières animales en putréfaction, que ces phénomènes se présentent. Les malades ont souvent conscience de la manière dont l’infection leur a été communiquée1. »

Les mouches dites à viande ne se contentent pas d’attaquer la chair morte : il n’est pas rare qu’elles déposent leurs œufs jusque dans la chair des animaux vivants, et même de l’homme.

« Un mendiant de Lincolnshire, racontent Van Beneden et Paul Gervais, mourut en 1829 dans les circonstances suivantes. Par un temps très chaud, cet homme s’étendit sous un arbre, après avoir placé sur sa poitrine, entre sa chemise et sa peau, comme le font souvent les gens du peuple, le peu de pain et de viande qu’il destinait à son prochain repas. La viande fut attaquée par les mouches, et les vers déposés par celles-ci passèrent des aliments sur la peau même de cet homme. Lorsqu’il fut trouvé, il était déjà tellement attaqué, que sa mort paraissait inévitable. On le transporta à Asborny, et l’on lit venir un chirurgien, qui déclara qu’il ne survivrait pas longtemps au pansement. Il mourut, en effet, peu d’heures après. Quand le chirurgien le vit pour la première fois, il présentait déjà un aspect effrayant; de gros vers blancs, dont l’espèce a été regardée comme étant le musca carnaria, se remuaient dans l’épaisseur de sa peau et de ses chairs, qu’ils avaient profondément labourées. Beaucoup de faits ayant avec celui-là une analogie plus ou moins grande ont été enregistrés, et la présence de semblables larves de diptères dans le corps de l’homme et des animaux a même reçu un nom particulier : celui des myasis. »

Les larves d’une autre famille nombreuse de chétocères, les œstres, éclosent et se développent exclusivement dans la peau et dans les organes des mammifères et de l’homme. Ces horribles parasites sont surtout communs dans l’Amérique méridionale.

Les tabanides sont ces grosses mouches qui, en été, par la chaleur du jour, harcèlent et piquent jusqu’au sang les bestiaux et les chevaux, et que tout le monde connaît sous le nom de taons. Cette famille a des représentants dans toutes les parties du monde. Les espèces propres aux contrées tropicales sont surtout à craindre, à raison de leur nombre, de leur activité, de leur voracité, et même, dans beaucoup de cas, à cause des effets terribles de leur morsure.

A la famille des tabanides se rattache, selon toute probabilité, la mouche isetsé ( glossina morsitans ) , si justement redoutée dans le centre et dans le sud de l’Afrique. Les modernes explorateurs du continent africain ont donné sur cet insecte et sur les étranges et terribles effets de sa piqûre des détails très circonstanciés et parfaitement concordants. Les plus curieux et les plus complets sont ceux qu’on doit au docteur Livingstone.

« La mouche tsetsé, dit ce célèbre voyageur, n’est pas beaucoup plus grosse que

Zoologie médicale , t. I.

LE MONDE AERIEN

la mouche commune; elle est brune, à peu près de la même nuance que l’abeille ordinaire, et porte sur la région postérieure de l’abdomen trois ou quatre raies jaunes transversales. D’une vivacité remarquable (ses ailes sont plus longues que son corps), il est très difficile de la saisir avec la main pendant le milieu du jour; le soir et le matin , la fraîcheur de la température lui enlève une partie de son agilité. Quiconque voyage avec des animaux domestiques n’oublie jamais le bourdonnement particulier de la mouche tsetsé, une fois qu’il lui est arrivé de l’entendre; car la piqûre de cet insecte venimeux est une cause de mort certaine pour le chien, le bœuf et le cheval.

« ... Un des caractères les plus remarquables de la piqûre de cette mouche est d’être complètement inoffensive pour l’homme, pour les animaux sauvages, et même pour les veaux tant qu’ils sont encore à la mamelle. Nous n’en avons jamais souffert personnellement, bien que nous ayons vécu deux mois au milieu de ces insectes, dont l’habitat est parfaitement déterminé. La rive méridionale du Chobé en était envahie, et sur l’autre bord de la rivière, où nous avions conduit nos bœufs, qui, à cinquante pas de ces mouches, auraient dû les attirer, il n’en existait pas une seule...

« Lorsqu’on a sur la main un de ces insectes, et qu’on le laisse agir sans le troubler, on voit sa trompe se diviser en trois parties, dont celle du milieu s’insère assez profondément sous notre peau; l’insecte retire cette tarière, l’éloigne un peu, et se sert alors de ses mandibules, qui, sous leur action rapide, font contracter à la piqûre une teinte cramoisie; l’abdomen de la mouche, flasque et aplati auparavant, se gonfle peu à peu, et si l’insecte n’est pas tourmenté, il s’envole tranquillement aussitôt qu’il est gorgé de sang. Une légère démangeaison succède à cette piqûre, mais n’est pas plus sérieuse que celle qui est causée par un moustique. Chez le bœuf, l’effet immédiat ne semble pas avoir plus de gravité que chez l’homme, et ne trouble pas l’animal; mais quelques jours après il s’écoule des yeux et du mufle de la pauvre bête un mucus abondant; la peau tressaille et frissonne comme sous l’impression du froid; le dessous de la mâchoire inférieure commence à enfler, symptôme qui parfois se manifeste également au nombril; le bœuf s’émacie de jour en jour, bien qu’il continue à paître; l’amaigrissement s’accompagne d’une flaccidité des muscles de plus en plus prononcée; la diarrhée survient; l’animal ne mange plus, et meurt bientôt dans un état d’épuisement complet...

« Ces symptômes (et ceux que l’autopsie fait connaître) indiquent un empoisonnement du sang, qui existe en effet, et dont le germe est déposé par la trompe de l’insecte...

« L’âne, le mulet, la chèvre, jouissent du même privilège que l’homme à l’égard de cet insecte. Il en résulte que la chèvre est le seul animal domestique de beaucoup de peuplades nombreuses qui habitent les bords du Zambèze, où la mouche tsetsé devient un véritable fléau...

« Le dégoût avéré qu’inspirent aux tsetsés les excréments des animaux... a été mis à profit par les docteurs indigènes ; ils font un mélange de fiente et de lait de femme, auquel ils ajoutent quelques drogues, et en barbouillent les bœufs qui

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