‹ L'air et le monde aérienChapitre 32 sur 210 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

courants qui régnent aux diverses hauteurs de l’atmosphère, et dont quelques-uns ont une direction régulière et une durée plus ou moins longue. Ce système est, comme on le voit, exempt d’ambition; il se soumet de bonne grâce au despotisme des vents ; il se résigne à attendre leur bon plaisir, à n’aller à l’orient que lorsque la brise souille de l’ouest, au sud que quand elle souflle du nord. Ce n’est pas là une solution, c’est un aveu d’impuissance, bien que des aéronautes habiles et exercés puissent tirer un parti des plus avantageux des grands courants aériens.

Dans le second système, on se préoccupe surtout de trouver la forme qu’il conviendrait de donner au ballon, les agrès et le mécanisme dont il faudrait le pourvoir pour en faire un véhicule plus commode et plus rapide que la locomotive et le bateau à vapeur. Car remarquons bien que l’aéronautique ne sera qu’une chose de fantaisie, un tour de force stérile, tant quelle ne réalisera pas un progrès sensible sur nos moyens actuels de transport.

Or le ballon, quelle que soit sa forme, n’est autre chose qu’une bulle de gaz tenue en suspension dans l’air, devenue partie intégrante de ce lluide, impliquée dans toutes ses fluctuations, et incapable, par conséquent, d’acquérir un mouvement indépendant. En effet, pour qu’un corps puisse se mouvoir dans un milieu, la première condition, c’est qu’il possède une plus grande masse, où le mouvement produit puisse s’accumuler de façon à fournir toujours une force capable de vaincre la résistance de ce milieu; et cette plus grande masse suppose nécessairement une plus grande densité. Ainsi sont faits les oiseaux, plus lourds que l’air, comme chacun sait, et aux pattes desquels la nature s’est bien gardée d’attacher, sous prétexte de les soutenir, de petits ballons qui leur eussent rendu le vol impossible. Aussi faut-il admirer la naïveté des inventeurs qui se sont imaginé qu’ils fendraient l’air avec des ballons pisciformes, conoïdes, ovoïdes. Loin de pouvoir jamais aider à la locomotion aérienne, le ballon, quelque forme qu’on lui donne, ne saurait être qu’un impédiment, une sorte de boulet dont l’inertie paralysera toujours la marche de l’appareil qu’on y aura adapté; et de deux choses l’une: ou cet appareil aura assez de force pour vaincre la résistance de l’air, et dans ce cas la même force lui servira également à se maintenir; ou il ne pourra se soutenir seul, et alors la force motrice sera d’autant moins capable de triompher de la résistance atmosphérique, que cette résistance trouvera un puissant auxiliaire dans le ballon, qui portera, il est vrai, la machine, mais qu’en revanche la machine devra traîner.

Donc, pour arriver à une solution rationnelle du problème, la première chose à faire, c’est de renoncer au ballon, par la raison même que le ballon augmente le volume total de l’appareil en le rendant spécifiquement plus léger que l’air, tandis que, je le répète, un corps doit toujours être plus dense que le milieu dans lequel il se meut. Je souligne dans , afin qu’on ne m’objecte pas les navires: les navires, en elfet, se meuvent sur l’eau, et non pas dans l’eau; et d’ailleurs ils ne demandent point aux courants l’impulsion nécessaire pour lutter contre ces mêmes courants; ce qui, soit dit en passant, est l’erreur fondamentale de tous les ballons à voiles.

Et maintenant, si l’on me demande comment je conçois qu’on puisse parvenir

L’AIR

à naviguer dans l’air, je montre un oiseau et je réponds : Imitez cela; construisez un navire dont la densité spécifique soit avec celle de l’air dans le même rapport que celle du corps de cet oiseau. Donnez-lui une forme analogue, et surtout trouvez un moteur capable de remplacer la force musculaire de l’animal, et de produire un mouvement d’une énergie et d’une rapidité suffisantes, sans nuire à la légèreté de l’appareil.

M. Nadar et les partisans de Y aviation, quoique peu versés dans la physique et dans la mécanique, ont parfaitement compris, il faut le reconnaître, la nécessité d’abandonner le ballon et de construire un oiseau artificiel. Ils veulent donner à cet oiseau, au lieu d’ailes frappant l’air obliquement ou verticalement, des ailes tournantes et de forme hélicoïde. Soit; mais cela n’est que secondaire. L’hélice est un organe propulseur , et non pas un moteur. Comme tous ses devanciers , M. Nadar néglige le point fondamental, la production du mouvement. Sa « chère hélice », pour soutenir et faire avancer le navire, aura besoin d’opposer à l’air une surface très étendue, d’offrir une résistance considérable et de tourner avec une extrême rapidité. Or elle ne tournera pas toute seule. Le mouvement ne peut lui être donné que par une machine puissante. Quelle sera cette machine? Là est le nœud du problème, et c’est ce nœud que MM. Nadar et de la Landelle n’ont ni délié ni tranché.

Ce qui nous manque pour naviguer dans l’air, c’est précisément une force motrice à la fois douée d’une immense énergie, et n’exigeant qu’un appareil générateur de petite dimension et d’une grande légèreté.

Voilà Y inconnu, Yx faute duquel tous les projets de direction aéronautique échoueront misérablement.

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