PREMIERE PARTIE
chaque doigt de la main qui tient la bouteille ferme une de ces ouvertures. On n’a plus alors qu’à lever, par exemple, le pouce pour verser du cognac, l’index pour verser de l’anisette, et ainsi de suite. Les verres qu’on offre aux amateurs étant d’ailleurs très petits, l’opérateur, qui a bien soin encore de ne pas les remplir, peut satisfaire un grand nombre de personnes de goûts différents. Yoilà tout le sortilège.
Bouteille enchantée.
L’appareil dont on attribue l’invention au philosophe Héron, d’Alexandrie, dut, lorsqu’il parut, un siècle environ avant Jésus-Christ, exciter vivement l’admiration et l’étonnement. Il offre encore aujourd’hui une des plus jolies expériences que l’on puisse montrer aux gens du monde et à la jeunesse, et n’est nullement indigne de figurer dans une serre, dans un salon, même dans un boudoir : d’autant que rien n’empêche de le construire avec autant de richesse et d’élégance que tout autre objet de luxe ou de fantaisie. La fontaine de Héron, — tel est le nom de cet appareil, — se compose de deux globes de verre, A et B, placés à une certaine distance l’un au-dessus de l’autre, et réunis par deux tubes a et b. Le globe supérieur A est surmonté d’une cuvette traversée en son milieu par une tubulure à jet d’eau c, qui plonge jusque très près du fond du globe A. L’un des deux grands tubes a débouche aussi dans cette cuvette, et descend jusqu’à la partie inférieure du globe B, tandis que l’autre tube b va du sommet de B au sommet de A. Pour faire fonctionner cet appareil, on enlève la tubulure c, et par l’ouverture qu’elle laisse libre on remplit d’eau le globe supérieur A; on remet la tubulure, et l’on verse de l’eau dans la cuvette. Cette eau s’écoule par le grand tube a dans le ré^
L’AIR
servoir inférieur B, en chasse l’air, qui remonte par le tube b dans le globe A, et à son tour refoule l’eau contenue dans le globe, et la fait jaillir avec force par la tubulure. Cette eau retombe dans la cuvette, et s’écoule à son tour dans le réservoir B; de nouvelles quantités d’air sont ainsi continuellement refoulées de
Fontaine intermittente. Fontaine de Héron.
ce dernier dans le globe A, et le jet d’eau continue jusqu’à ce que ce globe soit vide.
La fontaine intermittente est un appareil du même genre, et qui, comme le précédent, montre, sous une forme très ingénieuse et très élégante, les effets de la pression et de l’élasticité de l’air. Le globe A, hermétiquement fermé avec un bouchon de verre rodé à l’émeri, se remplit d’eau jusqu’à l’affleurement du tube T, qui lui sert de support et qui descend dans le bassin B. Ce tube est percé, à une hauteur qui ne doit point dépasser celle des bords du bassin, de petits trous destinés à donner accès à l’air dans le globe A. A la partie inférieure de celui-ci sont adaptées deux tubulures tt, qui ne se ferment point. Le bassin B est aussi muni d’un tuyau d’écoulement, dont l’orifice est tel, que son débit soit moindre que celui des deux tubulures tt réunies. Il arrive, en conséquence, un moment où l’eau provenant du globe A s’élève dans le bassin au-dessus des trous percés dans