PREMIERE PARTIE
excentrique, ni soupape, ni manivelle, ni volant. La vapeur et l’eau sont mises directement en contact dans des chambres disposées convenablement, et dans lesquelles, par suite des mouvements d’aspiration et de refoulement déterminés successivement par la vapeur, l’eau se trouve d’abord soulevée et ensuite rejetée.
Les machines pneumatiques et les machines à compression, dont on fait un si fréquent usage dans les cabinets de physique, sont de véritables pompes servant, les premières à raréfier l’air, les secondes à le condenser. La pression de l’atmo-
Tâte-vin. Vase de Tantale. Siphon.
sphère est appliquée, dans d’autres appareils, au déplacement des liquides, et particulièrement de l’eau, mais directement, sans le secours d’aucun mécanisme, et à l’aide de dispositions extrêmement simples.
Quoi de plus simple, en effet, que le tâte-vin et que le siphon? Le tâte-vin est un tube droit en fer-blanc, muni d’une anse et terminé à son extrémité inférieure par un petit cône à ouverture presque capillaire. On le plonge dans le tonneau dont on veut déguster le contenu. Lorsqu’il s’est rempli de liquide, on appuie le pouce sur l’orifice supérieur et l’on enlève le tube, qu’on peut transporter ainsi sans qu’il se vide, parce que la pression de l’air n’agit point sur le liquide de haut en bas, mais seulement de bas en haut; aussitôt qu’on retire le pouce, l’équilibre des pressions inférieure et supérieure s’établit, et le liquide, obéissant à la pesanteur, s’écoule par l’ouverture du cône qui termine l’instrument.
Le siphon est un tube doublement coudé, à branches inégales, qu’on emploie pour dépoter les liquides, lorsque, par un motif quelconque, on ne peut ou l’on
L’AIR
ne veut pas déranger les vases qui les contiennent. Soit Y un vase rempli d’un liquide qui a laissé un dépôt et qu’on veut, sans le troubler, faire passer dans un autre vase Z. On commence par amorcer le siphon, c’est-à-dire qu’on le remplit entièrement du même liquide qu’il s’agit de dépoter; puis, tenant un doigt appuyé sur l’orifice de la plus petite branche, on plonge cette branche dans le vase V, en ayant soin que l’autre branche se trouve au-dessus du vase Z, et l’on abandonne l’appareil à lui-même. On voit alors le liquide s’écouler par la plus longue branche, jusqu’à ce que son niveau en Y affleure l’extrémité la plus courte. Pour se rendre compte de ce phénomène, il suffit de considérer que la pression atmosphérique qui agit sur le liquide contenu dans le vase V, pour le faire monter dans le tube, n’a à triompher que d’une colonne dont la hauteur est comprise entre la surface du liquide et le coude du siphon ; tandis que pour refouler le même liquide dans le vase V, il faudrait quelle l’emportât sur le poids de la colonne contenue dans la grande branche. C’est pourquoi, le siphon étant une fois rempli, l’écoulement continue tant que l’air ne peut pas pénétrer dans la plus courte branche, ou, ce qui revient au même, tant que l’extrémité de celle-ci reste plongée dans le liquide.
On montre dans les cours de physique, pour l’amusement des élèves autant que pour leur instruction, un petit appareil qui n’est qu’une application du siphon, et qu’on désigne sous le nom de vase de Tantale. C’est une coupe de verre, dans laquelle se trouve un petit personnage qui représente, avec une ressemblance que je ne garantis point, l’infortuné « convive des dieux », victime de la jalousie du grand Jupiter* et dévoré d’une soif ardente qu’il lui est interdit d’étancher. Ayons pitié de lui; Versons de Peau dans cette coupe qui va devenir pour lui une baignoire : l’eau monte, monte; il va donc pouvoir rafraîchir son gosier brûlant! Point! au moment on .il va y tremper ses lèvres, le liquide s’écoule, la coupe est vide. Nous la remplissons de nouveau, elle se vide comme la première fois; nous recommencerions en vain, il faut y renoncer : le pauvre Tantale ne boira pas. C’est Jupiter, — je veux dire la pression de l’air, — qui s’y oppose. En effet, sous le vêtement du supplicié est caché un siphon dont la petite branche se trouve dans la coupe même, tandis que' la plus grande traverse le fond et va déboucher au dehors. Donc, lorsqu’on verse de l’eau, le siphon se remplit en même temps que la coupe; il est amorcé lorsque le niveau de l’eau atteint le sommet de la courbe formée par le tube; alors, esclave impitoyable de la pesanteur, le liquide s’écoule, et bientôt laisse le baigneur à sec.
Puisque nous parlons de physique amusante, c’est ici le lieu de révéler au lecteur le secret de la bouteille inépuisable et miraculeuse d’où les prestidigitateurs versent à la ronde, au choix des spectateurs, tout un assortiment de liqueurs fines. Cette bouteille n’est pas en verre, mais en métal habilement peint et imitant le verre. Elle est partagée intérieurement, suivant son axe, en cinq compartiments, par des cloisons qui rayonnent du centre à la circonférence. Chaque compartiment forme ainsi une petite bouteille à goulot extrêmement étroit, et d’où le liquide ne peut s’écouler qu’à la condition qu’on donne accès d’un autre côté à la pression de l’air. A cet effet, on a ménagé dans la paroi extérieure de la bouteille cinq petites ouvertures correspondant aux cinq compartiments, et disposées de telle façon que