PREMIERE PARTIE
planétaires, qui a été diversement évaluée par les physiciens, mais qui n’est pas, assurément, supérieure à 60 ou 70 degrés au-dessous de zéro.
Telle serait aussi la température de notre globe, s’il était dépourvu d’atmosphère. Il est remarquable, en effet, que l’air se comporte relativement à la chaleur de la même manière que relativement à la lumière. 11 est diathermane ou perméable à la chaleur, en même temps qu’il est transparent ou perméable à la lumière; mais il ne laisse pas de retenir et de réfléchir -, en tous sens une partie de la chaleur et de la lumière que le soleil envoie à la terre, et qu’il sert de cette façon à emmagasiner, pour ainsi dire, à notre profit, en quantité d’autant plus grande qu’il est plus près de la surface du sol. C’est donc à la présence de notre atmosphère que nous devons la diffusion et la conservation autour de nous de la lumière et de la chaleur solaires. Plus l’atmosphère est dense, plus elle est susceptible de s’éclairer et de s’échauffer. Mais il résulte de récentes recherches faites par un physicien anglais, M. John Tyndall, que la plus grande densité de l’air dans ses couches les plus rapprochées du sol n’est pas la seule cause de l’accroissement de son pouvoir absorbant par rapport à la chaleur. Cet accroissement est dû surtout à la présence d’une plus forte proportion de vapeur d’eau.
« La vapeur d’eau de l’air, disent MM. Laugel et Grandeau dans une excellente notice sur les travaux de M. Tyndall, absorbe une quantité de chaleur beaucoup plus considérable que tous les autres gaz. L’oxygène et l’azote n’arrêtent pas beaucoup-plus la chaleur que ne ferait le vide absolu; mais la vapeur d’eau offre une grande résistance au passage du calorique. De même qu’une digue a pour effet d’augmenter localement la profondeur d’un cours d’eau, ainsi notre atmosphère, agissant comme une digue sur les rayons de chaleur émanés de la terre, produit une élévation locale de température autour de la surface terrestre. La chaleur n’y est point accumulée indéfiniment, pas plus que l’eau ne reste toujours derrière une digue; elle se dissipe, mais elle est sans cesse remplacée. Si l’atmosphère était subitement dépouillée de vapeur d’eau, les gaz qui la renferment laissant échapper trop rapidement la chaleur terrestre, nous verrions bientôt la surface du globe descendre à des températures voisines de celle du vide céleste; toute vie organique y serait arrêtée, et les eaux des mers se congèleraient partout, même sous la zone aujourd’hui dite torride. Pour apprécier de la manière la plus sûre la température des espaces interplanétaires, il faudrait pouvoir s’élever jusqu’à une couche atmosphérique qui ne contiendrait plus de trace de vapeur d’eau »
L’éloignement de la terre est aussi une cause de refroidissement de l’air. En raison même de sa diathermanéité, ce mélange gazeux n’est pas échauffé directement par les rayons solaires, mais indirectement par la réverbération du sol, c’est-à-dire par un second rayonnement qui s’épuise en peu de temps, comme le prouve l’abaissement de la température pendant la nuit. Ces considérations font aisément concevoir les causes du froid excessif qui règne dans les hautes régions de l’air, et de la perpétuité des glaces sur les cimes des grandes montagnes, alors même que ces montagnes sont situées dans des pays dont le climat est le plus
1 Revue des sciences et de l’industrie pour la France et l’étranger, 2e année. — Paris, 1863.
L’AIR
brûlant; mais il est très difficile de déterminer exactement le rapport entre la décroissance de la température et l’altitude des lieux ou des couches atmosphériques. La saison, le climat, le vent régnant, l’heure de la journée et principale-
Jour lunaire.
ment l’état hygrométrique de l’air tendent à modifier notablement ce rapport. Toutefois on l’évalue approximativement, en moyenne, à 1 degré pour 187 mètres d’élévation dans la zone torride, et 1 degré pour 150 mètres dans la zone tempérée. Dans les régions polaires, selon MM. Becquerel, le décroissement ne se fait sentir qu’à une certaine hauteur, qui n’a pas encore été déterminée. En effet, à Ingloolich, par