‹ L'air et le monde aérienChapitre 129 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

ment continuel de leurs antennes, sont répandus dans toutes les parties du monde. Ce sont des insectes de taille moyenne, aux formes élancées, et qui offrent une grande variété de couleurs. Les femelles sont armées d’une tarière formée de trois soies raides et aiguës, souvent dentées en scie. Lorsqu’elles sont sur le point de pondre, elles se mettent en quête de larves ou de nymphes d’insectes pour y déposer leurs œufs. Elles déploient dans cette recherche une activité et une sagacité surprenantes, et il est à remarquer que chaque espèce d’ichneumons choisit toujours ses victimes dans la même espèce de coléoptères, de lépidoptères, etc. Les

femelles, dont la tarière est longue, atteignent souvent des larves qui vivent sous l’écorce et dans le bois même des arbres. Elles percent cet abri, puis la peau de la larve ou de la chenille, et y introduisent un ou plusieurs œufs. Les larves qui en naissent sont molles, blanchâtres, privées de pattes, mais pourvues de mandibules assez robustes. Elles ménagent d’abord leur hôte, ne mangent que sa graisse, de manière à le laisser vivre; mais lorsqu’elles sont près de se transformer en nymphes, elles n’y mettent plus de façons, dévorent la chair et les entrailles, et ne laissent que la peau. Les unes accomplissent toutes leurs métamorphoses là où elles sont nées, et c’est ainsi qu’on voit parfois des ichneumons sortir de la chrysalide d’un papillon; les autres se construisent, près de la dépouille de leur victime, de petites coques soyeuses, isolées ou agglomérées, tantôt nues, tantôt enveloppees d’une bourre qu’on trouve attachée par des fds aux feuilles des plantes.

D’autres moucherons, les cynips gallicoles, donnent naissance à des larves phytophages, auxquelles ils assurent le logement et la nourriture par des moyens plus complexes. Les femelles ont une tarière très déliée roulée en spirale à sa base, et

LE MONDE AERIEN

dont l’extrémité, dentée latéralement en fer de flèche, est creusée d’une sorte de gouttière longitudinale. Avec sa tarière dentée, la femelle creuse les différentes parties des végétaux, élargit la blessure, et, par sa gouttière, elle y verse une liqueur âcre; elle y dépose ses œufs. La liqueur produit dans le tissu de la plante une sorte de travail morbide, d’où il résulte une excroissance appelée galle. C’est là que la larve du cynips naît, se nourrit et se métamorphose. Tout le monde a vu, sur les menues branches et sur les feuilles des arbres, de ces excroissances, dont la forme et le volume varient suivant l’espèce de l’insecte et celle de l’arbre. Tout le monde sait aussi que les galles du quercus infectoria sont employées, sous le nom de noix de galle, à la fabrication de l’encre et de certaines teintures noires, à l’extraction du tanin, etc.

J’ai parlé de l’importunité, de l’incommodité dégoûtante des petites mouches; je n’ai rien dit encore des espèces malfaisantes, dangereuses, que renferme ce groupe immense. Remarquons qu’il ne s’agit ici que des mouches proprement dites, à deux ailes, et que je ne comprends point dans cette division les mouches à quatre ailes (hyménoptères porte-aiguillon), dont il sera question au chapitre suivant. Les mouches, — en langage entomologique, les chétocères, — forment plusieurs familles : celle des muscides seule renferme plusieurs milliers d’espèces. Il y faudrait joindre celle des notacanthes , des tanystomes , des brachystomes et des tabanides. Ne nous occupons que de la première et de la dernière.

La plupart de ces mouches ont un goût exclusif pour les matières animales, surtout pour les matières corrompues. Elles nous agacent par leurs bourdonnements, nous harcèlent par leur contact, souvent par leurs morsures, attaquent nos animaux domestiques, souillent nos aliments, qu’elles infectent de leurs œufs et de leurs larves, et dont elles provoquent la décomposition. La mouche à viande ( musca vomitoria) dégorge sur la viande une liqueur qui en accélère la putréfaction; püis elle y dépose ses œufs, et les larves vermiformes qui en sortent se développent, et ne tardent pas à se répandre dans toute la masse. Ces bêtes immondes se multiplient avec une effrayante rapidité. C’est ce qui faisait dire à Linné que trois mouches de l’espèce vomitoria pouvaient débarrasser la terre du cadavre d’un cheval aussi vite que le ferait un lion. Je ne dis rien des stomoxes, ou mouches du fumier, des mouches du fromage, etc. Ce sont les larves de ces mouches que le vulgaire appelle asticots et vers à queue, et que les pêcheurs à la ligne conservent précieusement dans des boites de fer-blanc pour amorcer leurs hameçons.

« Quoique les mouches ne soient pas venimeuses par elles-mêmes, disent Paul Gervais et Yan Beneden, elles sont parfois à craindre, soit pendant leur état de larves, soit pendant leur état parfait. Dans le premier cas, elles envahissent nos substances alimentaires, et on les trouve quelquefois jusque dans nos organes; dans le second, non seulement elles sont importunes, mais elles peuvent être dangereuses, et déterminer des phénomènes morbides fort graves. C’est ce qui a lieu lorsqu’elles se sont nourries de substances en putréfaction, et qu’elles viennent ensuite se poser sur quelque point dénudé de notre corps, et nous inoculer les éléments putrides dont leur trompe ou leurs pattes sont encore chargées. Ainsi

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