LES NAGEURS ET LES MARCHEURS
On pourrait, cc me semble, partager la classe des oiseaux en cinq grandes sections. La première, et de beaucoup la plus nombreuse, se composerait des oiseaux exclusivement aériens : de ceux pour qui le vol est le mode normal de locomotion, qui ne se servent ordinairement de leurs pattes que pour se reposer en s’accrochant aux branches des arbres, et qui, lorsqu’ils veulent changer de place sans quitter le sol, sautillent au lieu de marcher. Puis viendraient deux séries parallèles, comprenant : d’une part, la section des oiseaux à la fois aériens et terrestres, sachant voler et marcher, et celle des oiseaux exclusivement terrestres, qui marchent ou courent facilement, mais ne volent point; d’autre part, la section des oiseaux à la fois aériens et aquatiques , naviguant à volonté dans l’air ou sur les eaux, et celle des oiseaux exclusivement aquatiques, nageurs habiles, mais tout à fait impropres au vol. Chacune de ces deux séries passe, par des transitions insensibles, d’un extrême à l’autre. La première part du pigeon migrateur et du tourne -pierre, et par les gallinacés et les échassiers aboutit aux oiseaux déchus, aux lourds bipèdes dont les plumes ressemblent à des poils, et les ailes à des moignons inertes, qu’ils cachent tristement sous leur épaisse fourrure. La seconde a pour premier terme la frégate, qui, comme voilier, rivalise avec le martinet, mais dont les pattes ne présentent encore que des rudiments de palmes; et pour dernier terme le manchot, être hybride aux plumes écailleuses, dont les ailes ne sont plus que des nageoires supplémentaires, et qui, pouvant à peine se traîner à terre, nage et plonge avec une aisance et une agilité surprenantes.
Les espèces appartenant à cette dernière série forment, dans la classification adoptée par tous les zoologistes, un ordre parfaitement déterminé : celui des palmipèdes. La grande majorité sont des espèces marines vivant de poissons, de