‹ L'air et le monde aérienChapitre 191 sur 210 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

prendre pour de petits oiseaux. On ne parvenait pas à s’en assurer, car l’engoulevent est très difficile à tirer. Enfin cependant on réussit à l’abattre, et l’on reconnut que ces deux objets qu’il traîne toujours à sa suite ne sont autre chose que des plumes extrêmement longues, mais dont la tige est dépourvue de barbes jusque vers son extrémité, et qui partent de chacune des ailes.

Les cigognes, avons-nous dit, sont, ainsi que les hirondelles, fidèles au lieu de leur naissance; on pourrait les appeler aussi les oiseaux du retour. Elles par-

tagent avec les hirondelles le rare privilège de la sympathie et du respect populaires. Ce respect et cette sympathie ne reposent pas seulement sur les services très réels que les hirondelles et les cigognes rendent à l’homme en détruisant une quantité immense d’insectes et de reptiles : ils semblent s’adresser au caractère même, aux sentiments, aux mœurs de ces oiseaux, à leur douceur, à leur esprit d’association et de fraternité, à leur confiance en la loyauté de ceux dont elles prennent le toit pour abri, et auxquels elles semblent dire : Nous nous mettons sous la sauvegarde des saintes lois de l’hospitalité.

Dans l’antiquité, l’ hirondelle était presque partout considérée comme un oiseau sacré, chéri des dieux et citoyen du firmament. De nos jours encore, sauf quelques chasseurs intraitables qui, pour faire parade de leur adresse, s’amusent à tirer des hirondelles, on se garde bien de leur faire aucun mal. On les invite, au contraire, à se fixer sous l’avant des toits, dans les granges, parfois dans la grande chambre, dans la maison, comme disent les paysans, habitée par la famille. On dispose à leur intention des pots à fleurs, ou bien des vases faits tout exprès, en

lorme de bouteilles à goulot court, juste assez large pour donner passage au corps fluet de l’oiseau.

La cigogne, — je parle de la cigogne blanche, si commune dans tout le bassin méditerranéen, — élit volontiers domicile dans les villes et les villages; mais comme, en raison de sa grande taille, il lui faut beaucoup plus de place qu’à

Grue cendrée. Cigogne blanche.

l’hirondelle, elle ne s’installe guère que dans les grandes fermes, dans les châteaux, dans les tours des églises. Comme l’hirondelle, elle émigre en Afrique pendant l’hiver, et revient au printemps. Partout le peuple l’aime, la respecte, et croit qu’elle porte bonheur à la maison qu’elle choisit. Souvent les paysans fixent horizontalement sur le pignon de leur maison une roue dont la partie concave est tournée en dehors, et qui sert de plancher au nid de la cigogne. Dans plusieurs contrées, la loi protège cet oiseau. Chez les anciens Egyptiens, le meurtrier d’une cigogne était puni de mort.

« Les anciens peuples de l’Orient, qui avaient observé l’attachement de la cigogne pour ses petits, dit Le Maout, attribuaient aux petits devenus adultes une

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