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TROISIÈME PARTIE

piété filiale égale à l’amour maternel dont ils ont été l’objet pendant leur enfance. Ils avaient remarqué que, pendant les migrations, les forts et les jeunes allègent pour les vieux les fatigues d’un long voyage, en prenant le vent à leur place. 11 y a dans une vieille légende arabe un précepte ainsi conçu : « Cours au désert, « mon fils, observe la cigogne : elle porte sur ses ailes son père âgé; elle le soigne « dans ses infirmités; elle pourvoit à tous ses besoins; la piété d’un fils pour son « père est plus douce que l’encens de Perse offert au soleil, plus délicieuse que

Pigeon migrateur.

« les parfums qu’un vent chaud fait exhaler des plantes aromatiques de l’Arabie. » Quelques auteurs d’esprit sceptique et positif prétendent que la dureté et la mauvaise qualité de la chair des cigognes sont pour beaucoup dans la bienveillance dont ces oiseaux sont l’objet en tout pays. Cela peut être, bien que trop souvent l’homme tue les animaux les plus inoffensifs sans que leur chair ni leur dépouille lui soient d’aucun usage, et uniquement pour obéir à je ne sais quel besoin de destruction.

Certains oiseaux voyageurs lui fournissent de superbes occasions de satisfaire ce penchant barbare, et de se procurer en abondance d’excellent gibier. Tels sont les oies, les canards, les cailles, et surtout l’espèce de pigeon appelée colombe émigrante , pigeon migrateur, et, dans le midi de la France, châtre et palombe. 11 faut avouer que contre ces oiseaux, si jolis et si intéressants qu’ils soient, la guerre est légitime : non seulement parce que leur chair est bonne à manger, mais parce qu’ils causent, dans les pays où ils s’arrêtent pour se restaurer, des

dégâls comparables à ceux des sauterelles. Ils voyagent en masses tellement nombreuses et serrées, que la lumière du soleil peut en être obscurcie comme elle le serait par un nuage orageux, et que leurs troupes mettent souvent plusieurs heures à défiler au-dessus d’un point donné, bien qu’ils volent avec une grande rapidité.

C’est surtout dans l’Amérique septentrionale que ces migrations prennent des proportions extraordinaires. Le soir, lorsque les pigeons s’arrêtent pour dormir sur les arbres des forêts, on en fait un effroyable carnage, après lequel, aux premiers rayons du jour, les voyageurs reprennent leur route sans que leur nombre paraisse diminué. Audubon, qui fut plusieurs fois témoin de ce spectacle étrange, a essayé de calculer approximativement l’effectif d’une de ces immenses agglomérations, et la quantité de nourriture qu’elle doit consommer en un jour. « Prenons, dit-il, une colonne d’un mille de large, ce qui est bien au-dessous de la réalité, et concevons-la passant au-dessus de nous, sans interruption, pendant trois heures, à raison également d’un mille par minute; nous aurons ainsi un parallélogramme de cent quatre-vingts milles de long sur un de large. Supposons deux pigeons par yard carré : le tout donnera un billion cent quinze millions cent cinquante-six mille pigeons par troupe ; et comme chaque pigeon consomme par jour une bonne demi -pinte de nourriture, la quantité nécessaire pour subvenir à l’alimentation de cette immense multitude devra être de huit millions sept cent douze mille boisseaux par jour.

« Lorsque la faim les ramène à terre, ajoute Audubon, on les voit retournant très adroitement les feuilles sèches qui cachent les graines et les fruits tombés des arbres. Sans cesse les derniers rangs s’enlèvent et passent par-dessus le gros du corps pour aller se reposer en avant, et ainsi de suite, d’un mouvement rapide et si continu, que toute la troupe semble être en même temps sur ses ailes. L’étendue de terrain qu’ils balayent est immense, et la place rendue si nette, qu’un glaneur qui voudrait venir après eux perdrait complètement sa peine...

« Le pigeon voyageur n’accomplit ses migrations que par la nécessité où il se trouve de se procurer de la nourriture, et non pour chercher une meilleure température; en sorte qu’elles ne sont point périodiques.

« La grande force de leurs ailes leur permet de parcourir et d’explorer en volant une immense étendue de pays en peu de temps. On en a tué dans les environs de New-York ayant encore le jabot plein de riz, qu’ils ne pouvaient avoir pris que dans la Caroline ou dans la Géorgie. Or, comme la digestion se fait dans moins de douze heures, il s’ensuit qu’ils devaient avoir parcouru trois à quatre cents milles en six heures environ; en sorte que leur vol ferait un mille à la minute. A ce compte, un de ces oiseaux, s’il en prenait l’envie, pourrait visiter le continent européen en moins de trois jours.

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